thumb|300px|Une jeune Chinoise venant d'un centre de « femmes de réconfort » attend d'être interrogée dans un camp à Rangoun (8 août 1945).|alt=
() est l'euphémisme employé au Japon à propos des victimes, souvent mineures, du système d'esclavage sexuel de masse organisé à travers l'Asie par et pour l'armée et la marine impériales japonaises, en particulier durant la Seconde Guerre mondiale. L'emploi de ce terme est fortement contesté par les organisations qui exigent du gouvernement japonais des excuses formelles et des réparations, et préfèrent le terme non édulcoré d'« esclaves sexuelles ».
La manifestation du mercredi est une protestation publique ayant lieu en Corée du Sud chaque mercredi à midi devant l'ambassade du Japon à Séoul depuis 1992 et qui a pour but d'obtenir justice du gouvernement japonais pour ces faits Retrieved November 3, 2015.
Origine À la suite du massacre de Nankin en 1937 et du tollé international qui s'ensuivit, le quartier-général impérial entreprit de mettre en œuvre une façon de limiter les tensions causées par les viols, extrêmement nombreux, commis par les militaires de l'armée impériale dans les territoires conquis..
L'objectif était également de maintenir le moral et la discipline des troupes et de les protéger des maladies vénériennes (en imposant l'usage du préservatif dans les maisons closes). Pour atteindre ce but, il fallait donc s'assurer en permanence de la disponibilité d'un nombre suffisant d'esclaves sexuelles.
Sous l'ordre de Hajime Sugiyama, ministre de l'Armée, et du prince Kotohito Kan'in, chef d'état-major et grand-oncle de Hirohito, l'Armée procéda à l'implantation en zone occupée de maisons closes dites « centres de délassement » ou « maisons de confort », similaires à ceux mis en place en 1932 lors de la campagne de Shanghai par le général Yasuji Okamura. Selon les travaux de l'historien Zhiliang Su, au moins 149 maisons furent établies dans cette ville.
Organisation et fonctionnement Les maisons closes, assez semblables aux bordels militaires de campagne (BMC) français, étaient dirigées soit par l'armée ou la marine, soit par les gouvernements locaux ou encore par des particuliers. Officiellement nommées « stations de confort » ou « centres de délassement » (), ces établissements regroupaient pour la plupart une dizaine ou une quinzaine de femmes. Les soldats pouvaient les désigner comme « P house », le P signifiant soit « vagin », en mandarin. Souvent simples baraquements et se déplaçant selon les théâtres d'opérations, leur nombre demeure difficile à évaluer, entre , répartis dans toute l'Asie occupée, y compris les îles du Pacifique.
Les dirigeants touchaient une part sur le prix des passes. Assez souvent les femmes ne recevaient rien, bien qu'une rémunération fût prévue par les règlements de l'armée japonaise. Ces règlements interdisaient aussi les armes et l'alcool.
Les dirigeants japonais avaient fixé des règles de fonctionnement, comme les heures d'ouverture (de à minuit, tous les jours), les jours de repos (2 jours par mois lors des menstruations), les désinfections des chambres, les visites médicales ou encore le traitement des femmes atteintes de maladies vénériennes.
Recrutement des femmes de réconfort Les femmes « recrutées » étaient généralement célibataires et souvent mineures. De faux recrutements de serveuses ou d'ouvrières furent organisés, afin d'enrôler de nouvelles femmes. La tromperie ne suffisant pas, des enlèvements furent organisés. Des Japonaises furent également trompées, par l'intermédiaire de la création du Corps des femmes volontaires, officiellement destinées à assurer la main-d'œuvre des usines. Les polices militaires Kenpeitai et Tokkeitai assuraient le recrutement en forçant généralement les chefs de village des territoires occupés à regrouper toutes les jeunes femmes et poursuivaient les jeunes femmes désignées volontaires qui s'échappaient.
