vignette|Collège Pierre-Desproges à Châlus (Haute-Vienne).
Dans le système éducatif français, le collège est l'établissement des quatre premières années des études secondaires (sixième, cinquième, quatrième et troisième), pour des préadolescents et des adolescents âgés, généralement, de dix à quinze ans.
Sa forme moderne est largement héritée de la loi Haby promulguée en . Jusqu'en , les enseignements débouchent sur l'obtention d'un brevet d'études du premier cycle (BEPC), conditionnée au contrôle continu à partir de 1978. Depuis la rentrée de , un examen national en fin de troisième s'ajoute à l'évaluation continue pour l'obtention du diplôme national du brevet (DNB).
Au , des dispositifs spéciaux existent tels que les sections d'enseignement général et professionnel adapté (SEGPA), les unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants (UPE2A) et les unités localisées pour l'inclusion scolaire (ULIS).
À l'issue du collège, la plupart des jeunes intègrent un lycée, soit en seconde générale et technologique (GT), soit dans l'une des nombreuses secondes professionnelles (pro). D'autres rejoignent un centre de formation d'apprentis (CFA).
Des années 1800 à 1960, les « collèges » sont des établissements scolaires financés par la municipalité ou le département, qui couvrent tout ou partie des études secondaires.
Plusieurs collèges français sont établis à l'étranger, notamment pour les familles des Français expatriés.
Histoire
Sous la Monarchie
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vignette|gauche|redresse|La Ratio Studiorum de 1598.
À la veille de la Révolution, le royaume compte 271 collèges mais la moitié environ ne sont que des « petits collèges ». L'enseignement comprend quatre classes de grammaire, une classe d'humanité et une classe de rhétorique, auxquelles s'ajoutent deux classes de philosophie. Il s'appuie sur les principes de la Ratio Studiorum ; les matières les plus enseignées sont le français, le latin et le grec ancien. Dans les années 1730, s'ajoutent l'histoire et la géographie, puis la physique. Les auteurs français commencent à être étudiés vers 1770.
Les femmes exclues de cet enseignement ne peuvent donc développer leurs connaissances que grâce à des pères, des frères, des maris lettrés et possédant des bibliothèques, comme Christine de Pisan qui plaidait tant au pour que les filles reçoivent une éducation comme les garçons et ne soient pas cantonnées à filer la laine et aux ouvrages de broderie.
De la Monarchie à la Troisième République
Les collèges sont provisoirement maintenus pendant la Révolution, mais la situation est peu favorable aux congrégations. Le décret du ordonne la vente des biens des collègesA. Léon, P. Roche, Histoire de l'enseignement en France, .. La législation révolutionnaire finit par créer les écoles centrales correspondant à ce niveau d'enseignement. Ces dernières sont à leur tour supprimées à la suite de la loi du 11 floréal an () : certaines d'entre elles sont transformées en lycées entretenus par l'État. Les autres peuvent être reprises en charge par les villes sous le nom de « collège » ou d’« école secondaire communale »A. Léon, P. Roche, Histoire de l'enseignement en France, .. Selon l'article 5 du décret du 17 mars 1808, ils enseignent « les élémen[t]s des langues anciennes et les premiers principes de l'histoire et des sciences ».
Avec la Restauration, les lycées prennent le nom de « collèges royaux ». Les collèges gérés par les communes deviennent donc des « collèges communaux » pour les distinguer des premiers.
Théoriquement, l'enseignement du collège est proche de celui du lycée et conduit au baccalauréat, mais les collèges restent dans les faits des établissements de second ordreA. Prost, « Une histoire des collèges (I) : genèse d'un problème », dans Id., Regards historiques sur l'éducation en France (), .. Certains collèges sont « de plein exercice » et mènent jusqu'au baccalauréat, mais les autres s'arrêtent avant ; en revanche, la plupart des collèges, à l'image des lycées, ont des « classes élémentaires », connues sous le nom de petit lycée, commençant pour certains à la , dont le programme se rapproche du primaire, à ceci près que le latin est étudié à partir de la , équivalent de l'actuel CM1.
vignette|redresse|Victor Duruy.
vignette|redresse|Jules Ferry.
