vignette|Manifeste contre le , publié en 1922 par Kurt Hiller.

Le est Un article de loi ou de code est en allemand un ; la traduction en français par paragraphe, bien qu'inexacte, est la plus répandue. du Code pénal allemand (), qui criminalisait l'homosexualité masculine, de 1871 à 1994. C'est en application de ce paragraphe qu'environ ont été poursuivies et pour certaines envoyées dans les camps de concentration sous le Troisième Reich. Ce même paragraphe a également permis, avant 1933 et encore longtemps après la Seconde Guerre mondiale (dans la pratique, jusqu'aux années 1970), de poursuivre les homosexuels devant la justice et de les condamner parfois à des peines de priso

Condamnations prononcées de 1871 à 1945 +Condamnations au titre du de 1871 à 1945D'après , sur . Période Condamnations Moyennes annuelles 1871-1919 (Empire) 208 par an 1920-1932 (République de Weimar) 612 par an 1933-1935 ( Reich, civils) par an 1935-1945 ( Reich, civils) 1933-1945 ( Reich, militaires)

Sous l'Empire et la République de Weimar (1871-1933) La Bavière indépendante avait depuis 1813, sous l'influence du Code pénal français, adopté le modèle juridique français de non-criminalisation de l'homosexualité dans le cadre privé. Le grand-duché de Bade et le Wurtemberg le firent après 1815, le royaume de Hanovre et le duché de Brunswick après 1820, tandis que les pays allemands du Nord étaient répressifs (Prusse, royaume de Saxe et villes-États de Hambourg et Brême) et criminalisaient les actes homosexuels entre hommes, même pour des actes dans le cadre privé. Le statut de l'empire d'Autriche était unique en Europe centrale comme il pénalisait les actes sexuels dans le cadre privé, non seulement entre hommes, mais aussi entre femmes.

La décennie 1860 est marquée par de nombreuses rencontres de juristes allemands qui préparent le processus d'unification allemande en harmonisant les règles de droit des différents États au sein d'un nouveau code pénal unique. Des juristes (faisant eux-mêmes appel à des médecins), comme Karl Heinrich Ulrichs, ou des écrivains comme le Hongrois Karl-Maria Kertbeny (qui invente à cette occasion les mots allemands et ), essaient de s'opposer à l'extension des règles répressives de la Prusse contre les homosexuels masculins. Mais, lors de l'unification allemande, en 1871, le gouvernement du chancelier Otto von Bismarck choisit de reprendre une vieille loi prussienne datant de 1794, qui condamne les (), c'est-à-dire, dans la jurisprudence, le coït anal pratiqué entre deux hommes, et impose son extension à tout l'Empire :

On relève sous l'Empire (1871-1918), puis sous la République de Weimar (1919-1932), sur .. Les homosexuels allemands bénéficient en fait d'une relative tolérance au début du , la répression se cantonnant à la surveillance des lieux de rencontre publics (parcs, urinoirs), épargnant en partie les bars, dancings et clubs, ainsi que les lieux privés. Une « scène homosexuelle » florissante se développe en particulier à Berlin, qui acquiert dans les années 1920 la réputation d'être la « capitale homosexuelle » de l'Europe. Des tentatives d'obtenir l'abolition du sont menées par les militants homosexuels allemands, avec le soutien des partis de gauche, mais sans succès.

Sous le régime nazi (1933-1945)

Sous le régime nazi, , sur .. Pour Himmler, qui a été le partisan le plus radical de la lutte contre l'homosexualité, les homosexuels constituent en raison de leur mode de vie une atteinte à l'utopie nationale-socialiste (un État dans l'État) ; leur « féminité » est une menace pour l'idéal de () ; leur comportement est enfin une atteinte à la natalité menaçant la survie de la race aryenne alors que celle-ci lutte pour la conquête de son espace vital, et suiv. sur .. Ils sont perçus comme une menace qui serait le résultat de l'influence juive sur les comportements : .

