Charles Maurras, né le à Martigues (Bouches-du-Rhône) et mort le à Saint-Symphorien-lès-Tours (Indre-et-Loire), est un journaliste, essayiste, homme politique d'extrême droite et poète français.
Écrivain défenseur de la culture provençale appartenant au Félibrige et agnostique dans sa jeunesse, il se rapproche ensuite des milieux catholiques et antidreyfusards. Il dirige le journal L'Action française, fer de lance du mouvement homonyme, d'inspiration nationaliste, fédéraliste et contre-révolutionnaire qui devient un important mouvement intellectuel et politique d'extrême droite sous la Troisième République.
Il met en avant une doctrine basée sur le concept d'antisémitisme d'État et une xénophobie virulente, s'oppose à la démocratie et à la république, et prône un changement de régime en faveur d'une monarchie héréditaire.
Bien qu'anti-allemand, il soutient Pétain, le régime de Vichy et l'instauration d'une législation antisémite. Poursuivant la publication de L'Action française sous l'occupation allemande avec l'accord de Vichy puis de l'occupant, il réclame l'exécution de résistants. Arrêté à la Libération, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale. Il est gracié pour raisons de santé en .
Sa condamnation à la dégradation nationale entraîne automatiquement sa radiation de l'Institut de France ; il avait été élu à l'Académie française le .
Son parcours et sa pensée jouent un rôle essentiel au sein de la droite et de l'extrême droite en France. Il a influencé notamment la droite nationaliste.
Biographie Enfance et adolescence (1868-1886) vignette|gauche|redresse|Charles Maurras en 1877.En 1868, le , naît à Martigues, au 13 quai Saint-Sébastien, Charles Marie Photius Maurras, en Provence. Il est le second fils de Jean Aristide Maurras (1811-1874), percepteur, ayant des convictions libérales, et de Marie-Pélagie Garnier (1836-1922), profondément catholique. Quelques mois avant la naissance de Charles, ils ont perdu leur premier fils, Romain, âgé de deux ans.
La famille Maurras s'est installée à Martigues au ; elle était originaire du pays gavot (Haut-Var), au sud de Gréoux, près de Saint-Julien-le-Montagnier. En 1873, Charles est mis à l'école communale. Le , il devient orphelin de père. À six ans, Charles part vivre avec sa mère et son petit frère à Aix-en-Provence.
À quatorze ans, la surdité dont il est soudainement atteint, dégrade aussi ses capacités vocales. Désespéré, le jeune Charles voit s'effondrer tous ses projets, dont celui d'entrer à l'École navale comme le père de sa mère. L'abbé Jean-Baptiste Penon donne des cours particuliers au jeune Charles, ce qui lui permet de revenir parfois au collège.
Il s'intéresse à Hippolyte Taine et Ernest Renan. En 1885, Charles Maurras obtient son baccalauréat. L’abbé Penon incite Charles Maurras à aller à Paris car il souhaite l’introduire dans les revues qu’il connaît, ce qui amène la famille Maurras à quitter Martigues et à s'installer dans la capitale, le .
Maurras est profondément influencé par les idées monarchistes et catholiques durant son enfance : .
Écrivain et critique littéraire (1886-1898) vignette|gauche| Charles s’inscrit en histoire à la faculté des lettres de Paris, rencontre l’historien orléaniste Paul Thureau-Dangin. Il se montre un bourreau de travail : lectures innombrables à la bibliothèque Sainte-Geneviève et à la Sorbonne.
Maurras écrit dans La Réforme sociale, revue conduite par le sociologue Frédéric Le Play, qui développe une analyse de la société moderne critiquant l’individualisme et prônant des idées corporatistes. Il écrit également pendant cinq ans dans les Annales de philosophie chrétienne.
