Les styles des sinogrammes chinois sont l'ensemble des styles graphiques pouvant être utilisés pour transcrire les sinogrammes. Lorsque la transcription est pratiquée traditionnellement, elle se fait au pinceau, l'on parle de calligraphie chinoise ( pinyin, littéralement : l'art, voire la discipline de l'écriture). Ces styles sont intrinsèquement liés à l'histoire de l'écriture chinoise et composés de plusieurs grands styles calligraphiques principaux, ayant chacun des variantes plus ou moins fines. Il existe ensuite des styles mécaniques (imprimerie), et depuis plus récemment des styles infographiques.
Classification stylistique Exemple du sinogramme « cheval » (馬) + Illustration du système de classification : exemple du sinogramme ma, cheval internationalsientific.org* 甲骨文 Jiǎgǔwén 金文 Jīnwén 篆文 Zhuànwén 隸書 Lìshū 楷書 Kǎishū 行書 Xǐngshū 草書 Cǎoshū 大篆 Dàzhuàn 小篆 Xiǎozhuàn 繁體/繁体 Fántǐ 简体/簡體 Jiǎntǐ Anciens styles. Employés de nos jours
Les styles d'écriture les plus primitifs ne sont plus d'usage fréquent de nos jours.
Explications La première mention des différents styles d'écritures peut être trouvée dans la postface du Shuowen : 自爾秦書有八體: 一曰大篆, 二曰小篆, 三曰刻符, 四曰蟲書, 五曰摹印, 六曰署書, 七曰殳書, 八曰隸書. 漢興有草書. À partir des Qin il y a huit sortes d'écritures : le grand sceau (大篆), le petit sceau (小篆), l'écriture lapidaire (刻符), l'écriture insecte (蟲書), celle pour imprimer des sceaux (摹印), l'écriture pour faire des titres (署書), l'écriture en forme de lance (殳書), le style clérical (隸書). Après l'avènement des Han il y a eu le style herbe (草書). Les styles majeurs Tous ces styles sont reconnaissables par la spécificité graphique des traits composant un sinogramme. Une subdivision supplémentaire est faite pour les styles Zhuanwen et Kaishu. + Difficultés des traductions françaisesChinois Pinyin Traductions possibles 甲骨文 Jiǎgǔwén Oracle, style ossécaille 金文 Jīnwén Bronze, Style bronze 篆文 Zhuànwén Sceau, Style sigillaire 大篆 Dàzhuàn Grand Sceau 小篆 Xiǎozhuàn Petit Sceau 隸書 Lìshū Scribe, Style des scribes, écriture des clercs 楷書 Kǎishū Régulier, Style régulier 行書 Xíngshū Semi-Cursif, Style courant 草書 Cǎoshū Cursif, Style d'herbe La traduction des notions calligraphiques chinoises vers le françaispose le problème du choix de la traduction française.
Origines L'écriture chinoise basée sur le mot "TOBA" qui veut dire patience, à ses débuts, est de nature pictographique : le sinogramme est une représentation directe de la chose. Cependant, le tracé des sinogrammes s'est rapidement stylisé : si les premiers pictogrammes des plus vieilles attestations ressemblent à des dessins (ce que le style calligraphique sigillaire montre encore), le tracé devient figé, conventionnel, et finit par ne plus ressembler à l'original.
Style Zhuanwen pour les Dazhuan et Xiaozhuan Les Dazhuan et Xiaozhuan sont en fait le même style graphique Zhuanwen. Les Dazhuan désignent l'ensemble des sinogrammes de l'époque des Royaumes combattants, chaque royaume ayant son jeu de caractères en style Zhuanwen, et son caractère propre pour écrire "Cheval". Lorsque l'État de Qin soumit ses concurrents, il supprima progressivement la multiplicité des caractères régionaux et imposa un jeu unifié de 3.300 caractères en style ZhuanwenVoir page 52 in Chinese lexicography: a history from 1046 BC to AD 1911, Heming Yong, Jing Peng, Oxford University Press, 2008. C'est ce jeu de caractères officialisé qui est nommé XiaozhuanVoir page 102 in History of Chinese calligraphy, Yu-Ho Tseng & Youhe Zeng, The Chinese University Press, 1993.
