Violette Nozière, née le à Neuvy-sur-Loire (Nièvre) et morte le au Petit-Quevilly (Seine-Maritime), est une lycéenne française qui défraie la chronique judiciaire et criminelle dans les années 1930.

Cette jeune parricide de 18 ans est condamnée à mort par la cour d'assises le à Paris, peine commuée par le président de la République Albert Lebrun en travaux forcés à perpétuité. Le , le maréchal Philippe Pétain réduit la sentence à 12 ans. Elle est finalement libérée le , puis graciée par le général de Gaulle le suivant : décret du 17 novembre 1945, signé du général de Gaulle, accordant remise de son interdiction de séjour à Violette Nozière, condamnée en 1934 pour empoisonnement et parricide. (Référence du dossier de recours en grâce : )..

La cour d'appel de Rouen rend un arrêt exceptionnel dans les annales de la justice française concernant l'auteur d'un crime de droit commun qui a été condamné à la peine capitale, en prononçant la réhabilitation de Violette Nozière le .

Cette affaire criminelle connaît un grand retentissement en France et, en raison de son impact médiatique jusqu'à nos jours, est devenue un fait de société.

Biographie Enfance et adolescence vignette|redresse|droite|L'immeuble au bis rue Montgallet à Paris, où habitent, en 1914, les parents de Violette Nozière.

Violette NozièreLe nom de famille est parfois orthographié à tort Nozières. naît le à Neuvy-sur-Loire, à quatre heures du soirArchives municipales : État civil - acte de naissance - Mairie de Neuvy-sur-Loire. Place de la Mairie 58450 Neuvy-sur-Loire.Germaine est bien le second prénom de Violette Nozière, et elle est bien née à quatre heures du soir et non à quatre heures du matin.. Elle est la fille unique de Baptiste NozièreBaptiste Nozière est né à Prades en Haute-Loire le . Source : Archives municipales : État civil - acte de naissance - Mairie de Prades. Le Bourg 43300 Prades.Un seul prénom dans l'acte de naissance de Baptiste Nozière. Son père, Félix Nozière, 27 ans, est cultivateur et sa mère Marie, Constance Bernard, 19 ans, ménagère. Les professions de Félix Nozière sont successivement : domestique, cultivateur, boulanger, aubergiste., mécanicien ajusteur aux Chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée (PLM), et de Germaine Joséphine HézardGermaine Hézard est née à Neuvy-sur-Loire le . Source : Archives municipales : État civil - acte de naissance - Mairie de Neuvy-sur-Loire. Place de la Mairie 58450 Neuvy-sur-Loire.Ses parents sont Alsime François Hézard, 42 ans, vigneron, et Clémence Philomène Boutron, 38 ans, sans profession..

Germaine Hézard rencontre au mois de Baptiste Nozière. Le couple demeure à Paris, dans le , au bis rue Montgallet. Elle est déjà enceinte de quatre mois lorsqu'elle épouse en secondes noces Baptiste, à Paris dans le même arrondissement, le Archives de Paris : État civil - acte de mariage - Mairie du . 130 avenue Daumesnil 75012 Paris.Les témoins habitent le même arrondissement : Charles Bois, 58 ans, fabricant de meubles, au 3 rue Érard. Antoine Vidal, 45 ans, ébéniste, au 8 rue Chaligny. Talma Portal, 55 ans, employé, au 1 rue Bignon. Fernand Duchesne, 46 ans, employé de commerce, au 7 rue Crozatier.. Les époux ne font pas de contrat de mariage. Germaine Hézard est mécanicienne, car un certain nombre de femmes remplacent les hommes mobilisésChemins de Mémoire : .. C'est le début de la Première Guerre mondialeChemins de Mémoire : .. Baptiste Nozière est chauffeur aux chemins de fer et le reste tout au long des hostilités : il effectue la campagne contre l'Allemagne au PLM, du au , affecté au transport des troupes et du matériel militaireArchives militaires : état signalétique et des services et registre matricule de recrutement . Archives départementales de Haute-Loire. Avenue de Tonbridge 43012 Le Puy-en-Velay.. Pendant toute la guerre, Neuvy-sur-Loire est le lieu de résidence de Baptiste et Germaine Nozière.

À la fin de la « Grande Guerre », Baptiste Nozière revient à Paris, du fait de sa profession. La famille loge au rue de Madagascar, dans le , près de la gare de Lyon. Violette Nozière va passer toute sa jeunesse dans un simple deux-pièces cuisine, au sixième étage sur cour, où la promiscuité ne laisse que peu de place à l'intimité. Le climat familial devient pour la jeune fille trop étouffant. Bonne élève, Violette obtient le certificat d'études primaires. Elle poursuit sa scolarité à l'école primaire supérieure de jeunes filles Sophie Germain du , puis au lycée Voltaire, dans le . Ses parents inscrivent ensuite leur fille au lycée Fénelon, dans le Quartier latin.

