vignette|Uniforme des Scouts et Guides de France.

Le scoutisme en France rassemble en 2023 environ personnes, réparties dans dix grands mouvements.Six mouvements constituent la Fédération du scoutisme français, organisme reconnu par les instances internationales du scoutisme et du guidisme. En France le scoutisme fait partie de la législation des accueils collectifs de mineurs (ACM). Les associations françaises de scoutisme sont organisées selon une logique religieuse, quoique le catholicisme soit très majoritaire : les trois grands mouvements catholiques représentent plus de 80 % des effectifs.

Créé en 1907 en Angleterre par Baden-Powell, le scoutisme apparaît en France quatre années plus tard et se développe rapidement sous la forme de mouvements non-mixtes, identifiés par leur attache religieuse : protestants, laïcs, puis catholiques, juifs et musulmans.

Après la guerre, le scoutisme connaît son apogée jusqu'aux années 1960, où les transformations sociales des Trente Glorieuses remettent en cause sa place dans la société. Pour y répondre, les mouvements historiques se réforment, causant l'apparition de nouveaux mouvements réfractaires à ces évolutions. Après une période de crise, les effectifs se sont stabilisés dans les années 1980 et ont retrouvé une certaine croissance.

Aux côtés des dix mouvements agréés par le ministère de la Jeunesse et des Sports, nombre déjà important, il existe une multitude de petites associations. Les explications de ce morcellement du paysage associatif sont multiples : elles tiennent à la fois à des raisons historiques mais aussi à des différences portant sur la mixité, la religion, la méthode éducative et, plus globalement, sur la vision du scoutisme et du monde.

Histoire 1911-1918 : Débuts thumb|Lord Robert Baden-Powell. Créé par Robert Baden-Powell en Angleterre en 1907, le scoutisme est expérimenté en France dès 1909 à Nantes. par Emmanuel Chastand avec un groupe d'adolescents issus de la Mission populaire évangélique protestante. Les premiers grands mouvements sont créés en 1911.

Au contraire du modèle anglais, les mouvements français sont créés selon une logique religieuse : les Éclaireurs français de Pierre de Coubertin et les Éclaireurs de France, d'inspiration Dans le scoutisme, « neutre » désigne moins un mouvement laïque que « interdenomitional » sur le modèle anglais, c'est-à-dire interreligieux, regroupant différentes confessions. plutôt que laïque, et les Éclaireurs unionistes de France (EUF), d'inspiration protestante. L'Église catholique, hostile au scoutisme qu'elle accuse d'être d'essence protestante et maçonnique, s'oppose à la création de mouvements catholiques. thumb|center|Revue des « Éclaireurs de France » dans la Cour d’honneur des Invalides (avant 1916). À la veille de la Première Guerre mondiale, les trois associations comptent à scouts.

1919-1939 : développement thumb|Le vénérable père Sevin. Après la Première Guerre mondiale, le père Jacques Sevin, le chanoine Cornette, Paul Coze et Édouard de Macedo fondent le scoutisme catholique français, mélangeant le catholicisme social ouvert et paradoxalement conservateur, et la méthode de Baden-Powell.. Par ses écrits, notamment Le scoutisme, étude documentaire et applications écrit entre 1917 et 1919, et des camps expérimentaux à Mouscron, le père Sevin promeut la pédagogie scoute décriée dans les milieux ecclésiastiques de l'époque. En fondant les Scouts de France (SdF) en , il fédère les expériences de scoutisme catholique qui existent déjà en France et repense le scoutisme dans un esprit catholique.

Les mouvements féminins apparaissent peu après. En 1921, la Fédération française des éclaireuses (FFE) est créée officiellement, même si des groupes d'éclaireuses existent déjà depuis 1912. À la tête de la Fédération, l'équipe , constituée de cinq femmes : Marguerite Walther, Georgette Siegrist, Violette Mouchon, Renée Sainte-Claire Deville et Madeleine Beley. Cette Fédération est la seule tentative à grande échelle en France de regrouper différentes confessions au sein d’un même mouvement de scoutisme sur le modèle anglo-saxon : elle est constituée d’une section et d’une section , protestante, rejointe en 1928 par une section , juive.

Chez les catholiques, les Guides de France (GdF) sont créées en 1923.

Les Éclaireurs israélites de France (EIF), de confession juive sont créés en 1923 ; pour les filles, une section juive apparaît à la FFE en 1928 ; elle reste en lien étroit avec le mouvement masculin.

Le développement des différents mouvements est extrêmement important et l'entre-deux guerres constitue une époque faste pour le scoutisme en France.

En 1939 sont créés les Scouts musulmans algériens ; ils jouent un rôle important dans la décolonisation.

1940-1944 : Vichy thumb|180px|Yves Goussard, résistant scout, mort en déportation à l'âge de 17 ans. Le scoutisme sous le régime de Vichy est à l'image de la France : majoritairement pétainiste et résistante.. En 1940, les autorités allemandes interdisent les mouvements scouts en zone nord ; puis, en 1943, les Éclaireurs israélites de France sont interdits par Vichy. Certains groupes d'éclaireurs ou éclaireuses israélites seront donc affiliés à d'autres mouvements du Scoutisme Français pour ne pas disparaître, tandis qu'est créée en parallèle la Sixième, réseau de résistance des éclaireurs israélites. La France libre crée son propre mouvement avec des aînés ayant rallié l'Angleterre : les Éclaireurs français en Grande-Bretagne.

En 1940, les principaux mouvements se regroupent dans la Fédération du scoutisme français, qui regroupe EdF, EIF, EUF, SdF, GdF et la FFE. Elle joue rapidement un rôle essentiel et existe toujours aujourd'hui. À la Libération, en 1944, les Scouts musulmans algériens intègrent le collège algérien du scoutisme français, dont ils font partie jusqu'à l'indépendance en 1962.

