Francis George Steiner, né le à Neuilly-sur-Seine (France) et mort le à Cambridge (Royaume-Uni), est un érudit, critique littéraire, linguiste, écrivain et philosophe franco-américain, spécialiste de littérature comparée et de théorie de la traduction.

Auteur de nombreux essais sur la théorie du langage et de la traduction ainsi que sur la philosophie de l'éducation, il est surtout réputé pour ses critiques littéraires, notamment dans The New Yorker et le Times Literary Supplement.

Archétype de l'intellectuel européen, George Steiner est pétri de plusieurs cultures du fait de son éducation trilingue (allemand, français et anglais). Ardent défenseur de la culture classique gréco-latine, il fait partie des penseurs européens contemporains aptes à lire dans le texte des œuvres écrites en de nombreuses langues (outre le grec et le latin. Il maîtrise cinq langues vivantes) et écrit généralement en anglais.

Il est docteur honoris causa de nombreuses universités et membre de la British Academy.

Biographie Famille et formation George Steiner naît le à l'hôpital américain de Paris de Neuilly-sur-Seine.. Ses parents, Frederick George Steiner, d’ascendance tchécoslovaque, et Else Steiner (née Franzos), étaient des Viennois juifs. Sa sœur aînée, Ruth Lilian, était née à Vienne en 1922. Frederick Steiner était avocat principal à la Banque centrale d'Autriche et Else Steiner participait à la vie mondaine de Vienne. Mais « une haine systématique et doctrinale des Juifs bouillonnait et empestait sous les libéralités scintillantes de la culture viennoise », écrira-t-il.

Cinq ans plus tôt, la famille avait ainsi quitté l'Autriche pour la France, sentant croître la menace de l'antisémitisme. Frederick Steiner était persuadé que les Juifs étaient « des étrangers, en danger partout où ils allaient » et il avait pourvu ses enfants d'un bagage de langues. Le jeune George grandit donc avec trois langues maternelles, l'allemand, l'anglais et le français, puis l'italien ; sa mère était polyglotte et avait l'habitude de « commencer une phrase dans une langue et de la terminer dans une autre ». Alors que le garçon a six ans, son père, qui croyait qu'une éducation classique était indispensable, lui apprend à lire l'Iliade en grec ancien, lui faisant croire qu'il n'existait pas de traduction allemande. Il disait à son fils : « Avec la lecture, tu ne seras jamais seul » et citant Baruch Spinoza : « La chose excellente doit être très difficile ». Sa mère, pour laquelle « il était indigne de s'apitoyer sur soi-même » aida son fils à surmonter un handicap : il était né avec un bras droit atrophié. Au lieu de le laisser devenir gaucher, elle insista pour qu'il utilisât la main droite et lui dit que c'était une chance car ainsi, il n'aurait pas à faire son service militaireCf. entretien de George Steiner avec Laure Adler, émission Hors-Champs, France Culture, semaine du 2 au 6 avril 2012..

George Steiner commença à étudier au lycée Janson-de-Sailly de Paris. En 1940, au début de la Seconde Guerre mondiale, son père se réfugie avec sa famille, cette fois à New York, embarqués sur le dernier bateau parti de Gênes. Moins d'un mois après, les nazis occupaient Paris et, des nombreux enfants juifs qui s'étaient trouvés dans la classe à l'école de George, il n'y en eut que deux, dont lui, pour survivre à la guerre. Une nouvelle fois, l'intuition de son père avait sauvé sa famille et cela donna à Steiner l'impression d'être une sorte de survivant, ce qui par la suite devait influencer profondément ses écrits : « Ma vie entière a été hantée par la mort, le souvenir et la Shoah ». Il est devenu un « vagabond reconnaissant », disant que « les arbres ont des racines et moi j'ai des jambes, c'est à cela que je dois ma vie ». Il passa le reste de ses années d'études au lycée français de New York à Manhattan et devint citoyen américain en 1944.

