Les gravures rupestres de la région d'El-Bayadh (Algérie) sont des gravures rupestres du Sud-oranais d'âge néolithique. Au long de l'Atlas saharien elles font suite, à l'ouest, aux gravures rupestres de la région de Figuig et à celles de région d'Ain Sefra et précèdent, à l'est, celles de la région d'Aflou puis de la région de Tiaret. Des gravures comparables ont été décrites, plus à l'est encore, dans la région de Djelfa au sud d'Alger, dans le Constantinois, ainsi que plus au sud dans la région de Taghit.

Historique Moins célèbres que les figurations du Tassili les gravures du Sud-oranais, découvertes en 1847 à Tiout, font cependant l'objet d'études dès 1849. Les travaux les plus importants sont notamment dus à Auguste Pomel (de 1893 à 1898), Stéphane Gsell (de 1901 à 1927), Georges-Barthélemy Médéric Flamand (de 1892 à 1921), Leo Frobenius et Hugo Obermaier (en 1925), l'Abbé Henri Breuil (de 1931 à 1957), Léonce Joleaud (de 1918 à 1938), Raymond Vaufrey (de 1935 à 1955). Des travaux plus récents et complets sont connus notamment ceux de Malika Hachid (nombreux travaux de terrain, inventaires et publications depuis 1979), du Père François Cominardi (1979), de J. Iliou (1980), de Paul Huard et Léone Allard-Huard (1980).

En 1955 puis en 1964, Henri Lhote effectue des séjours de plusieurs mois dans la région, qui lui permettent de compléter les recherches précédentes, d'ajouter des centaines de descriptions nouvelles et de publier en 1970 Les gravures rupestres du Sud-oranais dans la série des « Mémoires du Centre de recherches anthropologiques préhistoriques et ethnographiques » (CRAPE) dirigé à Alger par Mouloud Mammeri (Arts et Métiers graphiques, Paris, 210 pages et reproductions photographiques). Des travaux plus récents et complets sont connus notamment ceux de Malika Hachid (nombreux travaux de terrain, inventaires et publications depuis 1979), du Père François Cominardi (1919), de J. Iliou (1980), de Paul Huard et Léone Allard-Huard (1980).

Localisations et descriptions

, écrit F. CominardiF. Cominardi, « Chebka Dirhem I, nouvelle station rupestre des Monts des Ksour », dans Lybica tome XXIV, CRAPE, Alger 1976, p. 160.

D'ouest en est, entre Figuig et les environs d'Aflou, Henri Lhote recense en les numérotant 69 stations. 31 d'entre elles sont situées dans la région d'El-Bayadh ( à 58). Les indications données sur la localisation des sites étant parfois allusives, les distances évaluées en « heures de cheval », elles ont été éventuellement précisées à partir d'observations directes effectuées au long des années 1970.

À l'ouest d'El-Bayadh Sur la route Ain Sefra-El-Bayadh, depuis le village d'Asla jusqu'au croisement avec l'ancienne piste pour El-Bayadh (environ )

Koudia Abd el Hak (19) : une trentaine de kilomètres après la sortie du village d'Asla, sur un rocher isolé à quelques centaines de mètres au nord de cette route, un grand éléphant incomplet de style bubalin (découvert par Flamand en 1892) est accompagné de plusieurs personnages et antilopes de « style de Tazina ». On y rencontre l'une des rares représentations de girafe du Sud-oranais (trait piqueté).

La station est particulièrement importante car elle manifeste des superpositions dans les gravures, l'éléphant naturaliste recoupant une antilope de style de Tazina alors qu'une autre recoupe un personnage de même style que l'éléphant.

Bou Semghoum : le secteur, dont l'axe est la piste partant de Chellala, compte nombre de stations dont cinq ont été publiéesJ. Iliou et G. Lefebvre, dans Libyca, 20, 1972, p. 185.. On y rencontre des buffles et une scène de chasse dans laquelle un chasseur frappe avec sa hache un éléphant au jarret.

Kef Rahla (20) : une quinzaine de kilomètres plus loin vers El-Bayadh, à environ deux kilomètres au sud de la route et au bord du Djebel Mezroua, deux séries distinctes de gravures sont composées pour l'une d'un motif de de long dont une sorte de guirlande borde la partie inférieure, l'autre de gravures libyco-berbères plus récentes.

