L'économie de la Syrie repose essentiellement sur l'agriculture, l'artisanat, les télécommunications, le commerce et les échanges en général.

Avant la guerre civile qui dure de 2011 à 2024, la Syrie était considérée comme un pays à forte croissance. Durant la décennie de 2011 à 2021, la Banque mondiale estime que le PIB du pays avait diminué de plus de moitié, tandis que les données de la NASA observant les « points lumineux » (ampoules électriques et torchage du gaz), estiment un recul des activités économiques de 84 % entre 2010 et 2023.

Histoire économique Historiquement la Syrie depuis l'émergence du parti Baas a une économie dirigiste, planifiés avec de nombreuses nationalisations. Comme de nombreux autres pays décolonisés, la Syrie mise sur une politique donnant une grande importance à l'augmentation de la production agricole. Ainsi en 1963, une réforme agraire limite la taille des propriétés à dans les espaces irrigués, induisant une redistribution des terres. La politique agricole vise également à supprimer les usages féodaux, favoriser les coopératives et la sédentarisation des tribus nomades. Les redevances perçues pour le passage des oléoducs en provenance de l'Irak ont permis le financement de grands travaux d'infrastructures en voies ferrées, en irrigation et la construction du barrage de Tabqa sur l'Euphrate.

Depuis 1973, la guerre latente avec Israël et l'accueil de plus de réfugiés palestiniens et libanais, ont longtemps pesé fortement sur le budget du pays, par une inflation importée (19,4 % en 1990) et un déficit de la balance des paiements.

Sous le régime de Assad À partir des années 1980, l'économie s'ouvre petit à petit aux investisseurs privés, notamment dans le secteur tertiaire et dans l'industrie légère. En parallèle, le pétrole et le gaz s'imposent comme des piliers de l’économie : aux hydrocarbures extraits de son sol, s'ajoutent pétrole irakien qui traverse son territoire via l'oléoduc Kirkouk-Banias, permettant à Damas d'en retirer une recette supplémentaire. Ce dernier avait été fermé par le régime syrien pendant la guerre Iran-Irak, pour soutenir son allié iranien en étouffant l'économie irakienne, puis rouvert après 1990.. Entre 1991 et 1996, le taux de croissance atteint 7,33 % en moyenne, mais uniquement en moyenne de 2,15 % entre 1997 et 2003, faible croissance notamment liée à des sécheresses.

La fin de la guerre froide et l’arrivée au pouvoir de Bachar el-Assad favorisent une libéralisation et une diversification de l’économie. Les années 1990 et 2000 sont marquées par l'Infitâh (« ouverture économique ») syrienne, pendant laquelle le pays développe des infrastructures comme les barrages de Tichrine et d’Al-Baath, les secteurs du textile, du BTP et de la métallurgie , ainsi que le tourisme et l’immobilier de luxe.

Durant les années 2000, la politique économique se tourne plus largement vers le privé, avec une politique de libéralisation économique et une politique d'attractivité de capitaux privé. La part du privé de la production nationale passe 52,3 % en 2000 à 62,5 % en 2007.

Contexte de la guerre civile Les inégalités ont eu tendance à s'accroître après la mise en place, dans les dernières années du règne de Hafez el-Assad, de politiques favorisant le libre marché et avec leur développement après l'arrivée au pouvoir de son fils. Ces politiques, orientées vers le tertiaire, ont profité à une minorité de la population ayant des liens avec le gouvernement et aux membres des communautés sunnites marchandes de Damas et d'Alep. Entre 2000 et 2010, le taux de croissance de la Syrie était en moyenne de 5,1 %, alors que dans le même temps la population augmentait annuellement de 2,5 %. Malgré cela, durant cette décennie le taux de chômage a augmenté passant officiellement de 2,3 % en 2000 à 8,4 % en 2010. En réalité, selon la plupart des économistes et experts syriens, le taux de chômage varie entre 18 % et 25 %. Selon le Programme des Nations unies pour le développement, en 2005, 30 % des syriens vivent en dessous du seuil de pauvreté et le taux du chômage est estimé à 18 %. Dans le contexte d'une démographie croissante, les jeunes sont extrêmement touchés : ils sont 6 fois plus au chômage que les adultes. La moitié de la population a moins de . Selon le politologue Souhaïl Belhadj, la moitié des personnes entrant pour la première fois sur le marché du travail ne trouvent pas d'emploi.