La tournure de sa pensée est encouragée par l’atmosphère intellectuelle du temps qui oscille entre le déterminisme kantien et le pessimisme de Schopenhauer. Maurras dit être troublé par la philosophie kantienne de la connaissance tout en admirant saint Thomas. Mais son agnosticisme se renforce. Il est alors fortement influencé par la méthode positiviste.
En 1886, Maurras découvre Frédéric Mistral. Il rêve de constituer une anthologie de poésie et de prose provençales et commence un travail de documentation dans ce but. Le , il entre au quotidien catholique L'Observateur français dont il deviendra secrétaire de rédaction en 1888. Très vite, le jeune homme rencontre des félibres comme Paul Arène et Albert Tournier, promouvant la culture d'Occitanie.
En 1888, il obtient du Félibrige pour un éloge du poète provençal Théodore Aubanel. Il devient membre de cette académie qui s’est fixé comme objectif la restauration de la langue et de la culture d’oc. Durant l’été de la même année, il fait la connaissance de son compatriote Frédéric Mistral, puis, en décembre, du Lorrain Maurice Barrès. Il est rédacteur de la Revue félibréenne et de Lou Viro-Soulèu.
En 1889, il rencontre Frédéric Amouretti lors de la félibrée de Sceaux, et devient le secrétaire de la Société des félibres de Paris. En 1890, il rencontre Jean Moréas et devient le théoricien de l'École romane. Il se lie d'amitié à Anatole France. Il travaille avec ses amis à faire connaître les poètes provençaux au public parisien La Plume. Jusqu'en 1898, c'est dans la Revue encyclopédique que Maurras livre la plupart de ses articles littéraires. Il chronique ainsi les œuvres de Paul Bourget, Gabriele D'Annunzio, Tristan Bernard, Marcel Schwob, Jean Moréas, Pierre Louÿs, Marcel Proust.
Grand lecteur de Dante, il encourage Louise Espinasse-Mongenet à se lancer dans la traduction de ses œuvres. En 1912, il préface sa traduction de L'Enfer, préface qui sera publiée sous le titre Notes sur Dante en 1913.
Vers le monarchisme S'il est encore hostile à la Révolution à cette époque, il est républicain et concède que la République est Il lit de manière intense Auguste Comte, le fondateur du positivisme.
thumb|Philippe VIII, duc d'Orléans.Cependant, il est fondamentalement attaché à la décentralisation. En août 1889, se rendant aux archives de Martigues pour une analyse des documents remontant à cent ans en arrière, il découvre les systèmes coutumiers et empiriques, des mécanismes de protection sociale et de solidarité, servant de relais et de protection entre l'individu et l'État central. Pour Maurras, avec la centralisation, la République n'a pas fait des Français des citoyens mais des administrés..
Il développe à l'opposé de l'image de l'historiographie révolutionnaire d'un roi au pouvoir illimité, une image paternelle nourrie de bienveillance et de savoir-faire au sommet d'un État fort mais limité.
En 1894, il se rapproche du nationalisme en collaborant au journal La Cocarde de Maurice Barrès. vignette|Charles Maurras et le comte de Paris (futur Henri VI). En 1895, Maurras amorce sa conversion au principe monarchique. Jusque-là, il était resté conservateur. L'échec de la décentralisation dans le cadre républicain, l'inefficacité du régime parlementaire, l'admiration qu'il porte pour le système britannique, la lecture de Démosthène et du rôle de la démocratie dans l'effondrement de la Grèce, constituent autant de facteurs qui l'inclinent au royalisme en 1895. Se basant sur les exemples allemands et anglais, il en revient convaincu que le régime monarchique rend plus fortes les nations qui l'adoptentBertrand Renouvin, Maurras, le fondateur, , vol. 11, ..
Du au , La Gazette de France le charge de couvrir comme reporter les premiers jeux Olympiques modernes, à Athènes. Cette expérience joue un rôle central dans son intérêt pour la culture gréco-romaine et pour le classicisme. Ce séjour inspire son idéal littéraire et son désir de recréer une société fondée sur un « ordre » inspirée par l'Antiquité.
