Le Petit Parisien est un journal quotidien français publié du au et qui fut l'un des principaux journaux sous la Troisième République. Il est l'un des quatre plus grands quotidiens français à la veille de la Première Guerre mondiale, avec Le Petit Journal, Le Matin, et Le Journal.

Le Petit Parisien est fondé par Louis Andrieux, député radical et procureur de la République, le Fonds du Petit Parisien, Archives nationales. avec Jules Roche, un ancien confrère d'Andrieu au barreau, comme rédacteur en chef. Le Petit Parisien à ses débuts est plutôt de tendance anticléricale et radicale (gauche). Il devient assez rapidement populaire. En 1884, Jean Dupuy en devient le propriétaire. Dès lors pendant plusieurs décennies, la famille Dupuy joue, à travers Le Petit Parisien, un rôle politique important en France.

Le journal, sous son impulsion et avec un positionnement politique plus modéré, atteint une très grande diffusion avec un million d'exemplaires vendus à travers la France dès 1900, puis plus de deux millions à la fin de la Première Guerre mondiale, alors le tirage le plus élevé au monde. Durant l'entre-deux-guerres, il se positionne nettement à droite et connaît de nouveaux concurrents, les quotidiens du soir. En , le journal, qui avait été transformé pendant l'Occupation par le gouvernement militaire allemand en organe de propagande, est alors supprimé et le Parisien libéré le remplace dans les kiosques.

Par son histoire, Le Petit Parisien illustre la réalité de la puissance politique de la presse en France sous la Troisième République.

Historique 1876-1918 : de la naissance à l'apogée d'un journal Les années 1876-1885 : la naissance d'un journal sous la République thumb|200px|Le Petit Parisien du 18 mars 1883. Le Petit Parisien est fondé par Louis Andrieux le , et Jules Roche en devient le rédacteur en chef, , et surtout, considéré comme une copie du Petit JournalGérard Solo, Plus de 5000 illustrateurs de presse, Vichy, AEDIS, 2004, ..

Quatre sénateurs, tous radicaux et anticléricaux, parmi lesquels Edmond Adam (dont l'épouse Juliette laissera d'intéressants mémoires), forment le conseil de direction politique. Le journal se présente comme un « journal politique du soir ». Il change plusieurs fois de propriétaires en 1877 : il est cédé une première fois à Eugène Schnerb le , puis à Hector Pessard en juin et enfin acquis par Paul Dalloz en août. Jean Dupuy, un provincial d'origine paysanne, parti de rien, qui a fait fortune et plus tard est devenu sénateur, et Lucien Claude Lafontaine avancent des fonds au Petit Parisien. Le , Émile Cornuault, ingénieur civil et connaissance de Jean Dupuy, fonde la première société du Petit Parisien : La Société anonyme du journal Le Petit Parisien. Un de ses actionnaires les plus importants est Léon Audbourg, un ingénieur civil également. Jean Dupuy devient le principal commanditaire secret du Petit Parisien avec Louis Paul Piégu comme propriétaire et directeur officiel du journal, à partir du . Le journal a commencé à évoluer vers le radicalisme. Le tirage double passant de en à en , grâce notamment à la place alors importante accordée aux feuilletons.

Charles-Ange Laisant, député, ancien polytechnicien et ami de Lafontaine, crée une nouvelle société en commandite L. P. Piégu et Cie le et la première est dissoute le même jour. Laisant devient l'associé de Piégu. Dupuy en fait partie également. Cette nouvelle société exploite la publication du Petit Parisien, dont l'imprimerie est située à Paris, au 18 rue d'Enghien. L'immeuble du 18 appartient déjà presque entièrement à Jean Dupuy, dont les moyens financiers étaient alors accrus grâce à l'héritage de son beau-père qui venait de mourir.

Laisant et Dupuy veulent alors faire du journal, jusque-là une mauvaise affaire, une entreprise rentable. Avec un capital augmenté et un avenir assuré, Le Petit Parisien est alors en mesure de moderniser son matériel et d'organiser sa vente en province. Il fait plus de place à l'information. N'ayant pas les moyens de passer par l'agence Havas (qui existe en France depuis 1835), il se dote donc de correspondants à Londres et à Alger.

