Nerva, né sous le nom de Marcus Cocceius Nerva le à Narni et mort le à Rome, est empereur romain du jusqu'à sa mort. À sa mort, il porte le nom de Imperator Nerva Cæsar Augustus Germanicus.
Nerva devient empereur à l'âge avancé de 65 ans, après une vie passée au service de l'Empire sous Néron et les empereurs de la dynastie flavienne. Durant le règne de Néron, proche conseiller de l'empereur, il joue un rôle prépondérant dans l'éventement de la conspiration de Pison en 65. Plus tard, il est récompensé pour sa loyauté envers les Flaviens en obtenant le consulat en 71 et en 90, respectivement sous Vespasien et Domitien.
Le 18 septembre 96, Domitien est assassiné dans son palais, conséquence d'un complot impliquant des membres de la garde prétorienne et plusieurs de ses affranchis. Le même jour, Nerva est investi des pouvoirs impériaux par le Sénat romain qui choisit l'empereur pour la première fois. Il promet alors de restaurer les libertés perdues sous le règne autocratique de Domitien.
Le bref règne de Nerva est marqué par des difficultés financières et son incapacité à asseoir son autorité sur l'armée romaine. Une révolte de la garde prétorienne en octobre 97 le contraint à désigner un successeur. Après quelques délibérations, Nerva adopte Trajan, un jeune et populaire général. Seize mois seulement après son accession au trône, Nerva meurt de causes naturelles le , Trajan lui succède et lui accorde la divinisation.
Bien que la majeure partie de sa vie demeure largement inconnue, Nerva est considéré comme un empereur sage et modéré par les historiens antiques. Sa plus grande réussite est d'avoir assuré une transition du pouvoir pacifique après sa mort, fondant ainsi la dynastie des Antonins.
Origine et ascendance Naissance Marcus Cocceius Nerva est né dans le village de Narni en Ombrie, à 50 kilomètres au nord de Rome. Il est le fils de Marcus Cocceius Nerva, consul suffect sous Caligula vers 40, et de sa femme Sergia Plautilla.
Les sources antiques situent sa naissance entre 30 et 35 : Aurelius Victor retient l'année 35 tandis que Dion Cassius l'année 30. L'estimation de ce dernier est plus largement acceptée bien qu'une naissance datée en 35 donne à Nerva des âges plus cohérents lors de son accession aux différentes fonctions qu'il occupe..
Il a au moins une sœur, appelée Cocceia, qui épouse Lucius Salvius Otho Titianus, le frère du futur empereur Othon. À partir d'inscriptions, il a aussi été émis l'hypothèse que Titus Flavius Clemens était un fils de Cocceia, elle-même sœur du futur empereur NervaGénéalogie de Cocceia, sur http://www.geni.com.
D'après une inscription et une reconstitution généalogique de François Chausson, on lui connaît une femme, Plotia, qui est désignée comme Augusta. S'il eut des enfants, ils sont décédés avant son avènement sur le trône impérialCIL, VI, 24316.
Ascendance À l'instar de Vespasien, fondateur de la dynastie des Flaviens, Nerva est membre de la noblesse italienne.. Néanmoins, les Cocceii font partie des familles les plus importantes et respectées de la fin de la République et du début de l'Empire, parvenant à atteindre le consulat. Les ancêtres paternels de Nerva, portant tous le nom de Marcus Cocceius Nerva, sont associés au pouvoir impérial depuis le règne d'Auguste ( – 14 ).
