Joos van Cleve, né Joos van der Beke (v. 1485-1490 – 1540-1541), est un peintre flamand de l'École d'Anvers présumé originaire de Clèves ou des environs de cette ville allemande située au bord du Rhin. Sa date de naissance est inconnue. Il meurt en 1540 ou 1541 à Anvers.
Peintre de premier plan, actif à Anvers depuis son arrivée vers 1511 jusqu'à sa mort en 1540 ou 1541, il combine les techniques traditionnelles des primitifs flamands avec des influences de styles de la peinture de la Renaissance flamande plus contemporains..
Membre actif et co-diacre de la guilde de Saint-Luc d'Anvers, il est surtout connu pour ses œuvres religieuses et ses portraits, certains de la royauté. Il dirigeait un grand atelier, avec au moins cinq élèves et assistants, qui produisit des peintures de styles variés au cours de sa carrière. Son art montre une sensibilité à la couleur et une solidarité unique des figures. Son style est très éclectique : il est l'un des premiers à introduire de vastes paysages-monde dans les arrière-plans de ses peintures, collaborant parfois avec Joachim Patinier, qui deviendra une technique populaire des peintures de la Renaissance nordique du . Certaines œuvres reflètent le style populaire du maniérisme anversois, tandis que d'autres sont des variations sur les premiers maîtres flamands de deux générations ou plus auparavant, ou encore reflètent la peinture italienne récente.
Peintre flexible, il savait adapter son style aux souhaits de ses clients et peignit dans le style des grands peintres brugeois ainsi que dans le style maniériste anversois de son époque et dans celui de la Renaissance italienne pour les œuvres commandées par des clients italiens. Joos van Cleve est un peintre très productif : plus de trois cents œuvres lui sont attribuées, ainsi qu'à son atelier.
Joos van Cleve est l'un des vingt peintres de la famille van Cleve ayant travaillé à Anvers et Gand. Il fait partie des plus connus avec Hendrik III van Cleve, Martin van Cleve et William van Cleve le Jeune. Il est le père de Cornelis van Cleve (1520-1567) qui devint également peintre et hérita de l'atelier. Cornelis tomba malade lors d'un séjour en Angleterre et fut surnommé « Sotte Cleef » (Cleef fou) en raison de la folie qui le frappaJoos van Cleve in Netherlands Institute for Art History
Identification Quatre de ses tableaux les plus importants portent le monogramme « JB », vraisemblablement pour Joos van der Beke, placé plutôt discrètement. Dans trois autres œuvres, un autoportrait est placé parmi les personnages mineurs. Du , le nom de Joos van Cleve en tant qu'artiste se perd. Certaines des peintures désormais attribuées à Joos van Cleve sont, à cette époque, connues comme les œuvres du « Maître de la Mort de la Vierge », d'après le triptyque du musée Wallraf Richartz de Cologne, un peintre anonyme auteur de deux triptyques aujourd'hui conservés à la Alte Pinakothek de Munich et au Wallraf-Richartz Museum. En 1894, le monogramme au dos du triptyque est reconnu comme celui de Joos van der Beke, le vrai nom de Joos van Cleve. Son œuvre est reconstituée dans les années 1920 et 1930 par Ludwig von Baldass et Max Jakob Friedländer. Aujourd'hui, plus de 300 œuvres lui sont généralement attribuées, ou à son atelier, dont la qualité et le style varient considérablement.
Dans son Schilder-boeck, Carel van Mander le confond avec son fils Cornelis, surnommé « sotte Cleef » .
