thumb|Taureau androcéphale ailé gardien du palais de à Dur-Sharrukin en Assyrie, musée du Louvre.
L'Assyrie (māt aššur, le , en assyrien) est une ancienne région du nord de la Mésopotamie et un empire qui s'est formé à partir de celle-ci. Elle se constitue autour de la ville d'Assur, qui s'affirme progressivement au comme un royaume puissant, qui devient plus tard un empire universel, le premier dans l'Histoire. Aux , l'Assyrie contrôle des territoires s'étendant sur la totalité ou sur une partie de plusieurs pays actuels, comme l'Irak, la Syrie, le Liban, Israël, la Palestine, l'Égypte, la Turquie et l'Iran.
L'assyriologie, discipline qui étudie l'Assyrie antique et plus largement la Mésopotamie antique, distingue trois phases dans l'histoire assyrienne, sachant qu'avant les environs de , les dates sont approximatives : la période paléo-assyrienne, du ; la période médio-assyrienne, jusqu'à ; et la période néo-assyrienne, jusqu'à 612–, date de la fin du royaume assyrien. Schématiquement, durant la première période, l'Assyrie se résume à la cité-État d'Assur, connue surtout par le dynamisme de ses marchands. La deuxième période voit la naissance du royaume assyrien, en tant qu'État territorial puissant, qui connaît cependant un affaiblissement important au tournant des La troisième période voit l'Assyrie se muer en un empire, grâce notamment à sa redoutable armée. C'est par cette période que l'Assyrie est la mieux connue, grâce aux découvertes effectuées à partir du dans ses capitales successives, Assur, Kalkhu (Nimroud), Dur-Sharrukin (Khorsabad) et Ninive. La puissance de cet empire et de ses souverains a permis au souvenir de l'Assyrie de perdurer par la tradition de la Bible hébraïque et des auteurs grecs classiques.
La grande quantité de documentation épigraphique et archéologique, collectée pour la période assyrienne depuis près de deux siècles, permet de bien connaître de nombreux aspects de ce royaume. Il est l'une des composantes essentielles de la civilisation mésopotamienne ancienne, au même titre que son rival méridional, le royaume de Babylone. C'est toutefois de loin la dernière phase du royaume qui est la mieux connue. On peut dresser un tableau de plusieurs aspects de l'administration du royaume, les activités économiques, les composantes de la société, la culture assyrienne, notamment la religion et l'art. De nombreuses zones d'ombre demeurent, puisque la documentation est inégalement répartie selon les lieux, les périodes et les aspects de la vie des anciens Assyriens. C'est dû à la disparition de nombreuses sources depuis l'Antiquité, mais aussi au fait que les découvertes concernent essentiellement le milieu des élites.
Terminologie thumb|upright=1.3|Le roi (722-) et un dignitaire, bas-relief du palais de Dur-Sharrukin (Khorsabad), Musée du Louvre.
