Georges Politzer, né le à Nagyvárad (Empire austro-hongrois) – aujourd'hui Oradea, en Roumanie – et mort pour la France, fusillé par les nazis le au Mont-Valérien à Suresnes, est un philosophe, résistant et théoricien marxiste français d'origine hongroise. Sa seconde épouse était Marie Politzer, militante communiste et résistante, morte en déportation.
Biographie En Hongrie Né en 1903 dans une famille de la bourgeoisie juive de Hongrie, Georges Politzer, lycéen, adhère au Parti communiste hongrois en 1918 et s'engage activement dans le mouvement révolutionnaire. Il s’exile à l’âge de dix-sept ans à la suite de l’écrasement de la République des conseils de Hongrie dirigée par Béla Kun. Le pays entre dans l’ère Horthy..
À Vienne Il participe aux séminaires de la société psychanalytique de Vienne avec Sigmund Freud et Sándor Ferenczi.
En France Titulaire du baccalauréat, qu'il a passé avant l'exil., il s’installe à Paris en 1921 et en cinq ans, il obtient tous ses diplômes universitaires, jusqu’à l’agrégation de philosophie (1926)André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 », sur rhe.ish-lyon.cnrs.fr, mars 2015.. Il enseigne successivement au lycée de Moulins comme professeur délégué puis après son agrégation aux lycées de Cherbourg et d'ÉvreuxNicole Racine, « Politzer Georges », sur Le Maitron., avant d'occuper le poste de professeur de philosophie au lycée Marcelin-Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés et fait partie du premier conseil d'administration de l'établissementStéphane Floccari, « Georges Politzer (1903-1942). Figure intempestive et polymorphe de la "Résistance" », sur le site du lycée Marcellin Berthelot.. Il épouse Camille Nony, une de ses étudiantes, en 1923. Ils auront deux enfants, un garçon né en 1924 et une fille en 1927. Georges Politzer obtient la nationalité française fin 1924. Il rencontre en 1929, dans un train, celle qui deviendra sa deuxième épouse, Marie, dite « Maï », une sage-femme. Il va divorcer et l'épouser en 1931. Ils auront un fils, Michel..
Philosophie, économie, communisme thumb|Georges Politzer, « Principes élémentaires de philosophie » (édition 1948). Ce livre reprend ses cours sur le matérialisme dialectique, tenus à l'Université ouvrière de Paris avant la guerre. À la Sorbonne il s'était lié avec un groupe d'étudiants en philosophie, Pierre Morhange, Henri Lefebvre, Norbert Guterman. Ensemble ils fondent en 1924 un groupe et une revue, PhilosophiesHenri Lefebvre, La somme et le reste, Paris, Méridiens Klincksieck, 1989.. Ces jeunes théoriciens entendent employer la pensée à l'affranchissement de la servitude capitaliste. « La solution du problème de la liberté est (...) inséparable de la destruction réelle [des instruments de soumission] », écrit Politzer en 1926..
Après de nombreux débats et controverses, Politzer et la plupart des membres du groupe adhérent en 1929 au Parti communiste. Avec Morhange, Georges Friedmann et Paul Nizan, Politzer participe alors à une nouvelle revue, la Revue marxiste, première revue théorique marxiste en France. Après l'échec de cette expérience éditoriale, il se tourne vers l'étude de l'économie. Il devient membre du bureau d'information de la CGTU, puis à partir de 1933-1934 responsable de la commission économique du comité central du Parti communiste français. Dès lors et jusqu'à la guerre il écrit de nombreux articles économiques et sociaux dans L'Humanité et dans Les Cahiers du bolchévisme.
Université ouvrière À la suite de la fondation par le Parti communiste français, au début des années 1930, de lUniversité ouvrière de Paris, dans les vieux locaux de l'avenue Mathurin-Moreau Présentation de Georges Politzer par Georges Cogniot., Georges Politzer s’investit et est chargé du cours de matérialisme dialectique. L'Université est destinée à l'enseignement de la philosophie et du marxisme à la classe ouvrière.
