vignette|droite|227x227px|Au Québec, le néonationalisme est symbolisé par les grandes réformes de la Révolution tranquille.

Au Québec, le néonationalisme indique un nouveau type de nationalisme apparu au milieu du . Courant majeur de l’histoire contemporaine du Québec, il se définit par une rupture avec le nationalisme traditionnel canadien-français et plusieurs de ses caractéristiques héritées de la Nouvelle-France, telles que la religion catholique, la vocation agricole et la méfiance à l’égard de l’ÉtatSelon l'historien Michel Brunet, le nationalisme canadien-français reposait sur trois principaux mythes : l'agriculturisme, l'anti-étatisme et le messianisme. Ces mythes se sont constitués en véritable idéologie à partir du . Cette idéologie est apparue de façon plus nette à partir de l'Acte d'Union de 1840, et avec la mainmise de l’Église catholique sur la régulation sociale. Voir ..

Le néonationalisme désigne donc le mouvement général à l’origine de la redéfinition de la société québécoise à partir de la fin des années 1950 et du début des années 1960. Le Québec, en tant que société, territoire et État, devient le nouveau cadre de référence pour les Canadiens français du Québec (délaissant celui du Canada français, utilisé depuis le ). Ce phénomène a mené à l’abandon progressif de l’appellation « Canadiens français », et à son remplacement par celle de « Québécois », et à la désignation du Québec en tant que nation« Les États généraux du Canada français, réunis en assemblée, AYANT CONVENU que les Canadiens-Français [sic] constituent un peuple de près de six millions d’âmes, possédant en propre une langue, une culture, des institutions, une histoire et un vouloir-vivre collectif, que ce peuple, répandu par tout le Canada, est concentré avant tout dans le Québec, que ce peuple dispose dans le Québec d’un territoire et d’un État dont les institutions reflètent sa culture et sa mentalité, que la vie et l’épanouissement du peuple canadien-français s’appuient sur l’autorité politique, l’influence économique et le rayonnement culturel du Québec, ET NOTÉ que la Charte des Nations-Unies exige "le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes" (article 1er, par. 2); AFFIRMENT QUE : 1° Les Canadiens-Français constituent une nation. 2° Le Québec constitue le territoire national et le milieu politique fondamental de cette nation. 3° La nation canadienne-française a le droit de disposer d’elle-même et de choisir librement le régime politique sous lequel elle entend vivre ». Voir ..

Le néonationalisme est principalement associé aux transformations politiques, économiques, sociales et culturelles de la Révolution tranquille. Il est également à l’origine de l’apparition du mouvement indépendantiste québécois contemporain. Il a mené à la fondation du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) en 1960 et du Parti québécois (PQ) en 1968Harold Bérubé et Maxime Corriveau, « 1968-2018 : d’une convergence indépendantiste à l’autre », Le Devoir, 17 novembre 2018. Consulté le 7 novembre 2022..

Sources économiques Domination économique anglophone

Jusqu'aux années 1960, l'économie du Québec est largement dominée par une bourgeoisie anglophone et protestante. Cette bourgeoisie, et en particulier quelques familles et groupes d'intérêts concentrés principalement à Montréal, contrôle une majorité d'entreprises par le biais de filiales britanniques ou américaines. Elle contrôle également les banques et les firmes de courtage composant le syndicat financier de la rue Saint-Jacques, dont dépend le gouvernement du Québec pour financer ses projets..

Malgré cette situation, la bourgeoisie anglophone peut compter sur la coopération de gouvernements qui, comme elle, partage la même philosophie économique libérale classique. Au nom de la défense de la liberté individuelle et de la protection des traditions et des coutumes ancestrales, les élites canadiennes-françaises affirmaient ainsi veiller aux intérêts des travailleurs en refusant de faire intervenir l'État dans l'économie« Nous sommes d’opinion que le paternalisme d’état est l’ennemi du progrès véritable. Nous croyons que la province de Québec sera développée plus rationnellement et plus rapidement par l’initiative privée bien comprise, c’est-à-dire saine et juste, consciente de ses devoirs et de ses droits, respectueuse de ses obligations envers le peuple, envers la province et envers la nation ». Discours de l'orateur dans ..

Or, ni la philosophie non interventionniste ni le discours des élites canadiennes-françaises n'arrivaient à expliquer la persistance de la situation d'infériorité économique des Canadiens français – y compris au Québec, là où ils formaient pourtant la majorité de la population. Les grandes entreprises comptaient alors peu de cadres canadiens-français, et la plupart des décisions économiques affectant le Québec étaient prises sans tenir compte des besoins de la majorité de la population..

Mise en valeur du savoir-faire québécois

En économie, donc, le néonationalisme se manifeste par la mise en valeur du savoir-faire québécois. Concrètement, cette mise en valeur s'est accomplie à travers le développement d'un État-providence recrutant du personnel francophone qualifié. Ces technocrates, en relation avec des entreprises dirigées par des gens d'affaires francophones, permettaient de redonner au Québec le contrôle sur les décisions économiques affectant la société à petite et à grande échelle. Une autre façon de mettre en valeur le savoir-faire québécois était de faire intervenir le gouvernement dans la société pour faire du français « la langue du travail, de l'activité dans tous les domaines, la langue de la réussite économique et du progrès socialDiscours de Jean-Marc Léger dans Marcel Thivierge, « Léon Dion : le séparatisme menace de nous engager sur la voie des mystifications », Le Devoir, 7 novembre 1963, p. 1 et 8. Consulté le 24 octobre 2022. ».

