vignette|upright=2|Pyramides de Gizeh

Alors que les premières pyramides d'Égypte étaient composées de degrés superposés, les architectes de la fin de la et du commencement de la (vers −2600) ont perfectionné leurs techniques pour aboutir à des pyramides à faces lisses, dont les plus magnifiques représentantes sont les pyramides de Gizeh.

On considère les pyramides à faces lisses comme une évolution technique marquante dans l’architecture de l’Égypte ancienne.

Signification religieuse d'une pyramide

La pyramide, vecteur religieux

Dans la mythologie égyptienne, la vision héliopolitaine de la création est symbolisée par la colline émergeant de l'océan primordial. Cette butte primordiale, dont l'image est le benben, fit jaillir la première forme de vie sous la forme d'un lotus. Cette colline émergée représente donc la forme d'une vie nouvelle dont les tertres, les mastabas et les pyramides surmontaient la sépulture des défunts souverains afin de les amener à leur nouvelle existence. Le benben procurait la force régénératrice nécessaire à la réalisation de la renaissance spirituelle, l'union du ba avec le ka, l'apparition de l'akh. À partir de la fin de la , les nouvelles convictions religieuses solidement établies entrainèrent une conception standardisée de l'infrastructure des pyramides. La chambre funéraire était aménagée à l'ouest de l'antichambre, le sarcophage étant placé à l'extrémité ouest de la chambre funéraire. Le mythe décrivait, le soir, l'entrée du soleil dans le monde souterrain, la Douât, où il fusionnait avec Osiris, afin de renaître à la vie. L'extrémité ouest de la chambre sépulcrale symbolisait cette entrée au monde souterrain. L'esprit du roi s'enfonçait dans la Douât, s'unissait à Osiris afin d'opérer sa renaissance. L'esprit revivifié du roi, l'akh, réapparaissait dans l'antichambre correspondant à l'akhet, l'aube. L'akh pouvait alors quitter la sépulture par le couloir d'entrée orienté vers l'hémisphère nord du ciel et rejoindre le royaume des morts, aidé en cela par le gigantesque escalier figuré par la pyramide. Cette symbolique explique que ces pyramides étaient construites en fonction de deux axes précis, l'un est-ouest suivant la course diurne du soleil, l'autre sud-nord suivant la ligne du Nil.

Simultanément, un second symbolisme se superpose au premier. Recouvertes d'un parement de calcaire blanchâtre poli qui renvoie les rayons du soleil, elles faisaient l'effet de véritables collines de lumière. Les théologiens comparaient leur forme triangulaire au faisceau de rayons que le soleil darde à travers les nuages et . Ces pyramides symbolisaient ainsi des rayons de soleils pétrifiés faisant communiquer le Ciel et ses divinités avec la Terre.

Les textes des pyramides

Pour la première fois, sous le règne d'Ounas, les Égyptiens inscrivirent des textes religieux sur les parois de l'antichambre et de la chambre funéraire, restant ainsi à la disposition du ka du roi. Ces textes consistent en formules d'offrandes, formules magiques et invocations permettant au souverain défunt d'accéder à la renaissance.

Évolution des pyramides lisses

À partir de la fin de la et du commencement de la , les architectes, constatant que les pyramides à degrés offraient certains inconvénients incompatibles avec le sentiment de pureté rituelle (elles se recouvraient de poussière de sable et de débris apportés par le vent, servaient de perchoir aux oiseaux qui souillaient ces monuments), les perfectionnent. : l'architecture des pyramides égyptiennes prend un nouvel élan et, grâce à l'évolution des techniques, aboutit aux pyramides à faces lisses. La première est inaugurée par Snéfrou à Meïdoum. Il achève le monument que son prédécesseur avait probablement initié en opérant une transition audacieuse de la pyramide à degrés en une véritable pyramide classique, donnant ainsi à la forme du monument une beauté abstraite qui caractérisera tous les monuments du genre édifiés par la suite. Son angle d'inclinaison de 51°50'35, très proche de celle de la pyramide de Khéops, suggère que Meïdoum a servi de modèle à celle de Khéops reproduite par homothétie. Le symbolisme solaire y trouve un accomplissement jamais égalé, les faces lisses symbolisant les rayons solaires qui tombent sur la terre. Le complexe funéraire était désormais entièrement organisé autour de cette pointe dressée vers les cieux, et dont la blancheur du revêtement ajoutait à l'effet recherché d'allier le culte du roi à celui de l'astre diurne dont la théologie, à n'en pas douter, rayonnait déjà sur tout le paysJobim Sampson, documentaire Aux frontières de la science : au cœur des pyramides, National Geographic, 2002..

L'ultime stade d'évolution des pyramides à faces lisses est à rechercher en Nubie et au Soudan, où les pharaons de Napata, puis de Méroé, édifièrent des monuments dont l'angle beaucoup plus raide leur donne un aspect plus aigu et deviendra d'ailleurs une caractéristique de cette civilisation de l'antique Soudan.

La superstructure

Matériaux

Tout comme les précédentes pyramides à degrés, les pyramides lisses ont un parement en calcaire fin, matière relativement douce et facile à travailler, qui se brise suivant le plan de découpe impulsé par le tailleur de pierre.

De nos jours, la couche de parement extérieur lisse des deux grandes pyramides de Gizeh a presque entièrement disparu, celles-ci ayant servi de carrières pour la construction de la ville du Caire.

La pyramide de Mykérinos a la particularité de présenter un parement de granite rouge, non ravalé, mais bien conservé sur environ le quart de la hauteur.

