Georges Fontenis, né le à Paris et mort le à Reignac-sur-IndreRelevé des fichiers de l'Insee, est un instituteur, puis professeur à l’École normale d’instituteurs de Tours. Syndicaliste et communiste libertaire, il est une des principales figures anarchistes des années 1940-1950Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique..

Biographie

Entrée dans le monde politique Georges Louis Albert Fontenis est né dans une famille ouvrière., fils de Constant Auguste Albert Fontenis, employé dans une compagnie de chemins de fer (militant pivertiste) et de Marguerite Clémentine Anatolie Lamballais, employée., il approche le mouvement libertaire à l’occasion des grèves de et rejoint l'Union anarchiste. Durant l'occupation il échappe au service du travail obligatoire et alors instituteur, il rejoint la CGT clandestineLa CGT a été réunifiée par les accords du Perreux de 1943. Elle regroupe les sensibilités présentent, après la scission de 1948, à la CGT, à FO et à la FEN à laquelle appartenait Fontenis en tant que militant du Syndicat national des instituteurs (SNI). Source: notice biographique sur Georges Fontenis dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français dit «Dictionnaire Maitron» établie par David Berry. et continue une activité clandestine avec ses amis anarchistes. Membre du bureau et du conseil syndical de la section de la Seine du Syndicat national des instituteurs (SNI), il participe à la Libération, avec Marcel Pennetier et Maurice DommangetLa notice sur Fontenis dans le Maitron ne mentionne que Marcel Pennetier, également militant de la section de la Seine du SNI. Voir aussi la notice sur Maurice Dommanget, qui était pour sa part militant de la section de l'Oise., à la reconstitution de la tendance syndicaliste-révolutionnaire École émancipéeLes militants de l'École émancipée, qui se réclamaient du syndicalisme révolutionnaire et affichaient souvent un engagement militant dans les mouvements se situant dans le courant de l'éducation active, tout particulièrement la pédagogie Freinet, venaient de sensibilités politiques très différentes (avec parfois des évolutions): anarcho-syndicalistes ou syndicalistes-révolutionnaires se situant dans la tradition des militants d'avant-guerre, trotskystes, anarchistes comme Fontenis.. C'est à ce double titre (SNI et École émancipée) qu'il participe en 1945 aux commissions d’épuration de l’éducation nationaleNotice biographique du Dictionnaire Maitron..

Après la grève des instituteurs de la Seine de novembre-, Georges Fontenis rejoint un temps la CNT puis revient rapidement au SNI où il continue à militant à l'École émancipéeLe Dictionnaire Maitron relève candidatures au Conseil syndical de la Seine et responsabilité comme secrétaire du SNI du arrondissement de Paris entre 1953 et 1959.. Après son arrestation par la Direction de la surveillance du territoire (DST) et sa condamnation en 1957 dans le cadre d'une répression visant la Fédération communiste libertaire, il est incarcéré. En 1958, il est amnistié puis obtient sa réintégration à l'Éducation nationale. Il est alors admis au stage de l'École normale supérieure de Saint-Cloud et devient inspecteur primaire en zone rurale puis professeur de psycho-pédagogie à l'école normale d'instituteurs de Tours.

Secrétaire général de la Fédération anarchiste vignette|gauche|Georges Fontenis dans les années 1950.

Après la Seconde Guerre mondiale, il est parmi les refondateurs de la Fédération anarchiste aux côtés de, notamment, Robert Joulin, Henri Bouyé, Maurice Joyeux, Suzy Chevet, Renée Lamberet, Georges Vincey, Aristide et Paul Lapeyre, Maurice Laisant, Maurice Fayolle, Giliana Berneri, Solange Dumont, Roger Caron, Henri Oriol et Paul CheryCédric Guérin, Anarchisme français de 1950 à 1970, Mémoire de Maitrise en Histoire contemporaine sous la direction de Mr Vandenbussche, Villeneuve-d’Ascq, Université Lille-III, 2000, texte intégral, page 10..