Markar el Hamar (21) : une dizaine de kilomètres encore plus loin, sur un rocher au nord de la route, un félin est gravé dans un style schématique.

Du croisement de la route Ain Sefra-El Bayadh et de l'ancienne piste jusqu'à l'embranchement de la route vers El Abiodh Sidi Cheihh (environ )

Kef el Akhal (22) : une dizaine de kilomètres plus loin, quasiment au niveau (au sud) de l'intersection entre la route Ain Sefra-El-Bayadh et de l'ancienne piste (contournant le Djebel Guerdjouma par le nord), la station, signalée dès 1892, présente la figuration de quatre bubales de grandes dimensions particulièrement caractéristiques, dont l'un précédé par un canidé et associé à un petit personnage aux bras levés.

Tout un ensemble de stations se situe, au-delà, au nord de la route Aïn-Sefra-El-Bayadh.

Trik el Beïda, à une journée de marche au nord de Tazina. Un buffle y porte un disque entre les cornes. Pour Paul Huard et Léone Allard-Huard « il s'agit d'une oeuvre de style indigent, assurément l'une des dernières représentations de l'espèce » bien que le disque frontal soit « d'un trait culturel des Chasseurs anciens »Paul Huard et Léone Allard-Huard, Nouvelles gravures rupestres du Sud-Oranais, dans Bulletin de la Société préhistorique française, tome 77, n°10-12, 1980. Études et Travaux. p. 458.

Tazina (23) : en face de Kef el Akhal, au sud de l'ancienne route, sur trois rochers isolés parmi de nombreuses gravures de petites dimensions (entre 20 et ), un éléphant et des antilopes côtoient des béliers à sphéroïde et un bovidé. Le « style de Tazina » se caractérise par des représentations (antilopes, béliers et bovins domestiqués) naturalistes de petites dimensions, largement stylisées, les membres en étant très longs et effilés.

Goulib et-Tsour (24) : à environ trois kilomètres à l'ouest de Tazina et cinq de la Chebka Dirhem, le site se compose d'une dizaine de gravures, antilopes, autruche, éléphant, dans le style de Tazina.

Daïa Touijine (25): à une quinzaine de kilomètres, depuis l'embranchement, sur l'ancienne piste d'El-Bayadh (au nord), un grand bubale altéré et un plus petit côtoient une autruche et des mammifères dans le style de Tazina.

Gara Dirhem et Chebka Dirhem (26 et 27) : cinq kilomètres plus loin, au niveau de l'oued Dirhem (c'est-à-dire à l'est de la borne PK 95, Aïn-Sefra / El-Bayadh ), aux environs de la route au nord, sur la rive droite de l'oued Dirhem, une trentaine de gravures, au long de quatre stations échelonnées sur , antilopes, caballins, autruche, rhinocéros, éléphant, petit bubale et bovidé, sont caractéristiques du style de Tazina. Une bonne part des gravures se sont trouvées détruites lors de l'extraction de pierres à bâtir. On trouve sur le sol des perles en coquille d'œuf d'autruche.

Atrafa foum Foug (28) : quelques kilomètres au nord des précédentes stations, présente un petit ensemble d'antilopes ou gazelles dans le style de Tazina.

Feidj Naam (29) : plus au nord encore, parmi une vingtaine de gravures, antilopes, bubales, cheval, lion, un orant masqué (81 cm) est associé à un bélier à disque.

D'autres stations se situent au sud de la route Ain Sefra-El-Bayadh.

R'cheg Dirhem (30) en est l'une des plus importantes. Sur la route d'El-Bayadh elle se trouve à avant l'embranchement pour El Abiodh Sidi Cheikh, à environ au sud, sur la rive gauche de l'oued Dirhem. En un très bel ensemble découvert par Lhote en 1955, un personnage lève le bras, comme placé devant un bubale à profil relatif d'environ de longueur. La composition, selon Lhote, accuse « cette maladresse manifeste à reproduire les sujets humains dont faisaient preuve les graveurs du Sud oranais, alors qu'ils excellaient dans l'art animalier »Henri Lhote, Les gravures rupestres du Sud-oranais, Arts et Métiers graphiques, Paris, 1970, p. 29.