Ces changements d'établissements sont la conséquence de la dégradation des résultats scolaires, mais surtout du comportement de Violette Nozière. Un conseil des professeurs rend un avis sans appel : .. La jeune fille paraît plus que son âge ; elle découvre les premiers émois amoureux et compte parmi ses premiers amants Pierre Camus, un étudiant en médecine à Paris, et Jean Guillard, un ami d'enfance qu'elle retrouve pendant les vacances à Neuvy-sur-Loire. Elle recourt à ses premiers mensonges, du fait de retards et d'absences répétés. Violette Nozière va acquérir la réputation d'être une « petite coureuse », tout comme sa meilleure amie, Madeleine Georgette Debize (1915-1985), dite MaddyMaddy, diminutif repris par la presse et l'écrivain Jean-Marie Fitère, ainsi que dans le film Violette Nozière. Mado sera le prénom, noté par le commissaire Marcel Guillaume dans ses mémoires et l'historien Bernard Hautecloque. Madeleine Georgette Debize est la fille de Georges Debize, dessinateur, et d'Armande Clothilde Briault. Elle est née le dans le de Paris. Mariée deux fois, en 1944 et 1977, elle meurt le à Corbeil-Essonnes dans le département de l'Essonne., qui demeure également dans le au 7 rue Claude-Decaen. Maddy a une véritable influence sur Violette. Cette génération née pendant la guerre, vivant dans une période de crise économique profonde, pense surtout à se divertir et veut se libérer de la tutelle moralisatrice et envahissante de la précédente génération. Les femmes n'ont pas le droit de vote et doivent attendre leur majorité, soit vingt et un ans, pour être autonomes. L'avenir que la société leur réserve est tout tracé : être une bonne mère et une bonne épouseBonne mère et bonne épouse, ce que sera effectivement Violette Nozière après sa libération.. Un lendemain encore bien lointain pour Violette Nozière. Le besoin d'indépendance, de liberté, de plaisirs, de changer de vie, est de plus en plus pressant. Pour ses sorties, et pour faire face à ses dépenses comme les toilettes, les restaurants, les bars, les hôtels, les taxis, la jeune fille a besoin d'argent. Commencent alors les vols, au domicile de ses parents ou chez des commerçants. Elle va également recourir à la prostitution occasionnelle.Se reporter au livre de . Comme le souligne l'auteur, une centaine d'étudiantes se livraient ainsi à la prostitution d'après les estimations de la police., pour subvenir rapidement à ses besoins, ce que Violette Nozière nommera pudiquement .Lire également l'article de . Elle n'hésite pas non plus à poser nue pour une revue. Commentaire de l'article : « Violette Nozière photographiée au cours d'une soirée intime (Collection Romi) ».. Commentaire de l'article : « Violette était fière de cette photo « coquine », réalisée par un photographe anonyme « spécialisé » (Collection Romi) ».. Une lente dérive s'amorce et une double vie s'installe.

vignette|droite|redresse|Violette Nozière au cours de l'année 1933.

Au mois d', Violette Nozière apprend, après plusieurs consultations auprès du docteur Henri Déron, à l'hôpital Xavier-Bichat, dans le de Paris, qu'elle est syphilitique (IST). Elle va imaginer une sœur du docteur Déron, une relation flatteuse et au-dessus de tout soupçon, pour justifier ses absences auprès de sa famille. Désœuvrée, elle passe la majeure partie de son temps dans les cinémas et les brasseries des grands boulevards du . Ses préférés sont le bar de la Sorbonne ou le Palais du Café au 31 boulevard Saint-Michel et cet établissement devient son « quartier général ». La fréquentation du monde étudiant, cette classe sociale aisée, amène aussi Violette Nozière à mentir sur ses origines, son milieu : son père est devenu ingénieur en chef au PLM et sa mère est « première » chez Paquin. Violette Nozière a honte de ses parents qui sont pourtant bien indulgents avec leur fille, selon le biographe Jean-Marie Fitère. Elle s'en éloigne de plus en plus. Elle confie à ses camarades ses tourments : que son père , ou . et qu'il était jaloux de ses amis. Le , la lycéenne dérobe un dictionnaire dans une librairie. À la suite de ce méfait, une dispute éclate entre le père et la fille. Le lendemain de l'incident, les parents découvrent un mot de Violette qui leur fait part de son intention de se jeter dans la Seine. Aussitôt, les commissariats voisins sont alertés. Leur fille de 17 ans est retrouvée quai Saint-Michel dans le , saine et sauveLa source citée est extraite du livre de Jean-Marie Fitère, Violette Nozière, Presses de la Cité, 1975. Une autre version est celle du journal La France : « L'affaire Nozières - Première menace de suicide », article du . La déposition de Violette Nozière devant le juge, le , est en effet différente : « Enfin, point important, l'interrogatoire arriva à la tentative de suicide de l'accusée, du : . et Nozières trouvèrent la lettre le soir et coururent, affolés, dans les commissariats. On leur dit, à celui de l'Odéon, que Violette Nozières, bien connue, venait de quitter le quartier Latin et des amis s'offrirent à aller à sa recherche. Ces derniers devaient trouver, vers 22 heures, la désespérée errant le long des quais. Elle n'avait pas eu le courage de mettre son projet à exécution »..

La maladie de Violette Nozière s'aggrave, au début du mois de , et elle n'a plus d'autre choix que d'informer ses parents de son état de santé, suivant les recommandations de son médecin. Elle amène le docteur Henri Déron à rédiger un faux certificat de virginité. De cette façon, elle rend ses parents responsables de cette maladie contagieuse, l'hérédosyphilis. Le médecin convoque à l'hôpital Baptiste Nozière, le . À son retour, le père informe son épouse de cette maladie « héréditaire », dont souffrirait Violette. En résulte une nouvelle dispute entre les parents et leur fille mais, pour l'adolescente, ce sera une dispute de trop.

L'affaire Violette Nozière Les faits vignette|redresse|L'immeuble du rue de Madagascar.