vignette|redresse=2.5|Les royaumes des Diadoques vers

Les Diadoques sont les généraux et compagnons d'Alexandre le Grand. Ils luttent les uns contre les autres pour contrôler son immense empire après sa mort en Se disputant le titre royal et les territoires conquis, ils donnent naissance aux principales dynasties grecques de l'époque hellénistique : celle des Lagides, fondée par Ptolémée, des Séleucides fondée par Séleucos, et des Antigonides fondée par Antigone le Borgne.

Les guerres des Diadoques ( à ) marquent traditionnellement le début de l'époque hellénistique.

Diadoque (du grec ancien : , « successeur ») est, plus largement, le nom donné aux personnages qui, dans la Grèce antique, succèdent à un roi.

Origines du terme

Étymologie

Le terme « diadoque » a été introduit dans la langue française à la fin du , d'abord pour désigner les généraux qui se disputent l'empire d'Alexandre le GrandJean Dubois, Henri Mitterand et Albert Dauzat, Dictionnaire étymologique et historique du Français, Paris, Larousse, 2019., et dans l'édition 1932 du Dictionnaire de l'Académie française, au sens de prince héritier du royaume de Grèce (dans la royauté grecque moderne). Le mot est emprunté au grec ancien , « successeur, qui recueille la succession de », déverbal du grec ancien , « recevoir par succession »Anatole Bailly, Dictionnaire Grec-Français, Paris, Librairie Hachette, 1952, 466 et 468. ..

Terminologie

L'historien prussien Johann Gustav Droysen définit la notion de « successeurs d'Alexandre » en 1836 dans L'Ère des Diadoques, ouvrage qui traite de la période allant de à Dans Histoire des Épigones (), il décrit plus précisément les royaumes hellénistiques de la deuxième génération des Diadoques, les « héritiers » des premiers successeurs, entre et . La pensée historique de Droysen a depuis été perpétuée par les historiens contemporains et le terme de « diadoque » est maintenant utilisé universellement.

À la même époque, l'historien anglais George Grote ne mentionne pas pour ainsi dire les Diadoques dans la première édition de son (12 , -). Dans cet ouvrage il les décrit comme des « rois » ayant pris le pouvoir après la mort d'Alexandre. Dans l'édition de , il précise qu'il s'agit « de grands officiers d'Alexandre, qui après sa mort se divisent l'Empire qu'il avait conquis pour se créer leurs propres royaumes ».

Sources antiques

Les sources contemporaines des Diadoques sont désormais réduites à l'état de fragmentsFelix Jacoby, Fragmente der griechischen Historiker, 1923-1930.. LHistoire des successeurs d'Alexandre de Hiéronymos de Cardia, collaborateur d'Eumène de Cardia puis d'Antigone le Borgne, a inspiré différents historiens : Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, livres à ), Trogue Pompée (Histoires philippiques, abrégées par Justin), Plutarque (les Vies parallèles d'Alexandre, d'Eumène et de Démétrios) et Arrien (Histoire de la succession d'Alexandre)Connue par le résumé fragmentaire de Photios.. Enfin, Les Macédoniques de Douris de Samos ont inspiré Trogue-Pompée et Plutarque.

Partage de l'empire d’Alexandre

La nature monarchique du pouvoir

Sous le règne de , la Macédoine est un État qui ne répond pas aux principes de la cité grecque. Le gouvernement est une basileia (monarchie), le chef d’État étant le basileus. Son fils, Alexandre, reçoit le titre de kurios (régent) de Macédoine pendant qu'il mène ses campagnes militaires. Après l’assassinat de Philippe en , Alexandre prend le contrôle du royaume en éliminant ses rivaux. La même année, accède au trône de Perse et devient le Grand Roi.

Par ailleurs, Alexandre est, à la suite de son père, hégémon (commandant en chef) de la Ligue de Corinthe qui vise à unir les cités grecques contre l'Empire perse. Cette ligue des Hellènes a été rétablie en par le Diadoque Antigone le Borgne et son fils Démétrios Poliorcète.