Laurent Joly explique ainsi : .
Naissance de l'Action française (1898-1914) Le début du est marqué par une transformation du paysage politique. Comme le remarque l'historien Laurent Joly : .
Joly ajoute . Or, , selon Laurent Joly.
vignette|droite|alt=Au milieu d'une cérémonie militaire, Alfred Dreyfus se tient droit en uniforme vierge de tout insigne. Ses insignes et son fourreau sont à ses pieds, et en face de lui, un adjudant est en train de casser son sabre en deux sur son genou.|La dégradation d'Alfred Dreyfus, le . Dessin d'Henri Meyer en couverture du Petit Journal du , légendé « Le traître »Voir l'exemplaire complet sur Gallica..
En , Maurras se range en effet dans le camp des antidreyfusards. Maurras achève également sa conversion au monarchisme. Il devient l'inspirateur du nationalisme royaliste. À la suite de l'Affaire Dreyfus, Maurras fonde le parti de l'Action française. L'Affaire Dreyfus constitue le principal tournant dans la pensée politique de Maurras. Il rédige à cette occasion son premier grand livre sur la monarchie Enquête sur la monarchie. L'Action française est d'emblée un mouvement violent, dans un premier temps à l'encontre des dreyfusards, puis de ses autres adversaires politiques.
Plus tard, Maurras s'oppose à la demande de révision du procès du capitaine Alfred Dreyfus, alors relancée à la suite des aveux et du suicide d'Hubert Henry, officier qui avait fabriqué plusieurs faux pour faire croire à la culpabilité du capitaine.. Maurras rédige un éloge d'Henry dans La Gazette de France.
vignette|gauche|Le Café de Flore vers 1900, lieu de réunion habituel des fondateurs de l'Action française à partir de 1898.
En amont de la création de l'Action française, Henri Vaugeois et Maurice Pujo fondent en 1898 un « Comité d'action française », qui ne compte aucun royaliste et vise en prévision des élections à restaurer une république patriote conforme selon eux au nationalisme de la Révolution. Maurras rejoint ce petit groupe qui se réunit habituellement au Café de Flore., même s'il avait préféré le complément de nom « d'intérêt commun » à celui « d'action française », moins poignant mais plus précisLouis Dimier, Vingt ans d'Action française, Nouvelle Librairie nationale, 1926, ..
En 1906, l’Institut d’Action française voit le jour et, en , paraît le premier numéro du quotidien L’Action française., né de la transformation de la revue mensuelle (la Revue d’Action française) créée neuf ans plus tôt.
Le projet monarchiste de Maurras s'inscrit dans un contexte favorable. Selon Joly, . Vers 1889, autour des célébrations du premier centenaire de la prise de la Bastille, un est porté sur la Révolution par des penseurs éminents – dont Ernest Renan – et des jeunes écrivains d’avant-garde : .
Il s'agit pour l'Action française de défendre l'armée à tout prix. Maurras prétend ainsi défendre la raison d'État en soutenant l'armée coûte que coûte pour éviter un désastre en cas d'une nouvelle guerre contre l'Allemagne.
En 1905, Maurras fonde la Ligue d'Action française pour lever des fonds en faveur de la Revue d'Action française, mensuel devenu l'organe de presse du mouvement.
Le capitaine Dreyfus intente plusieurs procès au quotidien L’Action française pour diffamation et y fait publier des lettres sur décision de justice. Le , Charles Maurras présente ces textes , observe Olivier Dard. A cette occasion, le chef de l'Action française qualifie Dreyfus de [qui] (pourtant, à cette date, l'innocence de Dreyfus était depuis longtemps parfaitement établie).
Maurras publie L’Avenir de l’intelligence, qui met en garde contre le règne de l’argent et son emprise sur les intellectuels.
Revenant sur l'affaire Dreyfus en 1930, Maurras dit : Il avait écrit en à Maurice Barrès : .
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