Pour Politzer, l'apprentissage de la philosophie ne doit pas être réservé à une élite. « On pense généralement que l'étude de la philosophie est pour les ouvriers une chose pleine de difficultés, nécessitant des connaissances spéciales. Il faut bien dire que la façon dont sont rédigés les manuels bourgeois est bien faite pour les confirmer dans ces idées et ne peut que les rebuter. »
L’Université ouvrière, dissoute en 1939 avec les organisations communistes, renaîtra malgré tout après la Libération sous le nom d’Université nouvelle. Une grande partie des cours qu'il y dispensa s'est perdue. Mais celui de l'année scolaire 1935-1936 a donné lieu à un livre, publié en 1946, Principes élémentaires de philosophie, issu des notes prises par l'un de ses élèves, Maurice Le Goas.
Résistance Mobilisé à Paris en 1940, il reste aux côtés de la direction clandestine du Parti communiste. Démobilisé en , il dirige l’édition d’un bulletin clandestin. Il entre en clandestinité en avec Maï Politzer, qui se charge d'amener ses textes jusqu'aux imprimeries clandestines.. Ils ont laissé leur fils de sept ans aux parents de Maï. Il crée en , avec ses amis communistes Jacques Decour et Jacques Solomon, le premier réseau de Résistance universitaire. À la suite de l’arrestation, en , de leur camarade et ami Paul Langevin, physicien de renommée mondiale, ils font paraître le premier numéro de lUniversité libre, relatant l’emprisonnement du savant et dénonçant toutes les exactions commises par les envahisseurs. En plus de l'Université libre, ils publient La Pensée Libre qui sont toutes deux parmi les plus précoces publications résistantes dans la France occupée.
Du fait de ces activités clandestines, il est traqué par la police. Il est arrêté avec sa femme le par les Brigades spéciales à leur domicile clandestin situé dans le de Paris. Il est fusillé le avec ses camarades au Mont-Valérien. Son épouse Maï meurt du typhus à Auschwitz en .
Malgré sa mort tragique et ses prises de positions ouvertement antifascistes, Georges Politzer n'est reconnu comme interné résistant à titre posthume qu’après une bataille juridique qui se termine en 1956.
Aperçu de ses idées Philosophe matérialiste Il est un des principaux philosophes communistes, inspiré par la doctrine du matérialisme. Sur la base de notes prises à son cours à l’Université ouvrière, on a publié après la guerre le livre Principes élémentaires de philosophiePrincipes élémentaires de philosophie, à consulter sur le site marxists.org.. (Par la suite, Guy Besse et Georges Caveing ont développé ces idées sous le titre Principe fondamentaux de philosophie.)
En 1929, il écrit un Présentation de Georges Politzer par Georges Cogniot..
Psychologie « concrète » Lecteur de Karl Marx et de Lénine, il s’intéresse beaucoup à la psychologie, prônant le côté de cette dernière, par rapport à la psychologie traditionnelle qu’il qualifie d’. Il édite la Revue de psychologie concrète.
La critique de la psychologie et de la psychanalyse par Politzer, ainsi que sa polémique avec Angelo Hesnard, influencent l’œuvre de Roland Dalbiez « La méthode psychanalytique et la doctrine freudienne »Lors de la reparution annoncée dans les années 1960 de la Critique des fondements de la psychologie (réédition en 1967), Louis Althusser souligne l'importance de Politzer par rapport au livre de Roland Dalbiez (La Méthode psychanalytique et la doctrine freudienne , Paris, Desclée de Brouwwer, 1936), dont l'influence, selon lui, est « considérable ». Althusser remarque aussi l'influence du livre de Dalbiez sur Paul Ricœur qui fut son élève. Dans : Louis Althusser, Psychanalyse et sciences humaines, Deux conférences (1963-1964), , note 1..
Critique des fondements de la psychologie (1928) L'ouvrage condamne dès 1928, l'introspection et le béhaviorisme.
Au moment où se prépare une première réédition de la « Critique des fondements de la psychologie » dans les années 1960, l'analyse de Louis Althusser montre les résonances du texte de Politzer dans la pensée philosophique de l'époque.
