Marie-Dominique Philippe, né Henri Anne Marie Joseph Philippe le à Cysoing (Nord) et mort le au prieuré de Saint-Jodard (Loire), est un prêtre dominicain français. Il est le neveu de Thomas Dehau et le frère de Thomas Philippe (1905-1993), lui aussi prêtre dominicain et cofondateur des communautés de l'Arche avec Jean Vanier. Marie-Dominique Philippe est sanctionné par Rome en 1957 pour sa complicité avec son frère Thomas Philippe, lui-même condamné par le Saint-Office en 1956 pour des abus sexuels.

Il est le fondateur, en 1975, de la Communauté Saint-Jean à Fribourg, puis des Sœurs contemplatives et des Sœurs apostoliques de Saint-Jean.

L'étendue de ses abus sexuels sur des femmes, perpétrés sur plusieurs décennies, a été documentée en 2023 par deux études historiques réalisées à la demande de la province de France des dominicains et de la communauté Saint-Jean.

Biographie Jeunesse et professorat Henri Philippe est le huitième d’une famille de douze enfants qui a donné à l’Église quatre dominicainsDominicains : Thomas Philippe (1905-1993). Évrard Philippe (1911-1940) sous le nom en religion de père Réginald. Pierre Philippe (1913-2002), ancien prêtre dominicain. et quatre moniales contemplativesMoniales contemplatives :

Marie Philippe (1903-1999), bénédictine de 1923 à 1999 à l'abbaye Notre-Dame de Wisques sous le nom de mère Hildegarde. Élisabeth Philippe (1908-2003), bénédictine de 1929 à 2003 dans la même abbaye. Henriette Philippe (1915-2005), bénédictine dans la même abbaye sous le nom de mère Winfrida puis prieure du monastère du Mont des Oliviers à Jérusalem. Elle fonde en 1974 un monastère de la branche des bénédictines de la Compassion. Cécile Philippe (1906-1986), dominicaine de 1927 à 1986. D'abord au monastère de la Croix et de la Compassion près du Saulchoir à Étiolles sous le nom de mère Cécile de Jésus, puis fondatrice et prieure du monastère de Bouvines. Déposée en 1956 et envoyée au monastère de Langeac sous un autre nom de religion : sœur Marie de Nazareth..

Son père (1875-1959), qui se prénomme également HenriFils de Louis-Alexandre Philippe (1830-1902), bâtonnier du barreau de Lille et de Julie Dubois-Charvet (1845-1888)., est notaire. Il a été scolarisé au Collège des Jésuites de Lille et est diplômé de la Faculté de droit de Lille. Il a quatre sœurs, dont une religieuse carméliteLouise Philippe (1868-1940). et une autre religieuse missionnaire en ChineÉlisabeth Philippe (1877-1950), auxiliatrice du purgatoire à Shanghai.. Henri Philippe est séparé de sa famille pendant la guerre de 1914-1918, à cause de son engagement au combat, et la famille se regroupe autour de la mère, née Élisabeth Dehau (1878-1968). Ses parents ont eu dix enfants, dont un dominicainThomas Dehau (1870-1956). et une fille de la CharitéClaire Dehau (1872-1932).. Son père, Félix Dehau (1846-1934), est un catholique légitimiste et sa mère, Marie Lenglart (1849-1940) est issue de la grande bourgeoisie lilloise. La demeure familiale de Bouvines est le centre de la dynastie Dehau ..

Le jeune Henri fait ses études au collège jésuite de Lille comme pensionnaire avec ses deux frères Jean (futur dominicain sous le nom de Thomas) et Évrard (futur dominicain sous le nom de Réginald). Évrard prononcera ses vœux solennels le et meurt à 30 ans d'une méningite..