Le rôle des Compagnons

L’institution des Compagnons (Hetairoi) offre à l'armée macédonienne une souplesse dans le cadre des opérations militaires et d'une répartition des talents. Les Compagnons n'ont pas de fonctions fixes, à l’exception de la cavalerie. Ils sont plutôt un ensemble d’officiers, qu'Alexandre peut assigner au gré des besoins. Généralement membres de la noblesse macédonienne (on trouve aussi des Grecs), beaucoup sont unis personnellement à Alexandre. Au fil de la conquête, certains obtiennent pouvoirs et richesses. La mort d'Alexandre ne signifie pas l'extinction de leurs ambitions, du moins pour les plus importants d'entre eux.

Les accords de Babylone

vignette|redresse=1.5|Partage de l'empire d'Alexandre après les accords de Babylone. Quand Alexandre le Grand meurt à Babylone en , il laisse derrière lui un immense empire qui s'étend de la Macédoine au Pendjab, en incluant notamment les régions suivantes : l'Anatolie, le Levant, l’Égypte, la Babylonie, la Perse et la Bactriane.

Les dissensions entre les généraux d'Alexandre apparaissent immédiatement car il meurt sans héritier désigné, même si, selon les auteurs de la Vulgate, il aurait confié, agonisant, l'anneau royal à Perdiccas, deuxième dans la hiérarchie à la fin du règne. Méléagre et la phalange soutiennent en effet le demi-frère d'Alexandre, , alors que Perdiccas soutient lui l'idée d'attendre la naissance de l'enfant qu'Alexandre a eu avec Roxane. Un compromis est trouvé : devient roi en compagnie de l'enfant de Roxane, le futur , dans l'idée qu'il serait un garçon. Perdiccas devient chiliarque (régent) de l'« empire », autrement dit des territoires d'Asie. Cependant, il fait exécuter Méléagre et cherche à exercer un plein contrôle sur les affaires politiques, ce qui suscite l'hostilité de certains généraux.

La plupart de ces dignitaires reçoivent d'importantes dotations sous la forme de satrapies. Les principales désignations sont les suivantes : Ptolémée reçoit l'Égypte ; Antigone, la Phrygie, la Lycie et la Pamphylie ; Lysimaque, la Thrace ; Léonnatos, la Phrygie hellespontique ; Eumène de Cardia la Cappadoce ; Néoptolème l'Arménie ; Peithon la Médie. La Macédoine et la Grèce restent sous l'égide d'Antipater, dont le fils, Cassandre, devient commandant des hypaspistes. Enfin Séleucos obtient le commandement de la cavalerie des Compagnons en tant qu'hipparque.

Dans les territoires orientaux, Perdiccas conserve les dirigeants mis en place par Alexandre : Taxilès et Poros en Inde, Oxyartès dans les Paropamisades, Peucestas en Perside, Sibyrtios en Arachosie et Gédrosie, Stasanor en Arie et Drangiane, Philippe en Bactriane et Sogdiane, etc.

La régence d'Antipater

Antipater conserve sous le règne d'Alexandre le rôle éminent qu'il tient depuis . Quand l'armée macédonienne part pour l'Asie en , il est en effet désigné régent de Macédoine et de Grèce, au titre de « stratège d'Europe ». Peu de temps avant sa mort en , Alexandre confie à Cratère la mission de ramener les vétérans en Macédoine et de prendre la place d'Antipater, lequel doit se rendre à Babylone à la tête de nouvelles troupes. Mais la mort d’Alexandre remet en cause cette décision. Antipater est en effet confirmé comme régent de Macédoine et de Grèce par les accords de Babylone. Ils forment une sorte de « triumvirat » avec Perdiccas, chiliarque de l'empire, et Cratère, tuteur des rois.

Cratère, tuteur des rois

Cratère est l'un des principaux commandants d'Alexandre, et l'un de ses plus proches « conseillers » avec Héphaistion. Après la sédition d'Opis sur le Tigre en , Alexandre lui ordonne, en compagnie de Léonnatos, de ramener les vétérans en Macédoine. C'est en Cilicie que Cratère apprend la mort du roi. Mais du fait de la distance qui le sépare de Babylone, il ne peut pas participer aux accords de Babylone. De par son prestige, il est tout de même désigné tuteur (prostatès) des rois et , respectivement demi-frère et fils posthume d'Alexandre. Cratère et Léonnatos se rendent en Europe car la nouvelle de la mort d’Alexandre a provoqué la rébellion des Grecs durant la guerre lamiaque en . À l'issue de cette campagne victorieuse, Antipater lui offre sa fille Phila. Par la suite il est alerté par Antigone le Borgne des ambitions « impériales » de Perdiccas et passe en Asie Mineure avec l'appui de Néoptolème qui le persuade de marcher contre Eumène de Cardia, le stratège de Perdiccas. Il trouve la mort en combattant Eumène au printemps en Cilicie.

