Mari (en arabe : mārī, ) est une ancienne cité dont l'emplacement se trouve sur le site actuel de Tell Hariri (en arabe : tall al-ḥarīrī, ), situé à l'extrême sud-est de la Syrie sur le moyen Euphrate, à d'Abou Kamal et à une dizaine de kilomètres de la frontière irakienne.

Fondée dans les premiers temps du sur la rive droite de l'Euphrate et légèrement à distance du fleuve, elle se présente dès cette première période (« Ville I », c. 2900-2550 av. J.-C.) comme une ville circulaire protégée par deux enceintes. Les niveaux de cette période n'ont été atteints qu'en un nombre limité d'endroits, mais donnent l'impression d'une ville active, notamment dans l'artisanat, et bien insérée dans les réseaux d'échanges à longue distance.

La seconde période de Mari (« Ville II », v. 2550-2250 av. J.-C.) débute par une refondation de la ville après un terrassement des constructions antérieures, qui reprend les éléments principaux de l'urbanisme antérieur. Plusieurs monuments majeurs sont connus pour cette période, des temples, qui ont livré un abondant matériel votif : des statuettes de personnages en prière, des fragments de gravures en coquille, des éléments de parure, des objets en métal, etc. qui témoignent de la prospérité de la ville et à nouveau de sa place importante dans les échanges à longue distance. Les fouilles des niveaux de cette période ont également mis au jour des espaces domestiques, artisanaux et commerciaux (un « Souk »). Pour les dernières décennies de la période, des documents cunéiformes provenant du site, et surtout d'un autre site syrien, Ebla, indiquent que le royaume de Mari est l'un des plus puissants de la région. Cette période s'achève néanmoins par une défaite et une destruction de la ville, causées par les armées de l'empire d'Akkad.

La troisième grande phase de l'histoire de Mari (« Ville III », v. 2250-1760 av. J.-C.) commence par la reconstruction de la ville sous la direction de monarques qui portent le titre de šakkanakku. C'est durant cette période qu'est bâti le Grand Palais Royal qui est le monument le plus fameux du site. La fin du est marquée par l'arrivée de rois d'origine amorrite sur le trône de la ville. Cette phase qui s'étend d'environ 1810 à 1760 av. J.-C. est documentée par les milliers de tablettes mises au jour dans le palais royal, surtout des lettres et des documents administratifs, qui fournissent une grande quantité d'informations sur la société, la vie politique, diplomatique et religieuse de l'époque, ainsi que sur diverses activités qui intéressent les gestionnaires du palais qui ont écrit ces documents.

La ville est prise et détruite entre 1761 et 1759 av. J.-C. par les troupes du roi Hammurabi de Babylone. Elle ne redevient pas la capitale d'un royaume important et périclite, les fouilles archéologiques n'ayant révélé pour les phases postérieures à la destruction que quelques espaces domestiques et artisanaux et surtout des tombes.

Mari a été redécouverte par hasard en 1933 et des fouilles s'y sont déroulées d'abord par André Parrot (jusqu'en 1974). L'exploitation archéologique du site s'interrompt en 2010 avec le déclenchement de la guerre civile syrienne. Dans les années qui suivent le site a subi d'importantes destructions qui ont endommagé de manière irréversible les principaux monuments antiques.

Situation géographique et culturelle

Le site de Tell Hariri est situé sur la rive droite de l'Euphrate, dans une zone où la vallée est incisée dans des plateaux calcaires, mais est à cet endroit relativement large (5 kilomètres), sur une terrasse fluviale à l'écart du cours du fleuve et de ses crues. Les terres de fonds de vallée sont fertiles mais cet endroit se trouve dans une zone aride où les précipitations ne permettent pas à elles seules le développement de l'agriculture, qui ne peut donc se faire qu'en recourant à l'irrigation. L'Euphrate constitue du reste une voie de circulation naturelle, dont les habitants de Mari ont su tirer profit pour se développer..

