La guerre froide (en anglais ; en russe , ) est la période de fortes tensions géopolitiques durant la seconde moitié du entre, d'une part, les États-Unis et leurs alliés constitutifs du bloc de l'Ouest et, d'autre part, l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et ses États satellites formant le bloc de l'Est. La guerre froide s'installe progressivement à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1945 à 1947, et dure jusqu'à la chute des régimes communistes en Europe en 1989, rapidement suivie de la dislocation de l'URSS en .

L'écrivain britannique George Orwell est le premier, dans le contexte de l'après-guerre, à employer le terme en . L'expression se répand en lorsque Bernard Baruch, conseiller auprès du président Truman, l'utilise dans un discours, puis quand son ami Walter Lippmann, journaliste très lu, la reprend dans une série d'articles publiés dans le New York Herald Tribune.

Les racines de la guerre froide remontent à la révolution d'Octobre 1917 d'où naît en 1922 l'Union soviétique. Les relations difficiles entre les États-Unis et l'Union soviétique tiennent à la nature même de leurs régimes politiques et des idéologies qui les sous-tendent. Pendant l'entre-deux-guerres pourtant, leurs espoirs de vague révolutionnaire en Europe ayant été déçus, les Soviétiques privilégient la consolidation de leur régime ; mais, à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, l'URSS fait partie des vainqueurs de l'Allemagne nazie et occupe l'essentiel de l'Europe de l'Est, qu'elle place sous son contrôle en imposant un ensemble de régimes satellites. Hors de l'Europe, désormais coupée en deux par le , le communisme s'étend également en Asie avec la victoire des communistes en Chine. Aux États-Unis, Harry S. Truman, qui succède à Franklin Delano Roosevelt en , considère que l'avenir et la sécurité des États-Unis ne peuvent pas être assurés par un retour à l'isolationnisme mais doivent au contraire reposer sur une politique extérieure de propagation de leur modèle démocratique et libéral, de défense de leurs intérêts économiques et d'endiguement du communisme.

La guerre froide est multi-dimensionnelle, davantage portée par les différences idéologiques et politiques entre les démocraties occidentales et les régimes communistes que par des ambitions territoriales. Elle a de fortes répercussions dans tous les domaines : économique, culturel, scientifique ou encore sportif et médiatique.

Elle est aussi caractérisée par la course aux armements nucléaires à laquelle se livrent les deux superpuissances, les États-Unis et l'Union soviétique, qui y consacrent des ressources colossales. Elle est qualifiée de « froide » parce que les dirigeants américains et soviétiques qui la mènent évitent l'affrontement direct de leur pays, pour partie au moins par peur de déclencher une apocalypse nucléaire, et que l'Europe ne connaît pas de guerre malgré plusieurs graves crises. Mais sur les autres continents, notamment en Asie, des conflits ouverts font de nombreuses victimes civiles et militaires.

Bien qu'il s'agisse d'un conflit entre deux internationalismes, l'un libéral, l'autre communiste, plusieurs autres acteurs locaux aux idéologies différentes se retrouvent impliqués dans le conflit, l'Arabie saoudite et les mouvements islamistes sunnites, le Portugal salazariste et l'Espagne franquiste se retrouvant alliés stratégiques des États-Unis quand les puissances nationalistes arabes telles que l'Égypte nassérienne, la république arabe du Yémen et les régimes baasistes de Syrie et d'Irak doivent jongler entre les États-Unis et l'URSS. Encore, le régime nationaliste-travailliste argentin de Juan Peron puis la république islamique d'Iran et les mouvements islamistes chiites et le régime kadhafiste en Libye se montrent hostiles aux deux blocs.

Le conflit israélo-arabe a divisé les deux blocs. L'État d'Israël, dans un premier temps plus proche de l'Union soviétique, subit l'hostilité de l'Espagne franquiste, du Portugal, du Pakistan, de l'Arabie saoudite et de l'Irak alors que les autres pays européens du bloc de l'Ouest soutiennent Israël. À l'inverse, les pays du bloc de l'Est soutenaient Israël lors de sa création, mais finissent par se rapprocher des pays arabes et soutenir la création d'un État palestinien.

Dans ce contexte de bipolarisation des relations internationales et par ailleurs de décolonisation, les pays du tiers monde, tels que l’Inde sous Jawaharlal Nehru, l’Égypte sous Gamal Abdel Nasser et la Yougoslavie sous Josip Broz Tito, forment le mouvement des non-alignés, proclamant leur neutralité et jouant sur la rivalité entre les blocs pour obtenir des concessions. Autre évènement majeur de la seconde moitié du , la décolonisation fournit à l'Union soviétique et à la république populaire de Chine de multiples occasions d'accroître leur influence aux dépens des anciennes puissances coloniales.

Introduction générale La guerre froide marque profondément l'histoire de la seconde moitié du . L'usage a consacré cette dénomination, bien qu'elle soit plus applicable aux relations américano-soviétiques et à l'Europe qu'au reste du monde. La spécificité de la guerre froide est d'être un conflit global, multi-dimensionnel, davantage porté par les différences idéologiques et politiques entre les démocraties occidentales et les régimes communistes que par des ambitions territoriales. Elle a de fortes répercussions dans tous les domaines, notamment économiques et culturels. Elle prend toutes les formes possibles d'affrontements, de l'espionnage aux actions secrètes en passant par la propagande, de la compétition technologique à la conquête de l'espace en passant par les compétitions sportivesPierre du Bois de Dunilac, « Guerre froide, propagande et culture (1945-1953) », Relations internationales, , 2003, ...

