L'École des Roches est un établissement scolaire français privé sous contrat d'association avec l'État créé par Edmond Demolins en 1899, à Verneuil-sur-Avre.

Histoire La fondation et l'établissement de l'école Edmond Demolins souhaite offrir une nouvelle sorte d'éducation, inspirée des méthodes actives expérimentées dans les écoles nouvelles anglaises d’AbbotsholmeDemolins n'a pas visité Abbotsholme mais en a entendu parler et a entretenu des correspondances avec des parents d'élèves. et de Bedales, qu'il a découvertes au cours de voyages d'études en Angleterre au début des années 1890. Il décrit l'ambiance familiale qui règne dans ces internats et présente l'emploi du temps, les méthodes pédagogiques, les matières enseignées et les activités physiques et sportives. Il est notamment sensible au « tiers-temps pédagogique » et à la pédagogie active, qui valorise l'observation, l'expérimentation et la déduction. Demolins estime nécessaire de donner une éducation appropriée aux enfants des élites, afin de former des hommes d'action. Pour cela, il préconise de créer une école centrée sur l'enfant, qui le rende acteur de son éducation, et insiste sur la nécessité d'instaurer avec les élèves des relations fondées sur le respect, la responsabilité et la confianceNathalie Duval, « Éléments pour une biographie d'Edmond Demolins, promoteur du “particularisme” », Les Études Sociales, 2008/1, , ..

En 1899, une société anonyme, « société de l'École nouvelle - École des Roches » est créée, et se porte acquéreur du domaine de la Guichardière, de , du château des Roches, à deux kilomètres de Verneuil-sur-Avre. En sont membres diverses personnalités, notamment Jules Siegfried, négociant et homme politique protestantJules Siegfried devient également président du conseil d'administration de l'École alsacienne en 1903 et administrateur de l'École libre des sciences politiques., Pierre et Paul Lebaudy, cousins de Juliette Demolins, Alfred Firmin-Didot, membre de la famille des papetiers de la vallée de l'Avre et éditeur des ouvrages de Demolins, et Eugène de Glatigny, notable local.

L'école ouvre le , elle accueille alors 50 élèves internes. Les frais de pension sont de . Edmond Demolins préside le conseil d'administration jusqu'à sa mort en 1907, toutefois, Georges Bertier lui a succédé à la direction de l'école à partir de 1903. C'est alors une institution à caractère chrétienLa construction d'une chapelle à l'écart - actuelle commune de Pullay - est attestée par les cartes postales éditées aux environs de 1910. Seuls des vestiges subsistent au . mais d'esprit laïque libre et destinée en fait aux milieux aisés. D'esprit « républicain », proche du christianisme social et d'esprit anglophile, les Roches et son directeur Georges Bertier s'intéressent aux expériences de Robert Baden-Powell. Les inflexions éducatives prônées par Bertier concernent la conciliation de l'éducation nouvelle avec les humanités classiques. Alors que Demolins souhaitait tenir son école à l'écart des exigences scolaires tout en préparant ses élèves au baccalauréat, Bertier réorganise les programmes et les méthodes d'enseignement en fonction de ce qui devient pour lui un objectif majeur. Il aligne les programmes des Roches sur les programmes officiels et revalorise notamment l'enseignement du latin qui devient obligatoire dès la sixième. Il propose à des personnalités inspecteurs de l'instruction publique de venir contrôler la qualité des cours, notamment Gustave Monod, qui fut enseignant aux Roches et reste inspecteur jusqu'en 1921. L'enseignement est organisé en trois cycles : l'enseignement préparatoire, destiné aux élèves de sept à onze ans, l'enseignement moyen, avec un renforcement des études du latin, du français et des mathématiques, et l'apprentissage d'une langue vivante, enfin l'enseignement secondaire de la quatrième à la terminale, qui concilient la préparation au baccalauréat et des méthodes actives.

Les élèves de l'enseignement secondaire sont logés dans plusieurs maisons et suivent leurs cours dans un bâtiment central, sous la responsabilité d'un professeur principal responsable des enseignements du français, du latin, de l'histoire et de la géographie. Les élèves font des séjours linguistiques en Grande-Bretagne, en Allemagne ou en Suisse alémanique, en Espagne. L'enseignement du dessin est soutenu. D'autres innovations introduites par Demolins ne perdurent pas, notamment les cours de science sociale ou un cursus pré-professionnel destiné aux élèves qui ne passeraient pas le baccalauréat.

Les activités sportives sont favorisées. Elles ont lieu les après-midis, en alternance avec les travaux pratiques et doivent favoriser la bonne santé du corps ainsi que la pratique de sports collectifs. Le rugby, le tennis, la natation sont au programme. Autrefois, les élèves pouvaient s’initier au pilotage aérien, une prestation de moins en moins utiliséeMichel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Sociologie de la bourgeoisie, . Les matinées sont consacrées aux disciplines intellectuelles, les soirées au travail personnel. L'emploi du temps est prévu sur six journées, seul le dimanche étant libéré. L'emploi du temps des élèves qui préparent le baccalauréat prévoit des temps de sport et d'ateliers réduits, certains de leurs après-midis sont réservés aux devoirs surveillés. Enfin, des activités manuelles et des excursions complètent le programme, favorisant le « learning by doing » de l'éducation active théorisée par John DeweyLe « learning by doing » trouve sa source théorique chez John Dewey ; cf. Robert B. Wesbrook, « John Dewey », Perspectives, Revue trimestrielle d’éducation comparée, (Paris, UNESCO : Bureau international de l’éducation) , , 1993, .