Mari dispose également d'une position exceptionnelle entre la Syrie et la Basse Mésopotamie, sur des routes caravanières et fluviales importantes, ce qui explique qu'elle soit difficile à classer culturellement, à la croisée des traditions culturelles syriennes et mésopotamiennes.

Redécouverte, fouilles et études

thumb|Dégagement de la statue du šakkanakku Ishtup-Ilum dans la salle du trône du palais royal. Photographie d'André Bianquis, ..

Au début du mois d'août 1933, un bédouin, en creusant la terre au sommet d'une colline, le tell Hariri, pour déterrer une pierre et inhumer un des siens, trouve la statue acéphale d'un personnage aux mains jointes avec une inscription en cunéiforme. Il se présente au lieutenant français Cabane, inspecteur-adjoint de la région Abou-Kémal, qui prévient la direction des Antiquités à Beyrouth, laquelle alerte le musée du Louvre dont le conservateur en chef René Dussaud propose un archéologue pour aller étudier le site, le conservateur du Département des Antiquités orientales André Parrot. Il est justement disponible avec son équipe depuis l'arrêt des fouilles des sites irakiens de Girsu et de Larsa, dont le musée vient de cesser le financement car l'Irak avait décidé d'arrêter de laisser les pays occidentaux emporter chez eux une partie des trouvailles effectuées par leurs archéologues. Les archéologues français peuvent alors se rabattre sur la Syrie voisine, qui est sous mandat français et ne pose donc pas le même type de conditions, et dont les sites antiques ont été très peu fouillés (un autre site antique majeur, Ras Shamra, l'antique Ugarit, vient à peine d'être redécouvert).

Les équipes de Parrot fouillent le site dès décembre 1933. En janvier 1934 elle sort la statue inscrite du roi Ishqi-Mari, alors lu Lamgi-Mari, qui permet d'identifier le site comme étant l'antique Mari. Six campagnes ont lieu entre 1933 et 1938 dans le temple d'Ishtar puis dans le palais royal et enfin la zone des temples. Elles mettent au jour de nombreuses trouvailles qui font sensation, notamment les statues du temple d'Ishtar, le vaste palais royal et ses milliers de tablettes cunéiformes, les deux lions de cuivre du soi-disant « temple de Dagan », la Haute Terrasse. Les fouilles reprennent en 1951, toujours sous la direction de Parrot. Jusqu'en 1954 elles explorent le secteur des temples et dégagent plusieurs édifices. La crise de Suez provoque une nouvelle interruption des fouilles jusqu'en 1960. Parrot dirige onze campagnes jusqu'en 1974, dans le secteur de la Haute Terrasse puis le palais dont les niveaux plus anciens (« présargoniques ») sont fouillés. En 1979, les fouilles reprennent sous la direction de Jean-Claude Margueron, qui dirige une vingtaine de campagnes jusqu'en 2004. Elle développe de nouvelles approches : plusieurs chantiers sont ouverts en même temps, avec notamment pour objectif de mieux comprendre l'urbanisme de la ville et son évolution, ainsi que l'intégration de la ville dans son espace régional. Cela conduit notamment à la mise en évidence de l'existence d'une première phase plus ancienne que celles fouillées jusqu'alors, approchée en quelques endroits, redéfinissant la chronologie de la ville en trois grandes périodes. Les résultats des fouilles sont publiés dans la revue Syria, puis dans la série Mission archéologique de Mari (MAM) dans l'après-guerre. Parrot en 1974 et Margueron en 2004 publient des ouvrages reprenant les résultats des travaux qu'ils ont effectués à Mari.

Un plan de sauvegarde et de restauration des monuments du site, qui subissent une érosion rapide une fois dégagés, est mis en place à partir de 1997 dans l'Enceinte sacrée puis les Grand Palais Royal, ce qui s'accompagnait d'une mise en valeur pour le tourisme (ouverture d'un centre d'accueil pour visiteurs en 2009)..