Son arrière-grand-père est consul en mais il abdique et est nommé proconsul d'Asie la même année. Son grand-père est connu pour être un ami personnel de l'empereur Tibère (14 – 37), accompagnant l'empereur durant son exil volontaire à Capri en 23. Il reste aux côtés de l'empereur jusqu'à sa mort en 37. Enfin, le père de Nerva est un juriste renommé et fortuné qui atteint le sommet de sa carrière sous l'empereur Caligula (37 – 41). Les Cocceii sont liés par mariage aux Julio-Claudiens par le mariage de Caius Octavius Laenas, frère de Sergia Plautilla, et de sa femme Rubellia Bassa, une arrière-petite-fille de Tibère, les parents de Sergius Octavius Laenas, marié avec Pontia, les parents de Sergius Octavius Laenas Pontianus. Sergia Plautilla et Caius Octavius Laenas étaient la fille et le fils de Caius Octavius Laenas et de sa femme Rubellia Bassa, fille de Caius Rubellius Blandus et de sa femme Julia Drusi Caesaris Filia.
Genealogie ascendante
Début de carrière Conseiller de Néron On sait peu de choses du début de la carrière de Nerva mais il apparaît qu'il n'a pas suivi un cursus honorum habituel ni une carrière militaire, il n'est fait aucune mention d'un commandement de légion ni d'un gouvernorat de province.
Il est élu préteur en 65 et, comme ses ancêtres, rejoint le cercle proche de l'empereur en tant que diplomate et stratège aux compétences reconnues. Comme conseiller de Néron, il aide à dévoiler la conspiration de Pison en 65. Son rôle exact n'est pas connu mais il a dû être prépondérant puisqu'il reçoit la même récompense pour sa loyauté que le préfet du prétoire Tigellin, c'est-à-dire les honneurs du triomphe. pourtant habituellement réservés aux généraux victorieux sur le champ de bataille et l'honneur d'avoir ses statues placées dans le palais impérial.
Selon le poète Martial, Néron tient aussi en haute estime Nerva pour sa culture littéraire étendue, le surnommant le « Tibullus de notre époque ». Un autre membre influent de l'entourage de Néron n'est autre que Vespasien, général respecté qui a célébré plusieurs triomphes militaires durant les années 40. Nerva et Vespasien se lient d'amitié et ce dernier aurait demandé à Nerva de veiller sur son fils cadet, Domitien, lors de son départ pour la Judée en 67.
Au service des Flaviens
Le suicide de Néron le met un terme à la dynastie des Julio-Claudiens. S'ensuit une période d'anarchie qui conduit à une guerre civile brutale connue sous le nom d'« année des quatre empereurs » et qui voit la montée en puissance et la chute successive des empereurs Galba, Othon et Vitellius, jusqu'à l'accession au trône de Vespasien le . On ne sait rien des agissements de Nerva durant cette période troublée mais, bien qu'il soit le beau-frère d'Othon, il est à peu près sûr qu'il est l'un des premiers et plus solides partisans des Flaviens.
En récompense pour les services rendus, Nerva est désigné consul dès 71. C'est un honneur remarquable car d'une part, il obtient le consulat assez tôt dans le règne de Vespasien et parce que d'autre part, il s'agit du consulat ordinaire (et non du consulat suffect, moins prestigieux), alors que cette fonction, sous les Flaviens, est réservée aux membres de la famille de l'empereur. Nerva est d'ailleurs le premier des trois consuls ordinaires à ne pas être membre de la famille impériale pendant les neuf années de règne de VespasienSur les vingt consulats éponymes du règne de Vespasien, huit sont occupés par Vespasien lui-même (70-72, 74-77, 79), sept par son fils aîné et successeur Titus (70, 72, 74-77, 79) et un par son fils cadet Domitien (73). Outre Nerva, les trois autres consuls sont Lucius Valerius Catullus Messallinus en 73, et les collègues Decimus Iunius Novius Priscus et Lucius Ceionius Commodus en 78..
Après 71, Nerva disparaît et poursuit probablement sa carrière comme conseiller de Vespasien puis de ses fils Titus (79-81) et Domitien (81-96).