Le mécontentement contre le régime est plus grand dans les zones les plus pauvres du pays, parmi les Sunnites conservateurs et dans les localités ayant un taux de pauvreté élevé, comme Deraa et Homs, ainsi que dans les zones rurales touchées par la sécheresse de 2001, et les quartiers les plus déshérités des grandes villesRebels in Syria's largest city of Aleppo mostly poor, pious and from rural backgrounds. Fox News Channel, Associated Press, 16 octobre 2012.. La libération des années 2000, a réduit les subventions à l'agriculture et les prix fixes en matière d'engrais, du fioul ou des machines agricoles. En parallèle, la part de la population active travaillant dans l'agriculture est passée de 30 % en 2002 à 14,3 % en 2010.

D'après certains chercheurs et le département de la Défense des États-Unis, la sécheresse qui a frappé la Syrie entre 2006 et 2010 a contribué à faire éclater la révolte. ont vu leurs revenus chuter de 90%, leurs terres s'étant asséchées. La crise de l'eau est concomitante à la politique du gouvernement qui a déréglementé le secteur agricole, vendu de vastes étendues de terre à l'agro-industrie, développé une agriculture d'exportation notamment avec le coton, ce qui a entraîné la salinité des terres par utilisation excessive de l'irrigation et la pollution des puits par les nitrates, etcSuzanne Saleeby, Sowing the Seeds of Dissent: Economic Grievances and the Syrian Social Contract's Unraveling. Jadaliyya, 16 février 2012..

À partir de 2011, la Syrie traverse une phase de dégradation du niveau de vie et de forte augmentation du prix des produits de base. Entre 2010 et 2016, l'indice des prix à la consommation, publié chaque mois par le Bureau central syrien des statistiques, est multiplié par 5. Selon Le Figaro, cela est dû à la raréfaction de la nourriture, du carburant et des médicaments disponibles, mais aussi par l'arrêt de plusieurs subventions du gouvernement sur l'eau, la nourriture et l'électricité.

Impact économique de la guerre civile Entre 2010 et 2014, l'économie syrienne se rétracte de 62 %, dû à la guerre civile syrienne, qui détruit les infrastructures et des lieux de production et empêché les échanges. L'augmentation des prix a été particulièrement élevée sur la nourriture, le prix du pain et des céréales étant multiplié par cinq entre 2010 et 2016, celui de l'eau minérale, des boissons et jus de fruit par huit, et celui des légumes par neuf. En 2015, un rapport du Fonds international de développement agricole (FIDA) et du Programme alimentaire mondial (PAM) indique que dans certaines zones du pays, les dépenses alimentaires peuvent dépasser les 50% à 60% des dépenses globales d'une famille. Selon le Centre syrien pour la recherche politique, les ménages les plus pauvres ne peuvent plus subvenir à leurs besoins fondamentaux.

Avant le début de la guerre syrienne, l'Union Européenne achetait 95 % du pétrole exporté par la Syrie, ce qui représentait entre un quart et un tiers des recettes de ce pays. En , pour faire pression sur le régime, l'Union européenne décrète un embargo total sur le pétrole syrienSyrie: l'UE décrète un embargo sur le pétrole. lexpress.fr, 2 septembre 2011. En , la guerre s'éternisant, l’Europe lève « partiellement » son embargo sur le pétrole syrien : « les ministres européens des Affaires étrangères souhaitant ainsi aider les rebelles syriens, qui contrôlent une partie des champs pétroliers »L'Europe lève partiellement l'embargo pétrolier avec la Syrie. liberation.fr, 22 avril 2013. En , le ministre syrien du Pétrole Suleiman Abbas révèle que la production de pétrole syrienne a chuté de 95 % (à barils par jour contre les barils par jour) et celle du gaz syrien de 50 %, à la suite des combats et des activités terroristes.