Pour les filles, ce n'est qu'en 1836 que l'enseignement primaire public est créé, mais il faut attendre 1867 la loi de Victor Duruy pour que l'ouverture d'une école de filles soit rendue obligatoire dans les communes de plus de 500 habitants et la loi de Jules Ferry de 1882, pour que toutes les communes aient une école de filles.
Pour mieux répondre aux besoins, des collèges développent des « cours spéciaux » à visée plus professionnelle. Ces initiatives sont relayées par la création de l'« enseignement secondaire spécial » en 1865 par Victor DuruyA. Prost, « Grands lycées et petits collèges », dans Id., Regards historiques sur l'éducation en France (), .. Dans la lignée de ces mesures est finalement créé en 1882 un « baccalauréat spécial ». Les décrets du 4 et du transforment le secondaire spécial et son baccalauréat en « enseignement moderne » et « baccalauréat moderne ». On parle dès lors de collège classique (pour l'enseignement proche de celui des lycées) et de collège moderne.
vignette|redresse|Camille Sée.
C'est seulement à partir de 1880 avec la loi Camille Sée que les filles se voient ouvrir un enseignement secondaire, donné dans les lycées et collèges de jeunes filles ; les programmes sont spécifiques mais sont proches de l'enseignement « moderne »A. Prost, « Des lycées pour les filles », dans Id., Regards historiques sur l'éducation en France (), .. Le diplôme de fin d'études secondaires pour les filles, non équivalent au baccalauréat, ne leur donne pas accès à l'Université. Il faut attendre 1924 pour que les contenus, la durée, les horaires des enseignements soient les mêmes que pour les garçons et le baccalauréat identique pour filles et garçons, donnant enfin aux jeunes filles accès à l'université.
Dans les années 1910 et 1920, les collèges se rapprochent davantage de l’enseignement primaire supérieur et des « petites classes » du lycéeA. Prost, « Une histoire des collèges (II) : l'occasion manquée des années 1920 », dans Id., Regards historiques sur l'éducation en France (), .. Une circulaire de 1922 prévoit ainsi que les collèges pourront s’adjoindre une section d’EPS ou une école technique. À partir de 1927, par le décret-loi du , le ministère de l’Instruction publique encourage leur « amalgame » au sein d’« établissements géminés ». Toutefois, ce rapprochement s’essouffle dans les années 1930. Entretemps, en 1924, les collèges de jeunes filles ont été officiellement assimilés aux collèges modernes.
En 1941, c’est au tour de l’enseignement primaire supérieur d’être réuni au collège, moderne pour les anciennes EPS, technique pour les écoles pratiques, les écoles de métiers et les sections professionnelles. Les cours complémentaires sont en revanche maintenus.
Après la Seconde Guerre mondiale : la réforme du « collège unique »
La réforme du collège unique permettant à toute une classe d’âge de suivre le premier cycle du secondaire a commencé à la fin des années 1950 mais ne s’est achevée qu’à la fin des années 1980. Son impact est difficile à mesurer en termes de niveau de connaissances et de réduction des inégalités car les chercheurs ne disposent pas de suivis à long terme des élèves comme dans d’autres pays comme la FinlandeÉric Maurin, La nouvelle question scolaire, Seuil, 2007, ..
Le décret 59-57 du portant réforme de l’enseignement public transforme les cours complémentaires en collèges d'enseignement général (CEG), où l’enseignement dure cinq ans (deux années de cycle d’observation, communes à l’enseignement général long et à l’enseignement technique suivies de trois années d’enseignement spécifique)A. Prost, « Une histoire des collèges (III) : la réforme : quels murs et quels maîtres ? », dans Id., Regards historiques sur l'éducation en France (), .. La même année la loi Berthoin porte de 14 à 16 ans l’âge minimum de la fin de la scolarité et institue la fin progressive des classes de fin d'étudesÉric Maurin, ..