Le , la société du Petit Parisien lance une revue, La Vie populaire, avec des romans et des nouvelles signés Zola, Maupassant, Catulle Mendès et Alphonse Daudet. C'est un hebdomadaire à deux sous et seize pages, qui connait rapidement le succès. Cette même année, Le Petit Parisien s'attire les foudres de la justice. Sous le pseudonyme de Jean Frollo, Laisant attaque le général de Cissey, bonapartiste, qu'il accuse d'avoir une maîtresse à la solde de l'Allemagne. Il en résultera francs d'amende pour le journal. Le , une loi donne entière liberté à la presse, tout en la réglementant afin d'éviter des procès qui, en fait, font plus de publicité que de torts aux journaux concernés. Le Petit Parisien profite alors de cette liberté pour lutter contre Jules Ferry. Le journal, entièrement ligué contre lui, contribue à sa chute : c'est le fameux gouvernement de 73 jours, le « Grand Ministère », mené par Gambetta, qui fait l'objet de railleries au sein du Petit Parisien et dans d'autres journaux. Mais Jean Dupuy admire Jules Ferry, même s'il n'est pas toujours d'accord avec lui, et il n'apprécie pas le ton partisan de ses collaborateurs. De plus, trois amis de jeunesse de Dupuy font partie du gouvernement : Alexandre Ribot, Maurice Rouvier et René Waldeck-Rousseau. Au milieu des années 1880, le journal s'intéresse plus aux gazettes, aux potins, aux scandales et au scabreux, afin de vendre plus. L'avenir s'annonce bien : le journal dispose alors de dépositaires en province et enregistre beaucoup de nouveaux abonnements. L'un des premiers à se soucier du sort des ouvriers en usine, Waldeck-Rousseau fait voter une loi sur les syndicats en 1884. Le journal, subjectivement, en parle longuement. Il ne se fait plus à ce moment-là le champion de l'anticléricalisme. Il ne fait non plus aucune allusion à l'antisémitisme émergeant à cette époque, qu'incarne par exemple L'Antijuif, le journal de Panchioni fondé en 1881 et prélude au livre du journaliste Édouard Drumont, La France juive.

Les années 1885-1918 : vers la Première Guerre mondiale thumb|300px|left|Le Petit Parisien, Supplément littéraire illustré du 29 septembre 1889. vignette|gauche|200px|Immeuble de l'ancien siège du Petit parisien rue d'Enghien Une nouvelle amélioration du matériel d'imprimerie en 1885 permet d'augmenter le tirage à . Les feuilletons de Maupassant, qui demande une rémunération double de celle de Jules Verne, avaient déjà aidé au succès de La Vie populaire. On rapporte cette anecdote : le plan du parcours à suivre le jour des obsèques de Victor Hugo, inclus dans le journal, augmente aussi son chiffre de vente ce jour-là. Piégu meurt en . La société devient alors Le Petit Parisien, Dupuy et , et Jean Dupuy en devient le directeur officiel. Le temps de la hargne partisane est révolue. Le but est alors d'informer mieux et plus rapidement. La modernité se fait jour. En 1889, lancement de la formule dominicale, Le Petit Parisien illustré.

Jean Dupuy devient sénateur des Hautes-Pyrénées le . Un hebdomadaire issu du groupe Dupuy & Cie est lancé le de cette même année : L'Agriculture nouvelle. Le , les actions du Petit Parisien sont cotées à la bourse de Paris. Le tirage vient d'atteindre mais reste encore loin derrière Le Petit Journal ().

