Les requins, squales ou sélachimorphes forment un super-ordre des poissons cartilagineux, possédant cinq à sept fentes branchiales sur les côtés de la tête et les nageoires pectorales qui ne sont pas fusionnées à la tête. Ils sont présents dans tous les océans du globe et dans certains grands fleuves. Les requins modernes sont classés au sein du super-ordre Selachimorpha ou Selachii et constituent le groupe-frère des raies modernes au sein de la micro-classe Neoselachii. Toutefois, le terme « requin », au sens large, désigne aussi communément des espèces disparues de la sous-classe des Elasmobranchii, comme Cladoselache et Xenacanthus, qui appartiennent à d’autres infra-classes qu’Euselachii.

Les premiers requins sont apparus au Dévonien, il y a environ . À partir du Crétacé, il y a , beaucoup de lignées de requins ont adopté leur forme moderne. Depuis, il existe plus de de requins regroupées en , sans compter les espèces de raies, aujourd'hui considérées comme des requins à part entière. Certaines espèces ne sont connues que par leurs fossiles. Leur taille varie de seulement vingt centimètres de longueur pour Etmopterus perryi, à plus de vingt mètres pour le requin-baleine. Malgré sa taille, ce dernier se nourrit principalement de plancton en filtrant l'eau de mer. Mais la plupart des requins sont des prédateurs, voire des superprédateurs. Les requins sont présents dans toutes les mers, jusqu'à une profondeur d'environ . Ils ne vivent généralement pas dans l'eau douce, mais il y a quelques exceptions, telles que le requin-bouledogue et les requins de rivière qui peuvent vivre aussi bien dans l'eau de mer que dans l'eau douce. Les requins ont un revêtement de denticules dermiques qui protègent leur peau contre les parasites, en plus d'améliorer leur hydrodynamisme. Ils ont également plusieurs rangées de dents qui se renouvellent régulièrement.

Malgré une mauvaise réputation véhiculée par les médias, seulement cinq espèces sont considérées comme dangereuses pour l'être humain. Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), environ un tiers des espèces de requins est menacé d'extinction (surpêche, prise accessoire, élimination gratuite, etc.).

Ils sont utilisés par l'être humain pour de nombreux usages, comme l'alimentation, la maroquinerie, le tourisme, les cosmétiques et sont parfois maintenus en captivité. En tant que superprédateurs, les requins sont indispensables à leur écosystème. La protection mondiale des requins reste faible, mais certains États décident de transformer leurs eaux territoriales en sanctuaire de requins.

Étymologie et dénominations thumb|Un Grand requin blanc dans l'Histoire naturelle des poissons de l'ichtyologiste Marcus Élieser Bloch (1795).

Les Anglais appellent les squales shark (terme qui remonterait, comme to search, à un vieux verbe signifiant « rôder en quête d'une proie » et qui vient lui-même du vieux français cherquier, « chercher »), les Espagnols tiburón (emprunté par le portugais au mot tupi tuperu, « requin »), les Allemands Hai ou Haifisch (de l'islandais haki, allusion à la forme en harpon de la nageoire dorsale), les Italiens squalo ou pescecane (« poisson chien »), du russe akula (emprunté au sami): une telle dispersion étymologique rend l'origine du terme requin plutôt obscure.

La graphie « requin » est attestée en 1539, mais d'autres formes se succèdent : « requien » (en 1578), « rechien » (en 1614), « requiem » (en 1695), puis retour à la forme « requin » (en 1740Tome 2 du Dictionnaire de l'Académie française.). Au , l'étymologiste Pierre-Daniel Huet fait un rapprochement fantaisiste du requin avec requiem, en référence à sa réputation de mangeur d'hommes. (« poisson très dangereux, ainsi nommé parce que, quand il a saisi un homme, il ne lâche jamais sa prise et il ne reste plus qu'à faire chanter le requiem pour le repos de l'âme de cet homme-là », lit-on chez Huet). Huet se fait probablement l'interprète d'une étymologie populaire, perpétuellement reprise dans les médias et ouvrages actuels. La famille des Carcharhinidae est d'ailleurs appelée en anglais « » (Requins requiem).

