alt=|vignette|Logo de la troisième internationale.

L'Internationale communiste, souvent abrégée IC (également appelée Troisième Internationale ou KominternSi Internationale est féminin, le mot Komintern est utilisé, en français, au masculin : on écrit le Komintern. d'après son nom russe , ), était une organisation née de la scission de l'Internationale ouvrière réalisée le à Moscou sous l'impulsion de Lénine et des bolcheviks. Elle regroupait les partis communistes partisans du nouveau régime soviétique, beaucoup étant issus de scissions au sein des partis socialistes et sociaux-démocrates de la Internationale.

L'Internationale communiste représente durant la première partie du , à l'échelle internationale, la mouvance communiste alignée sur l'URSS. Elle était dirigée par le Parti communiste de l'Union soviétique, bien que ce dernier ait toujours entretenu la fiction qu'il n'en était qu'une section parmi d'autres. Elle était théoriquement sans rapport avec l'État soviétique, bien qu'elle fût de plus en plus mise par Staline au service de ses intérêts. Un tournant autoritaire pro-léniniste apparaît dès les années 1920-1921 avec notamment l'exclusion de nombreux militants de la Gauche communiste de l'Internationale (notamment via l'exclusion des communiste de conseils tels que Anton Pannekoek, Herman Gorter etc.). Si les directives étaient élaborées à Moscou, la plaque tournante du Komintern pour l'Europe occidentale était Berlin jusqu'à l'avènement d'Hitler en 1933, puis Paris jusqu'en 1943 et la dissolution de l'Internationale communiste par Staline.

Historique La genèse Le , alors que la Première Guerre mondiale vient d'éclater et qu'elle embrase l'Europe, les députés du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) votent les crédits de guerre au Reichstag. Exilé à Zurich, Lénine apprend avec stupeur et incrédulité le ralliement des socialistes allemands à l'Union sacrée, allant jusqu'à croire dans un premier temps à une fausse nouvelle de journaliste. Le plus ancien et le plus puissant parti social-démocrate d'Europe, chef de la Internationale, n'est pas le seul à abandonner du jour au lendemain des années de militantisme pacifiste, au nom de la défense de la patrie « agressée ». Dans tous les pays belligérants, socialistes et syndicalistes marxistes font de même, à l'exception de groupes minoritaires et d'individualités, ainsi que de petits partis (Parti socialiste serbe et Parti social-démocrate de Hollande) et des cinq députés sociaux-démocrates du POSDR russe, qui refusent de voter les crédits à la Douma, mais annoncent qu'ils ne tenteront pas de saboter l'effort de guerre. Partout les ouvriers (et les paysans) répondent comme un seul homme à la mobilisation générale. Le sentiment national forgé par des siècles d'histoire l'emporte sans grand mal sur la lutte des classes théorisée au , démentant toutes les prévisions. C'est la faillite spectaculaire de la Internationale. Ses partis-membres, impuissants à empêcher la guerre, sont maintenant divisés, et ses militants se retrouvent face-à-face dans les tranchées.

Lénine ne pardonnera jamais au SPD et aux sociaux-démocrates ce qu'il considère comme leur « trahison ». Dès la conférence de Zimmerwald (1915) et celle de Kienthal (1916), où il retrouve divers militants européens hostiles à la poursuite de la guerre, il proclame que l'Internationale de 1889 est morte à jamais, et qu'il faut donc en reconstruire une troisième. Il prône également le défaitisme révolutionnaire, et « la transformation de la guerre civile interimpérialiste en guerre révolutionnaire mondiale ». Tous les participants sont cependant loin de le suivre alors sur ces points, et en Russie, Lénine est minoritaire même parmi ses camarades du parti bolchevik.

Toutefois, rentré en Russie à la suite de la révolution de Février 1917, Lénine conduit en quelques mois les bolcheviks au pouvoir à la surprise générale (révolution d'Octobre). Il s'adresse en vain à tous les belligérants pour obtenir une paix blanche, puis conclut avec les seuls Allemands le très coûteux traité de Brest-Litovsk (), persuadé qu'une révolution socialiste se produirait en Allemagne et en annulerait les effets.