Le terme français « Assyrie » est dérivé du grec ancien et du latin Assyria, qui sont eux-mêmes peut-être dérivés de l'araméen ʾĀthor. R. N. Frye, « Assyria and Syria: Synonyms », dans Journal of Near Eastern Studies 51/4, 1992, 282 n. 4 évoque la possibilité que les Grecs aient adopté le terme à partir des Cappadociens, ce qui expliquerait la présence du -ss- plutôt que du -th-.. Quoi qu'il en soit ces termes sont les transpositions du nom assyrien Aššur. Il peut dans cette langue faire aussi bien référence à une ville qu'à une divinité, qui partagent le même nom, le dieu étant la divinité principale de la ville, où se trouve son sanctuaire (situation qui rappelle celle d'Athéna à Athènes). À partir de l'époque médio-assyrienne (), les textes assyriens désignent leur royaume, ou du moins son espace central (c'est-à-dire sous administration directe) comme le « pays d'Assur » (māt Aššur). Pour préciser s'ils font référence à la ville ou au dieu, les scribes assyriens peuvent employer dans l'écriture cunéiforme un type de signe appelé déterminatif qui indiquera soit s'il s'agit d'un lieu (signe KI), soit s'il s'agit d'un dieu (signe D(INGIR)). Dans la plupart des cas « pays d'Assur » est inscrit sans déterminatif, ce qui ne permet pas de trancher. Mais dans un certain nombre d'autres cas, l'expression est écrite avec le déterminatif de la divinité devant le mot Aššur, indiquant qu'on fait alors référence au « pays du dieu Assur » (māt Aššur). Dans d'autres cas, tardifs (sous les Sargonides), c'est le déterminatif du lieu qui est employé, l'expression faisant alors référence à la ville (māt Aššur). Dans d'autres cas encore, surtout également, les deux déterminatifs sont employés en même temps (māt Aššur).. De fait, dès les débuts de l'histoire assyrienne il y a des cas dans lesquels l'écriture du nom du dieu se fait en y ajoutant le déterminatif du lieu, et celui du nom de la ville avec le déterminatif du dieu. Dans l'esprit des anciens Assyriens, le dieu, la ville et le pays sont inséparables, au point de se confondre. S. M. Maul, « Assyrian Religion », dans ..
La redécouverte de l'Assyrie Le souvenir des Assyriens avant les fouilles du thumb|La Mort de Sardanapale, d'Eugène Delacroix, 1827, représentant une légende issue de la tradition grecque antique rapportée par Ctésias et inspirée par un événement du règne du roi assyrien Assurbanipal.
Le souvenir du royaume assyrien perdurait dans la tradition occidentale, grâce à plusieurs sources antiques, avant les premières fouilles sur les sites de l'Assyrie.. D'abord, la Bible, qui donnait des éléments sur l'histoire des relations entre les royaumes d'Israël et de Juda et l'Assyrie, ainsi que des mentions de Ninive où avait été envoyé Jonas, est le premier document faisant référence à l'Empire assyrien. Il en ressortait toutefois une vision négative de l'Assyrie, perçue comme une puissance brutale et oppressive. Des auteurs grecs classiques évoquaient aussi le royaume assyrien, comme Hérodote, Xénophon ou encore Ctésias et Diodore de Sicile. Mais ces témoignages indirects sont souvent imprécis ou confus. À partir de ces sources, plusieurs voyageurs européens avaient essayé de retrouver les capitales de l'ancienne Mésopotamie au . Leurs descriptions et objets qu'ils rapportèrent ouvrirent la voie aux premières fouilles en Assyrie..
Les découvertes des capitales assyriennes au L'Assyrie eut le privilège d'être la première région du Proche-Orient ancien à faire l'objet de fouilles qui furent rapidement couronnées de succès. Cela lui valut d'avoir donné son nom à la discipline s'intéressant à l'histoire de la Mésopotamie antique, l'assyriologieSur l'histoire des redécouvreurs des anciennes capitales de l'Assyrie et le contexte de leurs accomplissements : M. T. Larsen, La conquête de l'Assyrie, 1840-1860, Paris, 2001.. Le premier palais dégagé est celui du site de "Khorsabad", l'ancienne Dur-Sharrukin, capitale de , mis au jour par le consul de France à Mossoul, Paul-Émile Botta, à partir de 1843. L'Anglais Austen Henry Layard lui emboîta le pas à Nimroud, l'ancienne Kalkhu, puis sur le tell de Kuyunjik, le centre de l'ancienne Ninive.. Les découvertes des impressionnants bas-reliefs de ces édifices eurent un certain retentissement dans le milieu érudit, et ces trouvailles prirent place dans plusieurs musées européens. C'est à cette époque que l'on mit au jour les dizaines de milliers de tablettes cunéiformes qui constituent encore la plus grosse partie de nos sources sur le royaume néo-assyrien, et qui permirent de déchiffrer cette écriture et la langue akkadienne. En 1903, c'est au tour des Allemands de fouiller la dernière capitale assyrienne non dégagée, Assur, sur le tell de Qala'at Shergat, avec des méthodes archéologiques scientifiques et non plus rudimentaires et improvisées comme précédemment..
