La trompe de chasse est un instrument de musique français en laiton ou bronze, de la famille des cuivres, en partie analogue au cor naturel.

La trompe s'utilise notamment dans la vénerie, où elle a supplanté au cours du XVIIe et du XVIIIe siècle des instruments rudimentaires de communication cynégétique, faits de cornes d'animaux, de bois puis de cuivre, qui signalaient par des sons simples, les cornures, les différentes situations pendant la chasse.

La pratique musicale de la trompe s'est affranchie de son origine cynégétique, et depuis au moins le XIXe siècle, la plupart des sonneurs ne sont pas membres d'équipages de chasse à courre. Même si les fanfares de chasse (des airs brefs servant à signaler les différentes circonstances d'une chasse) font toujours partie du répertoire usuel de presque tous les sonneurs, on a composé depuis le XIXe siècle une abondante musique pour trompe sans rapport avec la chasse.

En 2015, le ministère de la Culture et de la Communication français a validé la reconnaissance de « l’art des sonneurs de trompe »L’art des sonneurs de trompe au patrimoine culturel immatériel de la FranceFiche consacrée à « l'art des sonneurs de trompe » dans l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France, sur culturecommunication.gouv.fr (consultée le 27 juillet 2015).

Historique

Au Moyen Âge

Avant de se servir d'un instrument pour encourager les chiens ou pour appeler ses compagnons de chasse, l'homme se contentait nécessairement de sa voix : cris, appel, huées, plus ou moins scandés, plus ou moins modulés ont constitué la première musique de chasse.

Au Moyen Âge, on appelait trompeors les sonneurs de trompe ou de trompette, qui furent baptisés par la suite trompeurs en France et trompetters en Belgique. Le cor a servi au Moyen Âge à corner guerre comme corner menée à la chasse ; dans le château on cornait le jour, l’eau, l’assiette, etc.

Les cors monotones variaient les sons avec des mots courts et des mots longs, et ceux qui avaient plusieurs notes sonnaient du grêle ou du gros ton. En 1730, Claude-Henry Feydeau de Marville, marquis de Dampierre disait indifféremment cor ou trompe, et cela changea seulement avec d’Yauville qui n’employa plus que l’expression trompe pour désigner la trompe de Lebrun, modèle 1729, aujourd'hui la Dampierre.

Sous Louis XIV

La trompe à un tour et demi comporte deux modèles, le modèle de 1680 et celui de 1689. Le premier fut utilisé tout d’abord par la Vénerie de Louis XIV en 1680. C’est une trompe circulaire à un tour et demi de de diamètre, de de longueur déployée. Cette trompe est en ut. Les tubes ont de diamètre et le pavillon et demi de diamètre, le tour est renforcé par une bordure en cuivre montrant une « guirlande » ou « dentelle » en creux, le tout est surmonté de petits ornements représentant un coquillage en plein, caractéristique de l’époque de Louis XIV. L’extrémité du premier tube se termine dans un manchon, dans lequel s’encastre une branche d’embouchure mobile à laquelle l’embouchure était alors soudée. À cette époque, on ne connaissait pas encore bien le repoussage au tour, ni le planage, que Maurice de Raoulx allait bientôt inventer. Cette trompe est martelée à la main, tous les coups de marteau se voient. Le second modèle de trompe est de 1689. Il présente les modifications suivantes : le manchon a été supprimé ; la branche d’embouchure est soudée au premier tube et est maintenue par un tenon, de même que le pavillon ; l’embouchure n’est plus généralement soudée à la branche d’embouchure, elle est mobile ; le pavillon a de diamètre.

Sous Louis XV thumb|Le marquis de Dampierre portant une de ses trompes. thumb|Maximilien III Joseph de Bavière portant une trompe de chasse (). Deux modèles de trompes apparaissent sous Louis XV. Le premier modèle du marquis de Dampierre fait son apparition officielle en août 1723. Il a de longueur déployée et de diamètre environ. Cette trompe en ré est fort douce à sonner, mais très embarrassante à tenir, vu son énorme diamètre, qui a rapidement provoqué son remplacement. Le second modèle est celui de 1729 et il a subi de grandes modifications ; la longueur déployée est de et elle est enroulée à deux tours et demi. Le diamètre est d’environ . Lebrun, fournisseur du Roi, a lancé cette trompe en 1729 au moment de la naissance du Dauphin et l’a baptisée pour cette raison La Dauphine. Ce modèle a été utilisé jusqu'en 1814, mais il a reçu en 1831 la dénomination de trompe Dampierre ou « à la Dampierre ».