Althusser considère que, plus que Hesnard « qui a eu ce rôle historique de présenter la psychanalyse en France, et qui a été l'objet d'une préface de Merleau-Ponty », Politzer est à « l'origine » de l'« entrée de la psychanalyse dans la réflexion philosophique française ».
Althusser aurait voulu la rééditer aux Éditions Sociales (dont le directeur était Guy Besse) avec une « préface théorique », étant donné « la gravité » de l'événement que représentait, selon lui, cette reparution. Il écrit à Guy Besse le :
Althusser considère que « c'est par Politzer que la psychanalyse est entrée dans la réflexion philosophique française, très expressément, sans aucun doute, chez Sartre et chez Merleau-Ponty » :
Althusser consacre une partie de cette conférence sur « La place de la psychanalyse dans les sciences humaines » (troisième séminaire, 1963-1964, de Louis Althusser tenu à l'École normale supérieure) à l'analyse du livre de Politzer, en renvoyant à des textes et articles qui ont précédé ce qu'il en dit, notamment à l'examen qu'en a déjà fait Jean Laplanche dans le rapport coécrit avec Serge Leclaire et présenté au colloque de Bonneval, publié dans Les Temps Modernes en 1961, « L'inconscient. Une étude psychanalytique »Jean Laplanche et Serge Leclaire, « L'inconscient, une étude psychanalytique » dans: Jean Laplanche, Problématiques IV, l'inconscient et le ça, . Le premier paragraphe de la section I (écrit par Jean Laplanche), « a) Sens et lettre. Examen de la critique de Georges Politzer », situe le « contexte » polémique du débat qu'engage Jean Laplanche avec "l'inconscient structuré comme un langage" de Lacan dans l'histoire de la psychanalyse en France : la polémique s'exerce par rapport à « la position que nous dirions aujourd'hui "narrativiste" du philosophe Georges Politzer », relève Dominique Scarfone (Dominique Scarfone, Jean Laplanche, Puf, 1997, ). Jean Laplanche écrit ( dans Problématiques IV, l'inconscient et le ça) : « L'inconscient est-il un sens ou une lettre? À cette question Georges Politzer répond de façon exemplaire, par un radicalisme du sens qui veut reprendre à son compte l'ensemble de la découverte freudienne tout en éliminant le réalisme de l'inconscient ». L'étude de Jean Laplanche et Serge Leclaire fut d'abord publiée dans la revue Les Temps Modernes, , juillet 1961, , puis dans L'inconscient, Colloque de Bonneval, Paris, Desclée de Brouwer, 1966 (Note 1, dans Jean Laplanche, Problématiques IV, l'inconscient et le ça, cité ci-dessus)..
Politzer critique de la psychanalyse freudienne Dans l’ensemble, même si les positions divergent sur le sujet, la position de Politzer sur la psychanalyse est plutôt marquée par une certaine ambivalence même si certains de ses propos sont très critiques..
Prises de position de Politzer dans les années 1920-1930 En 1924 Politzer écrit : et quelques années plus tard, il écrit :
Les critiques philosophiques de la psychologie classique et de la psychanalyse par Politzer ont été rapprochées de celles de Sartre; même si la philosophie de la conscience est un point de divergence entre euxSartre et la critique des fondements de la psychologie: quelques pistes sur les rapports de Sartre et de Politzer, par Arnaud Tomès, Bulletin d’analyse phénoménologique, VIII, 1, 2012 (Actes 5), ..
En 1939, Politzer, qui a donc déjà vivement critiqué la théorie freudienne naissante et ses outils, affirme : « On a souvent fait état, dans les milieux psychanalytiques, de l’exil de Freud symbolisant la condamnation de la psychanalyse par les nazis. Certes, il y a eu des déclamations nazies contre la psychanalyse. Il n’en est pas moins vrai que la psychanalyse et les psychanalystes ont fourni pas mal de thèmes aux théoriciens nazis en premier lieu celui de l’inconscient. L’attitude pratique du nazisme à l’égard de la psychanalyse a été déterminée essentiellement par des raisons tactiques.