Robert Badinter ()Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API., né le à et mort le à , est un homme politique, juriste et essayiste français.

Professeur de droit privé et avocat au barreau de Paris, il se fait connaître du grand public pour son combat contre la peine de mort dont il soutient l'abolition devant le Parlement en 1981 alors qu'il est garde des Sceaux et ministre de la Justice.

Membre du Parti socialiste et proche de François Mitterrand, il est ministre de la Justice de 1981 à 1986 puis président du Conseil constitutionnel de 1986 à 1995, sous la présidence de ce dernier. Il est ensuite sénateur des Hauts-de-Seine de 1995 à 2011.

Tout au long de son engagement politique, Robert Badinter prend position pour la réinsertion des détenus, pour une série d'évolutions du Code pénal ainsi que pour la lutte contre l'antisémitisme et l'homophobie. Il est également l'instigateur, en 1985, d'une loi portant son nom sur l'indemnisation des victimes des accidents de la route.

Robert Badinter entre au Panthéon le , date anniversaire de l'abolition de la peine capitale en France..

Biographie Jeunesse et études Le père de Robert Badinter, Samuel (dit Simon) Badinter, est né le Voir, Klarsfeld, 2012., en Moldavie, dans le Yiddishland et arrivé en France en 1919 : « Samuel Badinter est né à Bessarabie, une province de l'Empire russe, en 1895. La région est surnommée le Yiddishland, les Juifs ne peuvent la quitter qu'avec autorisation. Il a quitté son pays en 1919, à vingt-six ans. », est issu d'une famille juive de Bessarabie (raion de Telenești) de l'Empire russe. En 1920, il suit les cours de l'Institut commercial de l'université de Nancy, où il obtient le diplôme d'ingénieur commercial. Il s'établit commerçant en pelleteries en gros à Paris (société Paris-New York) et demeure cité de Trévise. Il épouse le à Fontenay-sous-Bois, Shiffra (dite Charlotte) Rosenberg, originaire comme lui de Bessarabie. La cérémonie religieuse a lieu à la synagogue Nazareth dans le de ParisRobert Badinter, Idiss, Fayard, 2018, .. Ses parents aiment le pays de l'affaire Dreyfus où, malgré les antisémites, de grands esprits se sont levés en faveur d’un capitaine juif soupçonné de trahison. Le couple Badinter est naturalisé français en . Leur fils Robert naît quelques semaines plus tard dans le , Tables décennales des naissances 1923-1932 pour le , Archives de la Ville de Paris..

De 1936 à 1939 puis de septembre à , Robert Badinter est élève au lycée Janson-de-Sailly à Paris« Conférence donnée par R. Badinter au lycée Janson-de-Sailly en décembre 2019 »,lesjansonniens.com..

En 1939, il est étudiant au lycée Clemenceau de Nantes. Entre 1941 et 1943, il est élève au Collège-lycée Ampère à Lyon...

vignette|Robert Badinter (flèche) sur une photo de classe du lycée Janson-de-Sailly (vers 1938). Sa grand-mère maternelle Idiss - à laquelle il consacrera un livre - lui parle en yiddish.; elle meurt pendant l’occupation en 1942.. Son père est arrêté par la Gestapo lors de la rafle de la rue Sainte-Catherine à Lyon le .. Robert, 14 ans, part à sa recherche et manque d'être, lui aussi, arrêtéVoir, « Commémoration de la rafle du 9 février 1943 rue Sainte-Catherine, Lyon », crif.org.. Simon est déporté depuis le camp de Drancy par le convoi no 53 du 25 mars 1943. Il meurt peu après au centre d'extermination de SobibórChristophe Boltanski, « Faurisson, négationniste impénitent face à Badinter », Libération, 13 mars 2007, consulté le 28 janvier 2009.. Naphtal Rosenberg, oncle maternel de Robert, né le à Edineț en Moldavie, est déporté par le convoi n° 12 du 29 juillet 1942, de Drancy vers Auschwitz. Sa dernière adresse est au 15 rue Madame-de-Sévigné, dans le .