Les travaux de Yoshiaki Yoshimi, professeur à l'université Chūō, montrent la forte implication des administrations japonaises, non seulement celles de l'armée et de la Kōa-in, mais aussi celles des ministères de l'Intérieur, du Travail et des Finances. Ils établissent, après analyse des documents de l'armée japonaise, que celle-ci avait constitué de 1938 à 1945 environ de réconfort, dont notamment un centre de délassement de pour une armée de , en , dans le Guandong. Yoshimi a entre autres retrouvé une directive du transmise par l'adjudant des chefs d'état-major de l'armée de Chine du Nord et du corps expéditionnaire de Chine intitulée « Concernant le recrutement des femmes pour les maisons de confort militaires », déclarant que « les armées sur le terrain contrôleront le recrutement des femmes », ..
Selon Yoshiaki Yoshimi, les femmes provenaient du Japon, des Philippines, d'Indochine, de Birmanie, des Indes néerlandaises, de Singapour, de la Corée et de la Chine.
Les conditions de vie
Concernant les conditions de vie, il existe plusieurs témoignages différents. Selon les anciennes femmes de réconfort, bien que les dirigeants japonais aient fixé des règles, leur priorité n'était pas la santé et les conditions de vie des femmes, mais celles des soldats japonais.
Elles décrivent donc des conditions de vie assimilables à l'esclavage : elles appartenaient à leurs maisons closes. Elles étaient souvent battues, torturées ou même mutilées par les soldats. Certaines d'entre elles étaient même exécutées parce que le soldat n'était pas satisfait. D'autres qui ont essayé de s'échapper ont été battues, parfois à mort.
Une victime d'origine coréenne confia aux enquêteurs internationaux avoir maintes fois craint pour sa vie.
Selon le témoignage de quinze victimes d'un réseau de prostitution implanté en 1942 au Timor oriental par la marine impériale japonaise, les prostituées, dont certaines étaient prépubères, ont été forcées de travailler sans salaire, les vêtements et la nourriture devant même leur être fournis par leurs parents. Ces propos sont confirmés par divers témoins dont un ancien chef de village s'étant fait ordonner par des militaires de trouver des jeunes femmes pour ce type de réseau.
En 2014, lors de sa tournée européenne pour sensibiliser l'opinion publique à ce drame historique encore nié par le Japon, la coréenne Kim Bok-Dong témoigne :
Le passage à la station de confort semble être généralisé pour la troupe, d'autant que les superstitions attribuaient au rapport sexuel un gage contre les blessures. Des soldats réticents furent semble-t-il victimes de brimades pour ne pas avoir cautionné la pratique. Cependant, les statistiques laissent entendre qu'une ianfu sur six mourut de maladies, mauvais traitements, voire massacrée lors des déroutes ou contrainte au suicide.
L’enlèvement des femmes et des jeunes filles
Des documents retrouvés en 2007 dans les archives du Tribunal de Tokyo par les professeurs Yoshiaki Yoshimi et Hirofumi Hayashi et rendus publics lors des procès, démontrent que des membres de la Tokkeitai, la police militaire navale, ont enlevé des femmes en Chine, dans la péninsule indochinoise et en Indonésie pour les forcer à passer un examen médical et les ont expédiées ensuite dans des maisons de réconfort.
Le , le journaliste Taichiro Kaijimura a annoncé la découverte, dans les archives du gouvernement néerlandais, de trente documents officiels soumis au Tribunal de Tokyo comme preuve d'un incident de prostitution de masse à Magelang, en Indonésie, en 1944. Selon le journaliste, ces documents démontrent de façon claire que les femmes ont été enlevées par l'armée japonaise et contraintes à la prostitution dans des maisons de réconfort..
Lors d'un témoignage sur son expérience au front, un vétéran de l'armée japonaise, Yasuji Kaneko, a raconté que les femmes ..