En 1946, il est élu secrétaire général de la Fédération anarchiste. Homme neuf, il fait consensus car n’appartenant à aucun « clan ». Effectivement les tendances communiste libertaire et individualiste cohabitent mal au sein de la FA. Le choix d'une synthèse anarchiste est contesté et des militants communiste libertaires favorables à une unité théorique et à une plus grande discipline au sein de l'organisation s'attèlent à la remodeler dans cette perspective.

« Il ne s’agissait pas d’un groupe structuré destiné à expulser hors de la Fédération anarchiste ceux qui pensaient différemment d’eux, mais d’un réseau de correspondance dans le pays qui aboutissait à des résultats identiques, c’est-à-dire à conditionner le congrès sur des propositions élaborées en dehors de lui » (Maurice Joyeux, « L’Affaire Fontenis » in La Rue , premier trimestre 1980)., une partie des militants, autour de Serge Ninn et de Georges Fontenis, s’organisent pour créer une tendance clandestine communiste libertaire (un « parti clandestin au sein de la Fédération anarchiste » pour reprendre les termes de Maurice Joyeux), qu’ils nomment l'Organisation Pensée Bataille (OPB) .(Maurice Joyeux, « L’affaire Fontenis », dans La Rue , premier trimestre 1980). en hommage à l'œuvre de Camillo Berneri. Leur objectif était de former une fraction communiste libertaire pour s'opposer à la fraction individualiste qui bloquerait alors pour eux toute évolution de la FA (en l'empêchant de se structurer), de prendre le contrôle de la FA et d'en faire une organisation révolutionnaire disciplinée, matérialiste, avec une analyse marxienne du capitalisme, une ligne politique unique et défendant le syndicalisme et les luttes sociales.

En 1951, Georges Fontenis participe à une tentative d’assassinat du général Franco, avec des anarchistes espagnols en exil. Il sert de prête-nom pour acheter un avion de tourisme avec pour but de le transformer en bombardier.

En quelques années les thèses de l'OPB deviennent majoritaires dans la FA et en mai-, lors du congrès de Bordeaux il fait exclure Aristide Lapeyre et Paul Lapeyre, Maurice Fayolle et Maurice Joyeux"Dictionnaire de l'anarchie", de Michel Ragon, Albin Michel, Paris, 2008.

Animateur de la Fédération communiste libertaire Au congrès de Paris, en , l'orientation communiste libertaire plateformiste (porté par Georges Fontenis et l'OPB) et l'orientation anarchiste synthésiste (porté par Maurice Joyeux) s'opposent. La première l'emporte et change ainsi l'organisation en profondeur. six mois de plus pour que la fédération change de nom. En , à l'issue d'un référendum, le nom Fédération communiste libertaire fut choisiCédric Guérin, Anarchisme français de 1950 à 1970, mémoire de maîtrise en histoire contemporaine sous la direction de M. Vandenbussche, Villeneuve-d’Ascq, université Lille-III, 2000, texte intégral, pdf.

Maurice Joyeux, opposant à la dérive de Fontenis et de la FCL, démasque, document à l'appui, un indicateur de police

Les groupes d'Asnières, Louise-Michel et de Bordeaux sont exclus. Les libertaires-individualistes, les anarcho-syndicalistes, les acrates, les pacifistes, les humanistes et une partie des communistes libertaires, regroupés autour de Maurice Joyeux qui n’ont pas toléré les méthodes de l’OPB, vont constituer une nouvelle Fédération anarchiste.

vignette|Première de couverture du Manifeste du communisme libertaire, aux éditions Le Libertaire, en 1953.

La même année 1953, la FCL publie le Manifeste communiste libertaire, qui reprend en partie une série d'articles publiés les années précédentes dans Le Libertaire sous le titre « Problèmes essentiels ». Il s'oppose autant à l’extrémisme individualiste qu’au bolchevisme, et qui prône la constitution d’une avant-garde implantée au sein des syndicats et autres organisations de masse. Le manifeste est analysé par certains historiens comme léninisteJean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France, Éditions Maspero, Paris, 1982. et avant-gardisteRoland Biard, Histoire du mouvement anarchiste, 1945- 1975 Éditions Galilée, 1976 ou bolchevisantAlexandre Skirda, Autonomie individuelle et force collective, les anarchistes et l'organisation, de Proudhon à nos jours, Éditions AS, 1987.

