Gustave Flaubert est un écrivain français, né à Rouen le et mort à Croisset, lieu-dit de la commune de Canteleu, le . Considéré comme l'un des plus grands romanciers du , aux côtés de Victor Hugo, Stendhal, Balzac et Zola, il se distingue par sa conception exigeante du métier d'écrivain et par la modernité de sa poétique romanesque.

Prosateur de premier plan de la seconde moitié du , Gustave Flaubert a marqué la littérature universelle par la profondeur de ses analyses psychologiques, son souci de réalisme, son regard lucide sur les comportements des individus et de la société. La force de son style se révèle dans de grands romans comme Madame Bovary (1857), Salammbô (1862), L'Éducation sentimentale (1869) ou le recueil de nouvelles Trois Contes (1877).

Biographie Jeunesse vignette|gauche|redresse|Gustave Flaubert vers 13-. Né en 1821L'acte de naissance est daté du , mais il précise que l'enfant est né la veille (). L'acte de décès confirme le 12 décembre. dans une famille de la bourgeoisie rouennaise, Gustave Flaubert est le cinquième enfant d’Achille Cléophas Flaubert (1784-1846), chirurgien-chef très occupé à l'Hôtel-Dieu de Rouen, et de son épouse, Anne Justine Caroline Fleuriot (1793-1872), fille d'un médecin de Pont-l'Évêque.. Il est le deuxième enfant du couple à ne pas mourir précocement..

Il naît le après une sœur et deux frères décédés en bas âgeAprès leur mariage le , le couple Flaubert a : Achille Flaubert ( – 1882) ; Caroline Flaubert ( – ) ; Émile Cléophas Flaubert ( – ) ; Jules Flaubert ( – ) ; Gustave Flaubert ( – ) ; Joséphine Caroline Flaubert ( – ). Morte des suites de couches, elle laisse une fille, Caroline, dont Gustave assure l'éducation jusqu'à son mariage., et est délaissé en faveur de son frère aîné, brillant élève admiré par la famille (prénommé Achille comme son père, à qui il succédera d'ailleurs comme chirurgien chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen). Gustave Flaubert passe une enfance sans joie, marquée par l'environnement sombre de l'appartement de fonction de son père à l'hôpital de RouenAujourd'hui musée Flaubert et d'histoire de la médecine. Voir Le musée Flaubert., mais adoucie par sa complicité avec sa sœur cadette, Caroline, née trois ans après luiBiographie et documents familiaux sur le site de l'université de Rouen..

Adolescent aux exaltations romantiques, il est déjà attiré par l'écriture au cours d'une scolarité vécue sans enthousiasme comme interne au Collège royal, puis au lycée de Rouen, à partir de l'année 1832. Il y rencontre Ernest Chevalier, avec qui il fonde, en 1834, Art et Progrès, un journal manuscrit où il fait paraître son premier texte public.. Il est renvoyé en , pour indiscipline, et passe seul le baccalauréat, en 1840. Après sa réussite à l'examen, ses parents lui financent un voyage dans les Pyrénées et en Corse., que Flaubert relate dans un ouvrage de jeunesse publié de manière posthume sous le nom de Voyage dans les Pyrénées et en Corse ou dans certaines éditions de Mémoires d'un fou.

Le premier événement notable dans sa jeunesse est sa rencontre à Trouville-sur-Mer, durant l', d'Élisa Schlésinger qu'il aime d'une passion durable et sans retour. Il transpose d'ailleurs cette passion muette, avec la charge émotionnelle qu'elle a développée chez lui, dans son roman L'Éducation sentimentale, en particulier dans la page célèbre de « l'apparition » de madame Arnoux au regard du jeune Frédéric et dans leur dernière rencontre poignante.

