L'Exmoor est la plus vieille race de poneys britannique. Considéré comme l'une des plus anciennes races de chevaux du monde, ce poney n'a pourtant pas d'origines préhistoriques. Natif des landes d'Exmoor, qui forment actuellement le parc national d'Exmoor des comtés de Devon et de Somerset, il est souvent qualifié de poney celte. Il fait partie des poneys des montagnes et des landes britanniques. Au cours de sa longue histoire, il échappe aux croisements avec d'autres races de chevaux, ce qui rend l'Exmoor actuel très proche de ses ancêtres.

L'Exmoor s'est adapté aux conditions climatiques rudes de sa région en développant un pelage d'hiver très dense, qui le protège de l'humidité. Il est caractérisé par sa robe pangarée très proche de celles des chevaux préhistoriques, et par un type primitif très similaire d'un individu à l'autre. Plus sauvage que son voisin le poney Dartmoor, il peut néanmoins être monté et attelé, malgré son tempérament souvent indépendant. L'Exmoor est une race rare, comptant environ à travers le monde. Il s'est répandu à travers des pratiques d'écopastoralisme, mais reste en danger d'extinction.

Dénomination et sources Le poney Exmoor a pris le nom de la région anglaise dans laquelle il vit, l'Exmoor, une région isolée de landes marécageuses et de bruyères, au climat très rude, située entre le Devon et le Somerset, dans le Sud-Ouest de l'Angleterre.

Du fait de son ancienneté, cette race de poneys a attiré l'attention en matière de recherche scientifique. L'Exmoor a notamment fait l'objet d'une série d'études de la part du James Grant Speed de l'université d'Édimbourg. Entre les années 1950 et 1960, Speed, Mary Etherington et H. Ebhardt conduisent une série d'études comparatives entre l'Exmoor et les chevaux préhistoriques.

Histoire thumb|left|Poneys Exmoor en hiver : le poil de la robe est plus long.|alt=Photo de trois chevaux au pelage brun sur un terrain enneigé L'Exmoor est considéré comme le plus ancien des poneys originaires de la Grande-Bretagne. Il a vécu presque totalement à l'état sauvage jusqu'au . L'isolement de sa région d'origine, écartée des grands axes routiers, l'a aidé à se maintenir malgré les activités humaines.

Origine Il existe une longue controverse autour de la question de savoir si l'Exmoor descend d'une population de chevaux sauvages préhistoriques (proches du Tarpan), ou de chevaux domestiques. L'importation de chevaux domestiques sur l'île de Grande-Bretagne est techniquement impossible avant l'âge du bronze (vers ), les embarcations du ne permettant pas le transport d'un grand animal vivant. Aussi, les ancêtres de l'Exmoor sont souvent décrits comme ayant traversé la Manche à pied sec, quand elle était encore une plaine humide ; cela était possible jusqu'environ . Cependant, l'origine de tous les chevaux domestiques du monde a été établie dans la steppe pontique (d'après une vaste étude publiée dans Nature en 2021), ce qui rend la thèse d'une origine préhistorique de l'Exmoor invalide..

Les études menées dans les années 1950 et 1960 ont conclu que l'Exmoor descendrait directement des chevaux du Pléistocène supérieur qui vivaient en France et en Grande-Bretagne. Cette déduction repose sur l'analyse comparée de crânes de chevaux préhistoriques et modernes, en particulier sur l'implantation des molaires et des prémolaires. Cette assertion est contestée en 1986 par Colin Groves, qui dans son article The taxonomy, distribution and adaptations of recent equids., estime que les chevaux préhistoriques présents dans l'île de Grande-Bretagne se sont tous éteints après le Pléistocène, les chevaux britanniques actuels descendant d'individus déjà domestiqués. Il existe aussi une opinion intermédiaire, défendue notamment par en 1971, selon laquelle l'Exmoor descendrait partiellement de chevaux sauvages déjà présents, et partiellement de chevaux domestiques importés plus tard. En 2013, les auteurs Hans J. P. M. Hovens et Toon A. J. M. Rijkers postulent que . Dans le cadre d'une étude de cas, la docteure en études grecques et romaines Carolyn Willekes souligne la ressemblance de l'Exmoor avec les chevaux britanniques de la Préhistoire et de l'Antiquité. Elle note qu'il a existé deux types équins distincts dans les tombes celtiques, et que si les Celtes ont importé des chevaux depuis le continent, ces derniers n'étaient peut-être pas adaptés au , ce qui a pu les pousser à domestiquer des poneys indigènes.