Un des exemples les plus marquants de cette reprise en main de l'économie par les Québécois se trouve dans la nationalisation de l'hydroélectricité par le gouvernement de Jean Lesage. Ce processus permet de transformer Hydro-Québec en une entreprise d'État et, à travers ses actions, de permettre aux Québécois de sortir des professions libérales traditionnellement occupées (avocat, notaire, médecin, curé) et de s'investir dans de nouveaux secteurs d'activité. Hydro-Québec devient ainsi une entreprise géante où « des milliers de francophones, dont un grand nombre de spécialistes, p[euvent] travailler et s'illustrer en français. ».

L'État, levier de développement économique

L'État québécois devient également un levier de développement économique au service de la collectivité. Il est l’instigateur de la mise en place d'instruments financiers permettant de favoriser la croissance des entreprises québécoises, et d'ainsi permettre de créer une classe de gens d'affaires francophones.. Cette philosophie mélangeant interventionnisme et nationalisme mène à la création de la Régie des rentes du Québec (RRQ), de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ – responsable du financement des futurs grands projets du gouvernement du Québec), ainsi que la Société générale de financement (SGF – responsable de racheter le contrôle de certaines entreprises établies au Québec et de veiller à leur croissance)..

D'autres initiatives, alimentées par ce même désir de mettre en valeur le territoire et le développement industriel du Québec par l'État québécois, sont aussi menées dans le domaine des mines, avec la création de la Société québécoise d'exploitation minière (SOQUEM)Jacques Forget, « Au tableau de Soquem : 10 ans de réussites », Le Soleil, 6 novembre 1975, cahier E, p. 3. Consulté le 6 novembre 2022., dans le domaine du pétrole, la Société québécoise d'initiatives pétrolières (SOQUIP)., puis enfin, dans le domaine de la sidérurgie, avec Sidbec et plus tard Sidbec-Dosco..

Sources culturelles La foi, gardienne de la langue

Chez les Canadiens français, la vie en société est dominée par l'influence de l'Église catholique. Vecteur de régulation des rapports entre les individus, le catholicisme fait de la paroisse la structure de base de la communauté. Au centre de cette communauté se trouve la famille, au sein de laquelle le respect de l'autorité et la solidarité sont fortement valorisés. La vie paroissiale s'oppose donc à une conception plus individuelle de la société, afin de garder la personne enracinée dans sa communauté, ses traditions, et donc son identité culturelle.

Si l'Église domine la vie et les interactions sociales par ses structures, elle contrôle également deux secteurs importants : l'éducation et les soins de santé. Dans le cas de l'éducation, le clergé diocésain gère l'administration des écoles, des collèges classiques et des centres de formation, ainsi que leurs programmes (par le biais du Comité d'instruction publique, dont tous les évêques étaient membres). Au sein des écoles, le clergé surveille les élèves les plus prometteurs et les encourage à choisir la vie religieuse. Ainsi, tout en offrant la possibilité d'améliorer le sort de jeunes hommes et de jeunes femmes de talent, l'Église conservait sa mainmise sur les institutions responsables du bon fonctionnement de la société, mais aussi de la transmission de certaines valeurs.

Cette culture fortement axée sur les structures et les coutumes traditionnelles reposait aussi sur une croyance répandue chez les Canadiens français. Cette croyance était que les Canadiens français étaient un peuple ayant une mission spirituelle.. Selon cette croyance, Dieu avait choisi les Canadiens français afin qu'ils répandent la foi catholique dans le monde et qu'ils fassent du Québec le berceau de cette religion en Amérique du Nord. L'identité canadienne-française était donc liée à cette religion, tout autant qu'à la langue française héritée des ancêtres de la Nouvelle-France.

Rupture avec la tradition

Ces différentes conceptions au cœur de la culture et de l'identité canadienne-française sont de plus en plus remises en question à partir de la Seconde Guerre mondiale. L'industrialisation et l'apparition d'une société de consommation de masse font ressortir plus que jamais les déséquilibres de la société québécoise, notamment la persistance de la situation d'infériorité économique des Canadiens français. Malgré la création de nouvelles écoles techniques, l'ouverture de l'Université de Sherbrooke en 1954 et l'inauguration de nouvelles facultés à l'Université Laval et à l'Université de Montréal, la majorité des postes de décision au Québec demeuraient entre les mains de gens formés dans des écoles et des universités de langue anglaise. Également, malgré les appels des élites traditionnelles à la collaboration avec le Canada anglais, au respect de l'autorité et au maintien des traditions, ceux-ci n'avaient pas réussi à freiner l'américanisation de la culture canadienne-française, ni à empêcher le recul de la langue française partout au Canada, ni à moderniser les institutions québécoises pour faire face aux nouvelles réalités de la seconde moitié du ..