De l'amour est un essai de Stendhal publié en . Sous couvert d'analyse psychologique et sociologique de l'amour, il y exprime sa passion malheureuse pour Matilde Viscontini Dembowski. C’est dans cet ouvrage qu'il invente et décrit le célèbre phénomène de la cristallisation.

Genèse thumb|upright|left|Stendhal par Ducis en 1835, Bibliothèque Sormani, Milan

Rendu malheureux par son amour pour celle qu'il appelait Métilde, Stendhal a l'idée, le , comme il le dira lui-même, d'écrire un essai d’idéologie (dans le sens de Destutt de Tracy, qu’il admire) sur les sentiments amoureux, « parler de sa passion malheureuse par le truchement d'idées plus générales », plutôt que de passer par la fiction, comme il en avait initialement l'intention. Il le termine en . Il charge une connaissance, le comte Severoli, de l'amener à Strasbourg. Par suite de négligence, le manuscrit est perdu pendant plus d'un an. Stendhal ne le récupère qu'en 1821, lors de son retour à Paris, sachant tout espoir impossible avec Métilde. Il remanie profondément le manuscrit et se met à la recherche d'un éditeur. Il signe un contrat le avec Pierre Mongie l'aîné et l'ouvrage paraît en deux volumes le , tiré à 1000 exemplaires. À sa sortie, il passe totalement inaperçu. Dans la seconde édition, en 1833, deux chapitres sont rajoutés : Le Rameau de Salzbourg et Ernestine ou la naissance de l'amour. Onze ans après la mort de Stendhal, en 1853, son cousin Romain Colomb fait paraître une nouvelle édition chez Michel Lévy, augmentée de différents fragments inédits, sous le titre de Compléments. D'après une note (non signée, mais probablement de Colomb) de l'édition Michel-Levy frères de 1856, la troisième préface pour De l'amour a été "terminée le " soit huit jours avant la mort de Stendhal. La note conclut : " C'est donc probablement son dernier écrit ".

Résumé L'ouvrage est divisé en deux livres, le premier se consacre à l'analyse psychologique du sentiment amoureux ; le second propose une étude sociologique des mœurs amoureuses de différents pays, ainsi que sur l'éducation des femmes, même s'il oscille entre les deux dans chaque livre. Il ne peut s'empêcher de faire régulièrement des allusions à son histoire avec Matilde, comme cette allusion à l’un de leurs malentendus, Matilde soupçonnant Stendhal de n’être qu’un séducteur collectionnant les conquêtes : « Peut-être que les femmes sont principalement soutenues par l'orgueil de faire une belle défense, et qu'elles s'imaginent que leur amant met de la vanité à les avoir ; idée petite et misérable : un homme passionné qui se jette de gaieté de cœur dans tant de situations ridicules a bien le temps de songer à la vanité »..

Livre I

thumb|upright|Matilde Viscontini Dembowski C'est dans les premiers chapitres, après la description des différentes étapes de l'amour, qu'il développe sa théorie de la cristallisation, le phénomène d'idéalisation à l'œuvre au début d'une relation amoureuse : « En un mot, il suffit de penser à une perfection pour la voir dans ce qu'on aime ».. De la « cristallisation de la maîtresse d'un homme », il dira qu'elle « n'est autre chose que la collection de toutes les perfections et de tous les désirs qu'il a pu former à son égard ». Le concept de cristallisation s'ancre dans une tentative de développement du sentiment amoureux chez l'homme et chez la femme sous toutes ses facettes : la première vue, l'engouement, le coup de foudre, la pudeur, les regards

Le Livre 1 est l'occasion d'une critique acerbe du mariage, « cette prostitution légale » :

Livre II Stendhal se propose de comparer les mœurs amoureuses de différentes Nations (France, Italie, Angleterre, Allemagne, Arabie, Provence au XIIe siècle…etc.) parce « que nous ne pouvons être éclairés sur ce qui se passe dans nous que par les faiblesses que nous avons observées chez les autres ».

Très critique vis-à-vis de la France, où les jeunes hommes n'écoutent que leur vanité et le bon ton, pour aimer comme pour quitter leur maîtresse, il s'attarde bien plus sur l'Italie, « le seul pays où croisse en liberté la plante que je décris ». Il y loue la coutume du "cavalier-servant" , décrite par ailleurs par Lord ByronLettre à son éditeur du 21 février 1820 où il décline justement sa propositions de faire une étude de mœurs sur l'Italie, mais parle de la coutume du Chevalier-servant, qu'il connaît bien pour la pratiquer avec Teresa Guiccioli : « En résumé, elles transfèrent les lois du mariage à l'adultère (…) », in Lettres et journaux intimes, Albin Michel, 1987 : il est tout à fait admis et convenable pour l'épouse d'avoir un amant qui la suit en toute occasion, considéré comme un ami de la famille, y compris par l'époux, et avec qui elle entretient un rapport quasi conjugal..