Le James Cossar Ewart a placé l'Exmoor parmi un groupe nommé Equus caballus celticus, puis à la suite de différentes tentatives de classement des groupes de chevaux préhistoriques, en 1977, Daphne Machin Goodall l'a placé dans le groupe Equus europaeus. Une analyse génétique menée sur le génome mitochondrial (ADNmt) de sept poneys Exmoor, en 2007, conclut qu'ils se regroupent presque entièrement dans un clade bien défini, avec peu de variabilité.. Cela ne permet pas de résoudre la question de leur origine, car cette faible diversité pourrait aussi bien découler d'une ascendance directe depuis des chevaux sauvages que de l'existence d'un goulet d'étranglement de population. L'absence d'échantillons d'ADN pré-domestication en nombre suffisant ne permet pas de déterminer la contribution des chevaux sauvages des îles Britanniques aux races modernes, dont le poney Exmoor.. Le poney Exmoor présente une fréquence élevée d'haplotypes d'ADNmt pré-domestication, mais que l'on retrouve également chez d'autres races de chevaux dans le monde.. Le typage sanguin montre que l'Exmoor présente un groupe sanguin rare, absent chez l'Arabe et les races de chevaux orientaux.

L'Exmoor présente des ressemblances avec certaines peintures rupestres ; par ailleurs, des ossements retrouvés dans des grottes des collines de Mendip, datés de , se sont révélés très proches de ceux de l'Exmoor moderne.. En dépit de leur proximité géographique, de leur taille et de leurs robes souvent similaires, le poney Dartmoor et l'Exmoor ne partagent vraisemblablement pas la même origine : les études nient tout lien entre ces deux populations. Une étude publiée en 1995 et portant sur les caractéristiques morphologiques, c'est-à-dire l'aspect extérieur des organismes, a indiqué que l'Exmoor, le Pottok et le Tarpan (aujourd'hui disparu) sont extrêmement proches les uns des autres ; ces races ont été systématiquement regroupées dans les résultats de plusieurs analyses, l'Exmoor présentant le lien de parenté le plus étroit avec le Tarpan parmi toutes les races étudiées, soit 0,27 ; les races les plus proches du Tarpan étaient le Pottok et le Mérens, avec une distance génétique de 0,47. La distance entre l'Exmoor et le Pottok est de 0,37, et entre l'Exmoor et le Mérens de 0,40, un écart nettement plus important que la distance entre l'Exmoor et le Tarpan..

L'Exmoor a vraisemblablement échappé aux croisements dits « améliorateurs », grâce à l'isolement de son habitat, à la sélection naturelle, puis au protectionnisme de ses éleveurs.

De l'Antiquité jusqu'à la fin du Ce poney vit depuis toujours à l'état sauvage dans sa région d'origine. Vu comme un descendant direct du poney celte, l'Exmoor aurait tracté les chars de guerre celtiques, également à l'époque romaine. Les étalons amenés par les Celtes ont peut-être été croisés avec des juments déjà présentes, ou alors l'Exmoor a été directement introduit sur l'île de Grande-Bretagne par ces populations celtes. Les Romains développent une activité minière intense dans la région de l'Exmoor. ; ils en extraient des métaux tels que le fer, l'étain et le cuivre, qui sont transportés à Hengistbury Head, dans le Dorset voisin, pour être exportés.. Certaines sculptures romaines de chevaux de char présentent des ressemblances morphologiques avec l'Exmoor...