Le groupe « Kronstadt » (FA puis FCL) publie en un mémorandum dénonçant des pratiques et des orientations qu'il juge anti-anarchistes de l'OPB et de la FCL. Il y dénonce des méthodes relevant de l'entrisme et du noyautageLe Monde Libertaire (16-22 septembre 2010), Georges Fontenis : parcours d’un aventuriste du mouvement libertaire, page 6 et suivantesmémorandum du groupe Kronstadt. Et les accuse d'avoir des pratiques autoritaires, léninistes, avant-gardistes et trotskistesGeorges Fontenis : parcours d’un aventuriste du mouvement libertaire. page 12. Le groupe quitte ou est exclu de la FCL en 1955Georges FONTENIS (1920-2010) : Parcours d’un aventuriste du mouvement libertaire (1/2). le monde libertaire , 16 septembre 2010.

À partir de 1954, la FCL et Georges Fontenis s’engagent dans le soutien politique et « logistique » à l’insurrection algérienne.

En , la FCL décide de présenter des « candidats révolutionnaires » dont Georges FontenisRené Bianco, 100 ans de presse anarchiste : notice. aux Élections législatives françaises de 1956Le Libertaire (1917-1956) : autopsie d'un organe anarchiste lelibertaire.fr, . Ils avaient pour motivation de ce servir de ces élections comme d'une tribune pour gagner en écho principalement au sujet de la guerre d'Algérie. Ils firent un score dérisoire et Georges Fontenis considère par la suite cette tentative électoraliste comme Georges Fontenis, Changer le monde. Histoire du mouvement communiste libertaire (1945-1997), éd. Le Coquelicot/Alternative libertaire, 2000, page 128..

Il se lie et échange en 1956 avec le stalinien André Marty, à la fin de sa vie, qui a été impliqué dans les tortures et assassinats de militants dans l'Espagne libertaire, ce qui le décrédibilise encore plus dans certains mouvements révolutionnaires, ouvriers et anarchistes internationaux - 666 pages.

En 1957, la FCL est détruite par l’État français et plusieurs animateurs de la FCL, dont Fontenis, sont incarcérés à la suite de l'attaque contre une permanence du mouvement poujadiste. Il sera condamné à deux ans de prison et à un million d'anciens francs d'amende (ce qui s'explique par une dizaine d'autres condamnations pour des articles dans Le Libertaire). Il sera malgré tout libéré en 1958, à l'occasion de l'amnistie générale décrétée par De Gaulle.

Après 1958, privé d’une organisation communiste libertaire spécifique, structurée et conséquente, il milite un temps dans l'équipe de rédaction de la Voie communiste, opposition interne du Parti communiste françaisLe Monde Libertaire, (16-22 septembre 2010), Georges Fontenis : parcours d’un aventuriste du mouvement libertaire. page 15 regroupant divers entrismes trotskistes, brièvement financée par Jean-Paul Sartre avant qu'il ne découvre le trotskisme de sa directionHervé Hamon et Patrick Rotman, Les porteurs de valises. La résistance française à la guerre d'Algérie, Le Seuil, Paris, (), 1982 ( éd. 1979), 436 p. . Et il participe à de discrètes actions anticolonialistes et antifranquistes.

Après mai 68 En 1969, il participe à la fondation du Mouvement communiste libertaire (MCL) avec Daniel Guérin, qui tente de regrouper plusieurs groupes dont ceux originaires des Cahiers de Mai et qui publiera le journal Guerre de Classes. Le MCL sera rejoint par un groupe issu d'une scission au sein de l'Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) et deviendra ultérieurement l'« Organisation Communiste Libertaire » en 1971 avant de disparaître en 1976.

En 1979, il adhère à l’Union des travailleurs communistes libertaires. Georges Fontenis resta membre d’Alternative libertaire jusqu'à sa mort, survenue à son domicile de Reignac-sur-Indre le .