1963 : création des collèges d'enseignement secondaire (CES)
En 1963 sont créés les collèges d'enseignement secondaire (CES) destinés à remplacer les premiers cycles des lycées : le lycée fait désormais suite au collège. Mais dans le cadre du CES, se maintiennent des filières très hiérarchisées. La filière , subdivisée avant 1969 en section classique et section moderne long, a comme objectif de mener les élèves au lycée, dont il constitue l'ancien premier cycle; La filière , ou moderne court avant 1969, correspondant aux CEG, de les mener au collège technique; La filière , divisée en classes de transition en - et terminale pratique en -, d'assurer la transition vers la vie active. Les passerelles entre les cursus existent mais sont difficilement empruntées.
Unification du collège avec la loi Haby (1975)
La Loi Haby de 1975, en regroupant les CEG et les CES sous le nom simple de collège, crée le « collège unique » mettant ainsi fin aux filières. Dans les faits, l'usage massif du redoublement permet de continuer l'orientation d'une partie des élèves vers l'apprentissage et les classes pré-professionnelles de niveau (CPPN) et la vie active dès la fin de la cinquième ou de la quatrième. De plus, les classes de niveau se substituent aux filières. Les élèves les plus faibles se retrouvent dans les CPPN ou en CAPÉric Maurin .. Ce n'est qu'au cours des années 1980 que la fréquence des redoublements diminue et que l’orientation précoce à la fin de la cinquième ou de la quatrième disparaîtÉric Maurin, .. À la fin des années 1980, 90 % des élèves vont jusqu’en troisième contre 70 % au début de la décennieÉric Maurin, ..
En étudiant à long terme , Éric Maurin arrive à la conclusion qu’une année d’études supplémentaires aboutit à une augmentation de salaire moyenne de 10 à 16 %Éric Maurin, .. Le recours massif aux redoublements est aussi une spécificité française. Les autres pays qui ont démocratisé leur système scolaire ne l’ont guère utilisé. La conséquence en est un alourdissement des coûts de la démocratisation de l’éducation que Maurin estime à 50 %, tout en retardant l’accès à l’autonomie aux jeunesÉric Maurin, .. On peut expliquer ces nombreux redoublements par l’inadaptation des programmes scolaires, toujours destinés à former l’élite, au nouveau public d’élèves beaucoup plus faiblesÉric Maurin ..
Réforme de 2015
vignette|redresse|La ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem (ici en 2012).
Le projet de réforme du collège est la poursuite de la refondation de l'enseignement un des axes du quinquennat de François Hollande déjà engagée pour l'école primaire dans la loi du . Sans remettre en cause la notion de collège unique, elle prétend mieux assurer l'enseignement des savoirs fondamentaux en combinant les apprentissages théoriques et pratiques, en généralisant les projets interdisciplinaires, et en donnant une plus grande liberté pédagogique aux établissements. L'objectif est une mise en place de la réforme à la rentrée 2016..
Un projet devait être soumis au Conseil supérieur de l'éducation le , après avoir été accueilli favorablement avec quelques réserves par le SE-UNSA et le SGEN-CFDT, mais décrié par le SNES-FSU, syndicat majoritaire dans le Second Degré, hostile à la multiplication des modules interdisciplinaires et dénonçant une usine à gazMattea Battaglia, Réforme du collège : l'option latin de retour après la fronde dans Le Monde du 29/30 mars ..
Retouche de Jean-Michel Blanquer (2017)
En 2017, le ministre Jean-Michel Blanquer revient sur une partie de la réforme Vallaud-Belkacem en publiant un décret qui rétablit les classes bilingues, renforce les langues anciennes, rend facultatifs les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) et augmente l'autonomie des établissements..