vignette|Le « grand croiseur » de la Kaiserliche Marine est un croiseur de bataille doté d'une artillerie un peu inférieure et d'une protection très supérieure à celles de ses contemporains britanniques.

Le croiseur de bataille est un type de navire de guerre apparu au début du . Ses caractéristiques sont semblables à celles du cuirassé pour le déplacement, le calibre de l'artillerie principale, l'effectif de l'équipage, le rayon d'action, mais sa vitesse est nettement supérieure, dépassant aussi celle des plus grands croiseurs de l'époque, grâce à une coque au rapport longueur largeur plus grand et un appareil propulsif plus puissant. Ce poids supplémentaire est compensé, sur les navires de conception britannique, par un blindage plus léger, et cette moindre protection constitue la principale restriction à l'emploi de ce type de navire ainsi que le montrent les principaux combats auxquels ils participent pendant la Première Guerre mondiale.

Dans les classifications du traité naval de Washington de 1922, les croiseurs de bataille ne sont pas reconnus en tant que tels, mais sont de fait assimilés aux cuirassés, alors que les croiseurs sont définis comme ayant un déplacement bien moindre, au maximum « Washington » (tW) et une artillerie limitée à un calibre maximum de . À partir de 1935, alors que vont expirer les traités de limitation des armements navals, les principales marines vont s'efforcer d'atteindre les objectifs assignés aux croiseurs de bataille avec le concept de cuirassé rapide, d'un déplacement de , jouant sur la puissance de l'armement (avec huit, neuf ou dix canons, de à ), le blindage (avec des ceintures blindées de ), ou la vitesse, de .

Origine du concept Les navires cuirassés sont apparus dans la seconde moitié du , en réaction à l'apparition de l'obus explosif, fatal aux navires en bois. Le déplacement important dû à la cuirasse, et les faibles performances des machines à vapeur alternatives, conduisent à la généralisation d'un type de cuirassés assez homogène, dans les principales marines, autour de 1900, avec une artillerie principale de deux tourelles doubles de mais à cadence de tir lente (), une forte artillerie secondaire, voire « intermédiaire », d'un calibre qui peut atteindre mais à tir rapide (), une vitesse opérationnelle de l'ordre de , c'est-à-dire susceptible d'être soutenue malgré les avaries assez fréquentes des machines alternatives fonctionnant à plein régime. C'est la situation au moment de la guerre russo-japonaise, lors des batailles de la mer Jaune () ou de Tsushima (27-).

L'augmentation de la portée de l'artillerie, obtenue en substituant la cordite à la poudre noire, et en recourant à des canons de plus grande longueur, les progrès en matière de réglage de l'artillerie et notamment l'introduction de la direction de tir centralisée, enfin l'utilisation de la turbine, plus fiable que les machines alternatives pour les vitesses soutenues sur de grands navires, vont conduire à une nouvelle génération de cuirassés, consécutive à la mise en service du en 1906.

Croiseurs protégés et croiseurs cuirassés vignette|Le croiseur protégé HMS Powerful, vers 1905.

Traditionnellement, le travail de reconnaissance des escadres de cuirassés incombait aux croiseurs, successeurs des frégates et autres corvettes. Il s'agissait de bâtiments légers, ayant un déplacement de l'ordre de , plus rapides que les cuirassés. Mais d'autres tâches comme la présence outre-mer, l'attaque ou la défense des liaisons maritimes commerciales, nécessitant un grand rayon d'action, demandaient des navires d'un déplacement plus important. La nécessité de concilier vitesse et protection a conduit à l'apparition des croiseurs protégés, au cours de la décennie 1880. À défaut d'une cuirasse verticale, dont la lourdeur avait conduit à réduire la vitesse, ils reçoivent seulement un pont blindé, la protection des flancs étant assurée par les soutes à charbon. À la fin du , la Royal Navy mit ainsi en service de grands croiseurs protégés, comme la classe Powerful dont le déplacement de plus de atteignait celui des cuirassés de l'époque, comme ceux de la par exemple. Plus longs de , avec un ratio longueur/largeur de 7,2 au lieu de 5,5, développant au lieu de , filant de plus, ils avaient été dotés, comme artillerie principale, de deux pièces simples de (), non blindées, sous masque, ce calibre étant considéré comme le plus petit susceptible de causer des dégâts à un cuirassé, mais leur affrontement avec un cuirassé eût été plus que risqué.

