vignette|upright=1.4|Cistophore de Pergame, ca. / Avers : ciste mystique d'où s'échappe un serpent ; le tout dans une couronne dionysiaque. Revers : arc et goryte orné d'un aplustre (ornement de la poupe d'un navire) entre deux serpents ; dans le champ à droite, le bâton d’Esculape.
Pergame (en / , littéralement « citadelle », en latin Pergamum) est une ancienne ville d'Asie Mineure, en Éolide, située au nord de Smyrne, au confluent du Caïque et du Cétios, à environ de la mer Égée.
À l'heure actuelle, son nom est Bergama (Turquie, province d'Izmir).
Histoire Le peuplement de Pergame est attesté dès le Bien que la tradition la dise fondée par des Grecs d'Arcadie, il est peu probable qu'elle ait été une colonie grecque, vu son éloignement de la mer. Le roi de Perse la donne au Spartiate Démarate vers Une autre mention attestée de la ville remonte à , date à laquelle elle est gouvernée par un tyran grec.
Le royaume de Pergame Pergame émerge après la mort d'Alexandre le Grand, en Le diadoque Lysimaque, un de ses généraux, y a entreposé ses trésors sous la garde de l'eunuque Philétairos. Celui-ci s'empare de Pergame et fonde en l'État pergamien. Il règne d'abord sous la tutelle des Séleucides. Profitant de la lutte entre ces derniers, son neveu et fils adoptif , véritable fondateur de la dynastie des Attalides, vainc en et assure ainsi l'indépendance de Pergame, consolidée par son successeur , premier de la dynastie à prendre le titre de roi. Il s'allie avec les Romains au cours de la première guerre macédonienne, contre . Après la victoire romaine de Magnésie du Sipyle en , par la paix d'Apamée, Pergame reçoit de Rome une grande partie de l'Asie mineure. Par la victoire d' contre les Galates (des Celtes d'Anatolie centrale), Pergame étend son territoire de l'Hellespont à la Carie et l'Ionie, à la Cappadoce et à la partie occidentale de la Phrygie. C'est alors un royaume continental, avec un seul port important, Attalia, car les ports grecs de la mer Égée gardent leur indépendance.
L'apogée de Pergame est atteint sous (roi à partir de , mort en ). La ville possède une agriculture et une industrie prospères : l'industrie fabrique des tissus, de la céramique et, surtout, des parchemins ( / , qui veut dire « peau de Pergame », devenu en français « parchemin »), dont l'industrie s'est développée après l'interdiction de , jaloux de la bibliothèque de Pergame, d'exporter des papyrus égyptiens vers Pergame. Grand bâtisseur, agrandit la ville, consolide les fortifications, édifie le Grand Autel (actuellement au Musée de Pergame de Berlin) et le temple d'Athéna, de nombreux gymnases, et une grande bibliothèque. Il acquiert des sculptures et protège Delphes. À cette époque, Pergame est à la fois l'alliée de Rome et un promoteur de l'hellénisme en Asie Mineure pour contrebalancer cette alliance génératrice d'inimitiés de la part des villes grecques. Elle devient l'un des grands centres de la culture hellénistique, avec Athènes et Alexandrie. Elle attire de nombreux sculpteurs et philosophes.
Le dernier souverain attalide, ( à ), sans héritier, choisit par testament Rome comme exécuteur testamentaire, en , lui laissant le choix de trouver le meilleur successeur. Le Sénat romain préfère conserver l'administration du riche royaume, dont il fait la province d'Asie. Sous gouvernement romain, la prospérité et l'expansion de Pergame continuent.
Au , elle connaît même un second apogée, avec l'édification de temples, dont le temple des dieux égyptiens, dit « Basilique rouge » (Kızıl Avlu). Le sanctuaire d'Asclépios devient un centre médical d'une grande renommée. C'est la patrie du grand médecin Galien.