À l'été 1918, Lénine fait prendre à sa formation le nom de Parti communiste, pour accentuer la rupture catégorique avec la social-démocratie, qui selon lui s'était définitivement dévoyée en soutenant la guerre mondiale.

Internationalistes convaincus, Lénine et Trotski considèrent d'emblée que la révolution russe n'a de sens que comme premier acte d'une révolution générale dans le monde entier, et qu'elle ne survivra qu'à condition de recevoir l'aide d'autres pays socialistes. Ils comptent particulièrement sur une révolution en Allemagne, pays au potentiel économique le plus élevé d'Europe, et où la classe ouvrière est une des mieux organisées. Seuls Grigori Zinoviev et Lev Kamenev s'étaient opposés au coup de force d'octobre en prévenant que les travailleurs européens ne bougeraient pas pour étendre la révolution russe.

De fait, les appels des bolcheviks à ces derniers reçoivent dans l'immédiat peu d'échos concrets : grèves, mutineries et révoltes s'accroissent mais restent minoritaires jusqu'à la fin du conflit. En dépit du volontarisme léninien, la contagion révolutionnaire existe mais ne débouche pas sur un embrasement général ni en 1918 ni après.

Cependant, dans une Europe ruinée et traumatisée par l'immense carnage, Lénine gagne un prestige considérable auprès de nombreux ouvriers, paysans, intellectuels et militants. Il s'est en effet toujours résolument opposé au conflit mondial, et pour la première fois une révolution dite « marxiste » et « prolétarienne » est parvenue au pouvoir. Dès l'été 1917, des inscriptions « Vive Lénine ! » apparaissent sur des murs d'Italie ou d'Espagne, où les troubles sociaux des années 1917-1919 recevront le surnom significatif de « bienno bolchevik ».

Fascinés par « cette grande lueur à l'Est » évoquée par Jules Romains (qui ajoutait : « C'est peut-être une aurore ; c'est peut-être un incendie »), beaucoup de sympathisants de la révolution russe accordent alors peu d'importance au programme réel de la révolution d'Octobre (collectivisme agraire, régime de parti unique), ni à la dictature que les bolcheviks instaurent avant le début de la guerre civile russe, alors qu'elle n'épargne pas les autres partis révolutionnaires ni de nombreux hommes du peuple. Mais partout se diffusent les mêmes mots d'ordre qu'en Russie, très porteurs, prônant la paix, la « terre aux paysans », les « usines aux ouvriers », le « pouvoir aux soviets ». Enfin, l'intervention militaire des Occidentaux, qui aident les armées blanches, choque profondément tous ceux qui refusent de voir la jeune révolution écrasée par les forces contre-révolutionnaires. Dès , ainsi, André Marty et Charles Tillon mènent des mutineries à bord de plusieurs navires français stationnés en mer Noire.

Une conférence internationale appelée par les Bolcheviks se tient en à Moscou, en pleine guerre civile, et se transforme en congrès de fondation de la Internationale. Cependant le délégué du seul véritable Parti représenté (hors du Parti bolchevik), Hugo Eberlein du Parti communiste d'Allemagne, s'abstient sur la création d'une Troisième Internationale. Mais le vrai congrès de fondation sera le deuxième, tenu à l'été 1920, en pleine euphorie de la marche sur Varsovie (guerre russo-polonaise).

Les débuts vignette|Herman Gorter et Anton Pannekoek, théoriciens et partisans du communisme de conseils. Egalement figures de l'opposition de la gauche communiste germano-hollandaise et critiques de la stratégie révolutionnaire de Lénine, ils furent parmi les premières personnes exclues de la III Internationale. Un tournant autoritaire apparaît dès 1920-1921 avec l'exclusion de nombreux militants de la gauche de l'Internationale (Anton Pannekoek, Herman Gorter…), dont certains pouvaient se retrouver dans les positions défendues par Rosa Luxemburg, assassinée en 1919, comme Karl Liebknecht, sur ordre du ministre social-démocrate Gustav Noske.

