L'Ardenne est une région géographique de basse montagne qui s'étend sur les territoires belge (wallon), français, luxembourgeois et allemand, située à l'est de la Meuse et de la Sambre et limitée au sud par les plaines de Lorraine et de Champagne. Le Massif ardennais est une ancienne chaîne de haute montagne qui culminait à d'altitude, qui a été affectée par les plissements calédoniens et varisques (aussi appelés plissements hercyniens). Après plus de 300 millions d'années d'érosion, le point culminant du massif est aujourd'hui le signal de Botrange, à 694 mètres.

Toponymie

Arduenna est le nom, probablement d’origine celtique, d’une forêt située sur et aux abords du massif de l’Ardenne (ainsi que de la déesse celte de la faune et de la forêt, Arduinna), citée par Jules César et Strabon. Certains auteurs modernes défendent la couleur noire comme signification (du celtique Ar'Den qui signifie « la sombre »). Désormais, on applique les noms Ardenne(s) et Ardennais dans les dénominations de territoires naturels ou administratifs qui se situent sur le vieux massif forestier, traversé par la Meuse. Il est parfois difficile de reconnaître les limites de ces territoires, d’autant que les nombreuses tentatives d’appropriation de ce nom entretiennent une certaine confusion.

Tous pays confondus, le terme « Ardenne » est aujourd'hui généralement employé pour désigner l'ensemble des territoires français, belges, luxembourgeois et allemands couvrant l'espace occupé par l'ancien massif ; une marque touristique du même nom, créée entre les territoires français, belges et luxembourgeois, en témoigne. Par ailleurs, l'emploi des termes « les Ardennes » ou « les Ardennes françaises » renvoie à la partie française (qui est à distinguer du département des Ardennes, découpage administratif datant de la Révolution française. L'ancien massif forestier ne couvrait que le nord du territoire de ce département). L'expression « Ardenne » peut aussi, en Belgique, être employée pour désigner la partie belge de ces territoires naturels, là où en France, on désignera ces mêmes espaces belges par les expressions « l'Ardenne belge » ou « les Ardennes belges ». Par abus de langage et par voisinage frontalier, l'expression « les Ardennes » peut parfois, si le contexte prévient de toute confusion, faire référence non pas aux Ardennes administratives françaises, mais à l'ensemble de la région franco-belge.

L'Ardenne porte différents noms selon les différentes langues parlées sur son territoire.

Pour les langues romanes : Årdene en wallon, au singulier, Ardenes en champenois.

Pour les langues germaniques : Ardennen en luxembourgeois, allemand et néerlandais.

Géographie vignette|gauche|Les hautes terres transfrontalières de l'Ardenne et de l'Eifel, délimitées par la Meuse, la Semois (ou Semoy), la Moselle et le Rhin.Du point de vue de la géographie humaine, l’Ardenne correspond au territoire forestier accidenté limité :

au sud, par la Lorraine (y compris le Gutland, ou Bon Pays, au Luxembourg et la Gaume en Belgique) et la Champagne ; à l’ouest, par la Thiérache (le Plateau de Rocroi constituant l'extrémité occidentale de l'Ardenne) ; au nord, par la dépression de la Fagne-Famenne et le Condroz ; à l’est, par la région volcanique de l’Eifel qui longe les frontières belge et luxembourgeoise en gros entre Aix-la-Chapelle (Aachen) et Wasserbillig.

La plus grande partie de l’Ardenne se trouve en Belgique, exclusivement en Région wallonne, où elle s’étend sur la majeure partie des provinces de Luxembourg et de Liège, une petite moitié de la province de Namur et une petite partie de la province de Hainaut. En France, elle couvre le nord du territoire du département des Ardennes et une partie du département de la Meuse. Elle couvre aussi la partie septentrionale du Luxembourg appelée l’« Oesling » (luxembourgeois : Éislek). L’Ardenne culmine à , au signal de Botrange dans les Hautes Fagnes de la province de Liège. La forêt ardennaise est formée de lambeaux de l’ancienne forêt charbonnière.