Il réapparaît durant le soulèvement de Saturninus en 89. Le janvier 89, le gouverneur de Germanie supérieure, Lucius Antonius Saturninus, et ses deux légions, la legio XIV Gemina et la Rapax, se révoltent à Mogontiacum (Mayence) avec le soutien d'une tribu des Chattes. Le gouverneur de Germanie inférieure, Lappius Maximus, intervient, soutenu par le procurateur de Rhétie, Flavius Norbanus. La rébellion est réprimée en 24 jours et les chefs sont exécutés à Mayence. Les légions qui se sont mutinées sont envoyées en Illyrie tandis que celles qui ont participé à la répression de la révolte sont récompensées.
L'année suivante, Domitien partage le consulat avec Nerva. Cet honneur suggère que Nerva a pris part activement à la mise au jour de la conspiration de Saturninus, peut-être de la même façon qu'il l'a déjà fait en 65. Domitien peut également choisir Nerva pour collègue pour symboliser la stabilité du régime et le retour à l'ordre après la répression de la révolte.
Durant les années 90, Domitien assume de plus en plus ouvertement la nature autocratique de son règne. À partir de 93, Domitien élimine progressivement toutes les personnes qu'il suspecte d'être opposées au régimeKarl Strobel, Kaiser Traian. Eine Epoche der Weltgeschichte, Friedrich Pustet, Ratisbonne, 2010, 122. : on assiste alors à un grand nombre de disgrâces et d'exils. C'est justement à cette époque que Nerva disparaît une fois de plus. Il est tombé en disgrâce auprès de Domitien et passe les dernières années de son règne à Tarente. D'après Aurelius Victor "il s'était réfugié par crainte du tyran".
Règne Accession au trône thumb|right|Buste de l'empereur Domitien, musée du Capitole, Rome. À partir de 95, le comportement de Domitien devient de plus en plus imprévisible. Les membres de sa propre famille ne se sentent plus en sécurité. Le , Domitien meurt assassiné dans son palais à l'issue d'une conspiration organisée par des membres de la cour. D'après les Fasti Ostienses, le Sénat proclame Nerva empereur le même jour. Ce choix, surprenant si on considère l'âge avancé de Nerva, le fait qu'il n'ait pas d'enfant et qu'il ait passé une grande partie de sa carrière dans l'ombre, suscite de nombreuses spéculations parmi les auteurs antiques et modernes sur son implication dans l'assassinat de Domitien.
Selon Dion Cassius, les conspirateurs ont proposé à Nerva la succession avant l'assassinat, ce qui implique sa connaissance de l'existence du complot.. Au contraire, Suétone ne mentionne pas Nerva mais il peut sciemment omettre de préciser son rôle dans la conspiration étant donné que son travail est publié durant les règnes de Trajan et d'Hadrien, successeurs directs de Nerva. Dans ces conditions, il peut être dangereux de suggérer que la dynastie actuelle trouvait ses origines dans un meurtre. D'un autre côté, Nerva manque de soutien à travers tout l'Empire et est plutôt connu pour être un partisan loyal des Flaviens, ce qui aurait dû l'exclure de fait de la conspiration. Le rôle joué par Nerva restera toujours mystérieux. mais des historiens modernes pensent que Nerva n'est acclamé empereur qu'à l'initiative du Sénat, dans les heures qui ont suivi l'annonce de la mort de Domitien.
Bien qu'il soit un candidat improbable du fait de son âge et de sa santé fragile, Nerva est considéré comme un bon candidat au trône, précisément parce qu'il est âgé et sans enfant. De plus, il garde des liens étroits avec les membres des Flaviens et bénéficie du respect d'une partie non négligeable du Sénat. Nerva a connu l'anarchie qui a suivi la mort de Néron et il sait qu'hésiter à accepter le trône, même quelques heures seulement, peut conduire à de violents conflits. Plutôt que décliner l'offre et risquer de plonger l'Empire dans une nouvelle guerre civile, il accepte. Si la décision paraît précipitée, ce ne serait donc pas parce que Nerva fait partie de la conspiration et que tout est prévu mais parce que le Sénat et Nerva veulent éviter les troubles de la succession.
Rupture avec le règne de Domitien