Biographie
Origines Joos van Cleve est né vers 1485-1490. Son lieu de naissance n'est pas connu avec précision. Dans divers documents juridiques anversois, il est désigné sous le nom de « Joos van der Beke alias van Cleve ». Il est donc probable, même si aucune preuve documentaire subsiste, qu'il soit originaire de la région ou de la ville du Bas-Rhin nommée Clèves, d'où son nom est dérivé, dans le duché de Clèves, aujourd'hui en Allemagne, qui à son époque, fait partie linguistiquement et culturellement des Pays-Bas. Des traces de la famille Van der Beke peuvent être trouvées près de Wesel au nord-ouest de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, mais rien n'indique que Joos ait un lien de parenté avec ce Van der Bekes. Aucune information fiable n'a été trouvée sur le père ou la mère de Joos van der Beke et rien ne peut être trouvé dans les archives anversoises à son sujet avant son entrée dans la guilde de Saint-Luc en 1511.
Formation vignette|Jan Joest van Kalkar, maître-autel de l'église Saint-Nicolas de Kalkar. Joos van Cleve aurait été formé dans l'atelier de Jan Joest van Kalkar (1460-1519), un peintre de Kalkar ou Wesel, dans le duché de Clèves d'alors. Cette association est basée sur sa collaboration sur le retable que Jan Joest a peint pour le maître-autel de l'église Saint-Nicolas à Kalkar entre 1506 et 1509Ulrike-Wolff-Thomsen, Jan Joest (circa 1460-1519), Maler (consulté le 30/10/2014).John Oliver Hand. "Cleve, van (i)." Grove Art Online. Oxford Art Online. Oxford University Press. Web. 25 mars 2015. Sur un panneau du volet extérieur droit, qui représente La Résurrection de Lazare, Joos s'est représenté comme l'un des spectateurs. Sur la base de cet autoportrait, on peut conclure avec certitude que Joos a collaboré avec Jan Joest sur cette commande importante, mais on ne sait pas à quel titre, apprenti, compagnon ou domestique. Ni dans les contrats concernant le retable ni dans d'autres archives, il n'est fait mention de Joos van Cleve et aucune preuve documentaire ne situe Joos comme élève de Jan Joest. De plus, le fait qu'il ait participé à la peinture du retable montre qu'il est déjà très avancé dans sa formation ou qu'elle est terminée ; on peut donc supposer que Jan Joest considère Joos comme un peintre accompli. Il reste donc très difficile et hypothétique de nommer exactement son maître. Cet ouvrage permet de déduire une date de naissance vers 1485 à 1490.
Carrière
Bruges (?) En se basant sur les influences brugeoises dans ses premières œuvres, certains historiens de l'art pensent que Joos van Cleve aurait travaillé à Bruges de 1508 à 1511 après sa collaboration au retable de Kalkar. Entre autres, son Adam et Ève, aujourd'hui conservé au musée du Louvre à Paris, et les différentes peintures de Vierge à l'Enfant rappelant le style de Gérard David, vont dans cette direction selon plusieurs historiens de l'art. Micha Leeflang souligne que Gérard David est enregistré comme maître libre à Anvers et à Bruges et que Joos van Cleve aurait donc parfaitement pu se familiariser avec son travail à Anvers. Aucun document n'a été trouvé confirmant le séjour de Joos van Cleve à Bruges et il n'est donc pas du tout certain qu'il y ait travaillé.
Hand ajoute que l'art des peintres brugeois tels que Jan van Eyck, Gérard David et Hans Memling est connu dans la région du Bas-Rhin. Jan Joest, avec qui van Cleve a certainement travaillé, connait également la peinture flamande : son retable de l'église Saint-Nicolas montre également des influences de maîtres flamands. Adam et Eve de Joos van Cleve (daté dans le cadre de 1507) aurait donc tout aussi bien pu être peint à Kalkar. Il est clair que Joos van Cleve s'est inspiré du triptyque de la Vierge à l'Enfant en majesté de Gérard David, aujourd'hui au Louvre, pour la figure d'Adam et d'une œuvre similaire de Memling, aujourd'hui au musée d'Histoire de l'art de Vienne pour la pose d'Ève, mais aussi sur l'Adam et l'Ève du retable de Jan Joest de Kalkar. Pour Hand aussi, un séjour à Bruges est tout à fait possible, mais tout sauf certain.
