L'église de la Très-Sainte-Trinité (en ) de Novate est une église paroissiale située dans la commune et paroisse de Novate Mezzola, dans la province de Sondrio et le diocèse de Côme en Italie.

Les documents anciens permettent de faire remonter l’église au moins jusqu’au . En 1598, grâce aux fonds offerts par un donateur, l’édifice fut agrandi, équipé d’un clocher et pourvu d’une abside avec presbytérium pour y loger le maître-autel. En 1615, après achèvement des travaux, l’église présentait une nef rectangulaire unique avec abside octogonale, selon le canevas usuel dans la région. Peu après, la nef fut couverte d’une voûte en berceau surbaissé, tandis que la sacristie voyait enfin le jour.

L’église doit son aspect actuel au remaniement effectué en deux étapes à l’époque baroque, sans altération de son plan au sol, qui fut maintenu tel quel. À partir de la décennie 1640, la voûte surbaissée fut remplacée par une voûte en berceau plein-cintre, les murs reçurent une couche de stuc, l’abside fut remodelée (ajout de fenêtres, pose d’un retable, construction d’une balustrade cernant le sanctuaire) et l’intérieur réagencé selon les préceptes de la Contre-Réforme (fonts baptismaux, disposition de l’autel). Ensuite, à partir de 1685, à la faveur d’une copieuse donation, une corporation itinérante locale de compagnons artisans et artistes, communément appelée « maestri comacini », parmi lesquels figurait le peintre Giulio Gaglio, s’attela à doter l’église d’une décoration intérieure baroque exubérante, comprenant des stucs avec dorures, des fresques sur les voûtes, et des tableaux et retables dans les chapelles latérales, à quoi viendra s’ajouter un orgue en 1686 — le tout dénotant néanmoins une vision d’ensemble et une conception organique. Dans le même temps, la façade fut remodelée de manière à la mettre plus en accord avec celle de l’église du Gesù de Rome, prototype à suivre en la matière aux yeux de la Contre-Réforme en Italie. La flèche du clocher reçut sa silhouette actuelle (éléments superposés et à redents, coiffés d’une coupole octogonale) au début du siècle suivant.

Histoire L’église dans sa forme antérieure vignette|L’église vue dans son environnement, le vieux centre-bourg de Novate. La mention la plus ancienne de l’église de Novate figure dans un document de 1446. On peut donc, sur la foi de ces quelques rares documents, faire remonter l’église ancienne au moins jusqu’au ... Cependant, les premières citations accompagnées de détails intéressants sur l’église ne commencent à émerger qu’à partir de la fin du et permettent de déduire que c’est dans les dernières années du que fut terminée la construction du clocher, dont les travaux avaient été si onéreux qu’il ne restait plus d’argent pour équiper la tour de cloches.

vignette|150px|Porte latérale sur la Via Roma. En , un donateur, Battista de Ferrari, originaire de Novate, s’engagea par dévotion à financer l’agrandissement de l’église, lequel devait comporter notamment la création du presbytérium (« cappella maggiore », soit le sanctuaire de l’abside, la partie du chœur où se trouve le maître-autel). Après la mort du bienfaiteur en 1600, le conseil de fabrique décida de consacrer l’argent disponible en priorité à l’acquisition de cloches, tout en maintenant la réalisation, dans le délai fixé et dans la forme voulue par le donateur, de l’objectif du presbytérium... Ledit objectif fut atteint, comme en témoigne le rapport de la visite pastorale de l’évêque de Côme Archinti en , dans lequel est donnée une description aride mais précise de l’état dans lequel se trouvait alors l’église : à cette date, la sacristie manquait encore et la nef était toujours privée d’une voûte, mais l’édifice présentait d’ores et déjà sa structure générale définitive, et le presbytérium était présent, quoique non encore cerné par une balustrade. L’église présentait déjà deux entrées, une dans la façade principale (occidentale) et l’autre, mineure, sur le flanc nord, correspondant probablement à l’actuelle (sur la Via Roma). Le dallage était de terre cuite et les parois étaient encore dépourvues de stuc et de fresques, et même la façade apparaissait dépouillée, simplement blanchie à la chaux.. Telle quelle, l’ancienne église était probablement conforme au schéma qui prévalait dans la zone de Côme et dans la Valteline, et se composait d’une nef rectangulaire unique, prolongée d’une abside octogonale dotée de fenêtres dans sa partie basse, et dont les murs extérieurs étaient scandés de pilastres, en particulier de pilastres d’angle dans le cas de l’abside. L’église devait présenter ces caractéristiques au moment où l’évêque Archinti effectua sa visite pastorale en 1615. En exécution des préconisations formulées à cette occasion par Archinti, l’on entreprit de construire la sacristie ; cette tâche, la plus urgente eu égard aux besoins du culte, fut accomplie avant 1620.

