La nationalisation des masses est un concept de sciences politiques introduit par l'historien allemand George L. Mosse dans son ouvrage de 1875 intitulé The Nationalization of the Masses : Political Symbolism and Mass Movements in Germany from the Napoleonic Wars through the Third Reich.
Désignant le processus par lequel les États-nations modernes, surtout à partir du XIXe siècle, intègrent les « masses » dans une identité nationale partagée, via des symboles, rites, mythes, monuments, fêtes, éducation, service militaire et une « religion séculière » ou « liturgie politique », le concept de « nationalisation des masses » a été fréquemment mobilisé dans les travaux sur les régimes totalitaires du XXe siècle, notamment le fascisme italien, à travers les travaux d'Emilio Gentile sur la religion politique, et le nazisme.
Comme l'écrit l'historien Steven E. Aschheim, « d'une manière typiquement hétérodoxe, [George L. Mosse] a situé les origines de cette politique sacrée à gauche, dans la Révolution française prétendument rationaliste […] Mais le cœur de La Nationalisation des masses portait manifestement sur les dynamiques de mobilisation et les représentations symboliques de la droite politique. Mettant en lumière « l'auto-adoration nationale », ses rassemblements de masse et ses festivals, la sécularisation des « flammes, drapeaux et chants sacrés », l'étude de Mosse cherchait en fin de compte, comme il l'a formulé, à mettre au jour « le développement organique du culte nazi et sa nature essentiellement religieuse » ». Aussi : « Pour Mosse, la clé de la vision du monde fasciste ne réside plus dans les idées et l'idéologie, mais dans l'auto-représentation et les actes performatifs. Ce point n'a pas échappé à Michael Ledeen qui, dans son long entretien avec Mosse deux ans plus tard, lui a suggéré que l'accent mis dans La Nationalisation des masses sur l'expression des mythes du nationalisme allemand sous forme de célébrations sociales représentait « quelque chose de tout à fait nouveau et que l'on pourrait qualifier d'approche anthropologique de l'histoire. » Mosse en a convenu, et il fera une observation similaire sur l'importance de ce livre deux décennies plus tard dans son autobiographie : « À mon sens, la véritable percée qui m'a permis d'apposer ma propre marque sur l'analyse de l'histoire culturelle est venue avec La Nationalisation des masses… qui traite de la sacralisation de la politique : la liturgie politique nazie et ses conséquences ».Selon Emilio Gentile, « le cadre conceptuel de La Nationalisation des masses s'est construit autour de l'idée de « nouvelle politique », et il a développé l'interprétation du fascisme comme une religion séculière […] La « nouvelle politique » avait pris naissance, à l'époque de la Révolution française, à partir de l'idée moderne de nation et de souveraineté populaire. Au cours des XIXe et XXe siècles, elle s'était enracinée dans les mouvements de masse de droite comme de gauche, et avait finalement donné naissance au style politique fasciste. Le style fasciste, expliquait Mosse, « était en réalité l'apogée d'une "nouvelle politique" fondée sur l'idée émergente au XVIIIe siècle de la souveraineté populaire » et sur le concept de « volonté générale » de Rousseau ». Moose écrivit à ce propos : « La volonté générale est devenue une religion séculière, le peuple s'adorant lui-même, et la nouvelle politique a cherché à guider et à formaliser ce culte. [...] Le culte du peuple est ainsi devenu le culte de la nation, et la nouvelle politique a cherché à exprimer cette unité par la création d'un style politique qui est devenu, en réalité, une religion sécularisée. [...] La foule chaotique du « peuple » est devenue un mouvement de masse partageant une croyance en l'unité populaire à travers une mystique nationale. La nouvelle politique a fourni une objectivation de la volonté générale ; elle a transformé l'action politique en un drame censé être partagé par le peuple lui-même ».
Notes et références
Bibliographie
Georges L. Moose, The Nationalization of the Masses: Political Symbolism and Mass Movements in Germany from the Napoleonic Wars through the Third Reich, Howard Fertig, 1975 ; Meridian, 1977 ; Cornell University Press, 1991 ; University of Wisconsin Press, 2023. Georges L. Moose, Fascism and the French Revolution, Journal of Contemporary History, Vol. 24, n°1, Janvier 1989, pp. 5-26. Stanley G. Payne, David J. Sorkin, John S. Tortorice, What History Tells : George L. Mosse and the Culture of Modern Europe, University of Wisconsin Press, 2004. Emilio Gentile, Il culto del littorio. La sacralizzazione della politica nell'Italia fascista, Roma-Bari, Laterza, 1993.
Articles connexes
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