Henri entre dans l’ordre de saint Dominique le à Amiens et prend en religion le nom de Marie-Dominique. Son oncle maternel, Thomas Dehau (1870-1956), lui-même dominicain, est son père spirituel. Marie-Dominique Philippe fait profession le , et poursuit ses études de philosophie et de théologie au Saulchoir de Kain (Belgique) de 1931 à 1938, où il retrouve ses deux frères et fait la connaissance de Jean de Menasce. Il est ordonné prêtre le . D’abord licencié en philosophie, il présente ensuite son mémoire de lectorat sur , puis soutient en 1944 un doctorat de théologie sur un théologien médiéval, Guillaume Durand de Saint-Pourçain sur lequel il produit également en 1951 un mémoire avec Paul Vignaux à l'École pratique des hautes études., Marie-Dominique Philippe enseigne la philosophie et la théologie au Saulchoir d’Étiolles de 1939 à 1945 puis de 1951 à 1962. De 1945 à 1982, il est professeur à l’université de Fribourg (Suisse), spécialisé en philosophie aristotélicienne et thomiste..

À la suite de sa rencontre avec Marthe Robin en 1946, Marie-Dominique Philippe vient prêcher lors de retraites au sein des Foyers de charité. Il restera proche des Foyers et de son fondateur Georges Finet jusqu'à la fin des années 1970.

Condamnation de Rome en 1957

Marie-Dominique Philippe est condamné par le Saint-Office en 1957 pour sa complicité avec son frère Thomas Philippe, lui-même frappé en 1956 de la peine vindicative de déposition, qui le prive du droit d’exercer son ministère et de délivrer les sacrements, pour des abus sexuels sur des femmes à l'Eau vive, avec des justifications mystiques et théologiques faussant leur conscience. : . . Un article du Monde paru le avance que .

Marie-Dominique Philippe, se voit interdire durant deux ans.. La condamnation est levée en mai-. Il est pleinement réhabilité par le Saint-Office et appelé désormais à mener une ..

Création de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X Le , Marie-Dominique Philippe participe avec d’autres personnalités (dont Bernard Kaul et l’abbé Paul Aulagnier) à la réunion qui se tient dans l’appartement fribourgeois de Bernard Faÿ et qui va donner naissance à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX)....

Marie-Dominique Philippe indique son intention dans une lettre datée du : Marcel Lefebvre fonde alors la FSSPX avec l'approbation de François Charrière. À partir d', les cours du séminaire commencent et Marie-Dominique Philippe vient donner des conférences tout au long de l'année. Il a, parmi ses étudiants, Paul Aulagnier ainsi que Bernard Tissier de Mallerais. Les mois passant, des divergences se font jour et aboutissent au départ de Marie-Dominique Philippe lorsque Lefebvre refuse d'appliquer la messe de Vatican II de Paul VI.. Il quitte la FSSPX au bout d'un an.

Ses communautés À Fribourg, en 1975, il fonde la communauté des frères de Saint-Jean et, quelques années plus tard, celle des sœurs contemplatives, puis celle des sœurs apostoliques. À ces trois communautés se joindront de nombreux laïcs, les oblats de Saint-Jean, l’ensemble formant une nouvelle famille spirituelle dans l’Église : la famille Saint-Jean.

En 1982, à son retour en France, il se consacre principalement à l’enseignement de la philosophie et de la théologie dans les maisons de formation des frères de Saint-Jean à Rimont (Saône-et-Loire) et à Saint-Jodard (Loire), dont il est le prieur général entre 1986 et 2001. L'évêque d'Ajaccio, Jean-Luc Brunin évoque une visite, dans les années 2000, du couvent Saint-Dominique de Corbara, géré par la communauté Saint-Jean, et l'emprise de Marie-Dominique Philippe sur les religieux présents : .

Marie-Dominique Philippe doit cesser d’enseigner à plus de 91 ans à la demande expresse de Rome.

En , à l’occasion de ses 70 ans de sacerdoce, Marie-Dominique Philippe reçoit les encouragements et la bénédiction de Benoît XVI par la voix du cardinal Franc Rodé : .

À la suite d’un accident vasculaire cérébral le , Marie-Dominique Philippe perd l’usage de la parole, puis il meurt le à Saint-Jodard.. Le cardinal Angelo Sodano fait parvenir un message de condoléances à la communauté au nom du pape Benoît XVI..

Ses obsèques sont célébrées le par Philippe Barbarin, archevêque de Lyon en la cathédrale Saint-Jean de Lyon en présence notamment de Pascal Clément, ministre de la Justice, du cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’État du pape, et de Fortunato Baldelli, nonce apostolique en France. La messe des funérailles est retransmise en direct sur la chaîne catholique KTO.. Il est inhumé au cimetière du prieuré de la communauté Saint-Jean à Notre-Dame-de-Rimont à Fley (Saône-et-Loire) ..

