Émile Ollivier, né le à Marseille (France) et mort le à Saint-Gervais-les-Bains, est un homme d'État français. D'abord avocat, puis préfet sous la Deuxième République, il est élu député républicain sous le Second Empire. Napoléon III le charge en 1870 de constituer un gouvernement d'hommes nouveaux en associant bonapartistes libéraux (centre droit) et orléanistes ralliés à l'Empire libéral (centre gauche), mais en excluant les bonapartistes autoritaires (droite). Quoique d'une brève durée (six mois), son ministère a laissé des traces profondes.

Biographie Origines familiales et jeunesse Émile Ollivier est le fils de Démosthène Ollivier, député républicain des Bouches-du-Rhône. Il grandit dans une famille politisée, au 28 rue Nau (6e arrondissement de Marseille), puis au 13, rue Vincent-Scotto, dans le arrondissement. Son père héberge Giuseppe Mazzini, puis son fils, durant son enfance..

Orphelin de mère à huit ans, il est placé dans une bonne pension de la ville.. Il fait sa scolarité au Collège Royal de Marseille, actuel lycée ThiersJacques Delmas, Livre d'or. Histoire du lycée de Marseille, Marseille, Imprimerie marseillaise, 1898, ., puis au lycée Louis-le-Grand. Il y obtient un septième prix d'histoire au Concours général..

Il étudie ensuite le droit et devient avocat à Paris en 1847.. Mais avec l'établissement de la Deuxième République, le ministre de l'Intérieur Ledru-Rollin, ami de son père, le nomme le commissaire du gouvernement provisoire de la République. dans les départements des Bouches-du-Rhône et du Var, alors qu'il n'est âgé que de 22 ans. Il est muté dans la Haute-Marne le sous Cavaignac, puis révoqué le après la victoire de Louis-Napoléon Bonaparte à l'élection présidentielle.

Il poursuit alors sa carrière d'avocat qui commence à décoller et se fait remarquer par ses talents d'orateur : cela lui apporte rapidement l'aisance matérielle.

Député républicain sous le Second Empire

Le à Florence, il épouse la fille aînée de Franz Liszt et de Marie d'Agoult, BlandineBlandine Ollivier, née Blandine-Rachel Liszt le à Genève, est la fille aînée de Franz Liszt et de Marie d'Agoult. Elle est la première femme d'Émile Ollivier, qu'elle épouse le à Florence. Elle meurt à vingt-six ans, le , à Saint-Tropez, des suites de l'accouchement de son fils Daniel, deux mois après lui avoir donné naissance.. Le , il achète le château de la MoutteD.R.A.C P.A.C.A 72 photos du site de La Moutte dont la tombe d'E. Ollivier. à Saint-Tropez. Sur le fronton de l'entrée, il fait graver sa devise : « Certa viriliter sustine patienterCombats vaillamment, endure patiemment. ».

Le , il est élu député de la circonscription de la Seine au second tour de scrutin, grâce au désistement du républicain Garnier-Pagès, et doit accepter de prêter serment à l'Empire afin de pouvoir siéger au Corps législatif.. Il s'affirme d'emblée comme le principal orateur de la petite opposition dite « des Cinq » (républicains) et s'attache à faire évoluer le régime vers le parlementarisme, encouragé par le duc de Morny, président du Corps législatif. Il ne cesse de réclamer des réformes mais, loin de se cantonner dans une opposition systématique, il n'hésita pas à approuver et à encourager le gouvernement lorsque celui-ci lui parut aller dans la direction qu'il jugeait la bonne.

Réélu le 31 mai 1863 avec la vague républicaine, il accepte d'être le rapporteur de la loi du , qui abolit le délit de coalition créé par la loi Le Chapelier de 1791 et instaure le droit de grève. Puis, en 1865, il rencontre l'Empereur, reconnaissant ainsi la dynastie des Bonaparte et se faisant rejeter par ses amis républicains. Il refuse néanmoins le portefeuille de l'Instruction publique et la fonction d'orateur du gouvernement que lui offrent Morny en 1865 puis Walewski en 1867. Il souhaite en effet entrer au gouvernement non pas seul, comme une vaine caution, mais à la faveur d'un mouvement qui marquerait le triomphe de ses idées libérales.

vignette|left|redresse|Émile Ollivier photographié par Étienne Carjat.

