Patrick Devedjian, né le à Fontainebleau (Seine-et-Marne) et mort le à Antony (Hauts-de-Seine), est un homme politique français.
Membre d'Occident, de l'UDR, du RPR, de l’UMP puis de LR, il est maire d'Antony de 1983 à 2002, député des Hauts-de-Seine entre 1986 et 2017, ministre délégué aux Libertés locales de 2002 à 2004, ministre délégué à l'Industrie de 2004 à 2005, ministre chargé de la Mise en œuvre du plan de relance de 2008 à 2010 et président du conseil général puis départemental des Hauts-de-Seine de 2007 à sa mort.
En 2020, parmi les personnalités politiques françaises en activité, il est l'un des premiers morts de la maladie à coronavirus 2019.
Biographie Jeunesse et vie familiale Fils de Roland Devedjian (1901-1974), ingénieur en fonderie arménien né à Sivas en Turquie, immigré en France à cause du génocide arménien., et de Monique Wallois (1924-1950), née à Boulogne-sur-Mer, Patrick Roland Karékin DevedjianWho's Who in France, édition 1998-1999, . est élève à l'école communale de La Frette-sur-Seine, au collège arménien Samuel-Moorat de Sèvres, puis à l'école Fénelon et au lycée Condorcet.
Patrick Devedjian poursuit ses études à la faculté de droit d'Assas, puis à l'Institut d'études politiques de Paris, dont il n'obtient pas de diplôme. La guerre d'Algérie, qu'il perçoit comme une confrontation entre musulmans et chrétiens et qui lui rappelle, à ce titre, le génocide arménien fui par son père., suscite son engagement nationaliste de jeunesse. En 1963, à Cet âge de en 1963 est indiqué dans l'article du Monde, tel que référencé, mais les journalistes Gérard Davet et Philippe Ridet ont fait une erreur, soit sur l'année, soir sur l'âge., il rejoint le groupe fondateur d'Occident (dissout en 1968 et qui renaîtra sous le nom d'Ordre nouveau). Dans un entretien accordé au Monde en 2014, il déclare : ..
Il épouse en 1969 Sophie Vanbremeersch., fille du général Claude Vanbremeersch (1921-1981). Le couple a quatre enfants, Thomas (né en 1971), énarque, ancien haut fonctionnaire., François, Arthur et Basile.
Avocat au barreau de Paris à partir de 1970, il défend notamment Jacques Chirac. et Charles Pasqua..
Parcours politique Engagement à l'extrême-droite Dès 1963, Patrick Devedjian se rapproche, par conviction idéologique, de la Fédération des étudiants nationalistesFrédéric Charpier, Génération Occident : de l'extrême droite à la droite, Paris, Le Seuil, 2005, .. En 1964, comme Alain Madelin, Hervé Novelli, Claude Goasguen ou Gérard Longuet, il rejoint le groupe activiste d’extrême droite Occident fondé par Pierre Sidos et y fait entrer Jean-Gilles Malliarakis. En , Patrick Devedjian et Alain Madelin sont condamnés par le tribunal correctionnel de Draguignan à un an de prison avec sursis et trois ans de mise à l'épreuve pour vol et détention d'armes La page du Petit Varois du , sur edito.nicematin.net : Le compte rendu d'audience dans Nice Matin du , sur cuverville.org...
Patrick Devedjian date son éloignement du mouvement Occident de l'année 1966, à la suite de sa rencontre avec Raymond AronPatrick Devedjian, À moi le ministère de la parole : .. Cependant, en , il participe activement avec d'autres ultranationalistes, dont Alain Madelin, à des manifestations devant le théâtre de l'Odéon contre la représentation des Paravents, de Jean Genet, une pièce perçue par les milieux d'extrême droite comme portant atteinte à l'image virile de la France coloniale.. Selon le journaliste Frédéric Charpier, repris par le quotidien Libération, Devedjian est membre de ce mouvement au moins jusqu'en , son éloignement d'Occident étant dû au climat délétère qui règne en son sein à cette époqueIn Libération du : .