De à , Robert Badinter trouve refuge, avec sa mèreWho's Who in France, dictionnaire biographique, éditions Jacques Lafitte, 1992. et son frère, Claude Badinter, à Cognin en périphérie de Chambéry en SavoieVoir, Les Savoyards m'ont sauvé la vie, Le Point 27/09/2012, où, inscrit avec de faux papiers portant le nom de Berthet, il entre au lycée Vaugelas..

Robert Badinter effectue ses études supérieures aux facultés de lettres et de droit de l'université de Paris, où il obtient une licence de lettres et une licence de droit en 1948. Il bénéficie d'une bourse du gouvernement français pour compléter sa formation aux États-Unis et obtient, en 1949, la maîtrise en arts de l'université Columbia de New York « Curriculum vitae of Robert Badinter », Organisation des Nations unies, consulté le 27 février 2008..

Carrière professionnelle Revenu en France, Robert Badinter s'inscrit comme avocat au barreau de Paris en 1951 et commence sa carrière comme collaborateur d'Henry TorrèsRobert Badinter, L'Abolition, Fayard, 2000, .. Il obtient un doctorat en droit à la faculté de droit de Paris en 1952 avec une thèse sur « Les conflits de lois en matière de responsabilité civile dans le droit des États-Unis », sous la direction de Jean-Paulin Niboyet..

En à Dakar, il défend le ministre des Finances sénégalais, Valdiodio N'diaye, accusé de « tentative de coup d'État » par le président de la République Léopold Sédar Senghor, dans le cadre de la crise politique de décembre 1962..

Ayant réussi en 1965 l'agrégation de droit privé, il devient professeur et enseigne aux universités de Dijon (1966), Besançon (1968-1969) puis Amiens. (1969-1974), avant d'être nommé, en 1974, à l'université Paris I, où il enseigne à l'École de droit de la Sorbonne jusqu'en 1994, date à laquelle il devient professeur émérite.

Parallèlement à sa carrière universitaire, Robert Badinter fonde en 1965 avec Jean-Denis Bredin le cabinet d'avocats Badinter, Bredin et partenairesDevenu le cabinet d'avocats Bredin Prat., où il exerce jusqu'à son entrée dans le gouvernement en 1981. Il participe à la défense du baron Édouard-Jean Empain après l'enlèvement de celui-ci et exerce autant comme avocat d'affaires (Coco Chanel, Boussac, talc Morhange, Empain, l'Aga Khan, etc.) que dans le secteur du droit commun. De cet humaniste plutôt libéral aussi au sens économique, qui s'enrichit à soutenir le gotha des affaires, Jean-Denis Bredin dit de lui que s'il a lutté contre la peine de mort, ..

vignette|Robert Badinter et Patrick Henry lors du procès en janvier 1977 (croquis d'audience de Calvi paru dans Le Figaro).

En 1972, il est le défenseur de Roger Bontems, mais ne parvient pas à éviter la peine de mort à son client pour qui la Cour n'avait retenu que la complicité dans l'affaire du meurtre d'une infirmière et d'un gardien de la centrale de Clairvaux. Cet événement marque le début de son long combat contre la peine de mort et explique le fait qu'il accepte de co-défendre Patrick Henry, accusé d'avoir tué un garçon de sept ans en 1976. Grâce à sa plaidoirie contre la peine de mort en 1977, il sauve Patrick Henry de la peine capitale, ce dernier étant alors condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Par la suite, toujours dans le cadre de sa lutte contre la peine capitale, il défendra cinq accusés auparavant condamnés à la peine capitale et rejugés après cassation des différents verdicts, et leur évitera la mort : Michel Bodin, en (avec M Nicole Pollak – fille de M Émile Pollak – et M Assicaud), coupable de l'assassinat d'un retraité (sans torture) le ; Mohamed Yahiaoui, en , coupable du meurtre d'un couple de boulangers le ; Michel Rousseau, en , coupable du meurtre d'une enfant de sept ans le , alors qu'il était ivre; Jean Portais, en , septuagénaire déjà condamné deux fois aux assises pour d'autres faits, coupable du meurtre d'une jeune femme lors du braquage d'une bijouterie, puis du meurtre d'un policier qui l'avait interpellé, crimes qui remontent à 1968-1969 ; Norbert Garceau, en (avec M René Catala et M Matthieu, bâtonnier d'Albi), coupable (récidiviste) du meurtre d'une jeune femme le . En 1953, il avait étranglé une jeune fille de quinze ans et avait été condamné à la réclusion criminelle à perpetuité., puis libéré en 1972.