Si pendant le conflit entre l’Espagne et les Ligues grisonnes de 1625, les plus graves dégâts ont été subis par les églises vicariales de Campo Mezzola (hameau proche de Novate) et de Verceia (paroisse située plus au sud, à 2,5 km à vol d’oiseau), et si l’église paroissiale de la Très-Sainte-Trinité échappa aux flammes, elle eut à souffrir quelques dommages, en particulier aux décorations. Le temple avait servi de lieu de cantonnement et de dépôt militaire, et le clocher avait fait office de tour de signalisation, de concert avec le fort de Riva proche. Le procès-verbal de la visite pastorale de monseigneur Carafone en , un an environ après l’évacuation des troupes espagnoles, fait état, sans plus de précision, de « dommages soufferts », mais ne mentionne pour le reste aucun changement notable par rapport à la précédente visite.. La paix revint dans la région en , après la signature par l’Espagne et les Trois Ligues du traité de dit « capitulat de Milan »..

Remaniement à l’époque baroque Contexte historique (religieux et politique) vignette|250px|Clocher de l’église émergeant de derrière le palais Giani, demeure de la famille patricienne locale Giani de Valpo. L’église de Novate dans sa forme baroque peut été considérée sous deux angles différents : comme un exemple d’œuvre conçue, de façon unitaire et organique, par la corporation d’artisans et ouvriers originaire de la vallée d'Intelvi (qui s’étire entre les lacs de Lugano et de Côme) et appelée à jouer dans la région un rôle artistique, culturel et social de premier plan aux et , ou comme le fruit des préceptes architecturaux propres à la Contre-Réforme ou, plus spécifiquement, des dispositions se rapportant aux édifices sacrés édictées par les évêques de Lombardie (dont notoirement Charles Borromée) dans le cadre de la rénovation générale de l’Église catholique proclamée au concile de Trente au milieu du ..

La réforme catholique lancée par le concile de Trente visait à ramener le peuple chrétien à l’authenticité de ses propres origines. L’art devait embrasser tous les aspects et toutes les formes de la nature et être le vecteur d’une culture et d’une civilisation qui, pour s’être amalgamées étroitement à la doctrine chrétienne, devaient devenir patrimoine commun et se propager dans la population tout entière au lieu de rester cantonnées au sein d’une élite d’artistes et de lettrés. La mission des lieux de culte était de rendre évidentes et directement sensibles les vérités profondes renfermées dans la doctrine chrétienne... En cela, la rénovation catholique s’inscrivait en opposition à l’esprit du mouvement de réforme protestant..

Sur la plan artistique, la Valteline et les deux comtés de l’Alto Milanese (Seprio et Burgaria) étaient certes retombés sous la tutelle grisonne après le traité (capitulat) de Milan de 1639, mais les affinités culturelles restaient orientées sur l’Italie, surtout sur Côme et Milan, mais aussi sur Rome et Venise..