À la fin de ce même , Pergame se convertit au christianisme. Le temple de Sérapis, dans le sanctuaire des dieux égyptiens, est transformé en église chrétienne ; elle est citée dans l'Apocalypse parmi les sept Églises d'AsieLes sept Églises d'Asie sont Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, et Laodicée. Voir l'.. Les chrétiens de la ville sont mis en garde contre les tenants du nicolaïsme.. La ville connaît ensuite le déclin de l'Empire romain.
En 716, elle est conquise par les Arabes, puis est reprise par les Byzantins et passe sous domination ottomane au . Cette ville provinciale existe toujours, sous le nom de Bergama.
Liste des rois de Pergame de à – : Lysimaque, roi de Thrace – : Philétaire, dynaste – : , dynaste – : Sôter, dynaste puis roi en – : , Sôter – : , Philadelphe – : , Philometor – : , Aristonicos
La ville à son apogée au
Pergame, construite sur une hauteur (), est la superposition de trois villes, réunies les unes aux autres par des escaliers, avec des belvédères et des terrasses supportant des portiques à deux étages. Dans la ville haute se trouvent les bâtiments administratifs (agora, palais, arsenal, bibliothèque, théâtre, temples de Dionysos, d’Athéna Polias, Grand Autel dit autel de Zeus à Pergame) et dans la ville moyenne un magnifique gymnase, les temples de Déméter et d’Héra Basileia, le Prytanée. La ville basse constitue le centre commercial.
La ville est au centre d’un riche terroir (blé, oliviers, vignes, élevage). L’industrie est diversifiée (parfums, draps fins, parchemins). Sa bibliothèque, riche de , rivalise avec celle d'Alexandrie. Le palais royal renferme un véritable musée de sculptures. Elle est fameuse pour son école de rhéteurs, ses ateliers de sculpteurs. Ses artistes dionysiaques en font le principal foyer de l’art dramatique.
La bibliothèque de Pergame
La bibliothèque de Pergame est une des plus importantes bibliothèques de l'Antiquité. Elle n'était dépassée, dans le monde grec, que par celle d'Alexandrie.
(-), roi de Pergame, protecteur des arts et des sciences, fit venir dans sa ville de nombreux savants.. Il a peut-être lancé lui-même le projet d'une bibliothèque, mais c'est son successeur, (-), qui l'établit sur l'acropole, probablement au-dessus la stoa (le portique) nord du sanctuaire d'Athéna, auquel elle était associée..
Archéologie Acropole haute +Plans de l'acropole de Pergamethumb|241px|Carte historique de l'acropole de Pergame (1880).
Autel de Pergame
La construction la plus prestigieuse de la ville antique est l'autel monumental du début du , probablement dédié à Zeus ou à Athéna, dont les fondations sont toujours visibles au sommet de l'acropole, dominant le théâtre, la ville et les autres temples de Pergame. Les vestiges de la frise du grand autel de Pergame ont été recueillis par les archéologues allemands à la fin du , qui les ont réassemblés et reconstitués dans toute la mesure du possible. Ils sont conservés et exposés au musée de Pergame, à Berlin (fermé jusqu'en 2027 pour une nouvelle configuration).
Pour la construction de l'autel, la colline a été aplanie et aménagée en terrasses, afin d'harmoniser l'orientation du monument avec le temple d'Athéna voisin. La base, d'environ , était ornée à l'extérieur d'une représentation détaillée en haut-relief de la Gigantomachie, la bataille mythique entre les dieux de l'Olympe et les Géants. La frise, d'une hauteur de et d'une longueur de , est la plus longue frise de l’Antiquité après celle du Parthénon. Un escalier monumental de de large, du côté ouest, mène à la structure supérieure, formée d'une vaste cour ceinte d'une colonnade dont les murs intérieurs étaient ornés d'une seconde frise illustrant la vie de Télèphe, fils d'Héraclès et fondateur légendaire de la cité. Cette frise, d'une hauteur d'environ , est donc de dimensions nettement moindres que la frise extérieure Wolf-Dieter Heilmeyer (ed.), Der Pergamonaltar. Die neue Präsentation nach Restaurierung des Telephosfrieses. Wasmuth, Tübingen 1997,; Huberta Heres & Volker Kästner: Der Pergamonaltar. Zabern, Mainz, 2004 .Tucker, p. 28-29..