Formation vignette|gauche|Maison de Flaubert à Croisset vue de la Seine, par Caroline Franklin-Grout, 1925. Dispensé de service militaire grâce au tirage au sort qui lui est favorable, Flaubert entreprend sans conviction, en 1841, des études de droit à Paris, ses parents souhaitant qu'il devienne avocat. Il y mène une vie de bohème , consacrée à l'écriture.. Il y rencontre des personnalités dans le monde des arts, comme le sculpteur James Pradier, et celui de la littérature, comme l'écrivain Maxime Du Camp, qui devient son grand ami, et le poète et auteur dramatique Victor Hugo. Il abandonne le droit, qu'il abhorre, en après une première grave crise d'épilepsie.. Il revient à Rouen, avant de s'installer en à Croisset, au bord de la Seine, à quelques kilomètres en aval de Rouen, dans une maison que lui achète son père. Il y rédige quelques nouvelles et une première version de L'Éducation sentimentale. Au début de l'année 1846 meurent, à peu de semaines d'intervalle, son père puis sa jeune sœur (deux mois après son accouchement – Gustave prendra la charge de sa nièce, Caroline). Son père laisse en héritage une fortune évaluée à : il peut désormais vivre de ses rentes et se consacrer entièrement à l'écriture. C'est également au printemps de cette année que commence sa liaison houleuse et intermittente sur une dizaine d'années avec la poétesse Louise Colet. Jusqu'à leur rupture — sa dernière lettre à Louise Colet est datée du —, il entretient avec elle une correspondance considérable dans laquelle il développe son point de vue sur le travail de l'écrivain, les subtilités de la langue française et ses vues sur les rapports entre hommes et femmes. Gustave Flaubert, au physique de plus en plus massif, est cependant un jeune homme sportif : il pratique la natation, l'escrime, l'équitation, la chasse…

Il se rend à Paris avec son ami Louis-Hyacinthe Bouilhet pour assister à la révolution de 1848. Il lui porte un regard très critique que l'on retrouve dans L'Éducation sentimentale. Poursuivant ses tentatives littéraires, il reprend entre et la première version commencée en 1847 de La Tentation de saint Antoine inspirée par un tableau qu'il a vu à Gênes en 1843 au cours du voyage de noces de sa sœur qu'il a accompagnée avec sa famille. Puis, Gustave Flaubert organise, avec Maxime Du Camp, un long voyage en Orient qui se réalise entre 1849 et 1852. Dans son carnet de voyage, il fait le pari de tout dire, depuis la descente éblouissante du Nil, sa rencontre à deux reprises avec une danseuse égyptienne, Kuchuk Hanem, jusqu'à sa fréquentation des bordelsGustave Flaubert. Voyage en Égypte, Édition intégrale du manuscrit original établie et présentée par Pierre-Marc de Biasi, Grasset, 1991, 462 p. .. Ses observations, ses expériences et ses impressions, de ce voyage, qui le conduit en Égypte et à Jérusalem en passant, au retour, par Constantinople et l'Italie, nourrissent certains de ses écrits ultérieurs, par exemple Hérodias.

Premiers romans vignette|gauche|Portrait de Gustave Flaubert par Eugène Giraud, vers 1856. Le , Flaubert, encouragé par ses amis Louis Bouilhet et Maxime Du Camp commence la rédaction de Madame Bovary, en s'inspirant d'un fait divers normand (cf. Delphine Delamare). Il achève ce roman réaliste et psychologique en après de travail. Il fréquente épisodiquement les salons parisiens les plus influents du Second Empire, comme celui de Madame de Loynes dont il est très amoureux ; il y rencontre entre autres George Sand avec laquelle il entretient une riche correspondance disponible aujourd'hui. À la fin de l'année 1856, Madame Bovary paraît dans La Revue de Paris, puis, après la rencontre de Flaubert avec l'éditeur Michel Lévy., le roman sort en librairie en et est l’objet d’un procès retentissant pour atteinte aux bonnes mœurs : Flaubert est acquitté grâce à ses liens avec la société du Second Empire et avec l'impératrice, ainsi qu'à l'habileté de son avocat, tandis que Charles Baudelaire, poursuivi par le même tribunal, pour les mêmes raisons, après publication de son recueil Les Fleurs du mal au cours de la même année 1857, est condamné.. À partir de la parution de Madame Bovary, Flaubert poursuit une correspondance avec Marie-Sophie Leroyer de Chantepie, femme de lettres vivant à Angers, et dévouée aux pauvres. Flaubert se partage, dès 1855, entre Croisset et Paris où il fréquente les milieux littéraires et côtoie les frères Goncourt, Sainte-Beuve, Baudelaire, Théophile Gautier, puis, à partir de 1863, Ivan Tourgueniev et la princesse Mathilde Bonaparte.