Préceptes et principes directeurs vignette|redresse|Façade de l’église du Gesù de Rome, valant modèle à suivre au temps de la Contre-Réforme en Italie. En Europe, une scission s’était instaurée entre d’une part la sphère protestante, où l’architecture sacrée présente une austérité générale et une absence quasi-absolue de toute image et de tout ornement, jugés prétextes à idolâtrie et à corruption, et d’autre part la sphère catholique, où prévaut le foisonnement baroque et une surabondance décorative délibérée. Sur le plan architectural plus particulièrement, où s’exerce l’influence des Jésuites, le plan à nef unique avec chapelles latérales et avec tout le lexique architectural classique (ordres, colonnes, pilastres, tympans), dont l’église du Gesù de Rome servait de prototype, s’imposait désormais aux édifices religieux. Les prescriptions en ce sens formulées par l’évêque Charles Borromée concernant l’agencement des églises, en accord avec la conviction que les édifices religieux et les offices qui s’y célébraient devaient dénoter faste et richesse, eurent leur effet également dans la région du lac de Côme. Toutefois, en Lombardie, ces préceptes furent appliqués surtout à l’intérieur des églises, tandis que l’architecture extérieure restait au contraire plutôt simple, linéaire et sobre. D’autre part, sous l’influence morale de Borromée, on se gardait d’encourager le caprice et les dérives formelles dans le domaine de l’art et de la décoration.

vignette|redresse|Fonts baptismaux disposés à l’intérieur de l’église de Novate (à gauche près de la porte), conformément aux nouvelles prescriptions. Il était recommandé par ailleurs que l’église soit, en adéquation avec son rôle, en position quelque peu élevée par rapport à l’environnement, avec un petit escalier d’accès. Une importance particulière était attachée à la façade, dont « l’aspect sera d’autant plus décent et majestueux que viendront l’orner des images sacrées et des peintures figurant des faits de l’histoire sainte ». Ainsi s’est constitué le canevas commun aux façades lombardes, qui allaient être dotées de niches disposées symétriquement et accueillant généralement des statues de saints.

À la différence de l’habitude antérieure, l’on avait soin désormais en Lombardie de ne pas placer de fenêtres projetant la lumière directement sur l’autel, ce pourquoi les fenêtres furent par la suite positionnées presque toujours sur les flancs de la nef et en hauteur, pour favoriser le recueillement. À Novate pourtant, les deux fenêtres rectangulaires de l’abside, probablement préexistantes à la rénovation du , furent laissées telles quelles et de surcroît surmontées de deux nouvelles fenêtres rondes. La nef fut percée de seulement trois fenêtres (en ce compris celle de la façade) qui produisent un éclairage diffus, adapté au type de décoration intérieure. En conformité avec les prescriptions de Borromée, le tabernacle était orienté de telle sorte que l’officiant soit tourné vers le peuple. Un autre précepte, auquel l’église de Novate répondait également, portait que les fonts baptismaux se trouvent à l’intérieur de l’église, en l’espèce à gauche dans la première travée de la voûte.

Exécutants Les maîtres d’œuvre auxquels fut confiée la rénovation de l’église de Novate est une certaine association de compagnons-maçons, désignée par diverses appellations, mais dont celle de « maestri comacini » est entrée dans l’usage commun. Cette association était un regroupement « mixte » (tant pour l’origine géographique que pour la présence en son sein d’une variété de métiers d’artisans) d’artistes et de techniciens, ayant son siège dans la vallée d'Intelvi.. Ses membres, réputés d’une grande habileté technique et artistique, est à l’origine de quantité de bâtiments religieux, dont en particulier l’oratoire Saint-Joseph à Laino, dû à la famille Quaglio. Cependant, sa zone d’activité dépassait largement la Lombardie, s’étendant non seulement vers le sud (Rome), mais aussi et surtout à la Suisse, l’Allemagne (Passau) et l’Empire autrichien (Ljubljana, Salzbourg, Vienne) et même aux Pays-Bas, à la Pologne et à la Russie..