Cependant, comme le souligne l'historien Burkhard Jellonek, Burkhard Jellonek, cité par .. Selon les théories médicales en vigueur, la () pouvait en effet être corrigée, sur .. On différenciait donc les cas minoritaires d'homosexualité supposée innée et définitive de la majorité de ceux qui pouvaient être ramenés à la normalité hétérosexuelle par divers « traitements » (emprisonnement, internement, travaux forcés, traitement hormonal, castration).

Dès la prise du pouvoir en 1933, une première vague de répression visant les prostitués et travestis, les lieux de rencontre et la presse homosexuelle est lancée. Les premiers mois du régime voient la disparition rapide de la « scène homosexuelle » publique allemande. Avec la Nuit des Longs Couteaux en , l'élimination d'Ernst Röhm, homosexuel notoire, met fin à l'illusion d'une éventuelle tolérance au sein du régime ; elle est suivie de la mise en place en au sein de la Gestapo d'un bureau spécial chargé de traiter les affaires homosexuelles (), qui se consacre notamment au fichage, et d'une nouvelle intensification de la persécution et .. Les inculpations au titre du sont alors multipliées par 5 entre 1934 et 1935, atteignant un total de pour les seules années 1933-1935, et sur ..

L'aggravation du (1935) Le , le est amendé et aggravé ; il devient en effet :

Le premier changement majeur est le passage de la restriction () à tout (), qu'il y ait ou non pénétration ou éjaculation. Le second est la faculté laissée au juge, en tenant compte des , du et des , de condamner tout acte qu'il estime contraire à la morale, sur ..

Condamnations, emprisonnement et internement dans les camps Après la création de l'Office central du Reich pour la lutte contre l'homosexualité et l'avortement () au sein de la police criminelle, en , la répression s'intensifie encore. Le nombre de condamnations s'accroît et atteint un total de entre 1935 et 1945, et 5149 sur .. À l'issue de leur peine, ceux des condamnés qui sont récidivistes sont envoyés en camp de travail, afin d'y être « rééduqués », sur .. En l'état actuel des recherches, on estime qu'entre et ont été internés sur les poursuivis pour homosexualité sur l'ensemble de la période 1933-1945Les chiffres issus des recherches menées sous la direction de Rüdiger Lautmann sont les plus souvent retenus en l'état de la recherche, voir et .Régis Schlagdenhauffen retient pour sa part une fourchette plus réduite, de à . Voir , sur ..

Ces statistiques ne couvrent cependant pas l'ensemble des cas, les , les prostitués et les récidivistes pouvant être directement internés en camp de travail sans jugement. L' est également « proposée » par la police aux homosexuels poursuivis au titre du . Quant à la castration forcée, elle n'est imposée que dans certains cas, cette fois au titre de la loi de prévention des maladies héréditaires modifiée en , ou de celle sur les crimes sexuels de Burkhard Jellonek, cité par ., sans qu'il soit possible de différencier les homosexuels parmi ceux qui en ont été victimes ; le recours à la castration systématique a été proposé à plusieurs reprises par Himmler, notamment en 1939 puis en 1942, mais n'a pas été retenu, ainsi que , sur .. Sans cependant donner la source de ses propres statistiques, l'historienne affirme quant à elle qu'entre et auraient été indistinctement emprisonnés ou internés, et qu'entre et y seraient morts, sur ..

Le joueur de tennis Gottfried von Cramm est condamné à un an de prison ferme en 1938-1939 pour homosexualité..

Dans l'armée et la SS Le nombre global de condamnations diminue en 1940 avec l'entrée en guerre (de 8562 en 1937 à 3773 en 1940), reflet probable du passage à d'autres priorités. Pour l'ensemble de la période 1935-1945, sont condamnés au titre du . Dans la SS, les homosexuels sont, à partir de 1937, dégradés et exclus, traduits devant un tribunal, puis internés en camp de concentration à l'expiration de leur peine. Selon la gravité du cas, mesurée au risque de récidive, les tribunaux SS affectent une partie des condamnés dans des unités spéciales (brigade Dirlewanger), puis au sein de la Wehrmacht à partir de la fin 1943. Celle-ci procède de même avec ses propres condamnés pour homosexualité, affectés dans des bataillons disciplinaires (). L'incorporation dans l'armée répond également à l'idée que ces hommes sont « rééducables » et au souci de ne pas leur autoriser, avec l'internement dans les camps, un sort considéré comme plus enviable que le Front, et suiv. sur ..