Il défendra, deux mois après le procès Garceau, l'anarchiste Pierre Conty, jugé devant les assises de l'Ardèche, qui sera condamné à mort par contumace et ne sera jamais retrouvé jusqu'à la prescription de l'affaire le .

En 1973, il publie chez Grasset son récit L'Exécution.

En 1974, il défend sans succès Jimmy Connors contre la Fédération française de tennis et son président Philippe Chatrier qui lui avait interdit de jouer le tournoi de Roland-Garros parce que sous contrat avec la World Team Tennis. Connors gagna cette année-là les trois autres tournois du Grand Chelem de tennis, il ne réussit ensuite jamais le Grand Chelem.

Il défend également la milliardaire , condamnée le par la chambre correctionnelle de cour d'appel d'Aix-en-Provence à cinq années d'emprisonnement pour une affaire de stupéfiants et libérée le avec vingt autres femmes détenues, par une grâce du président de la République François Mitterrand proposée par Robert Badinter, devenu entre-temps ministre de la JusticeRobert Badinter, Les Épines et les roses, ..

En , il défend le directeur de la société Givaudan, Hubert Flahaut, dans l'affaire du talc Morhange, qui avait provoqué la mort de nombreux nourrissons sept ans auparavant. Il déclare alors à ce propos : « Ce n'est pas une société qui est jugée, mais un homme, je me sens un devoir de défendre cet homme »Paul Cassia, Robert Badinter : un juriste en politique, Fayard, 2009, .. En 1980, tous les condamnés sont amnistiés..

Son dernier procès avant de devenir ministre de la Justice est celui contre le négationniste Robert Faurisson, qu'il fait condamner en 1981 pour avoir et avoir . Et cela avant la loi Gayssot, qui date de et qui qualifie de délit le fait de contester l'existence d'un crime contre l'humanité jugé par le Tribunal militaire international de Nuremberg.

Dans le cadre de la médiatique affaire Luc Tangorre, violeur multirécidiviste défendu par de nombreux intellectuels, il dépose sans succès un « pourvoi dans l’intérêt de la loi et du condamné » en pour obtenir un nouveau procès.

De 1986 à 1991, il anime avec Michelle Perrot un séminaire sur la prison sous la Troisième république à l'École des hautes études en sciences sociales. La Prison républicaine (1871-1914) qu'il publie en 1992 vient conclure ce cycle de travail« Michel Foucault : le malentendu : entretien avec Michelle Perrot », dans Remi Lenoir (dir.), Michel Foucault, « Surveiller et punir : la prison vingt ans après ». CREDHESS, Paris, 1996, ..

Parcours politique Admirateur de Pierre Mendès France , il est proche du Parti socialiste. Badinter entre en politique par le biais de la Convention des institutions républicaines, fédération de petits partis et de clubs de gauche dont la figure de proue est François Mitterrand. Quand celui-ci s'impose, en 1971, à la tête du PS lors du congrès d'Épinay, Badinter l'accompagne..

En 1967, il est candidat FGDS aux élections législatives dans la première circonscription de Paris. Il obtient 16,36 % des suffrages exprimés au premier tour et ne se représente pas au deuxième tour, qui voit l'élection du candidat gaulliste Pierre-Charles KriegSite du Cevipof - https://archive.org/details/EL045_L_1967_03_075_01_1_PF_02. Puis il brigue, en vain, l'investiture du PS pour se présenter aux législatives de 1973 à Dreux et s'incline face à Maurice Legendre..