L’explication du style brugeois de ses premières œuvres est assez évidente : lorsque Joos van Cleve s'installe à Anvers en tant que maître libre en 1511, aucune école anversoise ne crée l'étonnement. Ce que Joos trouve sur place et ce que ses collègues peignent est un mélange de styles et de qualités différents. Il n'est donc pas surprenant que Van Cleve continue à travailler au début de sa carrière de peintre dans le style brugeois que ses clients potentiels connaissent. Avec ses Vierge à l'Enfant, qu'il peint à la manière de Gérard David ou d'après un modèle de Robert Campin, il obtient apparemment un certain succès étant donné le nombre d'exemplaires conservés, alors même qu'un peintre devait vivre de la vente de ses œuvres.
Installation à Anvers vignette|redresse|Katlijne van Mispelteeren, seconde femme de l'artiste, vers 1535-1540, Royal Collection. vignette|redresse|Vierge à l'Enfant avec des anges, vers 1525, Walker Art Gallery, Liverpool. Son nom apparait pour la première fois dans les Liggeren de la guilde de Saint-Luc d'Anvers. comme maître libre en 1511 ; cinq ans plus tard, en 1516, il accueille son premier élève, Claes van Brugge. Cela signifie qu'il est déjà bourgeois d'Anvers en 1511, car on ne pouvait pas devenir maître libre si l'on n'était pas de la bourgeoisie. Cependant, rien ne peut être trouvé dans les archives anversoises sur un éventuel achat de ce statut.
Il est co-diacre de la guilde pendant plusieurs années vers 1520 et y inscrit des élèves à diverses dates entre 1516 et 1536. Il en est nommé doyen la première fois en 1519, avec Simon van Dale.
La même année, Joos épouse Anna Vijdts. Le couple a deux enfants, un fils, Cornelis, en et une fille, Jozijne, en 1522. Sa première épouse Anna meurt en 1528 ; il se remarie avec Katlijne van Mispelteeren en 1529. Dans son testament rédigé le , il est fait référence à une fille illégitime, Tannekin, qu'il a engendrée avec Clara van Arp. Pieter Coecke van Aelst est désigné par Joos pour exécuter le testament. Katlijne, mentionnée comme veuve en 1541, lui survit vingt ans et prend soin de son fils Cornelis, qui s'installe en Angleterre mais revient à Anvers en proie à la folie.
Van den Branden mentionne en outre que Joos a loué une maison près de la chapelle de la grâce et que le , il achète la maison het Exterken à l'extérieur du vieux Koepoort et à proximité de Koepoortbrugge, à ses beaux-parents, Jan Vijdt, un droogscheerder (personne qui prépare les feuilles de papier), et Geertruid Karijs. Il y installe son atelier où il forme, entre autres, son fils Cornelis.
En 1520, il est donc de nouveau nommé doyen de la guilde, cette fois avec Jan Wellens de Cock, un autre peintre. La même année, il devient également membre de la guilde de Notre-Dame de la cathédrale Notre-Dame d'Anvers. En 1523, Jacob (Coppen) est son apprenti. En 1525, il est nommé doyen de la guilde pour la troisième fois avec Willem van Meulenere. Il accueille deux autres élèves en 1535, Frans Dussy et Willeken de Stomme, puis en 1536 Joost Dierickssone.
La guilde de Saint-Luc créé une armenbus (boîte aux pauvres) en 1538, un fonds censé fournir des prestations aux frères de la guilde pauvres ou malades. Van Cleve est également nommé doyen de cette organisation, dont il est cofondateur, en 1538 et 1540.
Comme il n'existe aucune trace de son séjour à Anvers entre 1529 et 1534, il est possible qu'il passe une partie de ce temps en Italie ou en France à la cour, voire à Londres.
Joos van Cleve doit être décédé entre le , date à laquelle son testament est enregistré, et le , date à laquelle Katlijne van Mispelteeren est nommée veuve dans un acte de vente de deux maisons de la Reyndersstraat. D'après les documents survivants, il serait mort le . Le , la veuve vend het Exterken, l'ancien atelier.
France (?)