Le théâtre de Marcellus est un monument antique de Rome, construit par l'empereur Auguste et offert à son neveu et gendre Marcus Claudius Marcellus, d'où son nom.
Situé au Champ de Mars, c'est l'un des plus anciens théâtres en pierre de Rome, après le théâtre de Pompée construit entre 61 et Il est le seul édifice de ce type à Rome conservé en élévation, grâce à sa transformation en forteresse au Moyen Âge, puis en palais.
Localisation Le théâtre est situé à proximité immédiate du temple d'Apollon Sosianus, du temple de Bellone et du portique d'Octavie, au sud du Champ de Mars, à une extrémité du cirque Flaminius, en bordure nord du forum Holitorium. Il fait partie d'un complexe dynastique plus vaste conçu par Auguste, comprenant le temple d'Apollon qui célèbre sa victoire sur Marc Antoine et Cléopâtre et le portique d'Octavie, sa sœur, malgré un manque d'alignement de l'ensemble. Néanmoins, le théâtre a été construit de telle façon que l'axe de la valva regia correspond à l'axe du temple d'Apollon. Cette association d'un théâtre, d'un temple et d'un portique rappelle le complexe pompéien sur le Champ de Mars, réalisation architecturale monumentale que Jules César puis Auguste ont peut-être voulu concurrencer.
Il se trouve de nos jours dans le rione de Sant'Angelo.
Histoire Antiquité Le premier théâtre Selon Tite-Live, un premier théâtre en bois (theatrum et proscaenium ad apollinis) est construit à l'emplacement du futur théâtre de Marcellus, 3. Les travaux commencent en après que les censeurs Marcus Æmilius Lepidus et Marcus Fulvius Nobilior aient établi les différents contrats. Les sources antiques mentionnant cet édifice sont très rares . Ce premier théâtre a pu se limiter à une scène en bois démontable, utilisant les escaliers des temples avoisinant (le temple d'Apollon et le temple de Bellone) comme gradins pour les spectateurs, à moins que ces derniers ne doivent demeurer debout. Ce premier théâtre a pu avoir un caractère temporaire et n'être monté que pour la célébration des ludi apollinares créés en et dont la date est fixée au 13 juillet.
La reconstruction augustéenne
La construction du théâtre est déjà planifiée sous Jules César : en , en préparation des travaux, il acquiert et libère une zone au sud du Champ de Mars entre le portique d'Octavie, les temples d'Apollon et de Bellone et le Tibre, 2. Cet aménagement provoque l'expulsion de nombreux habitants et la destruction de leurs maisons et des temples avoisinants, ce qui entraine une vague de mécontentement, 3.
Les travaux débutent la même année et les fondations sont peut-être terminées lors de l'assassinat de Jules César. Les travaux ne reprennent à l'instigation d'Auguste qu'en , après la fondation du principat et le retour d'une situation politique plus stable. Il est possible qu'Auguste rachète de nouveaux terrains aux alentours et fasse réaplanir l'ensemble de la zone pour construire un édifice de plus grandes dimensions que ce qui était prévu initialement.
Les travaux, de grande ampleur, entraînent un réaménagement de toute la zone avoisinante. Certains temples sont reconstruits à la même place, d'autres sont complètement démantelés et déplacés, comme le temple de la Piété ou le temple de Diane qui ont pu être intégrés au théâtre dans des dimensions plus petites, à moins que le culte de Diane n'ait été accueilli dans le temple d'ApollonA. Viscogliosi, « Apollo, aedes in Circo » dans LTUR, vol. I, 1993, .
Les plus grandes avancées sont réalisées entre 23 et , date à laquelle l'édifice est presque terminé puisqu'il accueille les ludi saeculares. À cette époque, le théâtre est baptisé dans les sources antiques theatrum quod est in Circo Flaminio. La construction ne s'achève qu'entre 13 et , 4 Finalement, le théâtre est dédié le 7 mai 11 à son neveu et gendre Marcellus, fils de sa sœur Octavie et époux de sa fille Julie, mort en Sa mort prématurée a plongé la cour dans la consternation. À l'occasion de la dédicace, quelque 600 bêtes sauvages venues d'Afrique sont massacrées lors des spectacles. C'est aussi à cette occasion que les premiers tigres sont montrés en cage au peuple romain.
Période impériale Après la mort d'Auguste, Livie et Tibère dédient une statue à l'empereur déifié près du théâtre.
L'édifice est certainement endommagé lors du grand incendie de 64 ou lors de l'incendie du Capitole en 69 puisqu'une nouvelle scène est dédiée par Vespasien. Sous Trajan, les arcades extérieures abritent des boutiques (tabernae). En 104, des fournisseurs d'équipements aux armées lui dédient une base en marbre placée dans le théâtre.
Au début du , Sévère Alexandre projette la réparation du théâtre et lève de nouvelles taxes pour financer les travaux mais il n'est pas certain qu'ils aient été réalisés. Quoi qu'il en soit, le théâtre est décrit comme commençant à tomber en ruine au . Lors de la réparation du pont Cestius par le préfet de la Ville Lucius Aurelius Symmachus en 365, pont de nouveau dédié à l'empereur Gratien en 370, des blocs de travertin sont prélevés de la façade du théâtre. Toutefois, selon Ausone, le théâtre est toujours fonctionnel à la fin du et en 421, le préfet de la Ville Petronius Maximus s'y intéresse toujours puisqu'il fait réorganiser la statuaire.