Avec l'affaire Dreyfus, les journaux antisémites se déchainent (et en premier lieu La Libre Parole d'Édouard Drumont, le ). Le Petit Parisien suit d'abord l'opinion générale en titrant le puis jusqu'au procès en 1895, il intitulera ses chroniques . Ensuite le journal commencera à émettre des doutes sur le déroulement de la procédure judiciaire et se contentera de titres plus neutres comme à partir des nouveaux rebondissements de l'affaire en 1897. Pendant toute la période de l'affaire Dreyfus, le journal choisit délibérément de ne pas prendre parti mais veut rendre compte minutieusement de la procédure judiciaire et des flous juridiques qui l'entourent. Le Petit Parisien critique ouvertement le principe de huis clos, le principe de révision, le rôle des juges et le peu d'éléments dans le dossier. À partir de 1899, Jean Dupuy dénonce les manipulations politiques, par exemple dans un article du : . Il milite désormais pour le droit de grâce d'Alfred Dreyfus et ensuite pour une seconde révision du procès qui n'aboutira qu'en 1906.

Entretemps, en 1895, les locaux du journal s'étendent du 18 au 20 de la rue d'Enghien. Dupuy devient ministre de l'Agriculture le .

En 1900, Le Petit Parisien dépasse Le Petit Journal avec 1 million d'exemplaires vendus par jour. Dupuy est réélu sénateur le . En 1901, le journal fait 6 pages et coûte toujours . Le , le journal atteint .

Lors des élections législatives de 1902, Le Petit Parisien est favorable à Adolphe Carnot, frère de Sadi Carnot, le président de la République assassiné le , et à son Alliance républicaine démocratique, ni socialiste, ni radicale, mais plutôt modérée. Pierre Dupuy, fils de Jean, est candidat dans l'arrondissement de Blaye en Gironde. Il est élu au premier tour, et fait partie du groupe de Gauche démocratique, dont il est le secrétaire jusqu'en 1906.

Jean Dupuy envoie son fils Paul étudier le marché et l'industrie de la presse aux États-Unis : il y découvre des machines modernes. Jean Dupuy est ainsi le premier à adosser à un journal sa propre papeterie en 1904, usine de fabrication de papier qui devient officiellement en 1917 la société Papeterie de la Seine, dite aussi Papeterie du Petit ParisienPapeteries de la Seine, NanterreBulletin des annonces légales obligatoires à la charge des sociétés financières, 13 mars 1943. Propriété du groupe multinational papetier Smurfit Kappa, la papeterie, située à Nanterre, ferme en 2011.

thumb|300px|right|« Le plus fort tirage des journaux du monde entier » : c'est ce que le journal annonce dans son sous-titre du 18 avril 1912.

À partir du , Le Petit Parisien paraît avec un sous-titre : « Le plus fort tirage des journaux du monde entier ». En , un supplément dominical est lancé, Nos loisirs, puis en 1910, en partenariat avec Félix Juven, c'est Le Miroir qui vient s'ajouter, ciblant ainsi de plus en plus les lecteurs de fin de semaine à coup d'éditions illustrés, notamment à partir de clichés photographiques.

L’épisode de 45 jours de la crue de la Seine amène pour la première fois en , des photographies qui documentent les reportages. Les photos sont de qualité médiocre mais les textes sont riches en détails de toutes sortes. Le supplément littéraire illustré du comporte exceptionnellement 12 pages.

Le journal milite depuis le début pour la séparation de l'Église et de l'État, séparation qui interviendra en 1905. Le journal contribue, en 1913, avec Jean Dupuy, à faire accepter un projet de loi controversé : l'allongement de la durée du service militaire à trois ans, votée le et ratifiée le .

Le , Élie-Joseph Bois, 36 ans, devient rédacteur en chef du journal. Il y fait plus de place au sport et à l'actualité internationale. Une rubrique cinéma est créée. Apparaissent aussi des chroniques signées par de grands écrivains tel Anatole France.

Au cours de la Première Guerre mondiale, la société du journal crée Le Poilu du Petit Parisien, un bulletin avec des nouvelles des uns et des autres, des petites histoires amusantes. C'est une sorte de lettre collective pour les combattants de la rue d'Enghien. Fin 1916, le tirage du Petit Parisien dépasse les 2 millions d'exemplaires. Le lendemain de la Victoire (), le journal dépasse les 3 millions d'exemplaires. vignette|L'équipe du Petit Parisien en 1910 En 1917, Paul Dupuy rachète à Pierre Lafitte le quotidien Excelsior, puis fonde la société Excelsior Publications, faisant partie de la holding de presse contrôlée par la famille Dupuy.

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