Mises en cause Dans le courant des années 1980 et 1990, des familles et d’anciens membres mettent en cause des erreurs graves de discernement de la communauté Saint-Jean concernant de jeunes vocations religieuses. Il est reproché à Marie-Dominique Philippe d'accueillir dans ses noviciats tout jeune qui se présente. Quelques parents organisés en association (l'Avref créée en 1998) dénoncent un fonctionnement « totalitaire » de la communauté : culte de la personnalité du fondateur, dérives apocalyptiques et sectaires, scandales de mœurs étouffés, manipulations psychologiques causant la destruction psychique de plusieurs jeunes entrés dans la communauté... Enseignant à Rimont depuis 1997, considéré comme , le père Jean-Miguel Garrigues pousse l'évêque du diocèse d'Autun dont dépend la communauté Saint-Jean, Raymond Séguy, à prendre des mesures à la hauteur des problèmes soulevés : l'évêque adresse une sévère monition canonique à la communauté en 2000. En , le Service Accueil Médiation (SAM) de la Conférence des évêques de France, créé à l'initiative de Jean Vernette, émet un rapport dans lequel Marie-Dominique Philippe apparaît comme le dénominateur commun de communautés suspectes de dérives sectaires comme les différentes branches de la Congrégation Saint-Jean, la Famille monastique de Bethléem, l'abbaye d'Ourscamp avec Points-Cœur ou le carmel de Montgardin Tangi Cavalin cite, entre autres, cette partie du rapport : .. À la demande de la Congrégation pour les religieux, Raymond Séguy nomme en deux assistants religieux, l'évêque émérite du diocèse de Fréjus-Toulon, Joseph Madec, et le père Hubert Niclasse, ancien provincial des dominicains en Suisse, chargés de superviser la communauté durant deux ans..

En , les critiques touchant le fonctionnement de la communauté Saint-Jean et de sa branche féminine sont rejetées par Joseph Madec et Gaston Poulain qui .

Abus sexuels

Témoignages convergents À la suite du chapitre général d', le supérieur général de la communauté, le père Thomas-Joachim, écrit aux frères une lettre dans laquelle il fait part de l'existence de témoignages convergents affirmant que .. Le prieur dit souhaiter rompre avec l'idéalisation d'un fondateur vénéré. semblant promis à la béatification.. Avant cette révélation, lui-même avait commandé une biographie fournie du père Marie-Dominique Philippe, Marie-Dominique Philippe. Au cœur de l’Église du ., en cours d'achèvement en 2014, sans que la journaliste qui l'avait écrite ait pu documenter les allégations.

Dans une lettre du adressée à la communauté Saint-Jean, la Congrégation pour les instituts de vie consacrée confirme que Leur crédibilité a été vérifiée par les autorités romaines , il s'agit de ..

Les témoignages recueillis montrent qu'il a abusé, au moins à partir des années 1970, d’une quinzaine de femmes, pour la plupart des religieuses : , en recourant .

Le , le pape François parle d’une congrégation féminine où , se référant à la communauté dissoute par Benoît XVI en 2013 des « Sœurs de Saint Jean et de Saint-Dominique ». composée d'anciennes sœurs contemplatives de la congrégation Saint-Jean...Un certain nombre de ces sœurs ont fondé une nouvelle communauté : Maria Stella Matutina..

Réaction de la communauté Saint-Jean Lors de son chapitre général, à l'automne 2019, la communauté Saint-Jean annonce la mise en place d'une commission interdisciplinaire (historique, psychologique et théologique) pour comprendre les liens entre sa condamnation par Rome en 1957 et les révélations plus récentes. Son rapport, après avoir été annoncé en , est repoussé à . La communauté prend ses distances avec son fondateur, dans un message final publié le qui affirme que Marie-Dominique Philippe ...

Lors de son chapitre de , la communauté décide d'aborder à nouveau la question de ses relations avec Marie-Dominique Philippe... Le se poursuit lors de la deuxième session du chapitre général de 2022 au mois de novembre. .