vignette|gauche|Le croiseur cuirassé français Edgar-Quinet sert de bâtiment-école jusqu'en 1930. Aussi, à partir de 1899, la Royal Navy met sur cale un autre type de grands croiseurs, des croiseurs cuirassés, dont la première classe, la classe Cressy est mise en service en 1901-1902. Leur déplacement et leur vitesse est comparable aux croiseurs des classes précédentes (, ), mais ils ont sur les flancs une cuirasse qui atteint (), et sont armés, outre une imposante batterie de canons de , de deux pièces simples de . Les classes suivantes sont dotées de la même artillerie, sauf la classe Monmouth, sur laquelle les canons de sont remplacés par des tourelles doubles de , la cuirasse limitée à en ceinture et à sur les tourelles. La classe Devonshire reçoit une cuirasse de , mais des canons de seulement. La dernière classe de croiseurs cuirassés, la classe Minotaur, mise en service en 1909 porte deux tourelles doubles de . vignette|Le croiseur cuirassé USS Brooklyn participa à la bataille de Santiago de Cuba, en 1898.

Les autres marines allemande, russe, austro-hongroise, française, italienne ou espagnole mais aussi japonaise ou américaine, mettent en service des croiseurs protégés, ou des croiseurs cuirassés, mais à la différence des cuirassés de l'époque, il n'y a pas la même convergence dans le déplacement ou l'armement. Certes, les plus grosses unités ne dépassent pas , mais certaines unités ne déplacent que . La vitesse est toujours de quelque . Quant au calibre de l'artillerie principale, il se situe le plus souvent entre et : les derniers croiseurs cuirassés français, la classe Edgar Quinet, ne portent ainsi que des canons de ), mais la Marine impériale allemande utilise des canons de , la Royal Navy, on l'a vu, utilise des canons de , la marine austro-hongroise des canons de sur le , la marine espagnole des canons de sur la classe Infanta María Teresa et la marine japonaise des canons de sur la classe Tsukuba et la .

Certains de ces navires sont engagés dans les combats de la guerre hispano-américaine, comme l', sur lequel le commodore Dewey avait sa marque à la bataille de la baie de Manille (), ou l' et l', navires-amiraux des escadres qui ont détruit les trois croiseurs cuirassés espagnols de la classe Infanta María Teresa et le Cristóbal Colón, de construction italienne, à la bataille de Santiago de Cuba (). Quant à la guerre russo-japonaise, elle a montré une capacité certaine, du côté japonais, à bien coordonner les croiseurs cuirassés et les escadres de bataille, d'où la recherche d'un type de croiseurs, capable de repousser les forces de reconnaissance adverses et de servir d'aile marchante aux escadre de cuirassés, doté d'une vitesse lui permettant de dépasser la tête de la ligne de bataille ennemie, voire de lui « barrer le T ».