Le conflit a détruit fin 2014, environ , destructions qui ont eu lieu à 58 % à Alep, à 20,5 % à Homs et à 12,92 % à Damas. Au niveau agricole, la superficie cultivée est passée de d'hectares à entre 2010 et 2015. Au total entre 2011 et 2016, la guerre civile aurait coûté près de de dollars au total. Selon la Banque mondiale, l’économie syrienne s’est contractée de 85 % entre 2011 et 2023 tandis qu'en 2024, le coût de la reconstruction du pays est estimé entre 250 et 400 milliards de dollars. Parallèlement, la famille Assad au pouvoir s'enrichit considérablement grâce à des activités économiques illicites comme la contrebande, le commerce d’armes, le trafic de drogue, la protection et l’extorsion. En 2022, un rapport américain estime sa fortune à plus de 2 milliards de dollars.

Sanctions contre la Syrie

Au début de la guerre civile en 2011, l’administration Obama impose des sanctions contre la Syrie, incluant un gel des avoirs du gouvernement syrien à l’étranger, une restriction sur les importations de pétrole et interdiction pour les Américains d’investir dans le pays, ainsi que des limitations des investissements dans les infrastructures et l'énergie. En 2019, la loi César alourdit ces sanction et porte un coup fatal à l’économie syrienne en interdisant notamment aux institutions financières étrangères non américaines d’effectuer des transactions avec le gouvernement syrien.

Chute du régime et début de l'ère post-Assad La crise économique finit par affecter les communautés alaouites dont est issue la famille Assad, et qui composaient les principaux viviers de recrutement pour l'armée syrienne. La faiblesse du régime l'a conduit à racketter à leurs tours ces communautés qu'il protégeait, déjà appauvries par les déplacements en temps de guerre, la perte du crédit de l'État et ses prises de contrôle prédatrices. Ainsi, à force de recentrer ses préoccupations sur sa propre survie et de titrer des revenus d'une économie en chute libre, Assad a en quelque sorte rompu un pacte implicite avec la communauté alaouite, qui a perdu des milliers d'hommes pour sa défense. La crise économique syrienne a donc érodé le soutien populaire jusqu'aux dernières populations qui pouvaient lui être encore favorables, y compris l'armée dont le niveau de vie s'est effondré à cause de la dévaluation de la livre syrienne et de l'inflation. Abandonné par la majorité de ses soutiens locaux et étrangers, le régime Assad est renversé par une coalition rebelle en .. Ces derniers mettent en place un gouvernement de transition avec à sa tête Ahmed al-Charaa et Mohammed al-Bachir.

Certaines sanctions économiques contre la Syrie sont levées par les États-Unis, puis par la Belgique en . Le ministre syrien des Finances, Mohammed Barnieh déclare que la levée des sanctions aidera à la reconstruction et à la modernisation des infrastructures, et ouvrira la voie au retour des investissements. Le ministre syrien de l’Économie Nidal al-Shaar affirmé que si la Syrie revenait au système bancaire mondial, l’économie syrienne connaîtrait un redressement significatif et un afflux d’investissements étrangers. L’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar semblent notamment prêts à investir dans le pays.

Peu après l’annonce de Trump concernant la levée des sanctions, la livre syrienne s’est appréciée d’environ 25 %, à 8 000 livres pour 1 dollar, tandis qu’une amélioration des flux d’importation de biens, de médicaments et de technologies est également attendue. Les sanctions financières sont néanmoins plus difficiles à lever sans l’approbation du Congrès, alors que leur levée permettrait à la banque centrale de Syrie de contracter des prêts auprès de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.