L'Exmoor est mentionné pour la première fois à l'écrit en 1086 dans le Domesday Book, un registre de taxes établi pour Guillaume le Conquérant. Ce registre cite la présence de Equi silvatici (« chevaux forestiers ») dans la région d'Exmoor, parfois capturés et mis au travail de bât par des fermiers locaux. Les sources subséquentes, datées de 1617 et d'après, mentionnant des rassemblements de chevaux sauvages et des captures annuelles de poulains, vendus ensuite pour le travail. La forêt d'Exmoor est alors un terrain de chasse royal, appartenant à la Couronne britannique : les fermiers doivent payer un droit de pâturage pour leurs animaux.

Au vignette|Exmoor décrit comme un « poney celtique » dans The horse book de J. H. S. Johnstone, 1908.|alt=Photo en noir et blanc d'un cheval au poil long En 1818, les terres sont vendues à un industriel qui souhaite opérer des croisements sur le cheptel de poneys, et qui demande au dernier gardien de la forêt royale d'Exmoor, Richard Acland, d'acquérir un troupeau de 30 poneys de la race locale, la célèbre Anchor herd. Acland conduit aussi 400 poneys issus de ces terres vers Winsford Hill. Cette même année, les poneys sauvages des landes sont vendus aux ancêtres des familles qui en sont toujours propriétaires de nos jours, dont Samuel Milton ( 23) et M. Crockford (harde 12) ; les hardes 10 et 44 sont aussi restées propriété des mêmes familles. Ces familles locales en développent l'élevage en , dans de petites zones bien définies de l'ancienne forêt royale d'Exmoor. En 1820, William Youatt décrit l'Exmoor comme laid, mais robuste et utile.

Les tentatives de croisement, au , ne laissent vraisemblablement pas de traces. Vers 1815 toutefois, un « cheval fantôme » nommé Katerfelto, de race andalouse et de robe isabelle à raie de mulet, se serait reproduit avec les poneys locaux. Entre 1820 et 1860, d'autres croisements interviennent, mais les chevaux croisés ne survivent vraisemblablement pas aux hivers rudes sur la lande sans bénéficier d'attention humaine et d'apports de nourriture :

Le révérend John Russel recommande le croisement du Pur-sang et de l'Exmoor pour donner des chevaux de chasse à courre.

Dans son « livre du cheval » (The Book of the Horse, 1873), Sidney décrit l'Exmoor comme un poney d'environ 12 mains (), généralement de couleur baie, avec un museau blanc crème, et autant de caractéristiques que la race conserve de nos jours. Les premiers enregistrements de données généalogiques de poneys Exmoor de pure race et croisés remontent à la fin du .

Depuis le vignette|gauche|Foire aux poneys à Bampton, dans le Devon, en 1943.|alt=Photo en noir et blanc de deux poneys dans un enclos, entourés par une foule. De nombreux poneys Exmoor sont traditionnellement vendus chaque année au mois d'octobre, pendant la foire de Bampton.. En 1919, 300 des meilleurs poneys de la famille Acland sont vendus. LExmoor Pony Society (EPS) est créée en 1921 par Reginald Le Bas et d'autres propriétaires de poneys, pour promouvoir la race et la protéger de l'extinction. Dans l'entre-deux-guerres, l'Exmoor est souvent utilisé pour l'équitation sur poney, avec les enfants.

La Seconde Guerre mondiale est un désastre pour la population de poneys, la région d'Exmoor devient un champ d'entrainement militaire et la race locale est presque exterminée, de nombreux poneys étant dérobés et abattus pour nourrir la population anglaise. On estime qu'une cinquantaine de poneys y ont survécu.. Il ne reste qu'une poignée de juments de pure race dans la lande. Les éleveurs locaux en reprennent cependant l'élevage, notamment Mary Etherington.. Le premier stud-book (registre généalogique) de la race est publié en 1963.

Les effectifs du poney Exmoor sont tombés au plus bas en 1981, lorsqu'une campagne de publicité attire l'attention sur sa rareté. En 1990, l'effectif mondial remonte à environ , et la population d'élevage à 500, dont la moitié dans la lande. Le National Trust, English Nature, et d'autres organismes de protection permettent la reconstitution fructueuse de petits troupeaux sauvages dans plusieurs zones de réserves naturelles. En 2005, environ 140 poneys vivent toujours dans les landes de la région d'Exmoor.