Les ambitions de Léonnatos

À la mort d'Alexandre, le Conseil des Sômatophylaques et des Philoi (Amis), désigne Léonnatos, en compagnie de Perdiccas, tuteur (prostatès) provisoire de l'enfant à naître de Roxane, le futur . Lors des accords de Babylone, Léonnatos abandonne la prostasie à Cratère. Léonnatos aurait nourri des ambitions royales, légitimé par sa parenté avec la mère de , Eurydice, et la promesse d’un mariage avec Cléopâtre, sœur d’Alexandre. Alors qu'il est censé faire la conquête de la Cappadoce au profit d'Eumène de Cardia, il répond à l'appel d'Antipater, enfermé dans Lamia. Antipater lui aurait proposé d’épouser l'une de ses filles, peut-être Eurydice. La guerre lamiaque donne à Léonnatos l'occasion de remporter un succès militaire dont il espère profiter pour remplacer Antipater à la régence et peut-être se proclamer roi de Macédoine. Il détourne donc une grande partie de l'armée destinée à la conquête de la Cappadoce et intervient pour secourir Antipater. Mais Léonnatos est tué lors d'un engagement aux pieds des remparts de Lamia en

L'ère des Diadoques

La répression des révoltes

La nouvelle de la mort d'Alexandre inspire une révolte des cités grecques emmenées par Athènes, connue sous le nom de guerre lamiaque. Les Grecs contraignent Antipater à s'enfermer dans la forteresse de Lamia en Thessalie. Celui-ci reçoit le soutien de renforts commandés par Léonnatos qui trouve la mort pendant les combats. Mais la guerre ne se termine qu'avec l'arrivée de Cratère, à la tête des vétérans, qui défait les Grecs à la bataille de Crannon en

Dans le même temps, Peithon, l'ambitieux satrape de Médie, réprime sévèrement une révolte des colons grecs de Bactriane qui souhaitent leur rapatriement. Perdiccas et Eumène de Cardia soumettent la Cappadoce, jamais conquise par Alexandre, en battant le roi auto-proclamé Ariarathe.

La première guerre des Diadoques (–)

Le mariage prévu entre Perdiccas et la sœur d'Alexandre, Cléopâtre, ainsi que les ambitions hégémoniques, si ce n'est royales, du chiliarque, suscitent l'hostilité d'Antipater, Cratère, Antigone et Ptolémée qui forment rapidement une coalition. L'élément déclencheur de la guerre est, en , le détournement par Ptolémée de la dépouille embaumée d'Alexandre et son transfert en Égypte à Memphis. Bien qu'Eumène de Cardia parvienne à vaincre (et tuer) Cratère en Asie mineure à la bataille de l'Hellespont, Perdiccas est assassiné sur le Nil par ses généraux conjurés, dont Séleucos, Peithon et Antigénès. La mort de Perdiccas oblige à une nouvelle répartition du pouvoir.

Le partage de Triparadisos

Consécutivement à la mort de Perdiccas en , les Diadoques se partagent le pouvoir à Triparadisos (Syrie). La répartition des satrapies ne connait pas de grandes modifications. Antipater devient le régent (épimélète) de l'« empire » tandis que les deux roitelets, et , sont placés sous sa garde en Macédoine. Antigone est chargé de lutter contre le premier soutien de Perdiccas, Eumène de Cardia. De fait, Antipater maintient son contrôle sur l'Europe, tandis qu'Antigone tient une position similaire en Asie. La désignation d'Antipater rencontre pour seule opposition celle d'Eurydice, l'ambitieuse épouse de .

Mort d'Antipater et ses conséquences