Origine et limites du concept de « guerre froide » L'écrivain britannique George Orwell est le premier, dans le contexte de l'après-guerre, à employer le terme , dans son essai You and the Atomic Bomb publié en où il exprime sa crainte que le monde ne se dirige et soit L'expression avait déjà été utilisée en anglais, notamment pour désigner en 1938 certaines politiques d'Adolf Hitler. Des auteurs signalent que l'expression a été créée dès le par le prince Juan Manuel d'Espagne au sujet d'un conflit interminable entre les « Rois catholiques » et les Maures d'Andalousie ; l'expression désigne alors un conflit pour lequel il n'y a pas eu de déclaration de guerre, qui n'a entraîné aucune victime et qui s'est achevé sans traité de paix.... L'expression se répand en 1947 lorsque Bernard Baruch, conseiller influent auprès de plusieurs présidents démocrates, proclame dans un discours : ., puis avec la publication par le journaliste Walter Lippmann de son livre The Cold War....

+ Nombre de victimes par région et type de conflit Région Interétatique IntraétatiqueInternationalisé Intraétatique Total Asie 3,5 M 4,1 M 4,0 M 11,6 M Afrique 0,1 M 0,3 M 4,8 M 5,2 M Moyen-Orient 0,8 M 0,4 M 1,2 M Amérique 0,6 M 0,6 M La guerre froide fait l'objet de débats historiographiques concernant ses origines, les responsabilités respectives des États-Unis et de l'URSS, le rôle des autres acteurs étatiques et non-étatiques. Le concept même de « guerre froide » pose question. Si ses deux principaux acteurs ne sont pas en guerre ouverte, elle n'est « froide » qu'en Europe. Mais sur les autres continents, notamment en Asie, des conflits ouverts font de nombreuses victimes civiles et militaires : la guerre de Corée, la guerre d'Indochine, la guerre du Viêt Nam, la guerre d'Afghanistan et le génocide cambodgien totalisent plus de dix millions de morts. Selon les données publiées par le Peace Research Institute Oslo (PRIO), qui recense les conflits dans le monde entre 1946 et 2008, durant la guerre froide une cinquantaine de conflits ont eu lieu ayant fait chacun plus de victimes et pour certains plus d'un million.

vignette|upright=1.6|Carte des conflits durant la guerre froide (1945-1991)Nombre de morts par pays : Raymond Aron voit en cette période une ou une dans un monde bipolaire où les belligérants évitent l’affrontement direct, synthétisant son point de vue par l'expression : R. Aron, Les Conventions de la guerre froide dans Une histoire du , Plon, 1996, 255... L'historien parle d'une longue période de « non-paix » entre les deux Grands. Bien que de nombreux conflits éclatent durant cette période dans les autres continents, elle est aussi assimilable à une « longue paix » selon l'historien John Lewis Gaddis, car l'affrontement direct redouté n'a pas lieu, bien que nombre de conditions soient réunies pour qu'un conflit ouvert éclate entre les deux Grands.

La guerre froide, un cadre explicatif partiel de l'histoire du monde de l'après-guerre La guerre froide s'étend sur tous les continents et concerne de nombreux domaines : idéologique, politique, économique, scientifique, sociétal, culturel, sportif. Malgré son extension géographique mondiale et son caractère multidimensionnel, elle ne se confond pas avec l'histoire du monde durant la seconde moitié du , qui est parcourue par de nombreux événements historiques importants qui n'ont été ni engendrés ni déterminés par la Guerre froide.

Une définition précise du champ de la guerre froide est rendue difficile par la polysémie du terme qui désigne à la fois un concept, une période et un système. Selon l'historien Odd Arne Westad, cette complexité et cette pluralité sont précisément ce qui caractérise la guerre froide. John Lewis Gaddis partage cette idée : .

À la fois comme conflit idéologique et comme système international, la guerre froide s'inscrit dans une mutation économique, sociale et politique du monde bien plus vaste et profonde que les événements qu'elle a engendrés.

Le système international mis en place par la guerre froide constitue néanmoins le cadre dominant des relations internationales mondiales : bipolarité autour d'une puissance continentale (URSS) et d'une puissance maritime (États-Unis), système d'alliances auquel participent les principales puissances mondiales, équilibre de la terreur empêchant toute guerre directe entre les deux Grands, système de l'ONU incapable d'arbitrer entre les cinq puissances dotées du véto au Conseil de sécurité, mais lieu privilégié d'exercice de la diplomatie et acteur du maintien de la paix et du règlement des conflits périphériques, organisation économique et financière du monde dominée par les États-Unis. La personnalité de leurs dirigeants constitue également un facteur pris en compte par les historiens pour expliquer la politique étrangère des États-Unis et de l'URSS. Ainsi, selon Gaddis, la personnalité paranoïaque de Staline le conduit à rechercher avant tout la sécurité pour lui-même, son régime, son pays et son idéologie, dans cet ordre.

vignette|upright=0.8|La fusée R-7, premier lanceur de satellites (Spoutnik) mais aussi premier missile balistique intercontinental (ICBM). Les percées technologiques réalisées durant la Guerre sont amplifiés durant l'après-guerre et mises à profit par les deux Grands pour se doter de moyens militaires toujours plus sophistiqués et pour révolutionner la production industrielle et agricole. La croissance des besoins énergétiques en découlant font des ressources en pétrole un enjeu clef de la Guerre froide..

D'autres dynamiques, en particulier la décolonisation, les évolutions sociétales, la résurgence économique après-guerre et la société de consommation, se développent durant la seconde moitié du et en marquent profondément l'histoire. La forte dynamique idéologique du socialisme et du capitalisme n'a pas fait obstacle au renforcement du nationalisme.