Par ailleurs, le , l'état-major du corps expéditionnaire de Chine diffusa une directive, nommée Gun ian-jo jungyô-fu tô boshû ni kansuru ken (« L'affaire concernant le recrutement des femmes de réconfort »). Ce document, découvert par Yoshimi dans la bibliothèque de l'Agence de défense du Japon, demandait aux soldats de l'armée impériale en Chine du Nord et en Chine centrale de faire attention aux proxénètes chinois qui pratiquaient les enlèvements et déclarait que « les armées sur le terrain assureraient le contrôle du recrutement des femmes ».
Nombre des victimes
Concernant le nombre des victimes, plusieurs estimations ont été faites, certaines en partant de moyennes d'esclaves par soldat japonais, des statistiques parfois consignées par l'administration japonaise : Yoshiaki Yoshimi a estimé leur nombre à au plus au total, en comptant les Coréennes, les Chinoises, les Japonaises, les Philippines, les Taïwanaises, les Birmanes, les Indonésiennes, les Néerlandaises et les Australiennes ; La Korean Central News Agency propose le chiffre de pour les seules Coréennes. Certains chercheurs chinois évoquent un total de "Sino-Japanese relations: facing the past, looking to the future?" (2005 - Caroline Rose, Routledge, ).. Su Zhiliang évoque , dont et .. Les révisionnistes avancent des chiffres sans commune mesure. Selon Ikuhiko Hata, le nombre total des femmes de réconfort n'était que de , et les Japonaises (prostituées professionnelles dites , plus ou moins volontaires) représentaient le principal contingent des « prostituées » (40 %), pour 20 % de Coréennes et 10 % de Chinoises, le restant étant composé de Taïwanaises, Indonésiennes, Vietnamiennes, et Philippines). Cette estimation de 1999 constitue elle-même une révision radicale de ses propres estimations de 1993 (). Joanna Bourke avance le chiffre de de différentes nationalités, mais dont 80 % seraient coréennesJoanna Bourke, Les femmes dans la guerre-monde dans 1937-1947, La guerre-monde sous la direction d'Alya Aglan et Robert Frank, T.II Gallimard 2015 . Les archives font état de prostituées pour la seule XXI armée japonaise, dont les effectifs varièrent entre , soit une femme pour moins de 50 soldats.
Les recherches en Corée ont été les plus poussées pour le moment, les autres pays touchés ayant commencé bien plus tard. Il faut donc s'attendre à de nouvelles estimations dans les années à venir, en particulier pour la Chine, où le système des « femmes de réconfort » a continué jusqu'en 1947, et où les langues n'ont commencé à se délier que sur le tard. Les survivantes ont longtemps vécu dans la honte, mais l'exemple des « halmoni » coréennes, désormais reconnues internationalement, en a aidé certaines à briser le silence. À l'occasion du "" organisé à Séoul le par le , la juriste chinoise Kang Jian a fait état des vastes investigations en cours en Chine. Les chercheurs ont déjà recueilli des centaines de témoignages de survivantes, mais aussi des centaines de témoignages d'officiels et soldats de l'armée impériale japonaise. Ils analysent également de nombreux documents ayant échappé à la vague de destruction de preuves à la fin de la guerre.
La dernière survivante connue à Taïwan décède en ..
La reconnaissance internationale Le premier témoignage public sur le sort des esclaves sexuelles du régime Shōwa fut publié en 1971 par une Japonaise écrivant sous le pseudonyme de Suzuko Shirota. Accueilli dans l'indifférence générale, cet ouvrage racontait l'expérience de cette femme, orpheline de mère à 14 ans, et vendue par son père à 18 ans à un tenancier de maison de confort faisant affaire à Taïwan avec l'armée impériale japonaise.
Et en , Asahi Shinbun a reconnu que les témoignages de Yoshida Seiji sur l'enlèvement des filles sur lesquels les articles publiés par le journal sur ce sujet étaient basés doivent être jugés comme une fabrication. :