Hydrographie vignette|La Semois (affluent de la Meuse), près de Bouillon. vignette|Revin est divisée en trois parties par les « boucles » de la Meuse.

L’Ardenne est un lieu où de nombreuses rivières prennent leur source, comme la Lesse, l’Ourthe, l’Amblève, la Sûre, la Salm, etc.

La région est bordée par un seul fleuve important, la Meuse, sur son flanc ouest. Cependant d'autres cours d'eau importants délimitent ses frontières avec la région de l'Eifel comme la Moselle et le Rhin.

Les plus hauts sommets Le signal de Botrange, , sommet des Hautes Fagnes et point culminant de la Belgique, province de Liège Le Weisser Stein, , Mürringen, province de Liège La Baraque Michel, , province de Liège La Baraque de Fraiture, , sommet du plateau des Tailles, province de Luxembourg Langlire, , Gouvy, province de Luxembourg Le lieu-dit Galata, , sommet du plateau de Saint-Hubert, province de Luxembourg Le Kneiff, , point culminant du grand-duché de Luxembourg Le Burrigplatz, , grand-duché de Luxembourg La Croix-Scaille, , où s'élève la tour du Millénaire, point culminant de l'Ardenne française à la frontière franco-belge Les Hauts-Buttés, , département des Ardennes La Barrière de Champlon, , province de Luxembourg

D'autres sommets et reliefs ne figurent pas parmi les plus élevés et sont dépassés par de nombreux sommets parfois non nommés, mais méritent néanmoins d'être mentionnés, car ils se démarquent assez nettement : le Roc-la-Tour (), le Mont Malgré Tout (450 m) et le plateau de Rocroi () dans le département français des Ardennes, le Vaalserberg (, à la limite du Limbourg néerlandais, de la province de Liège et de la Rhénanie ; point culminant des Pays-Bas), Le Hérou (, en Luxembourg belge), le Point du Jour (, en Hainaut français) et la montagne Saint-Pierre (, à la limite du Limbourg néerlandais, du Limbourg belge et de la province de Liège).

Climat vignette|Les sommets ardennais à environ d'altitude autour de Monthermé. Les étés sont doux et humides, les hivers froids et longs. Le climat est majoritairement influencé par le relief de ce massif. Tout d'abord, les températures de l'Ardenne sont moins élevées que dans les régions environnantes à cause de l'altitude. En montant, l'air se refroidit, ce qui provoque une perte d'environ tous les . Lors d'une situation anticyclonique, il arrive que la température soit supérieure à celles se trouvant en plaine.

Outre le relief, le massif forestier contribue également à ce climat tempéré. Cette vaste couverture forestière capte une grande partie du rayonnement solaire, empêchant l'augmentation de la température du sol. L'air s'échauffe moins vite qu'ailleurs. Le phénomène inverse existe aussi : la nuit, les arbres empêchent la radiation nocturne, ce qui entraîne une forte diminution des températures.

Faune et flore

Faune

vignette|Le plus grand mammifère des Ardennes est le cerf élaphe (Cervus elaphus).Mammifères : cerfs, biches, loups, lynx, chevreuils, sangliers. Oiseaux : comme les rapaces (faucons, buses, chouettes), mais aussi des espèces comme le martin-pêcheur et le pic noir. Petits mammifères : blaireaux, renards, écureuils roux, et parfois même des castors près des rivières. Espèces aquatiques : les rivières et ruisseaux abritent des truites et autres poissons, ainsi que des amphibiens comme les grenouilles.

Flore

Forêts profondes : épicéas, hêtres, chênes et pins dominent les paysages. Les clairières et sous-bois regorge de mousse, fougères et champignons. Prairies fleuries : on peut y observer des plantes comme les digitales pourpres et les orchidées sauvages. Lieux humides : tourbières et ruisseaux accueillent des végétaux adaptés comme les sphaignes. Herbes aromatiques : le thym sauvage et autres plantes aromatiques poussent à l’état naturel.