En 1817 apparaît la demi-trompe à trois tours et demi. Ce modèle fut exécuté par Raoulx et son successeur. Notons cependant que son pavillon a été perfectionné par un ouvrier nommé Périnet, qui a découvert par des essais successifs quel était le modèle le plus favorable à l’émission du son (1855). En 1831 se généralise cette trompe dite à la d'Orléans (trompe utilisée aujourd'hui).

Tous les écrits connus sur la trompe de chasse font état de l'apparition de cette nouvelle trompe à la suite d'une commande de par le Duc d'Orléans, or, on connaît une quinzaine de trompes enroulées sur et demi antérieures à cette commande.

La trompe, instrument de chasse

L'action de chasse est accompagnée de sonneries de trompe (fanfares) qui permettent aux veneurs de communiquer entre eux et avec les chiens.

La trompe de chasse a été adoptée par la vénerie française sous le règne de Louis XV et l'influence de son maître de vénerie, Marc-Antoine de Dampierre.

Depuis lors, la trompe de chasse est indissociable de la vénerie. Elle lui doit sa signification et son développement.

La pratique de la trompe est maintenue par tous les veneurs, dont elle est l'instrument de communication à la chasse, mais aussi par des artistes qui savent la porter à la perfection.

Les premières fanfares de chasse remontent à 1723 où le marquis de Dampierre Marc-Antoine écrivit les premières des quelque qui constituent aujourd'hui un patrimoine musical exceptionnel (d'après le recueil de fanfares de chasse de la Fédération Internationale des Trompes de France, Philidor l'Aîné avait publié la « Retraite prise » en 1705 et « La Sourcillade » devenue « La Vue » en 1707 ou 1709).

Les veneurs sonnent des fanfares « de circonstance » pour faire connaître les péripéties de la chasse dont ils sont témoins.

Ainsi : le « bien-aller » indique que les chiens chassent « en bonne voie », le « débuché » que la meute est en plaine et se dirige vers un autre massif forestier, le « bat-l'eau » que l'animal de chasse est dans un étang ou une rivière, la « vue » que l'animal de chasse est vu par le sonneur. Au cours de la « curée », étape de la chasse consistant à dépecer l'animal abattu pour laisser les chiens le dévorer, on sonne à nouveau les fanfares sonnées au cours de la chasse de manière à en rappeler les épisodes. Puis, pendant que les chiens « font curée », on sonne d'autres fanfares dédiées aux équipages (quatuor du Rallye Trompes de Paris), aux veneurs présents et aux personnalités.

La trompe, instrument festif

thumb|Concert de trompe de chasse des Veneurs de la Meuse pour souligner les 400 ans de la Vieille ferme de Godinne.

thumb|Équipage sonnant dans la cour de marbre du château de Versailles. La trompe est un instrument traditionnel du Carnaval de Paris.

Le recul du Carnaval de Paris, la plus grande fête parisienne, qui renaît depuis 1993, avec la Promenade du Bœuf Gras, a amené le recul de sa pratique dans les rues de Paris. Son usage, en temps normal, y est interdit depuis 1832.

Aujourd'hui, les sonneurs, à Paris, se donnent rendez-vous sous le pont d'Iéna, ou partout ailleurs, le jour de la Fête de la musique.