À la fin du Livre II, dans le chapitre 54 De l'éducation des femmes et les suivants, il expose un vibrant plaidoyer pour une meilleure éducation donnée aux femmes : Il conclut par :

Il termine le Livre II par la comparaison de deux types d’amoureux, Werther et Don Juan. Il prend pour modèle, Werther, le héros trop sensible de Goethe, plutôt que Saint-Preux, qu'il trouve trop plat, afin de montrer la supériorité des plaisirs qui lient l’esthétique à l’érotique : A contrario, il fait du Don Juan, pourtant admiré et envié en société, un homme malheureux :

Compléments thumb|Le cheminement de la Cristallisation dessiné par Stendhal dans Le rameau de Salzbourg C’est dans les Compléments, rajoutés en 1853 par Romain Colomb que se trouve le chapitre intitulé Des fiascosStendhal avait écrit ce chapitre en 1820 mais avait renoncé à le publier. Stendhal y décrit une conversation entre officiers parlant d’amour et de l'impuissance qui les affecte lors de la première fois (et même les autres), qui touche les hommes sensibles par excès d'amour et de respect, par timidité… qui peut être corrigé par les effets de l'alcool.. Cette conversation, donnée comme réelle, n’est probablement qu’une fiction, totalement imaginée par Stendhal :

C’est aussi dans les Compléments qu’est placé Le Rameau de Salzbourg qui raconte comment lui est venue l’idée de l'analogie entre les sentiments amoureux et le processus naturel de la cristallisation, lors d'une visite, probablement tout aussi fictive, des mines de sel de Hallein, près de Salzbourg en 1818 avec des amis :

De l’amour ou les virtualités du romancier En 1822 Stendhal n'a pas encore écrit de roman, hormis justement, l'essai infructueux qu'il fera de transposition narrative de sa relation avec Matilde en changeant simplement les nomsIl s’en expliquera en 1832 dans Souvenirs d’égotisme, qui retrace cette période : Remarque humoristique sachant qu’entre 1822 et 1832, il a écrit deux romans : Armance et Le rouge et le noir. Michel Crouzet, dans sa biographie Stendhal ou Monsieur Moi même, voit dans De l'amour Sous les pseudonymes de Salviati, Léonore, Lisio, Delfante c'est son amour pour Metilde qu'il raconte, le baignant dans une « lumière mythique », brouillant les pistes de peur d'être reconnu, tel ce faux « Extrait du journal de Salviati », vrai récit de sa folie amoureuse avec laquelle il essaye de prendre de la distance, qu'il conclut par la mort de son personnage-alibi..

Mais son essai reste un exutoire :

Réception Mal vendu (une quarantaine d’exemplaires selon son éditeur en 1824), mal reçu à son époque, jugé incompréhensible par beaucoup ( ), Stendhal tente de s'en expliquer dans la préface d'une seconde édition parue en 1833. Il reconnaît qu'il n'a pas été clair mais soupçonne ses lecteurs (industriels et banquier qui ne sont occupés que de choses utiles De l’amour, p336) et lectrices (femmes du monde affectées, incapables de sentiments sincères idem) de ne pouvoir comprendre, faute d'avoir connu l'amour :

Malgré tout, il reçoit certaines éloges : le Journal de Paris (où il bénéficie du soutien de son ami Joseph Lingay)  « loue le naturel, la franchise, la liberté ultra philosophique, l’humeur leste et tranchante de l’auteur. » ; en Angleterre, le New Monthly Magazine reconnait M. Beyle comme l’auteur dont le grand plaisir était de lire, écrire voyager, et « de couper les soupirs en quatre », lui conseillant d’écrire un roman… En 1832, Le Globe y voit la théorie d’un homme qui avait prévu la révolution féministeCrouzet, p343-344.

Dans Stendhal et le Beylisme, Léon Blum, en 1914, souligne à la fois toutes les contradictions et la modernité de De l’amour :

En 1990, Michel Crouzet expliquait que si De l’amour est aujourd'hui l’œuvre la moins lue de Stendhal, c’est que sa vision de l’amour est perçue comme trop Romantique pour les contemporains :

Adaptation au cinéma De l'amour, film français de Jean Aurel sorti en 1964, avec Michel Piccoli dans le rôle principal.

Notes

Références . . .

Bibliographie

Annexes Articles connexes Stendhal Matilde Dembowski Cristallisation

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