Le , Flaubert entame la rédaction de Salammbô, roman historique qui évoque la guerre des Mercenaires à Carthage, conflit qui s'est déroulé entre les première et seconde guerres puniques. Pour cela, il voyage au cours des mois d' et en Tunisie, afin de se documenter et de voir Carthage. Le roman paraît après une longue maturation, en 1862.

Écrivain reconnu et années de maturité vignette|gauche|Gustave Flaubert photographié vraisemblablement à l'Exposition universelle de 1867, que l'écrivain visite avec la princesse Mathilde Bonaparte.. Deux ans plus tard, le , Flaubert entreprend la version définitive de L'Éducation sentimentale, roman de formation marqué par l'échec et l'ironie, avec des éléments autobiographiques comme sa première passion amoureuse ou son témoignage sur les débordements des révolutionnaires de 1848. Le roman est publié en : mal accueilli par la critique et les lecteurs, il ne s'en vend que quelques centaines d'exemplaires.

Flaubert continue sa vie mondaine : il rencontre l'empereur, reçoit la Légion d'honneur en 1866 et resserre ses liens avec George Sand qui le reçoit à Nohant. En , il est très affecté par la mort de son ami Louis-Hyacinthe Bouilhet. Rien ne permet d'affirmer qu'il ait été l'amant de la mère de Guy de Maupassant, sœur de son ami d'enfance, Alfred Le Poittevin, encore que Jacques-Louis Douchin le prétende dans son livre La Vie érotique de Flaubert, publié en 1984 par Jean-Jacques Pauvert. Quoi qu'il en soit, Flaubert est très proche du jeune Maupassant qui le considére comme un père spirituel. Leur correspondance témoigne de cette proximité.

Durant l'-1871, les Prussiens occupant une partie de la France dont la Normandie et Croisset, Flaubert se réfugie avec sa mère chez sa nièce, Caroline, à Rouen ; sa mère meurt le . Opposant à la Commune de Paris, Gustave Flaubert exprime envers elle une hostilité virulente, qualifiant les "Communards" de « misérables » et les assimilant à des animaux sauvages. Dans ses lettres, il les dépeint comme une foule « immorale », responsable de « continuelles horreurs ». Flaubert recourt à des métaphores animalières, les comparant notamment à des « chiens enragés », et utilise des exemples historiques de cruauté, comme les exactions de la Ligue ou les pratiques du Moyen Âge, pour souligner la barbarie des insurgés. Il va jusqu'à évoquer le Dahomey, un royaume africain réputé pour ses sacrifices humains, pour dénoncer la férocité des communards.

Par ailleurs, il exprime également son rejet de la démocratie et du suffrage universel, qu'il considère comme une « honte de l'esprit humain ». Dans une lettre à George Sand, il écrit : « Le peuple est un éternel mineur. Je hais la démocratie. (…) Le premier remède serait d'en finir avec le suffrage universel, la honte de l'esprit humain. (…) L'instruction obligatoire et gratuite n’y fera rien qu’augmenter le nombre des imbéciles. Le plus pressé est d'instruire les riches qui, en somme, sont les plus forts. » Cette pensée révèle sa haine profonde envers les idéaux démocratiques et sa préférence pour une élite instruite et capable de gouverner. Il s'élève également contre les lois sociales votées par celle-ci en déplorant que ..