L'étude de la documentation sur l'Assyrie
thumb|Tablettes cunéiformes d'un fonds d'archives privé d'une résidence d'Assur (), conservées dans un vase (reproduction). Pergamon Museum de Berlin.
Les fouilles des capitales assyriennes se poursuivirent durant la majorité du 559 (Ninive), 561-562 (Khorsabad), 594-595 (Nimrud et Balawat). M. T. Larsen, « The Archaeological Exploration of Assyria », dans ., tandis que furent mis au jour de nouveaux sites de l'ancien royaume assyrien, notamment à l'ouest de l'Assyrie à proprement parler, dans la Djézireh, entre le Tigre et l'Euphrate (Tell Rimah, Til Barsip (Tell Ahmar), Arslan Tash).. C'est dans la partie syrienne de cette région que se concentrent aujourd'hui les fouilles car la situation politique de l'Irak entrave les opérations dans ce pays.. Les découvertes récentes concernent notamment l'époque médio-assyrienne, par exemple à Tell Sheikh Hamad H. Kuhne (dir.), Die rezente Umwelt von Tell Sheikh Hamad und Daten zur Umweltrekonstruktion der assyrischen Stadt, BATSH 1, Berlin, 1991. ou Tell Sabi AbyadP. M. M. Akkermans et F. M. Wiggermann, « Sentinelle de l'empire assyrien : La forteresse de Tell Sabi Abyad », dans Archeologia 358, 1999, 56-65.. Sur ces sites, ce sont les bâtiments administratifs (palais royaux ou provinciaux) et les temples qui sont fouillés en priorité, et peu de résidences ont été mises au jour en Assyrie. Un cas particulier parmi les sites nous documentant sur les Assyriens est Kültepe, situé en Turquie loin du centre de l'Assyrie, où ont été dégagées après 1924 les résidences de marchands d'Assur installés sur place au début du millénaire et qui ont fourni une abondante documentation cunéiforme.. À cela s'ajoutent les opérations de prospection au sol et plus récemment l'utilisation de prospections par satellite, qui ont permis notamment le développement d'une archéologie des paysages assyriens T. J. Wilkinson, « Regional Approaches to Mesopotamian Archaeology: The Contribution of Archaeological Surveys », dans Journal of Archaeological Research 8/3, 2000, 219-267. T. J. Wilkinson, J. Ur, E. Barbanes Wilkinson et M. Altaweel, « Landscape and Settlement in the Neo-Assyrian Empire », dans Bulletin of the American Schools of Oriental Research 340, 2005, 23-56. M. T. Larsen, « The Archaeological Exploration of Assyria », dans ..
Les fouilles accomplies sur plusieurs de ces sites, avant tout les grandes capitales, mais aussi les centres administratifs provinciaux, ont permis la mise au jour d'un nombre considérable de tablettes d'argile inscrites en cunéiforme qui ont permis de connaître de nombreux aspects de la vie des anciens Assyriens. .. Elles sont constituées de textes de la pratique, de loin les plus nombreux car on en compte des dizaines de milliers. Ce sont des textes administratifs enregistrant les opérations d'un grand organisme ou d'une famille, ou des documents juridiques comme des contrats de vente, de prêt, de correspondance, etc. Ils sont inégalement répartis dans l'espace et dans le temps, ce qui fait que certaines périodes, lieux et activités sont très bien documentés, comme le commerce international assyrien du (attesté dans les archives de Kültepe) tandis que d'autres nous échappent totalement, comme les activités agricoles autour d'Assur à la même période. Les textes issus des cercles savants, évoluant dans le milieu des palais royaux et des temples, sont très abondants pour la période néo-assyrienne grâce aux documents des palais royaux. On y trouve des textes dits « historiques » (chroniques, annales, inscriptions royales), ainsi que des textes dits de « bibliothèques » et nous renseignant sur la vie religieuse et les connaissances scientifiques.