« Croiseurs de bataille » britanniques et « grands croiseurs » allemands vignette|Le croiseur de bataille HMS Invincible inaugura le concept britannique du croiseur de bataille, immédiatement après la mise en service du HMS Dreadnought. Les premiers à réaliser de tels bâtiments sont les Britanniques, sous la houlette de l'amiral Fisher, Premier Lord de la Mer de 1904 à 1911, à partir de l'idée que « la vitesse tient lieu de blindage » (« Speed is armour ») : les trois navires de la mis en chantier en 1906 immédiatement après le HMS Dreadnought, sont entrés en service en 1908. D'un déplacement de plus de à pleine charge soit de plus que le célèbre cuirassé, ils portent quatre tourelles de 12 pouces () au lieu de cinq. Plus longs d'une dizaine de mètres, avec un ratio longueur/largeur un peu supérieur (7,2 contre 6,4) et une puissance installée de au lieu de , ils filent de plus. Mais pour compenser les plus grandes dimensions de coque et l'appareil moteur plus puissant avec au lieu de 18, l'épaisseur de la ceinture cuirassée n'est que de () au lieu de 11 () et le blindage des tourelles n'est que de () au lieu de 11. Ces navires qui recevront en 1911 la désignation officielle de croiseurs de bataille ne sont dès lors plus intégrés aux escadres de croiseurs, mais constituent une escadre particulière de croiseurs de bataille. Conçus pour surclasser les croiseurs cuirassés, ils sont grâce à leur vitesse en situation d'éviter le combat avec les cuirassés.

vignette|gauche|Le croiseur-cuirassé Scharnhorst. La Marine impériale allemande avait commandé en 1904 la première unité de la d'un déplacement de , filant , armés de huit canons de , avec un blindage de ceinture atteignant et sur les tourelles. En 1907, les crédits budgétaires furent alloués, en même temps que pour les deux premiers « dreadnoughts » allemands de la , pour un « croiseur E » nettement plus puissant que la . Il devait déplacer , filer , être armé de douze canons de , son blindage atteignant en ceinture et sur les tourelles. Le but était de répondre à ce qui allait devenir la que l'on savait en construction, pensant, sur la foi d'une information publiée dans le Jane's Fighting Ships, qu'il s'agissait de grands croiseurs cuirassés armés de six à huit pièces de . Lorsqu'il apparut qu'il s'agissait de navires encore beaucoup plus puissants, armés de huit canons de , il n'était plus possible de modifier les plans de ce qui allait devenir le lequel, pour des raisons de secret sur ses caractéristiques, devait rester classé croiseur cuirassé.

La Marine impériale allemande s'attacha alors à définir le « croiseur F » qui deviendra le mis sur cale en 1908 et qui sera le prototype des « grands croiseurs » allemands () désignation officielle des croiseurs de bataille de la Marine impériale allemande).

L'amiral von Tirpitz penchait pour un homologue du avec une forte artillerie et un blindage limité, pour pouvoir repousser les croiseurs cuirassés ennemis, pour la reconnaissance de la flotte. L'empereur Guillaume II et le Reichsmarineamt (le Bureau de la Reichsmarine, qui avait la responsabilité de la planification des constructions) étaient partisans d'un navire qui puisse prendre place ensuite dans la ligne de bataille. Ce fut cette option qui fut retenue, d'où un blindage de ceinture atteignant d'épaisseur, soit de plus que le . Dans le même esprit, bien qu'un calibre de ou eût été suffisant pour percer le blindage des croiseurs de bataille britanniques de l'époque, le choix se porta pour l'artillerie principale, sur quatre tourelles doubles de , du type déjà utilisé pour les cuirassés de la , sans aller, pour des raisons d'économies budgétaires, jusqu'aux canons de , qui équiperont les cuirassés à partir de la . L'artillerie secondaire est importante, avec dix canons de . Déplaçant environ, le est le premier grand bâtiment de guerre allemand équipé de turbines, développant , pour une vitesse prévue de , mais furent atteints aux essais et en croisière d'endurance.

Les croiseurs de bataille mis ensuite en service, avant la Première Guerre mondiale, dans la Royal Navy aussi bien que dans la Marine impériale allemande, furent, pour chaque classe, un peu plus puissants, mieux armés et plus rapides, que la classe précédente, mais en respectant le concept initial de chaque marine. vignette|Le croiseur de bataille HMS Indefatigable.