L'homosexualité féminine Bien que cela ait été envisagé à plusieurs reprises, l'homosexualité féminine n'a pas été criminalisée dans l'Allemagne nazie. Il est difficile de déterminer combien de femmes ont été poursuivies sous d'autres motifs. On ne trouve enfin que des traces sporadiques de leur internement dans les camps. En revanche, en Autriche, une législation antérieure ( et 130 du Code pénal, 1852), maintenue après l'Anschluss, rendait l'homosexualité féminine, aussi bien que masculine, passible d'une peine maximale de d'emprisonnement. Régis Schlagdenhauffen estime que le nombre de condamnées pour homosexualité en Autriche aurait été vingt fois inférieur à celui des hommes, ainsi que , et 440 sur .. On estime que la plupart des lesbiennes déportées auraient été enregistrées sous le Triangle rouge (opposantes politiques), le Triangle noir (inadaptées sociales) ou le triangle vert (criminelles)..

Dans les territoires annexés et les pays occupés En dehors du territoire allemand, le n'a été appliqué que dans les territoires annexés des Sudètes et de l'Alsace-Lorraine, et 472 sur .. Une ordonnance militaire promulguée en reproduit dans les Pays-Bas occupés une législation similaire, dont l'application n'a suscité qu'une coopération réduite de la part de la police néerlandaise, sur .. En revanche, aucune mesure de cet ordre n'apparaît en France occupée, ni en Pologne, et 538 sur ..

Condamnations prononcées après 1945

+Condamnations sous 175, 175a (1946-1994).AnnéeNombreAnnéeNombre1946 (~) 1971 3721947 (~) 1972 3621948 (~) 1973 3731949 (~) 1974 2351950 1975 1601951 1976 2001952 1977 1911953 1978 1771954 1979 1481955 1980 1641956 1981 1471957 1982 1631958 ~ 1983 1781959 ~ 1984 1531960 ~ 1985 1231961 1986 1181962 1987 1171963 1988 951964 1989 951965 1990 961966 1991 861967 1992 771968 1993 761969894 1994 441970340 Source : Rainer Hoffschildt 2002. 1946–1949 estimationbasée sur le nombre d'arrestations pendant la guerre Berlin Ouest et Sarre inclusavant 1962 et 1961 respectivement(jamais considéré auparavant dans les sources !). 1958–1960 Sarre (Land) estimé (~59)

Les homosexuels sont la seule catégorie de victimes du nazisme qui continuent à être poursuivis en Allemagne après 1945, au titre de la même législation. Régis Schlagdenhauffen souligne même que , sur ..

En Allemagne de l'Ouest, la légalité de la répression de l'homosexualité par le régime nazi est confirmée par la Cour fédérale constitutionnelle en 1957 ; environ sont prononcées à ce titre entre 1950 et 1966. Les dispositions aggravées en 1935 du ne sont abolies qu'en 1969, et le lui-même qu'en 1994, ainsi que , sur .. De même, en République démocratique allemande, le , rétabli dans sa version initiale d'avant 1935, reste en vigueur jusqu'en 1968..

Réhabilitation des victimes Finalement, dans l'Allemagne réunifiée, la réhabilitation des condamnés de la période nazie est votée en 2002.

En , le gouvernement fédéral allemand décide de réhabiliter les poursuivies pour homosexualité en RFA après la Seconde Guerre mondiale. Le texte, nécessitant une approbation du Bundestag, prévoit l'annulation des condamnations prononcées, d'indemnisation par personne et par année de détention. Le ministre de la Justice Heiko Maas annonce également l'allocation de pour une fondation chargée du travail de mémoire..

Bibliographie Travaux

. . , . . .

Sources primaires .

Témoignages . .

Rob Epstein, Jeffrey Friedman, Paragraphe 175, 2000 Laura Zornitta, Matricule 7952, 2009

Dans la fiction