Le pavillon Sévigné à Vichy, propriété d'une cadre de la Fédération Française des Eclaireuses, Elisabeth Risler, est réquisitionnée pour loger le Maréchal Pétain. Elisabeth Risler et son époux Pierre François, commissaire général des Eclaireurs de France, le côtoient donc pendant toute l'Occupation, tandis que depuis le même lieu, il et elle organisent des activités de résistance et cachent dans la maison une jeune éclaireuse juive.

Plusieurs groupes de jeunes s'engagent collectivement dans la Résistance via leurs activités scoutes. Le réseau des Pur-sangs, un groupe de Guides de France, crée une filière d'évasion de prisonniers en Alsace ; arrêtées et condamnées, à mort pour l'une d'entre elles, elles seront décorées de la médaille de la Résistance à la LibérationArticle sur le site des SGDF.. Le Clan Guy de Larigaudie des Scouts de France reçoit également la Médaille de la Résistance. Le clan René Madec des Eclaireurs de France est le seul groupe de jeunes à être décoré de la Croix de Guerre à titre collectif, remise par le Général de Gaulle en personne.

1945-1963 : apogée thumb|gauche|Michel Menu recevant un groupe de scouts en avril 1983. En 1947 a lieu le jamboree de la paix, qui regroupe des dizaines de milliers de scouts du monde entier à Moisson, en région parisienne.

Les Éclaireurs de France entament des évolutions pédagogiques fortes et envisagent de développer la coéducation. Les Scouts de France créent les raiders scouts, qui jouissent toujours d'une place importante dans l'imaginaire scout.

En 1947 sont créés à Nantes les Éclaireurs neutres, qui deviendront les Éclaireurs neutres de France (ENF). Ils rallient de nombreux groupes issus des Éclaireurs de France.

Il s'agit de l'époque où le scoutisme est le plus présent dans la société française.

En 1957, la branche aînée des Scouts de France dénonce l'emploi de la torture en Algérie : c'est la « crise de la route », qui conduit à la démission de l'équipe nationale. En 1960, les Scouts de France sont signataires d'un appel à la paix en Algérie.

‌Pendant la guerre d’indépendance, en Algérie, les Scouts de France coexistent et parfois agissent avec d’autres mouvements scouts notamment avec les Scouts Musulmans Algériens. D’anciens membres des Amitiés scoutes (Scouts de France) qui avaient créé le mouvement la Vie Nouvelle en 1947, sont particulièrement actifs en Algérie dans la municipalité d’Alger et au sein des Libéraux d’Algérie où militent aussi quelques Scouts Musulmans Algériens. D’autres « Scouts de France » en Algérie avaient fait des choix opposés.

En 1958 apparaît la branche française d'un petit mouvement œcuménique autrichien, les Europa scouts. En 1962, un groupe de scouts identitaires bretons issus des Scouts de France, Bleimor y adhère ; le mouvement devient catholique. Il se développe avec le soutien discret de la Cité catholique : c'est la naissance des Scouts d'Europe.

1964-1984 : crises Il s'agit d'une période d'évolutions profondes : les trente Glorieuses, les suites de la guerre d'Algérie, mai 68 et, pour les catholiques, le concile Vatican II bouleversent considérablement la société. Confronté à une baisse de ses effectifs au début des années 1960, le scoutisme hésite quant à la marche à suivre face à ces changements. Les mouvements scouts historiques sont en crise jusqu’au début des années 1980.

La FFE s'auto-dissout en 1964. La section neutre fusionne avec les Éclaireurs français et les Éclaireurs de France pour créer les Éclaireuses éclaireurs de France (EEdF). La section israélite rejoint les EIF pour former les Éclaireuses éclaireurs israélites de France (EEIF) en 1969 et la section protestante rejoint les EUF pour former les Éclaireuses et Éclaireurs unionistes de France (EEUF) en 1970.

En 1964, à l’instigation de François Lebouteux, les Scouts de France procèdent à la séparation de la branche éclaireurs. La même démarche a lieu chez les Guides de France en 1966 et chez les EEIF. L'organisation des unités, la méthode et les techniques d'encadrement sont profondément modifiées. Cette réforme radicale conduit en 1971 à la scission des Scouts unitaires de France (SUF), qui conservent la pédagogie historique.

Mai 68 et ses suites accentuent la baisse des effectifs amorcée au début des années 1960. La crise des Scouts de France profite aux Guides et scouts d’Europe et aux Scouts unitaires de France, qui se développent fortement pendant cette période. Les Scouts de France réaffirment leur identité, notamment à travers la loi et la promesse avec la publication de Baden-Powell aujourd’hui en 1977. Les pédagogies des branches louveteau et rangers sont réformés en ce sens : en 1979, les rangers disparaissent et deviennent les scouts.

Chez les Guides de France, la place d’un mouvement exclusivement féminin pose question et les effectifs sont en déclin régulier. Elles refusent la fusion avec les Scouts de France en 1981. Ceux-ci, qui s’étaient prononcé favorablement, s’ouvrent aux filles en 1982. Les deux associations fêtent leur soixantième anniversaire en 1981 et 1983.

1985-2006 : stabilisation Les effectifs des différentes associations se stabilisent.

En 1988, quelques groupes EEdF font scission et créent la Fédération des éclaireuses et éclaireurs (FÉÉ), qui revient à une pédagogie plus classique et fédèrent différentes petites associations.

En 1991 sont créés avec l'appui des Scouts de France les Scouts musulmans de France (SMF), qui intègrent la Fédération du scoutisme français ; ils sont agréés comme accueil de scoutisme par l'État en 1994. Ils peinent cependant à se développer.