Géologie

D'un point de vue géologique, l'Ardenne est un massif hercynien, un élément de la chaîne varisque qui se forme du Dévonien au Permien, au cours du cycle varisque sur la base du substrat calédonien. Vers la fin du Dévonien et surtout au Dinantien (calcaire carbonifère), l'Ardenne tend à basculer autour d'un axe transverse méridien avec déclenchement de glissements sédimentaires sous-marins (brèches viséennes). La géologie de ce territoire et des territoires environnants a été très étudiée depuis le et des lieux ont donné leur nom à des subdivisions de l'échelle des temps géologiques [par exemple le Frasnien (Frasnes-lez-Couvin), le Famennien (Famenne), le Tournaisien (Tournai), le Viséen (Visé), le Dinantien (Dinant) ou encore le Namurien (Namur)], même si certains de ces noms sont désormais obsolètes. La situation de massif hercynien, et les alternances entre période de dépôts sédimentaires et périodes d'érosion, sont à l'origine des différents paysages.

centré|vignette|La Meuse dans le Massif ardennais à Laifour - France.

Le sous-sol de l'Ardenne est composé de pierre schisteuse de couleur foncée, cette caractéristique géologique permet de distinguer l’Ardenne proprement dite des régions voisines (la Gaume au sud, le Condroz au nord).

vignette|« Kreuz im Venn »/« Roche à la Croix ». Hautes Fagnes.|centre

Histoire

Âge du fer Durant le Magdalénien, des groupes humains exploitent le gibier abondant de la région, au moins l'été. Une quinzaine de sites ont été identifiés sur le massif ardennais, presque tous à l'entrée de grottes, dans des parties calcaires, au fond des vallées de la Lesse et de la Meuse, mais aussi au bord du massif schisteux, à Roc la Tour. Les premiers habitants sont appelés par certains auteurs les Ardenniens. Mais la croissance de la population dans ce territoire y fut lente. En effet, le climat de l’Ardenne est plus froid que celui des régions avoisinantes. Les rivières n’y sont pas navigables, à quelques exceptions, dont la Meuse. Le relief rend les déplacements plus difficiles qu’ailleurs. Les terres agricoles produisent peu et, de plus, le territoire est parsemé de landes appelées fagnes où rien ne pousse hormis la sphaigne., les premiers habitants de la contrée subissent des vagues d'envahisseurs venus de l'Est, en particulier des Celtes. Le centre des hauts plateaux schisteux de l’Ardenne est plus densément occupé vers 480/470 avant notre ère par ces Celtes.

Les tribus principales Celtes étaient les Rèmes, les Trévires, les Nerviens et les Aduatuques, mais aussi, au cœur de la région, les Éburons, les Condruses, les Caeroesi, les Pémanes et les Sègnes. Des traces d'occupations permanentes de lieux sont attestées pendant cet âge de fer, notamment par des vestiges funéraires. Les premières citations latines de cette Arduenna silva se retrouvent dans le récit de la guerre des Gaules (De bello gallico) de Jules César. César qui y a passé peu de temps, y décrit la forêt ardennaise comme ayant une longueur de romains (environ ), traversant le pays des Trévires et s'étendant depuis les rives du Rhin jusqu’au pays des Nerviens et des Rèmes (rive gauche de la Meuse)Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre V, paragraphe 3 et Livre VI, paragraphe 29.. Le géographe grec Strabon cite également la forêt d'Ardenne Strabon, Géographie, III, 5 : Le pays des Morins, des Atrébatiens et des Éburons offre le même aspect que celui des Ménapes, l'aspect d'une forêt, mais d'une forêt d'arbres très peu élevés, qui, tout en présentant une superficie considérable, n'a pourtant que les 4000 stades d'étendue que les historiens lui donnent. On désigne cette forêt sous le nom d'Arduenne..

Période Gallo-romaine