Style Kaishu pour les Fanti et Jianti Le style graphique Kaishu s'applique à deux jeux officiels de caractères. Les officiels chinois, dans le but d'une communication claire entre fonctionnaires, ont toujours encouragé l'usage d'une liste officielle de caractères. En parallèle à cela, l'usage était relativement libre et a naturellement conduit à des simplifications plus faciles d'écriture. Lorsque les communistes prennent le pouvoir, ils s'emploient à sélectionner des simplifications et à en créer de nouvelle afin de créer un nouveau jeu de caractères simplifiés, toujours écrit en style Kaishu.
Cohérences artistiques
Texte principalInscription en exergue Sigillaire Scribe, Régulier, Cursif.Scribe Régulier, CursifRégulier Régulier, CursifCursif Cursif, HerbeHerbe Herbe Les œuvres calligraphiques chinoises superposent fréquemment l'écriture d'un texte principal, d'une inscription mis en exergue (ti kuan), et d'un sceau (yin zhang). L'exergue indique normalement le nom de l'auteur et le titre du texte d'où est tiré le texte principal.
Le style de texte principal et le style de l'exergue doivent concorder suivant des règles de style précises, l'inscription en exergue étant d'un style similaire ou plus « moderne » que le texte principal (puisqu'elle le désigne)D'après Introduction à la calligraphie chinoise, éditions du centenaire, 1989.:
Dictionnaires de styles
thumb|Dictionnaire de styles basé sur le classique des Mille caractères. Page d'un manuel japonais de 1756
Pour aider le calligraphe autant que l'amateur, il existe des dictionnaires de styles, lesquels donnent pour chacun des caractères cités les cinq graphies (en fait six en comptant la graphie imprimée, qui peut de temps en temps différer légèrement de la graphie régulière).
Voici, à titre d'illustration, un extrait d'un tel dictionnaire conçu à partir du Classique des Mille Caractères. Dans l'image ci-dessus, les caractères du poème sont cités en écriture régulière dans des cercles noirs, de droite à gauche, dans la graphie courante non calligraphique, puis dans cinq styles calligraphiques : archaïque (Écriture ossécaille) avec plusieurs tracés, décorative très géométrique, scribe, courante, d'herbe.
Formes archaïques
Caractères archaïques
Les témoignages archéologiques montrent que l'écriture chinoise remonte à la plus haute antiquité. Les vestiges les plus anciens ont été trouvés à Jiahu, un site néolithique sur la rivière Huai dans la province du Henan datés de -6500. Ce site a révélé des carapaces de tortues portant des symboles. Le site de Longshan, dans la province du Shandong, a livré des fragments d'os utilisés pour la divination, datés de -2500 à -1900, et des symboles sur des poteries qui sont considérés comme une forme primitive d'écriture. Des symboles de même nature, provenant de la culture de Liangzhu, ont été découverts dans la basse vallée du Yangzi Jiang.
Ces premiers témoignages d'écriture ne sont à vrai dire que des symboles isolés, et ne peuvent donc pas être considérés comme une écriture à part entière. Cependant, les inscriptions divinatoires sur os provenant de la culture Longshan tardive (datées entre -2500 et -1900) sont considérées par certains comme une proto-écriture, similaire à celle que l'on trouve en Mésopotamie ou en Égypte. Il est effectivement possible que ces inscriptions aient évolué vers la forme divinatoire sur ossements utilisée sous la dynastie Shang, et soient par conséquent à l'origine des écritures chinoises modernes, puisque la culture Longshan du néolithique tardif est considérée comme l'ancêtre de la culture Erlitou du bronze moyen, et plus tard des dynasties Shang et Zhou.