Architecture

vignette|Superstructure de la pyramide de Meïdoum

Cette seconde révolution technologique et architecturale semble s'être mise en place sous le seul règne du premier souverain de la dynastie qui, outre le complexe de Meïdoum, fera bâtir en son nom propre deux autres pyramides colossales à Dahchour.

Si l'ordre de construction de ces derniers monuments reste encore discutéSelon certaines analyses, soutenues notamment par l'architecte Gilles Dormion, il apparaîtrait probable que Dahchour Nord ait été construite avant Dahchour Sud, l'architecture de leur superstructure révèle assez bien les recherches nécessaires qui ont permis d'aboutir à l'édification d'un monument stable et prévu pour durer l'éternité. C'est bien sûr avec Khéops et sa grande pyramide que ce but est atteint. Les projets qui suivront profiteront de toutes les avancées technologiques efficaces alors employées pour l'édification de ces monuments.

La construction en assises de lits déversés utilisés par les architectes des pyramides à degrés est abandonnée au profit d'assises régulières maçonnées et superposées horizontalement, dont les blocs voient leur taille se réduire à mesure que le monument se dressait. Il est postulé que ce choix architectonique est lié à la présence des chambres funéraires au sein même du monument.

Avec la , la taille des pierres reste néanmoins cyclopéenne avec un poids dépassant le plus souvent les deux tonnes, ce qui force l'admiration pour les techniques de l'époque et continue à exciter les imaginations en donnant lieu à toutes sortes de théories et d'hypothèses pour déterminer les moyens dont les anciens Égyptiens se sont servis pour tailler, transporter, haler et ajuster ces millions de pierres en l'espace d'une centaine d'années.

Force est de constater, avec les nouvelles études faites sur les monuments de cette période, que ces gigantesques tombeaux combinaient plusieurs types de maçonnerie et profitaient souvent des caractéristiques du terrain choisi pour leur édification. L'aspect soigné de l'architecture semble avoir été réservé surtout à la maçonnerie située autour des appartements funéraires du roi, partie la plus sacrée de l'édifice, et également aux couches extérieures du monument, afin de lui assurer une grande stabilité dans sa forme géométrique. Les premières assises du parement sont, par exemple, encastrées dans le sol rocheux, ce qui interdisait tout glissement de la structure une fois l'édifice achevé.

D'autre part certaines pyramides sont conçues à partir d'un éperon rocheux nivelé et retaillé pour les besoins de la construction, servant de noyau et réduisant considérablement le volume restant à bâtirPar exemple la pyramide de Khéphren à Gizeh ou celle de Djédefrê à Abou Rawash.

Avec la et les pyramides d'Abousir et de Saqqarah, l'architecture de la superstructure des pyramides à faces lisses est mieux connue. Elle est d'ailleurs assez uniforme, ce qui dénote un aboutissement dans les méthodes de construction, qui suivront alors des étapes précises héritées des expériences menées par la dynastie précédente.

Le chantier débutait par le creusement d'une vaste excavation afin de contenir le dispositif désormais souterrain abritant le caveau royal recouvert et protégé par un dispositif de couverture de dalles monolithiques disposées en chevrons, puis le noyau de la pyramide était conçu comme une pyramide à plusieurs degrés qui s'élevait par-dessus cet ensemble souterrain. La chaussée qui montait de la vallée vers le chantier de la pyramide devait servir alors de voie de halage pratique pour les matériaux de construction, tandis que des rampes secondaires étaient placées sur les faces du noyau de la pyramide, afin de poursuivre son édification. Enfin des assises régulières de blocs de calcaire parachevaient le tout en une pyramide à faces lisses dont le parement de calcaire fin de Tourah assurait la cohérence de l'édifice, lui conférant la stabilité nécessaire et son aspect géométrique final, dont le pyramidion terminal était probablement sculpté dans un matériau différent, tel le granite par exemple. Cette pierre polie et recouverte d'une feuille d'or étincelait sous le soleil du désert et ainsi signalait chaque monument funéraire à l'horizon occidental de la vallée.

Cette conception de la pyramide n'évoluera guère au cours de toute la fin de l'Ancien Empire et c'est seulement avec la que la superstructure de l'édifice subira à nouveau une nouvelle révolution technique. Ces monuments seront alors bâtis selon une nouvelle méthode de construction dont l'architecture, si elle apparaît plus pauvre en qualité des matériaux, offre une résistance étonnante aux assauts du temps. En effet si le massif de la pyramide est désormais construit en brique crue, il comporte pour la première fois une armature de murs croisés de manière à répartir les charges. Les interstices laissés entre ces murs étaient comblés par un blocage constitué de débris divers renforcé par des assises horizontales de millions de briques crues recouvertes d'un parement de calcaire fin de Tourah.

Comme pour les pyramides précédentes, ce parement a été prélevé depuis longtemps pour construire d'autres monuments. Mais si pour les exemples de l'Ancien Empire, ce défaut nuit gravement à la stabilité d'ensemble de l'édifice, menaçant notamment l'infrastructure, la cohésion de l'édifice n'étant plus assurée, pour les pyramides du Moyen Empire il en va tout autrement grâce à l'architecture inventée.

Cependant, pour ces derniers cas, la qualité des matériaux résiste mal à l'érosion et a subi l'assaut des hommes qui, au début de l'histoire de l'égyptologie, n'hésitèrent pas à éventrer ces édifices afin de mettre au jour les infrastructures que l'on espérait alors encore intactes.

Propriétés géométriques et astronomiques

vignette|Creusement au niveau des apothèmes, schéma avec cotes

Il existe différentes formes de pyramides lisses, qui comportent toutes la caractéristique d'avoir un revêtement ou parement leur donnant un aspect géométrique presque parfait. Mais leur aspect diffère considérablement suivant l'angle donné à leur pente.