Depuis 2005 l'équipe de fouilles est dirigée par Pascal Butterlin et explore jusqu'en 2010 le centre monumental et de nouveaux secteurs en périphérie de la ville. Le conflit syrien met fin aux fouilles et les travaux se poursuivent autour de l'exploitation des résultats des fouilles antérieurs dont les données sont conservées en France, y compris ceux des premières campagnes. Les dégâts majeurs que subit le site depuis 2012 (voir plus bas) font également l'objet de travaux d'expertise. En plus des destructions des bâtiments antiques, la maison de fouilles du site a été détruite, avec les archives qui y étaient conservées. Depuis 2015 le site patrimoine du Ministère de la Culture français présente au public les résultats de ces travaux..

Les archives scientifiques des fouilles archéologiques de Mari sont déposées au Pôle archives de la Maison des Sciences de l’homme Mondes.

La redécouverte des tablettes du palais royal de Mari, dès les débuts des fouilles et pour l'essentiel entre 1934 et 1937, puis leur traduction ont révélé un monde insoupçonné, dans une région jusqu'alors considérée comme située à l'écart de la civilisation mésopotamienne et de sa culture raffinée, et offert une grande quantité d'informations sur des sujets politiques, religieux, administratifs et autres, ainsi que des éclairages sur le contexte culturel biblique, ce qui ne manquait pas d'éveiller l'intérêt d'un public académique et cultivé. Les tablettes découvertes sont alors expédiées en totalité à Paris mais restent la propriété de la Syrie, alors que le principe est celui du partage des découvertes. Après avoir été copiées et photographiées, elles ont toutes été restituées en 2005 et sont pour la plupart entreposées au musée de Deir ez-Zor. Elles n'ont pas été intégralement publiées. La publication est assurée par des équipes à Paris, d'abord dirigées par G. Dossin. En 1950 paraît le premier volume de la série des Archives Royales de Mari (ARM), visant à publier les tablettes issues des fouilles du palais royal.. G. Dossin assure la direction des travaux jusqu'en 1978 quand J.-M. Durand le remplace. Dans un premier temps, les lettres sont publiées en fonction de leurs expéditeurs, tandis que les textes administratifs étaient publiés par lieu de découverte, puis de manière thématique à l'initiative de M. Birot. Le principe des dossiers thématiques s'impose par la suite, en intégrant les études historiques (qui étaient auparavant publiées à part, dans des articles), par le biais de la série des ARM et aussi de celle intitulée Florilegium Marianum (FM). Les textes de Mari sont mis en ligne en transcription et traduction sur le site ARCHIBAB.. Peu de synthèses générales sont consacrées au contenu de ces textes : les entrées en français sur Mari/Tell Hariri dans le Reallexikon der Assyriologie et surtout le Supplément au Dictionnaire de la Bible, et des anthologies de lettres avec commentaires (en français par J.-M. Durand, en anglais par W. Heimpel et J. Sasson). Les documents mis au jour durant les campagnes postérieures à 1998 sont confiés à une équipe dirigée par A. Cavigneaux..

La fondation et la Ville I (v. 2900-2550)

Les premiers niveaux d'occupation remontent au début du , mais cette période est mal connue car elle n'a été redécouverte et étudiée qu'à partir des années 1990. Elle est difficile d'accès car elle est recouverte par les niveaux plus récents et n'a été approchée par les fouilleurs que rarement (J.-C. Margueron parle de « points de rencontre »). De plus son dernier niveau a disparu car il a été arasé lors de la refondation de la ville au début de la Ville II. Il n'empêche que plusieurs éléments importants sont apparus lors de l'étude de cette périodeBéatrice Muller, « La ville I de Mari : un bilan 1933-2004 », dans Lire en ligne..

Les textes ne sont d'aucun secours pour la connaissance de cette période : aucune tablette n'a été mise au jour à Mari et les sources extérieures contemporaines ne la documentent pas. Le fait qu'une dynastie de Mari apparaisse dans la Liste royale sumérienne, texte historiographique largement postérieur à cette époque, ne doit probablement pas être interprété comme une information fiable.