Le , Patrick Devedjian participe à un commando d'Occident qui attaque des étudiants d'extrême gauche du Comité Vietnam national à l'université de RouenFrédéric Charpier, Génération Occident : de l'extrême droite à la droite, éd. du Seuil, 2005, .. Parmi les nombreux blessés, Serge Bolloch – il deviendra vingt ans plus tard journaliste au Monde – est dans le coma, le crâne fracassé.. Le , il est condamné à d'amende en tant que co-auteur de .Frédéric Charpier, Génération Occident : de l'extrême droite à la droite, éd. du Seuil, 2005, ., en même temps que douze autres militants de l'extrême droite – dont Gérard Longuet, Alain Madelin, Alain RobertNicolas Lebourg, « Une ligne vraiment très droite », Politis, , semaine du 10 au , ..
Soupçonné d'être la taupe ayant dénoncé les membres arrêtés, Patrick Devedjian subit le supplice de la baignoire. et le groupe prononce son exclusion en .
En 1983, il déclare au quotidien Le Monde : .. La même année, toujours à un journaliste du Monde, il répète qu'il n'a et qu'il n'a .. En 2005, au même journal, il répond, à propos de la sortie d’un livre sur Occident : En 2006, il affirme regretter ce qu'il considère comme une erreur de jeunessePatrick Devedjian, À moi le ministère de la parole : , .. En 2010, il poursuit en diffamation Nice-Matin, Var-Matin et Corse-Matin, qui avaient rappelé son passé à Occident et sa condamnation de 1965. Il est débouté[« Evocation de son passé judiciaire : Devedjian débouté »], Le Monde, 14 mai 2010..
Après son exclusion d’Occident, il rejoint le Centre de coordination des étudiants européens, dirigé par deux de ses amis : Patrick Edel (ancien de la Fédération des étudiants nationalistes) et Georges Edel (ancien d'Occident)Frédéric Charpier, Génération Occident : de l'extrême droite à la droite, éd. du Seuil, 2005, .. Patrick Devedjian est aussi secrétaire-trésorier du Centre d’études et de documentation des problèmes du Proche-Orient créé et dirigé par François Duprat, autre cadre d’Occident exclu par ses camarades, et futur cofondateur du Front national. Le centre a pour but de développer l’antisionisme radical dans l’extrême droite françaiseNicolas Lebourg et Joseph Beauregard, François Duprat, l’homme qui inventa le Front national, Paris, Denoël, 2012, ..
Vers 1976, Patrick Devedjian sert d'intermédiaire entre Duprat et Georges Albertini, ce dernier souhaitant que Duprat retire certains passages du livre qu'il prépare alors sur l'argent et la politique française. En effet, Devedjian est resté lié à Duprat (qu'il défend avec succès devant la justice, dans une affaire de coups et blessures, en 1972) tout en devenant l'un des avocats d'AlbertiniNicolas Lebourg et Joseph Beauregard, François Duprat, l’homme qui inventa le Front national, Paris, Denoël, 2012, ..
La revue Contrepoint En 1970, il crée avec Pierre-Marie Dioudonnat (ancien militant d’Occident, futur candidat suppléant du Front national) et Georges Liébert (issu de la mouvance Algérie française) la revue ContrepointGwendal Châton, « Désaccord parfait1 le Contrepoint libéral dans les configurations intellectuelles des années soixante-dix » dans François Hourmant and Jean Baudouin (dir.), Les Revues et la dynamique des ruptures, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007, ., parfois considérée comme l’ancêtre de Commentaire, et qui se réclame de Raymond Aron. Toutefois, selon Frédéric Charpier, . La revue est ensuite vendue au club de l'HorlogeFrédéric Charpier, Nicolas Sarkozy. Enquête sur un homme de pouvoir, Paris, Presses de la Cité, 2007, ..
De même, pour le politiste Gwendal Châton, Gwendal Châton, « Les structures élémentaires de la sociabilité. Les séminaires de Raymond Aron et la genèse de la mouvance libérale (1955-1978) », Raisons politiques, , 2018/3, ..
Adhésion au RPR et élection à Antony Durant les années qui suivent, sa carrière d'avocat et ses convictions politiques l'amènent à se rapprocher du mouvement gaulliste. Il adhère à l'UDR en 1971 et contribue à la fondation du tout nouveau Rassemblement pour la République (RPR). Il en rédige les statuts avec Charles Pasqua, dont il est proche.