Sorti du lycée, Steiner étudia à l'université de Chicago la littérature aussi bien que les mathématiques et la physique. Il obtint un Bachelor of Arts en 1948 puis un MA degree en 1950 à l'université Harvard. Il suivit ensuite des cours au Balliol College à l'université d'Oxford grâce à une bourse Rhodes.

Après sa thèse de doctorat à Oxford, une première version de The Death of Tragedy fut d'abord refusée (Faber & Faber devait la publier par la suite) ; il interrompit alors ses études pour enseigner l'anglais au Williams College (Massachusetts).

Mariage et enfants Au début des années 1950, il fait la connaissance de Zara Shakow, New-Yorkaise d'origine lituanienne. Elle aussi avait étudié à Harvard et c'est à la suggestion de leurs anciens professeurs qu'ils se rencontrent à Londres. « Les professeurs avaient gagé... que nous nous marierions si jamais nous nous rencontrions. » Ils se marient en 1955, l'année où George passe son doctorat à l'université d'Oxford.

Le couple a un fils, David, professeur d'éducation et président d'université, ainsi qu'une fille, Deborah devenue philologue classique.

George Steiner dira souvent que « sa vie serait inconcevable sans Zara » dont il recherchait les conseils, reconnaissant chez elle « une douceur extraordinaire, capable d'atténuer comme un baume sa dureté de tempérament »Nuccio Ordine, È morta Zara Shakow, moglie di George Steiner, Corriere della Sera. Unis pendant des décennies, les deux membres du couple Steiner mourront à quelques jours d'intervalle.

Carrière Après le Williams College de Williamstown, il enseigne à Innsbruck, à Cambridge (où il cofonde le Churchill College, en 1962) et à Princeton, puis il devient professeur de littérature comparée à l'Université de Genève en 1974, où il enseigne jusqu'en 1994.

Il écrira dans son autobiographie intellectuelle, Errata : « L'exposition depuis la petite enfance à ces ordonnances d'excellence, le désir de partager avec d'autres la responsabilité et la transmission dans le temps, sans lesquels le classique fait silence, fit de moi exactement ce que voulait mon père : un professeur ».

Il est, entre 1952 et 1956, éditorialiste en tant que critique littéraire à l'hebdomadaire londonien The Economist. Il écrit également pour le New York Times ou leTimes Literary Supplement et collabore trente années au New Yorker, effectuant aussi des reportages sur les maîtres d'échecs, une de ses passions avec la musique ou le théâtre.

Il part interviewer Robert Oppenheimer qui le fait entrer à l’institut de Princeton ; c’est le « tournant » de sa vie.

Pendant les années 1980 et 1990, il se rapproche aussi du philosophe maurrassien Pierre Boutang, avec lequel il dialogue en 1987 à propos de l'Antigone de Sophocle et du sacrifice d'Abraham, à la télévision française, puis en 1994 dans un ouvrage commun. Ils partageaient un intérêt commun pour les classiques de la littérature occidentale (Homère, Sophocle, Dante, Shakespeare, Joyce, Poe, Rimbaud, Dostoïevski), de la philosophie (Platon, Heidegger) et pour l'exégèse judéo-chrétienne. Il considérait d'ailleurs l'Ontologie du secret, la thèse de Boutang, comme un « des maîtres-textes métaphysiques de notre siècle ». Certains lui ont reproché ses discussions avec Pierre Boutang, admirateur de Charles Maurras...

Il a tout ce temps donné de nombreuses conférences à travers le monde et, nommé professeur émérite à sa retraite, il a enseigné quelque temps au St Anne's College d'Oxford (1994-1995) puis à Harvard (2001-2002).

Il meurt le dans sa maison de Cambridge, quelques jours avant son épouse.

Son traducteur Jean-Emmanuel Dauzat estime que :« La longévité de son œuvre aidant, George Steiner est désormais un personnage de roman, voire de pièce de théâtre ».

Publications Pour chaque œuvre, la première date mentionnée est celle de première publication en français. En cas de traduction (presque toutes les œuvres de George Steiner ont d'abord paru en anglais), la seconde date (entre parenthèses) est la date de première publication dans la langue originale. L'ordre est celui de la première publication quand elle est connue, à défaut la publication de la traduction en français. George Steiner, Œuvres, Gallimard, collection « Quarto, 2013 », sous la direction de Pierre-Emmanuel Dauzat, contient des reprises et certaines traductions originales.