Gouvernement Ollivier Veuf depuis 1862, il épouse le Marie-Thérèse Gravier, jeune fille de dix-neuf ans dont il avait fait la connaissance à Vittel. De cette union naquirent trois enfants.

Aux élections de mai 1869, il est battu dans la Seine mais élu dans la circonscription du Var et, arbitre de la situation grâce à la position charnière acquise par son Tiers-parti, est, après quelques tergiversations, chargé par Napoléon III, le , de lui « désigner les personnes pouvant former autour de lui un cabinet homogène représentant fidèlement la majorité du Corps législatif ». C'était la reconnaissance du principe parlementaire.

thumb|redresse|Caricature parue en 1870 dans le journal Vanity Fair.

Ollivier constitue alors un gouvernement d'hommes nouveaux en associant bonapartistes libéraux (centre droit) et orléanistes ralliés à l'Empire libéral (centre gauche), mais en excluant les bonapartistes autoritaires (droite). Il prend lui-même le ministère de la Justice et des Cultes, le premier dans l'ordre protocolaire et apparaît comme le véritable chef du ministère, mais sans se voir attribuer le titre de vice-président du Conseil que lui contestent les ministres du centre gauche, Daru et Buffet. Ceux-ci démissionnent d'ailleurs dès , contraignant Émile Ollivier à se rapprocher des bonapartistes autoritaires.

Son gouvernement ne durera que six mois mais accomplit une œuvre importante, interrompue par la guerre. Cherchant à concilier ordre et liberté, il engage une révision constitutionnelle d'ensemble pour mettre sur pied un système semi-parlementaire (sénatus-consulte du 21 mai 1870). Il abandonne les procédés de la candidature officielle, renvoie Haussmann et quelques autres préfets autoritaires, amnistie Ledru-Rollin exilé depuis 1849, fait appliquer avec modération la législation sur la presse. Parallèlement, il fait preuve de fermeté avec l'aide de son ministre Eugène Chevandier de Valdrome face aux manifestations dues à l'affaire Victor Noir, en emprisonnant Henri Rochefort après avoir obtenu la levée de son immunité parlementaire, en envoyant la troupe contre les grévistes du Creusot, en faisant arrêter les principaux dirigeants de la section française de l'Internationale des travailleurs.

Le succès du plébiscite du 8 mai 1870 consacre le succès de cette politique mais, paradoxalement, renforce les bonapartistes autoritaires qui contestent de plus fort le gouvernement. Ollivier est persuadé d'avoir la situation en main alors que, lâché par les républicains et contesté par les bonapartistes autoritaires, il est de plus en plus isolé et ne se maintient plus que grâce à la faveur de Napoléon III.

Dernières années et écriture

Appuyé par Adolphe Thiers, il est élu à l'Académie française le , alors qu'il dirige le gouvernement, au fauteuil numéro 7, celui de Lamartine. Par cette élection, l'Académie veut signifier la fin de son hostilité à l'Empire.

Bien que personnellement favorable à la paix, il se laisse dépasser par Gramont et par les partisans de la guerre. À la suite de la dépêche d'Ems (13 juillet), et sous la pression populaire, il annonce, le devant le Corps législatif, la déclaration de guerre à la Prusse, déclarant maladroitement « Cette guerre, nous la déclarons d’un cœur léger », il restera pour la postérité L'Homme au cœur légerBiographie sur le site de L'Institut Émile Ollivier., et l'officialise le . Les premiers revers fournissent aux députés l'occasion de le renverser le à l'unanimité du Corps législatif, moins les voix des ministres.

Exilé en Italie jusqu'en octobre 1873, battu dans le Var aux élections législatives de 1876, il consacre le reste de sa vie à se justifier, notamment dans les dix-sept volumes de son Empire libéral.

En 1878, , et quand sa santé fut meilleure, à partir de 1879, il se consacrera essentiellement à l'écriture, jusqu'en 1913.

En 1906, il devient le doyen de l'Académie française..

Il meurt en 1913 à Saint-Gervais et est inhumé, selon ses vœux, dans sa propriété de la Moutte à Saint-Tropez, face à la mer.

