Charles Perrault, né le à Paris et mort dans la même ville le est un homme de lettres français, célèbre pour ses Contes de ma mère l’Oye.

Membre de l'Académie française, collaborateur de Jean-Baptiste Colbert, auteur d'une œuvre éclectique, chef de file des « modernes » dans la Querelle des Anciens et des Modernes, où il est opposé à Nicolas Boileau, Charles Perrault est considéré par ses contemporains comme un auteur important. Il est principalement connu depuis trois siècles pour avoir formalisé le genre littéraire du conte merveilleux.

Biographie Enfance et débuts Charles Perrault est né dans une famille bourgeoise tourangelle installée à Lyon. Son grand-père était brodeur du roi, son père Pierre († 1652), avocat au Parlement de Paris, a épousé en 1608 Paquette Le Clerc († 1657), avec qui il a eu sept enfants.

Charles est le dernier de la fratrie. : Jean, l'aîné, avocat comme son père, meurt en 1669 ; Pierre (1611-1680), receveur général des finances, perd pour indélicatesse son crédit auprès de Colbert en 1664 ; Claude (1613-1688), médecin et architecte, membre de l'Académie des sciencesExtrait du registre paroissial de l'église Saint-Benoît de Paris : M. Claude Perrault de l'Académie royale des sciences et docteur en médecine de la faculté de Paris a été pris en sa maison dans la place de Fourcy autrefois dite de l'Estrapade et inhumé en l'église, le onzième jour d'octobre mil six cent quatre-vingt huit, en présence de monsieur Perrault (Charles) ancien contrôleur des bâtiments du Roy et l'un des quarante de l'Académie française, son frère, de M. Hector Hermand Guichon et autres qui ont signé : Perrault, Guichon, Charles Perrault, Pierre Perrault. Registre détruit par l'incendie de 1871 mais acte transcrit par l'archiviste Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1867, . et du Conseil des bâtiments, publie des ouvrages d'histoire naturelle et d'architecture ; on lui doit notamment la colonnade du Louvre ; Nicolas (1624-1662), amateur de mathématiques et théologien, est exclu de la Sorbonne pour jansénisme en 1656 ; Marie, l’unique fille, meurt à treize ansCharles Perrault, Contes, par Catherine Magnien, Éditions Classiques de Poche'.. Charles avait un jumeau, François, qui est mort après leur naissancePaul Bonnefon, Mémoires de ma vie, par Charles Perrault, Paris, 1909, ..

Le , en l'église Saint-Étienne-du-Mont à Paris, il est tenu sur les fonts baptismaux par son frère Pierre et sa cousine Françoise PépinLes registres paroissiaux anciens de Paris ont disparu dans l'incendie de 1871, mais ce baptême est cité par Paul Bonnefon, qui se réfère à Auguste Jal, dans Mémoires de ma vie, par Charles Perrault, Paris, 1909, p. 19..

Il fait des études littéraires brillantes au collège de Beauvais à Paris. Il raconte dans ses MémoiresMémoires de ma vie par Charles Perrault, éd. Paul Bonnefon, Paris, 1909, p. 20 et suivantes, lire en ligne sur Gallica. qu'étant élève de philosophie, il quitta la classe à la suite d’une discussion avec son professeur, en compagnie d'un de ses camarades. Tous deux décident de ne plus retourner au collège, et ils se mettent avec ardeur à la lecture des auteurs sacrés et profanes, des Pères de l'Église, de la Bible, de l’histoire de France, faisant de tout des traductions et des extraits. C'est à la suite de ce singulier amalgame de libres études qu'il met en vers burlesques le sixième livre de l'Énéide et écrit les Murs de Troie ou l'Origine du burlesque.

Reçu avocat en 1651 après avoir obtenu sa licence de droit, il s'inscrit au barreau, mais s'ennuie bientôt de « traîner une robe dans le Palais ». En 1653, il publie avec son frère Claude un poème, « Les murs de Troie ou l'Origine du burlesque ». Un an plus tard, il devient commis chez son frère qui était receveur général des finances. Cette place lui laisse le temps de satisfaire son goût pour la poésie..

Au service des Académies

vignette|gauche|upright|Charles Perrault, portrait par Charles Le Brun qui le montre dans sa bibliothèque environné de symboles des arts et de la musiqueL'écrivain, devant un rideau noir (symbole de deuil ?) pose la main droite sur un livre d'Horace évoquant la poésie (le livre masque un plan des appartements de Versailles, symbole de l'architecture et de sa charge de contrôleur général de la Surintendance des bâtiments du roi), la gauche sur une tête de nymphe, couronnée de roseaux, évoquant la sculpture. Le cheviller du luth symbolise la musique et le tableau dans l'angle (identifié comme étant le Moïse enfant foulant aux pieds la couronne de Pharaon de Poussin) la peinture. Cf ..

Il est chargé par Colbert de la politique artistique et littéraire de Louis XIV en 1663, en tant que secrétaire de séance de la Petite Académie, puis en 1672 en tant que contrôleur général de la Surintendance des bâtiments du roi.. Dès lors, Perrault use de la faveur du ministre au profit des lettres, des sciences et des arts. Il n'est pas étranger au projet d’après lequel des pensions sont distribuées aux écrivains et aux savants de France et d’Europe.

À , il épouse Marie Guichon, 19 ans, avec qui il a quatre enfants..

Perrault contribue également à la fondation de l’Académie des sciences et à la reconstitution de l’Académie de peintureIl fut parrain d'une fille du peintre Samuel Massé, membre de l'Académie de peinture et de sculpture.. Il fait partie, dès l’origine, de la commission des devises et inscriptions qui devint l’Académie des inscriptions et belles-lettres, mais à la mort de Colbert en 1683, il perd sa charge de contrôleur général et est exclu de cette académie. Entré à l’Académie française en 1671, il y donne l’idée des jetons de présence, de rendre publiques les séances de réception et de faire les élections « par scrutin et par billets, afin que chacun soit dans une pleine liberté de nommer qui il lui plairait. » C’est aussi lui qui rédige la préface du Dictionnaire de l'Académie en 1694.