Un peu en surplomb apparaît sur un autre rocher un groupe de deux personnages côte à côte, dont l'un constitue l'un des plus remarquables de toute la région, l'autre, à droite, en semblant une imitation grossière. Pour le premier, de profil europoïde au nez court, « la chevelure est indiquée par des mouchetures et tombe en nattes sur le devant et sur la nuque. L'homme porte une barbiche pointue. (…) À noter aussi la présence d'un anneau au bras droit, rappelant celui que portent encore les Touaregs et dont l'usage est attesté dans le néolithique saharien. », observe Lhoteop. ci., p. 33. L'homme porte au flanc un objet allongé et au-dessous de lui, en piqueté léger, pend une queue postiche ou un pagne.

Un autre grand bubale, un rhinocéros de plus de dont il ne demeure guère que la tête, le plus grand actuellement connu, un éléphant (de plus de ) et deux béliers à sphéroïde surmontés de plumes, avec un collier, sont altérés. D'autres gravures de petites dimensions, notamment un caballin, s'apparentent au style de Tazina.

Rosfat el Hamra men et-That (31), toujours au sud de la route : dans la cinquantaine de gravures de cette station située au bord est du Djebel Mezroua, on peut selon Lhote distinguer cinq étages : 1/ l'étage bubalin de grandes dimensions (représenté par un bubale, des éléphants, asiniens, ovidés, autruches et un chasseur à l'arc); 2/ un deuxième avec des orants accroupis ou debout, associés avec des félins et des autruches; 3/ un étage plus tardif encore (ovidés et bovidés); 4/ un étage de chars; 5/ l'étage libyco-punique (graffitis).

Mouchgueug (32) : un monumental éléphant () est d'un dessin assez grossier que l'on rattache au style de Tazina. On y trouve aussi des béliers, un personnage de style schématique et une gravure énigmatique d'ovidés accolés (« siamois »). D'autres gravures (homme et lion, autruche, bovidés plus récents) sont disséminées dans les alentours (33 et 34).

Guelmouz el Abiodh (35): à quelques kilomètres des quatre stations précédentes, plus précisément à après l'Oued Dirhem sur la route El-Bayah-Ain Sefra (en direction d'Ain Sefra), en suivant une piste au sud sur , le site est composé de nombreuses gravures (bubale, autruches, antilopes, orant à phallus). La figure la plus célèbre est celle d'une panthère (ou léopard). Le trait profond y est soigneusement poli, le pelage représenté par un quadrillage minutieux.

plus loin sur des rochers détachés, l'ensemble du corps d’une remarquable panthère ( de long) se trouve quadrillé. Henri Lhote, qui la rapporte à l'étage bubalin de grandes dimensions, juge qu'elle est « la plus belle gravure de fauve de tout le Sud-oranais ».

Garet Samouta (36): à environ une demi-heure de marche à l'ouest de la Garet et-Tâleb, un groupe de gravures de qualité inférieure côtoie un autre de la période dite libyco-berbère.

Garet et-Teben (37) : à après Guelmouz, en suivant l'embranchement à gauche, sur le premier kef à droite, deux éléphants de plus de deux mètres de longueur et un grand bubale (en profil relatif mais ayant les deux yeux marqués) sont de qualité esthétique moindre.

Garet et-Tâleb (38) (« Colline du savant »), à de l'oued Dirhem dans la direction d'El Bayadh, vers le kilopètre 545, est situé sur une piste au sud à vers le Djebel Bou Sbaa.

Un « scorpion » de près de six mètres de long, en fait un « animal mythique », y constitue, dans un étroit couloir, l'une des gravures les plus monumentales et les plus harmonieuses de la région. L'exécution technique, qui a dû exiger un travail considérable, est particulièrement soignée.

L'animal est composé de gauche à droite de huit groupes d'organes successifs, ordonnés comme des guirlandes festonnées autour d'un tube digestif portant à son ouverture des extrémités arrondies. Sa partie postérieure est prolongée par une queue annelée, revenant de droite à gauche sous le corps, terminée par un organe filiforme. L'ensemble présente des analogies avec certaines larves aquatiques.

Lhote rapporte qu'une longue tranchée ouverte au pied de la gravure n'a donné aucune indication sur le procédé de polissage et l'outillage utilisé.