Principes pédagogiques Les élèves sont incités à prendre des responsabilités, qui augmentent avec le niveau de classe ; ces tâches peuvent être des responsabilités à l'internat ou à la bibliothèque, la distribution de l'argent de poche ou des timbres, jusqu'au « capitanat », pour les élèves plus âgés, qui deviennent responsables d'une équipe de plus jeunes élèves. Ils doivent alors servir de modèles et transmettre les valeurs des Roches. Les capitaines, âgés au minimum de 14 ans, sont choisis par les élèves et leur investiture doit être confirmée par les enseignants. Quatre ou cinq capitaines sont nommés dans les maisons qui comptent , soit un capitaine par dortoir. Ils surveillent notamment l'étude du soir. Un « capitaine général » est nommé, choisi parmi les élèves de terminale, et collabore avec la direction. La fonction du capitanat connaît ses limites, entre la position à tenir auprès des élèves et la collaboration avec les autorités du collège.

D'autres moyens sont mis en œuvre, pour favoriser l'autonomie et l'autodiscipline, notamment le scoutisme : une troupe pluriconfessionnelle d'Éclaireurs de France est créée à l'école, sous l'impulsion de Bertier, l'une des premières fondées en FranceHenri Viaux, Aux sources du scoutisme français, Éditions du scorpion, 1961 (référence indiquée par N. Duval).. Elle permet la pratique d'activités de plein air et des camps. Le scoutisme aux Roches est surtout actif durant les mandats des directeurs Bertier et Marty. Tous deux occupent des fonctions de premier plan dans le jeune scoutisme.

Des activités de pionniers, plus orientées vers la participation à des conférences et des moments de partage, destinés aux élèves les plus âgés, se mettent en œuvre à partir des années 1922-1923 jusqu'en 1930, où elles sont remplacées par des cours de sciences sociales.

L'école prône une orientation et la formation religieuse des élèves se fait par l'intermédiaire de deux aumôniers, catholique et protestant. Durant les années 1920-1930, deux tiers des élèves sont d'origine catholique, et un tiers est protestant, ce qui est largement plus que la moyenne nationale du protestantisme en France. La liberté religieuse est respectée, mais fait partie de l'esprit des Roches.

L'association des anciens élèves de l'école des Roches (AER), qui existe dès 1905, est créée officiellement le .

Les enseignants En 1900, le nombre d'enseignants est de 17, il passe à 51 en 1929, puis revient à 46 en 1934. Le nombre d'enseignantes varie lui aussi, relativement stable entre les deux dates 1914 et 1934, tout en ayant connu un pic entre les deux guerres (2/3 d'enseignantes en 1924, nombre qui redescend à la moitié de l'effectif enseignant dès 1929). Ces enseignantes sont jeunes à leur arrivée aux Roches, sont souvent célibataires, et le restent jusqu'à leur départ à la retraite, à l'exception des épouses de cadres de l'école qui assurent des fonctions de maîtresses de maison. Leurs fonctions sont souvent attachées aux classes élémentaires ou à l'enseignement de la musique, ce n'est qu'après-guerre qu'elles accèdent à l'enseignement général, en langue, sciences et lettres.

Les enseignants sont souvent recrutés en fonction de leur diplôme : il s'agit d'une licence universitaire, pour près de la moitié d'entre eux, ou plus rarement de l'agrégation, du doctorat, d'un diplôme d'ingénieur, d'un diplôme universitaire étranger, ou d'un diplôme d'État disciplinaire. Certains enseignants ont un diplôme qui atteste de l'appartenance de l'école des Roches à la mouvance de l'éducation nouvelle, notamment de l'institut Jean-Jacques Rousseau (Genève) ou ont enseigné auparavant dans une école nouvelle, attestant d', notamment Maurice MontassutMaurice Montassut, ancien directeur de l'École de l'Île-de-France, rejoint les Roches en 1914, jusqu'en 1932. et Maurice VaussardMaurice Vassard, enseigne à l'école des Roches (1932-1935) puis dirige le Collège de Normandie (1935-). D'autres réseaux sont présents dans les recrutements, ceux des sciences sociales (Paul de Rousiers, Paul Bureau, de la Société de géographie de Paris, Joseph Durieu du Collège libre des sciences sociales, Paul DescampsPaul Descamps (1872-1946), notice Sudoc ; Data Bnf :. et Paul Roux de l’Hôtel des sociétés savantes, Gabriel Melin de la Faculté de droit de NancyCatherine Bruant, « L’École d’art public du Collège libre des sciences sociales : une formation à l’urbanisme comme « sociologie appliquée », Le Télémaque, 2008/1, , .).

Les années contemporaines : depuis 1940 Au moment de l'exode de 1940, l'école se replie d'abord au château Maslacq, jusqu'en 1950, date à laquelle élèves et professeurs s'installent dans l'ancien Collège de Normandie, à ClèresLe Terrain de clotte - site des anciens de Maslacq et Clères .. Les différents responsables de l'école sont porteurs d'idées de droite, une droite libérale et modérée (Georges Bertier et Henri Trocmé), encore sociale et catholique (Louis Garrone et Henri Marty) ou encore nationaliste et traditionaliste (André Charlier). La visée est bien de préparer de futurs cadres pour .

Le collège de Normandie, créé à Clères en 1902 sur le modèle du collège anglais de Harrow par des industriels de Rouen et de la région et dirigé par Joseph Duhamel, est fermé de 1940 à 1950Cf. Blog de Pierrick Auger, « Avant le collège de Clères, un collège au Mont Cauvaire » . Louis Garrone, gendre de Georges Bertier, devient directeur de 1944, jusqu'à son départ à la retraite en 1965.