« Le jeudi de la Mi-Carême »

« Cors, cornes et cornets »

« Le jeudi de la Mi-Carême est le jour par excellence des sonneurs de cors et des fanatiques du cornet. Les amateurs de cor de chasse qui, traqués par l'autorité, vont d'habitude étudier en sourdine dans des caves profondes et lancer en chœur des notes étouffées, sont tous en liesse. »

« Fi des caves et des lieux déserts ; les fenêtres peuvent s'ouvrir grandes ; les portes n'ont plus besoin de verrous, la rue est aux sonneurs de trompes, hallali, vivent les cors de chasse ! »

« Personne ne se plaindrait de ce triomphe de la musique chère aux veneurs, personne ne récriminerait contre le son du cor, si la folle jeunesse parisienne n'avait pas, elle aussi, l'habitude d'emboucher le cornet pour célébrer la fête des blanchisseuses. »

« Nous les connaissons tous et trop ces lugubres cornes en grès aux sons rauques et agaçants. »

« Ces horripilants ustensiles coûtent à peine deux ou trois sous ; or, le gamin de Paris se priverait plutôt de pain que de corne ; il lui faut pousser ses hurlements ce jour-là ; imiter les appels désespérés du tramway, et, le cornet aux lèvres, étourdir les passants et faire concurrence à Wagner. »Beaucoup de témoignages existent, écrits ou iconographiques, sur le triomphe de la trompe de chasse au Carnaval de Paris. carnaval-paris.org Celui-ci est particulièrement joli. Ses références : Le Petit Journal, vendredi .

Différences avec le cor de chasse

La trompe de chasse est accordée en ré, a une longueur de et est premièrement destinée à la chasse à courre. Elle doit son nom à Philidor qui l'appela ainsi en 1705. Le rythme des fanfares de chasse est principalement le 6/8 tayauté (ex. une noire à la trompe se sonne piquée-tayautée).

Le cor de chasse est accordé en mi bémol et n'est pas utilisé à la chasse mais en musique militaire. La différence visible est la coulisse d’accord (petit tube intérieur modifiant la tonalité), sur la branche d’embouchure.

Instrument thumb|Trompe du milieu du .

Différents modèles Nom Longueur Enroulement La Dampierre (1729)1 tour et demi La Dauphine2 tours et demi La d'Orléans (1814)3 tours et demi

L'instrument utilisé et sonné aujourd'hui (à la d'Orléans) est le même depuis 1814, année où le duc d'Orléans Louis-Philippe commanda à la maison Périnet pour son équipage. Cette trompe d'un développé linéaire de , est enroulée à trois tours et demi.

Signalons encore la « trompe à la Maricourt », dite parfois aussi «trompe à lièvre», trompe de , enroulée sur 6 à et demi, dont certaines, très rares, comportent un pavillon ovale.

La longueur de l'instrument fait que sa tonalité est en ré, quel que soit le modèle.

Embouchure thumb|Embouchure de trompe de chasse Milliens (modèle 07) D’abord fixée à la branche d’embouchure, l'embouchure devint mobile en 1689, mais il faut attendre 1830 pour en trouver dans le commerce trois tailles différentes. Les dimensions actuelles ont été réglées par le professeur Cléret, et c’est lui, et non Périnet, qui a réglé la profondeur du bassin à .

Tube d'entraînement pour embouchure D'une longueur de , le tube d'entraînement pour embouchure de trompe de chasseTube d'entraînement pour embouchure d'instrument à vent., produit un son proche de l'instrument. Breveté en 2013 par Nicolas PoidevinNicolas Poidevin, cette mini branche d'embouchure conique pour embouchure d’instrument à vent permet de s'entraîner tout en retrouvant les mêmes appuis qu'une trompe de chasse.

Musique

vignette|droite|upright|Trompes de chasse de la Garde républicaine.

Aujourd'hui, plus de sont recensées.

Styles

La musique destinée à la trompe peut se séparer en trois grands groupes :

La vénerie, où les fanfares sonnées correspondent à des animaux de chasse ou à des circonstances de la chasse, Les fanfares d'animaux, permettant de signaler quel animal est chassé Les fanfares de circonstances qui indiquent les péripéties d'une chasse Les fanfares de maîtres et d'équipages, destinées à honorer des équipages ou responsables d'équipages de vénerie. Les Fanfares de lieu-dit ou de forêts Les fantaisies, qui peuvent honorer des personnes ou des événements particulières. La trompe liturgique.

La pratique actuelle de la trompe peut se faire en solo, duo, trio, quatuor ou groupes.

La trompe peut être sonnée en forté, en mi-trompe ou en radouci.