Mort Charles Perrault meurt le dans sa maison de la rue de l'Estrapade sur la Montagne Sainte-Geneviève et est inhumé le lendemain en l'église Saint-Benoît-le-Bétourné en présence de son fils CharlesExtrait du registre paroissial de l'église Saint-Benoît de Paris : Le dix-sept may et jour de l'Ascension (1703), messire Charles Perrault, conseiller du Roy, ci-devant controlleur général des bâtiments de Sa Majesté et l'un des quarante de l'Académie française, âgé de soixante-quinze ans, décédé le jour précédent dans sa propre maison, située sur les anciens fossés de l'Estrapade, de cette paroisse, a été inhumé en la nef de cette église, en présence de Messire Charles Perrault, écuyer de la duchesse de Bourgogne, son fils, et de Messire Samuel-René Guichon, prêtre et chanoine de Verdun, son beau-frère, qui ont signez, et autres. Registre détruit par l'incendie de 1871 mais acte transcrit par Eugène Piot dans État civil de quelques artistes français, Paris, Librairie Pagnerre, 1873, p. 96..

Œuvres

Perrault a pratiqué plusieurs genres littéraires.

Au genre galant avec Dialogue de l’amour et de l’amitié (1660) et Le Miroir ou la Métamorphose d’Orante se sont ajoutées des poésies légères, comme le Portrait d’Iris.

Le poème intitulé le Siècle de Louis le Grand lu à l’Académie, le et marquant la prépondérance de l'art du siècle du Roi soleil provoque un tollé et ouvre sur la Querelle des Anciens et des Modernes.

Perrault commence en 1696 et termine, cinq ans après, un ouvrage intitulé Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle (2 vol. in-fol.), un recueil de cent deux biographies, courtes, précises et généralement exactes, accompagnées de remarquables portraits gravés.

Mais ce qui a fait la popularité de Perrault, ce n’est ni son œuvre poétique, ni son travail d'historien, ni ses écrits littéraires, mais la série de contes publiés entre 1694 et 1697.

En 1694, il publie au sein d'une édition de Recueil de pièces curieuses et nouvelles tant en prose qu'en vers, un conte en vers, Peau d'âne.

En 1696 paraît, dans le Mercure galant, le conte en prose La Belle au bois dormant.

En 1697, il publie un volume contenant les huit contes en prose : La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe bleue, Le Maître chat ou le Chat botté, Les Fées, Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre (graphie de l'édition originale), Riquet à la houppe et Le Petit Poucet.

Le petit volume intitulé Contes de ma mère l’Oye, ou Histoires du temps passé et publié par lui en 1697 sous le nom de son jeune fils, Perrault d’Armancourt, fait l'objet de contrefaçons dès la première année.

La Querelle des Anciens et des Modernes Le , Charles Perrault faire lire à l’Académie française un poème intitulé le Siècle de Louis le Grand. Parlant un peu lestement d’Homère, de Virgile et des plus révérés d’entre les auteurs de l'Antiquité, il y met pour la première fois le au-dessus de tous les précédents ; d'où la place importante que son poème occupe dans l’histoire des lettres, en ce qu’il inaugure ce qu'on appelle la Querelle des Anciens et des Modernes.

Perrault, qui sera le chef de file des partisans des Modernes, y explique, par une loi de la nature, l’égalité entre les différents âges, qui fait que les grands hommes et les génies se trouvent de tous temps : :À former les esprits comme à former les corps, La nature en tout temps fait les mêmes efforts ; (...) De cette même main les forces infinies Produisent en tout temps de semblables génies. (Perrault, Le Siècle de Louis-le-Grand, Académie française, 27 janvier 1687)Charles Perrault, Œuvres choisies de Charles Perrault, Texte établi par Collin de Plancy, Peytieux, 1826, p. 290.... pour affirmer immédiatement après que les époques sont variables et le règne de Louis XIV sans égal : :Les siècles, il est vrai, sont entr’eux différents, Il en fut d’éclairés, il en fut d’ignorants ; Mais si le règne heureux d’un excellent monarque Fut toujours de leur prix et la cause et la marque, Quel siècle pour ses rois, des hommes révéré, Au siècle de Louis peut être préféré ? (Perrault, Le Siècle de Louis-le-Grand, Académie française, 27 janvier 1687)

Le étant, selon lui, supérieur à tous les autres par la perfection de son roi et de sa religion, il s'ensuivrait que les œuvres créés par les contemporains à la gloire de Louis XIV et de la Chrétienté sont forcément supérieures à tout ce qu'ont produit les siècles passés<ref>Charles Perrault, Le siècle de Louis le Grand, lire en ligne</ref>. Perrault en vient ainsi à relativiser, sur un ton plus railleur qu'agressif, l'admiration — légitime - qui est due à Homère et aux autres poètes de l'antiquité, lesquels, de leur vivant même, se voyaient préférer les anciens : :Étaient-ils adorés quand ils vivaient encore ? (…) Virgile vit les vers d'Ennius le bon hommeComprendre : le vieil Ennius. Lus, chéris, estimés des connaisseurs de Rome, Pendant qu'avec langueur on écoutait les siens, Tant on est amoureux des auteurs anciens, Et malgré la douceur de sa veine divine, Ovide était connu de sa seule CorinneNom de l'amante du poète des Amours..

vignette|upright|Charles Perrault en 1694. Gravure de Gérard Edelinck, d'après Jean Tortebat.