Les années 1919-1923 sont remplies d'espoir. Mais toutes les insurrections armées en Europe échouent et sont réprimées : révolte spartakiste de Berlin en , république des conseils de Hongrie qui voit la Hongrie dirigée 133 jours par Béla Kun au printemps 1919, reflux des grèves insurrectionnelles de 1919-1920 en Italie, suivies de la prise du pouvoir par Mussolini (1922), nouvelles tentatives en Allemagne en , dont l'échec rapide cause une immense déception… De plus, la défaite russe dans la guerre russo-polonaise brise tout espoir de l'Armée rouge d'atteindre Varsovie et Berlin et d'accélérer ainsi la propagation de la révolution. Au milieu des années 1920, la plupart des Partis communistes en Europe et dans le monde sont réduits à la clandestinité, ou sont l'objet de surveillance et de répression régulière, comme le PCF. Enfin, les scissions entre socialistes et communistes, comme en France lors du congrès de Tours (Noël 1920) ou en Italie lors du congrès de Livourne (1921), ont dans l'immédiat affaibli et durablement divisé les forces de gauche face à la montée des forces conservatrices ou fascistes.

La bolchévisation des partis communistes Pour adhérer à la Internationale, les partis membres doivent à partir de accepter les « 21 conditions » qui alignent leurs structures et leurs méthodes sur le modèle bolchevik, jusque-là inconnu hors de Russie. Même dans les démocraties capitalistes, les partis communistes doivent se prémunir contre une éventuelle exclusion de la sphère politique en prévoyant des locaux, des imprimeries clandestines. Ils fonctionnent selon le principe du centralisme démocratique. Ils doivent se conformer impérativement aux directives de l'IC. Après 1921, ils doivent aussi interdire les tendances en leur sein et exclure, surtout après 1924, les adhérents qui ne suivent pas la ligne imposée depuis Moscou.

Beaucoup de communistes, mais aussi de militants venus du syndicalisme révolutionnaire ou de la gauche républicaine radicale, adhèrent en pensant qu'ils pourront garder une certaine autonomie — c'est le cas de bien des participants français du congrès de Tours (1920), où les 21 conditions ne sont d’ailleurs pas adoptées.

Mais Moscou entend aligner fermement les partis sur le modèle russe. Elle les encadre et les soumet de plus en plus étroitement par le biais d'agents délégués par l'IC (Jules Humbert-Droz ou Eugen Fried en France). Dès 1921, Trotski se plaint qu'il reste des francs-maçons au Parti communiste français, et exige leur exclusion, une première en France dans un parti de gauche. L'exclusion des francs-maçons semble ne pas avoir été acceptée par le PCF, qui présente la candidature de Zéphirin Camélinat, membre de la franc-maçonnerie, à l'élection présidentielle de 1924.

En 1924, le président du Komintern, Grigori Zinoviev, connu et critiqué pour son autoritarisme, lance le mot d'ordre de bolchévisation des PC au V Congrès du Komintern. C'est un durcissement autoritaire qui provoque une crise et des exclusions dans la plupart des partis-membres. Au même moment, Staline, Zinoviev et Kamenev lancent une violente campagne pour mettre sur la touche les « trotskistes » en URSS comme à l'étranger. Sur le plan international, le Komintern dénonce l'occupation de la Ruhr ordonnée par le gouvernement français en 1923, et apporte son appui à des dirigeants du parti français incarcérés pour s'y être opposés.

La huitième des vingt et une conditions d’admission à l'Internationale est consacrée au colonialisme, fermement condamné. Les partis communistes ont pour devoir de « soutenir, non en parole mais en fait, tout mouvement d’émancipation dans les colonies. » L’IC impulse des solidarités transnationales, fédérant, autour de ses actions et de ses agents, des courants anticolonialistes, panafricanistes et antiracistes.

La stalinisation