Lieux de mémoire et hommages

Outre ses archives, léguées aux Archives nationales par sa petite-fille, Anne Troisier de Diaz, la mémoire d’Émile Ollivier est matérialisée par ce qui fut sa villégiature et son refuge, le domaine de la Moutte à Saint-Tropez, qu'il avait acquis quand il n'était encore que député. Cette propriété viticole se transmit à ses descendants jusqu'à Anne Troisier de Diaz, (dite Annette), qui de son vivant y accueillait les historiens et les musiciens, créant le festival estival du Château de la Moutte, toujours actif, ainsi qu'un Institut Émile-Ollivier, conçu par elle pour être le garant de l'intégrité de sa donation et le continuateur de ses efforts mémoriels concernant l’œuvre de son grand-père. Léguée au Conservatoire du littoral, la propriété de la Moutte, demeurée inchangée depuis le Second Empire, est gérée par la Ville de Saint-Tropez, qui y organise des visites et des conférences centrées autour de l'ancien maître des lieux. Le tombeau d'Émile Ollivier, sur lequel il avait fait graver sa définition de la mort : « Magna quies in magna speUn grand repos dans une grande espérance. », se trouve sur le littoral, posé sur un rocher dominant la plage des Salins et la mer.

Octave Mirbeau fait d'Ollivier le personnage central du chapitre VIII de son roman Les Vingt et un jours d'un neurasthénique.

Une rue de Toulon porte son nom.

En juillet 2025, à l'occasion de l'anniversaire de sa mort, la Ville de Saint-Tropez organise un colloque scientifique, à la suite duquel est créée l'Académie Émile-Ollivier, présidée par Valérie Troisier, afin de poursuivre et amplifier l’œuvre de sa tante.

Ouvrages vignette|redresse|Émile Ollivier vers 1860 par Gustave Courbet. Démocratie et liberté, 1867. Le 19 janvier - Compte-rendu aux électeurs de la circonscription de la Seine, 1869. Le Ministère du 2 janvier, mes discours, 1875. Principes et conduite, 1875. L'Église et l'État au concile du Vatican, 2 vols., 1879. Solutions politiques et sociales, 1893. Nouveau Manuel du droit ecclésiastique français, 1885. L'Empire libéral. Études, récits, souvenirs : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie Émile Ollivier, Les contemporains, volume 94, Eugène de Mirecourt, Paris, éd. Librairie des contemporains, 1870. Jean Norel, Un grand méconnu : Émile Ollivier (1825-1913), Toulon, Imprimeries toulonnaises, 1937, 46 p. Pierre Saint Marc, Émile Ollivier (1825-1913), Paris, Plon, 1950. Émile Ollivier et Carolyne de Sayn-Wittgenstein, Correspondance, 1858-1887, introduction et notes d'Anne Troisier de Diaz, Paris, PUF, 1984, 384 p., 4 pl. Éric Anceau et Frantz Laurent (dir.), avec la collaboration d'Isabelle Carli, Émile Ollivier, un romantique en politique (1825-1913), Paris, Bernard Giovanangeli éditeur / Ville de Saint-Tropez, 2026, 256 p. (ISBN 978-2-7587-0253-5) . Éric Anceau, L'Empire libéral, Paris, SPM, coll. "Kronos", 2017, 2 vol., 1425 p. Bertrand Joly, Fonds Émile Ollivier. 542 AP. Répertoire numérique détaillé, 112 p. Les papiers personnels d'Émile Ollivier sont conservés aux Archives nationales sous la cote 542 AP — Archives nationales. Philippe Tollu, Émile Ollivier : le refus de la bipolarisation, Paris, N.L.F., 1974. Regards sur Émile Ollivier. Études réunies par Anne Troisier de Diaz, Paris, Publications de la Sorbonne, 1985, 368 pages avec documents photographiques. Theodore Zeldin, Emile Ollivier and the liberal Empire of Napoleon III, Oxford, Clarendon Press, 1963.

Articles connexes Second Empire Troisième République Léon Gambetta Draguignan (ville dont il fut le député) Eugène Chevandier de Valdrome Association pour la protection des sites naturels et historiques de la Moutte, des Salins et des Cannebiers de Saint-Tropez

Liens externes

Notice sur Émile Ollivier