Oscar Bloch et Walther von Wartburg dans leur Dictionnaire étymologique du français proposent l'étymologie la plus probable : requin serait un renforcement du dialectal normand et picardCependant, il existe des formes en kan le long des côtes de la Gironde et dans les Landes, ces formes dialectales expliquant mal pourquoi le requin aurait plutôt été nommé par les pêcheurs du nord que par ceux du sud. quin (variante quien, « chien » au sens de « chien de mer », allusion à leurs dents acérées.). Mais le procédé néologique qui ferait de « rechien » un renforcement de « chien » est assez inhabituel en français et cette origine ressemble également fort à une étymologie populaire, comme le suggère le terme raquin, correspondant wallon du normand requien, qui semble faire allusion à l'habitat du poisson au fond de l'océan (de « raque », vase) ou encore à sa malpropreté (voire l'étymologie de squale), sens corroboré par le provençal bardoulin, nom de divers requins. La métaphore canine est d'ailleurs très tôt employée par les auteurs antiques : Aristote désigne certains requins sous les noms kuôn « chien » ou encore skulion ou skulios (formé sur skulax, « jeune chien »)Aristote, Histoire des animaux, VI, 10 et 11., et Pline l'Ancien utilise les noms latins canis marinus « chien marin » et canicula « jeune chienne »Pline, Histoire naturelle, IX, 110, 151.. Guillaume Rondelet dans son Histoire naturelle des poissons de 1554 et Jean de Léry dans son Histoire d'un voyage de 1578 appellent les squales les « chiens de mer », expression qu'utilisent tous les marins jusqu'au et qui s'emploie encore aujourd'hui mais seulement pour désigner des espèces de requins petite taille. Dans la même veine, la famille des Squalidae comprend de petits requins appelés « » (Requins poissons chiens) et l'étymologie canine se retrouve dans l'italien pescecane (« poisson chien »). Une autre métaphore penche pour cette étymologie : les requins sont parfois qualifiés de « nez », en référence à leur odorat très développé comme les chiens. Le zoologiste Henri de Blainville a ainsi créé une série de noms de genres de requins, (Cetorhinus, Scyliorhinus, Carcharhinus, Echinorhinus), et qui comportent tous l'élément grec (rhinos), pour « nez » au sens de « requin ». Enfin, Pierre Guiraud pour sa part, penche pour une forme normande de rechigner, « montrer les dents », allusion à sa denture impressionnante.

Le terme « squale », apparu en 1754, dérive du latin ., qui peut se traduire par « l'écailleux, le rugueux », et fait référence à la peau rugueuse de ces animaux du fait des écailles cartilagineuses présentes sous la peau de leur corps (d'où le rapprochement étymologique avec le terme squame qui désignait originellement l'écaille de poisson). peut également se traduire par « couvert de saleté, sale, malpropre », car une surface sale peut être recouverte de plaques. Un autre rapprochement possible serait dû à la confusion qui a longtemps perduré entre les squales et les cétacés car le proto-indo-européen *(s)kʷálos aurait donné en latin et en germanique et (baleine). Le nom d'un ordre (Squaliformes) et d'une famille (Squalidae) en dérivent.

Plusieurs espèces comportent le terme requin dans l'un de leurs noms vernaculaires, par exemple : Requin-marteau, Requin-tigre, Requin-pèlerin, mais ce n'est pas une généralité, il existe aussi des noms vernaculaires ne comprenant pas le terme requin comme dans le cas de Maraîche, Roussette, Mako Ce groupe est actuellement appelé soit Selachimorpha soit Selachii (infraclasse).

Anatomie thumb|upright=2|Anatomie externe du requin. Le requin se caractérise par sa silhouette fuselée, particulièrement hydrodynamique, et ses nageoires pectorales et dorsales, ainsi que sa nageoire caudale hétérocerque (de forme asymétrique). Il est pourvu d'un squelette entièrement cartilagineux et de cinq à sept fentes branchiales latérales selon les espèces.