Caractères oraculaires
Les premières inscriptions qui soient indiscutablement une écriture chinoise sont les caractères oraculaires (, lit. « caractères () sur écailles () et ossements () »).
Une grande quantité d'écailles de tortues et d'omoplates d'animaux a été trouvée depuis 1899 à Anyang (), dans le Henan (), sur lesquels étaient gravés de tels caractères. Il s'agit d'un système d'écriture qui s'épanouit sous la Dynastie Shang (ou Yin ), attesté dès -1600. Ces caractères étaient utilisés dans des pratiques de divination.
Les caractères oraculaires se caractérisent par des traits relativement droits et sans traitement particulier des extrémités. Les changements de direction peuvent être angulaires ou arrondis. Ils n'ont pas de forme ni de taille standardisée.
Certains traits suggèrent que les caractères étaient d'abord tracés au pinceau, puis gravésChinese Cursive Script - Wang, Fred Fang-yu, Yale University Press..
Caractères sur bronze
On trouve d'autre part à cette époque quelques inscriptions sur des fragments de poteries et sur bronze (l'écriture sur bronze, ), dont la parenté avec l'écriture divinatoire est assez manifeste, mais qui apparaît plus complexe et plus imagée. Sur les quelque caractères que l'on connaît en provenance des oracles sur os, seuls correspondent à des caractères chinois ultérieurs, et peuvent par conséquent être interprétés, mais ces caractères sont les plus fréquemment rencontrés.
Ces formes d'écritures ne sont plus utilisées de nos jours, elles n'ont qu'un intérêt historique, archéologique et étymologique.
Style sigillaire
Le style sigillaire () est le plus ancien des styles encore utilisé en calligraphie : il trouve son apogée sous la dynastie Qin, 221-206 avant l’ère chrétienne. Il a pour origine une adaptation calligraphique des caractères archaïques, pour leur donner une forme propre à être gravée sur le bronze ou la pierre. De nos jours, à part dans la confection des sceaux, les caractères sigillaires sont écrits, et non gravés comme ils l'étaient aux commencements : on parle donc d'un tracé imitant celui du passé.
Les lignes sont fines mais d'épaisseur constante, et les extrémités se terminent nettement. Dans ce type de tracé, en effet, la formation des traits ne suit pas encore les contraintes dont on parle ailleurs, qui sont dues au pinceau. La courbe est la règle générale, les angles sont exceptionnels. Le tracé du sigillaire reflète une absence de contrainte au mouvement du stylet, qui se déplace librement et régulièrement: en termes modernes, c'est le type de tracé que l'on obtient avec un feutre à bout rond. La forme des caractères est assez libre. Dans la gravure, les traits tendent souvent à remplir l'espace, visant un équilibre entre la largeur des traits et celle des intervalles; et les caractères complexes prennent une forme compacte évoquant un peu une empreinte digitale.
Ce sont encore des formes anciennes, très proches du dessin et du pictogramme, qui subiront encore nombre d'altérations avant d'arriver aux tracés actuels. Leur forme ne se déduit donc pas simplement du tracé moderne. Leur lecture est difficile à qui ne connaît pas les étymologies graphiques, et leur tracé est pratiquement impossible pour le profane qui ne maîtrise que les graphies actuelles: il faut apprendre le tracé de chaque élément de caractère.
Voici les cinq premiers caractères de la première colonne (en partant de la droite) de l'illustration ci-contre, une œuvre du calligraphe, poète et graveur de sceaux Shānshān, en caractères actuels, à titre de comparaison : , extrait d'un poème de Jia Dao, poète 唐 Táng : (« À la recherche d’un ermite, sans le rencontrer »).
Les textes que l'on trouve dans ce style ne se limitent pas à des reproductions de caractères archaïques. Tous les caractères actuels peuvent être tracés en sigillaire, alors que l'on est bien loin de rencontrer dans l'écriture archaïque elle-même tous ces caractères.