Temple d'Athéna
Le sanctuaire d'Athéna, situé sur la terrasse de l'Acropole juste au-dessus du théâtre, entre le temple de Trajan et le Grand Autel, est le plus ancien temple de Pergame, du C'était un temple périptère dorique orienté au nord, à 6 × 10 colonnes, avec une cella divisée en deux salles. Les fondations, d'environ , sont encore visibles aujourd'hui. Les colonnes mesuraient environ de haut et de diamètre, la distance entre les colonnes étant de : la colonnade était donc très légère pour un temple de cette époque. Cela correspond à la forme des triglyphes, qui se présentent habituellement en une séquence de deux triglyphes et deux métopes, mais sont ici composés de trois triglyphes et trois métopes. Les colonnes sont non cannelées et non ravalées, sans qu'on sache clairement si cela est dû à la négligence ou à l'inachèvement.
Une stoa à deux niveaux, entourant le temple sur trois côtés, a été ajoutée sous , ainsi que le propylée de l'angle sud-est, qui se trouve maintenant, en grande partie reconstitué, au musée de Pergame à Berlin. La balustrade du niveau supérieur des portiques est et nord était décorée de reliefs représentant des armes qui commémoraient les victoires d'. La construction mêlait des colonnes ioniques et des triglyphes doriques (dont il reste cinq triglyphes et métopes). Dans la zone du sanctuaire, et ont construit des monuments commémorant leurs victoires, notamment sur les Gaulois. La stoa nord semble avoir abrité la bibliothèque de PergameAltertümer von Pergamon. II; Gottfried Gruben: Die Tempel der Griechen. 3. Auflage. Hirmer, Munich 1980, p. 425-429..
Temple de Trajan
Au point culminant de l'acropole se dressait le temple de Trajan et de Zeus Philios. Au milieu d'une terrasse établie sur une structure en voûte, le temple s'élevait sur un podium d'une hauteur de . Le temple lui-même était d'ordre corinthien, de 18 mètres de large, de 6 × 9 colonnes et deux colonnes in antis.
Au nord, la zone était fermée par une haute stoa, tandis que sur les côtés ouest et est, elle était entourée de simples murs de pierre de taille, jusqu'à ce que, sous le règne d'Hadrien, d'autres stoas soient insérées.
Les fouilles de la cella ont révélé des fragments de statues de Trajan et d'Hadrien, et de la statue de culte de Zeus PhiliosJens Rohmann, Die Kapitellproduktion der römischen Kaiserzeit in Pergamon. W. de Gruyter, Berlin – New York 1998,, p. 8-38 (Pergamenische Forschungen. Bd. 10); Altertümer von Pergamon. V 2; älterer Forschungsstand bei Gottfried Gruben: Die Tempel der Griechen. 3. Auflage. Hirmer, München 1980, p. 434-435..
Théâtre
Le théâtre, bien conservé, est lui aussi rattaché à la période hellénistique, sans qu'il soit possible de donner une date précise pour sa construction. Il pouvait accueillir environ , sur 78 rangées de gradins. D'une hauteur de 36 mètres, c'est le plus abrupt de tous les théâtres antiques. Le koilon (ensemble des gradins) est divisé horizontalement par deux allées (diazomata), et verticalement par des escaliers de de large en sept secteurs dans la partie basse et six dans les parties du milieu et du hautAltertümer von Pergamon. IV; Gottfried Gruben: Die Tempel der Griechen. 3rd edition. Hirmer, München 1980, p. 439-440. accessed September 24, 20.07.
Terrasse du théâtre et temple de Dionysos
Au-dessous du théâtre s'étend une longue terrasse de , reposant sur un haut mur de soutènement et encadrée par une stoa (portique). Venant de l'agora supérieure, on pouvait y accéder par un bâtiment d'entrée situé au sud.