Sa peau est rugueuse, recouverte d'innombrables denticules cutanés, des écailles osseuses placoïdes d'origine dermique et épidermique, qui le protègent contre les parasites et améliorent sa pénétration dans l'eau.

Son foie, qui peut représenter jusqu'à 25 % de son poids, est constitué à 90 % de squalène, et lui sert principalement à compenser son absence de vessie natatoire pour se stabiliser, mais également de réserve énergétique.

Mâchoire thumb|La mâchoire d'un Requin mako. Presque tous les requins possèdent une mâchoire de type hyostyliqueMode de suspension de la mâchoire chez les Chondrichthyens, le cartilage palato-carré est relié au crâne par l'intermédiaire de l'os hyo-mandibulaire, ce qui fournit une grande mobilité à la mâchoire. comme celle des raies : elle n'est pas attachée au crâne, et est donc capable d'une mobilité remarquable lors de l'attaque. Leur puissance, mesurée par un , est estimée à par cm2 pour un requin de quand celle d'un être humain ne dépasse pas par cm.

La surface de la mâchoire, en comparaison avec les vertèbres et les arcs branchiaux du requin, a besoin de soutiens supplémentaires en raison de sa forte exposition à un stress physique et à son besoin de force. Le requin a une couche de minuscules plaques hexagonales appelées « tesselles », qui sont des blocs de cristaux de sels de calcium disposés comme une mosaïque. Cela donne à ces zones une grande partie de la force que l'on retrouve dans le tissu osseux chez d'autres animaux.

En général, les requins ont une seule couche de tesselles, mais les mâchoires de spécimens de grande taille, tels que le Requin-bouledogue, le Requin-tigre et le Grand requin blanc ont deux à trois couches ou plus, en fonction de la taille du corps. La mâchoire d'un Grand requin blanc peut avoir une grande place à cinq couches. Dans le rostre, le cartilage peut être spongieux et souple pour absorber la puissance des impacts.

Dents thumb|left|Les dents avec des bords dentelés d'un Requin-tigre. thumb|Les dents pointues et effilées d'un Requin mako. Les mâchoires du requin présentent des particularités uniques dans le monde animal. Elles sont entièrement mobiles, indépendantes, et garnies de plusieurs centaines de dents (polyodontie) réparties sur plusieurs rangées dont seule la dernière est fonctionnelle, les autres étant des dents de remplacement. Les dents, dont la forme varie selon les espèces (dérivées du type haplodonte par un aplatissement plus ou moins prononcé), sont renouvelées en permanence tout au long de la vie du requin (dentition polyphyodonte), et sont spontanément remplacées par une dent de la rangée suivante lorsqu'elles tombent ou sont abîmées.. Fixées sur un tissu fibreux très solide, elles se redressent vers l'extérieur lorsque le requin ouvre la gueule, ce qui lui permet de mordre plus facilement une proie et de la maintenir fermement grâce à la concavité des dents. Certains requins perdent plus de durant leur vie. Les dents trouvées dans des sites fossilifères peuvent alors servir à dater ces sites.. Le taux de remplacement des dents varie de une fois tous les huit à dix jours à plusieurs mois. Chez la plupart des espèces, les dents sont remplacées une à la fois contrairement à certaines, comme le squalelet féroce, qui remplace une rangée entière.

La forme de la dent dépend du régime alimentaire du requin et de son biotope : elles peuvent être du type coupeur, arracheur, agrippeur, broyeur... Les requins qui se nourrissent de mollusques, d'oursins et de crustacés ont des dents denses et aplaties utilisées pour le concassage, ceux qui se nourrissent de poissons ont des dents pointues et effilées, tandis que ceux qui se nourrissent de proies plus grosses, telles que les mammifères, ont des dents triangulaires avec des bords dentelés facilitant la coupe. Les dents des requins se nourrissant de plancton sont de petite taille et non-fonctionnelles..