Pour une bibliographie plus complète des œuvres en anglais, voir Wikipedia en anglais.

Essais et articles (traduits en français ou écrits en français) vignette|Language and Silence (1986). Tolstoï ou Dostoïevski, trad. Rose Celli, Paris, Le Seuil, coll. « Pierres Vives », 1963.(titre original : Tolstoy or Dostoevsky: An Essay in Contrast, Faber and Faber, 1960). La Mort de la tragédie, trad. Rose Celli, Paris, Le Seuil, coll. « Pierres vives », 1965. Réédition, Paris, Gallimard, 1992, puis en poche, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », n° 224, puis in Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2013. (titre original : The Death Tragedy, Faber and Faber, 1961). Langage et silence, trad. P.-E. Dauzat, Paris, Le Seuil, 1969. Nouvelle éd., Paris, Les Belles Lettres, 2010(titre original : Language and Silence: Essays 1958-1966, Faber and Faber 1967). Extraits sous le titre de Le "Moïse et Aaron" de Schönberg et La retraite du mot, in Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2013. Dans le château de Barbe-bleue. Notes pour une redéfinition de la culture, Paris, Gallimard, 1986, puis éd. poche, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », n° 42, puis in Œuvres, Paris, Gallimard, 2013, coll. « Quarto ». (La éd. en français a paru sous le titre La Culture contre l'homme, trad. Lucienne Lotringer, Paris, Le Seuil, 1973.) (Titre original : In Bluebeard's Castle: Some Notes Towards the Redefinition of Culture, Faber and Faber, 1971.) Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, Paris, Albin Michel, 1978, trad. Lucienne Lotringer et Pierre-Emmanuel Dauzat (titre original : After Babel: Aspect of Language and Translation, Oxford University Presse, 1975).N.B. : édition revue et corrigée en 1992 et 1998. « De la difficulté », in Œuvres, Paris, Gallimard, 2013, coll. « Quarto », trad. Pierre-Emmanuel Dauzat (titre original : On difficulty and others Essays, Oxford Press, 1978). « Le clerc de la trahison », in Le Débat, n° 17, Paris, Gallimard, 1981, repris in Œuvres, Paris, Gallimard, 2013, coll. « Quarto » (titre original : The clerc of Trahison, 1980). Martin Heidegger, Paris, Albin Michel, 1981. Édition de poche, Paris, Flammarion, coll. « Champs » (titre original : Heidegger, Fontana Modern Masters, 1978). Les Antigones, trad. Philippe Blanchard, « Bibliothèque des idées », Gallimard, 1986 , 346 p. ; également paru en édition de poche : « Folio Essais » . Traduction reprise dans Œuvres, Gallimard, coll. « Quarto », 2013. (titre original : Antigones, Clarendon Press, 1984) Une lecture contre Shakespeare, repris dans Passions impunies et publié chez Gallimard, trad. P.-E. Dauzat, coll. « Quarto », 2013 (titre original : A reading against Shakespeare, University of Glasgow, 1986). Comment taire ?, Cavaliers Seuls, 1987. Traduction reprise dans Œuvres, Gallimard, 2013 (titre original : A Conversation Piece, 1985). La longue vie de la métaphore. Une approche de la Shoah. Publié dans L'écrit du temps n° 14-15, été-automne 1987, éditions de Minuit. Titre original : The long life of Metaphor, an approach of "the Shoah", 1987 (Voir en ligne). Traduction française reprise dans Œuvres, Quarto Gallimard 2013. Le Sens du sens, Librairie J. Vrin, 1988 (titre original : ?). Réelles présences. Les arts du sens, trad. Michel R. de Paw, NRF Essais, Gallimard, 1991.Également paru en édition de poche : « Folio Essais » .(Titre original : Real Presences: Is There Anything in What We Say?, Faber and Faber 1989.)