Moyen Âge Au début du Moyen Âge, le théâtre commence à s'effondrer. Les inondations du Tibre charrient du sable et de la boue qui comblent les passages et s'accumulent contre la façade, lui donnant l'apparence d'une petite montagne. Toutefois, l'édifice n'est pas laissé totalement à l'abandon du fait de sa position intéressante, dominant le Tibre et un point de traversée. Le théâtre se transforme en forteresse contrôlée par la famille des Faffi ou FabiiR. Krautheimer, Rome, profile of a city, 312-1308, Princeton, 1980, .
Renaissance En 1532, l'architecte italien Baldassare Peruzzi prend appui sur les vestiges du théâtre pour la construction du palais de la famille des SavelliM. Toca, Ann. Pisa, 1971, 435.
Les salles de ce palais conventionnel sont disposées autour d'une cour centrale du côté de l'orchestre du théâtre antique. Le niveau du sol se situe juste au-dessus du premier étage. Le palais devient en 1712 la propriété de la famille des Orsini. C'est la construction puis l'utilisation ininterrompue de ce palais qui a permis de sauvegarder le théâtre, le seul à Rome à subsister sous une forme reconnaissable, alors qu'il ne reste des théâtres de Pompée et de Balbus que quelques fondations et les traces de leur empreinte urbaine dans le tracé courbe de certaines rues.
Fouilles archéologiques Les premiers projets pour libérer l'édifice de l'ensablement apparaissent au début du mais il faut attendre 1932 et la destruction de la Piazza Montanara adjacente pour voir le théâtre totalement dégagé et isolé. Le palais renaissance est préservé. Les vestiges du théâtre sont restaurés et consolidés sous la direction des archéologues italiens Alberto Calza Bini et Paolo Fidenzoni.
Description L'orientation et les dimensions
La grandeur, la taille, la position et l'orientation du théâtre ont été imposées par l'espace restreint choisi pour sa construction, sur les rives du Tibre. L'orientation du théâtre ne correspond pas aux orientations des édifices voisins, même si la cavea, tournée vers le sud-ouest, est presque dans l'alignement du portique de Metellus. Cette orientation découle certainement d'un choix délibéré des architectes et des commanditaires qui veulent construire le théâtre le plus grand possible. Les arcades du théâtre se trouvent à seulement 6 mètres du podium du temple d'Apollon dont la façade a été reculée lors de sa reconstruction et pour lequel des escaliers d'accès au pronaos ont été aménagés sur les côtés afin de gagner encore en espace. De même, le passage entre le théâtre et le portique d'Octavie se réduit à seulement.
Le théâtre combine la forme semi-circulaire des gradins à la forme rectangulaire de la scène à laquelle sont accolées deux salles absidales disposées à chaque extrémité. La fonction de ces deux halls, dont l'axe est perpendiculaire au front de scène du théâtre, reste inconnue. Avec ses de diamètre et presque de hauteur, le théâtre reste plus petit que le théâtre de Pompée mais il semble disposer d'une plus grande capacité d'accueil puisque les Régionnaires du font état de de places assises (environ ) contre pour le théâtre de Pompée (soit environ ).
Les fondations Le théâtre de Marcellus illustre l'art des constructeurs romains dans le maniement du mortier de chaux, sorte de béton romain, déjà connu depuis le L'édifice, de dimensions imposantes, est construit sur les rives du Tibre, ce qui a nécessité de larges et profondes fondations. Il prend appui sur une structure annulaire de béton épaisse de . Des murs de fondations rectilignes complètent cette structure pour supporter les parties internes du théâtre.
La façade La façade du temple, entièrement en travertin, se compose de trois étages aux ordres différents : le premier étage est d'ordre dorique ( de hauteur), le deuxième est d'ordre ionique (10,35 mètres de hauteur) et le dernier, qui a aujourd'hui disparu, est d'ordre corinthien (12,12 mètres de haut). En tout, la façade atteint 32 mètres de hauteur. Les deux premiers étages se composent de 41 arches encadrées de colonnes engagées tandis que le dernier étage est un mur plein décoré de colonnes corinthiennes engagées. Les pierres en clé de voûte des arches des deux premiers étages sont ornées de grands masques en pierre.
Le premier étage dorique Les piliers du premier étage mesurent 2,23 mètres sur 2,06 mètres pour 5,375 mètres de haut, au niveau du départ des arches. Ces dernières ont une ouverture de 2,73 mètres et la voûte atteint une hauteur de au-dessus du niveau du sol.
Les demi-colonnes doriques aux fûts lisses sont hautes de 7,68 mètres avec un diamètre à la base de 0,90 mètre. Elles dépassent des piliers de 0,53 mètre. Elles supportent un entablement comprenant une architrave, une frise avec métopes et une corniche avec denticules de 1,85 mètre de haut.
Le deuxième étage ionique Les piliers du deuxième étage mesurent 2,00 mètres sur 1,84. Ils se dressent sur un podium avec plinthes de 1,23 mètre de haut. Les piliers, hauts de 4,76 mètres, supportent des arches de 2,90 mètres d'ouverture atteignant 6,275 mètres en hauteur. Les demi-colonnes d'ordre ionique reposent sur des bases attiques de 1,09 mètre de large. Elles dépassent des piliers dans lesquels elles sont engagées de 0,637 mètre. Elles mesurent 7,17 mètres de haut avec un diamètre à la base de 0,815 mètre. Les chapiteaux de style ionique classique supportent un entablement (architrave à trois bandes, frise et corniche avec oves et denticules) de 1,95 mètre de haut.
Le troisième étage corinthien Le dernier étage, dont il ne reste quasiment rien, devait être d'ordre corinthien avec des colonnes engagées dans un mur plein. Seuls quelques fragments de chapiteaux, de 0,86 mètre de hauteur, ont été préservés. La reconstitution de cet étage, basée sur une comparaison avec le quatrième étage du Colisée, reste hautement hypothétique.
La structure interne