En 1977, la liste de gauche emmenée par le sénateur communiste André Aubry gagne les élections municipales à Antony. Anticommuniste convaincuVoir cet échange de propos extraits d'une séance du Sénat en 2002 ainsi que ce discours sur la victoire du NON au référendum sur l'adoption de la Constitution européenne., Patrick Devedjian se présente au nom du RPR pour reprendre la ville. Il rejoint également Solidarité et défense des libertés, une organisation issue du Service d'action civique (SAC), fondée par Charles Pasqua au moment où le SAC va être dissous (à cause de la tuerie d'Auriol) et qui, selon l’historien François Audigier, a les « mêmes méthodes musclées, [la] même organisation paramilitaire » que le SACFrançois Audigier, Histoire du S.A.C. La part d’ombre du gaullisme, Paris, Stock, 2003, ..
Patrick Devedjian est battu aux législatives de 1978, ainsi qu'aux cantonales de 1982 et aux municipales de 1983. Cependant, après un recours au tribunal administratif et au Conseil d'État, l'élection municipale de 1983 est annulée pour fraudeL'Express, 23 mai 2005, voir « Un électron libre en son fief – Le système Devedjian à Antony », Pierre-Yves Lautrou, l'Express, 2005.. Il sort vainqueur de la seconde élection et est élu maire d'Antony. Sur sa liste, Jean-Yves Le Gallou est adjoint à la culture en tant que membre du Parti républicain. En 2006, Patrick Devedjian affirme avoir exclu Jean-Yves Le Gallou de la majorité municipale en 1985, quand l'intéressé eut adhéré au Front nationalDans À moi le ministère de la parole : « J'ai été le premier maire de France à retirer sa délégation à un maire adjoint parce qu'il avait adhéré au Front national, et j'ai engagé immédiatement avec lui un conflit ouvert, au grand dam de beaucoup de personnalités de droite. » (21).. Toutefois, en , Jean-Yves Le Gallou est encore décrit comme adjoint au maire d'Antony« La belle “vitrine” du Front national », Le Monde, 27 mars 1986..
Maire d'Antony pendant , de 1983 à 2002, il se consacre à la modernisation de sa ville, qu'il habite jusqu'à sa mort. Il est réélu en 1989, 1995 et 2001, date à laquelle la liste qu'il conduit l'emporte pour la première fois au premier tour.
Premiers mandats de député des Hauts-de-Seine Élu député en 1986, il est membre jusqu'en 2002 de la commission des finances de l’Assemblée nationale. En 1988, il fait partie des cadres du RPR qui jugent inévitables les alliances avec le Front national aux municipales et aux cantonales« La majorité parlementaire après la réélection de M. Mitterrand — Le débat s'aiguise au RPR sur la conduite à tenir face au Front national », Le Monde, 12 mai 1988.. L'année suivante, il exprime son « opposition totale » à la modification de la loi Pasqua de 1986 sur l'immigration. Il s'oppose tout particulièrement au transfert de la décision d'expulser des étrangers, pouvoir conféré aux préfets par la loi Pasqua, à la justice par la loi Joxe modifiant cette loi précédente« M. Devedjian (RPR) : “Opposition totale” », Le Monde, 4 janvier 1989..
Rapporteur des accords du GATT en 1993 puis du budget de la Justice entre 1997 et 2002, il est l'un des rares parlementaires du RPR à avoir voté en faveur du traité de Maastricht en 1992.
Durant la campagne présidentielle de 1995, il est, avec Nicolas Sarkozy, un fervent partisan d'Édouard Balladur. Après que le duel Jacques Chirac/Édouard Balladur s'est soldé par la défaite du camp Balladur, il traverse une période de pénitence au sein du RPR comme la plupart des balladuriens. Il rentre en grâce durant la campagne présidentielle de 2002.
À la fin des années 1990, il s'oppose au pacte civil de solidarité (pacs). Il fustige « l'hystérie de la majorité » (la gauche plurielle) qui vote cette réforme« Patrick Devedjian (RPR) prône la “sérénité” sur le PACS », Le Monde, 31 octobre 1998.. Il cosigne ensuite la saisine du Conseil constitutionnel contre le pacsDécision DC du 9 novembre 1999.. Il estime que le recours a « une chance sérieuse » d'aboutir« L'Assemblée nationale adopte définitivement le PACS », Le Monde, 14 octobre 1999.. La loi est intégralement validée par le Conseil.
Ministre sous la présidence de Jacques Chirac