Roger Mortimer ( – ), Mortimer de Wigmore et comte de March, est un important et puissant seigneur anglais des Marches galloises. Descendant d'un des compagnons normands de Guillaume le Conquérant, il hérite à la mort de son père Edmond Mortimer en 1304 de plusieurs possessions importantes au pays de Galles et en Irlande. Mortimer acquiert en outre de nombreux autres domaines au pays de Galles et en Irlande grâce à son avantageux mariage avec Jeanne de Geneville, Geneville. Il consacre une grande partie de sa carrière militaire en Irlande, où il défend le patrimoine de son épouse face aux prétentions de ses rivaux locaux et s'oppose à l'invasion écossaise menée par Édouard Bruce. Ainsi, en 1316, il est nommé Lord lieutenant d'Irlande par le roi et parvient au bout de deux ans d'efforts incessants à expulser les Écossais d'Irlande et à restaurer la paix dans ses terres.
Initialement partisan de la politique menée par le roi Édouard, Roger Mortimer rallie progressivement l'opposition baronniale à partir de 1320. Il devient rapidement un adversaire implacable d'Hugues le Despenser le Jeune, le nouveau favori royal, et impose son bannissement perpétuel en 1321. Mais, isolé et vaincu par les troupes royales, Roger est contraint de capituler dès l'année suivante et est emprisonné à la tour de Londres pour haute trahison. En 1323, il parvient à s'enfuir en France, où il est rejoint deux ans plus tard par l'épouse d', Isabelle de France, qui conclut avec lui une alliance et devient peut-être sa maîtresse. Les deux alliés réunissent à Paris une cour en exil rassemblant les opposants au régime d'Édouard et des Despenser et mènent à l'automne 1326 une invasion victorieuse de l'Angleterre. Mortimer joue un rôle important lors de la destitution d' en 1327 et sera plus tard accusé d'avoir manigancé l'assassinat de l'ancien souverain au château de Berkeley.
Durant les trois ans qui suivent la chute d', Roger Mortimer gouverne de facto l'Angleterre aux côtés d'Isabelle. Il se sert de son influence croissante à la cour pour parvenir à ses fins. Ainsi, il est créé comte de March en 1328 et s'empare peu à peu de nombreuses terres, principalement situées dans les Marches galloises, où il cherche à assurer son hégémonie. Mais sa cupidité, son arrogance, sa démesure et sa gestion impopulaire du conflit avec l'Écosse provoquent le mécontentement de la noblesse anglaise, qui fomente plusieurs rébellions et complots contre sa personne. Finalement, las du comportement du favori de sa mère, le jeune renverse Mortimer en . Immédiatement incarcéré et accusé de nombreux crimes, le plus notoire étant sans doute d'avoir usurpé le pouvoir royal, Roger Mortimer est condamné à être pendu au gibet de Tyburn et voit l'ensemble de ses biens confisqués par la couronne.
Biographie Origines, jeunesse et mariage Roger Mortimer est issu de la famille Mortimer, d'origine normande et établie en Angleterre depuis l'avènement de Guillaume le Conquérant au milieu du . Grâce à leur héritage et aux dons du roi , les Mortimer appartiennent à la fin du à l'une des plus nobles familles de barons d'Angleterre. Roger, né le , est le fils aîné et l'héritier d'Edmond Mortimer, baron Mortimer de Wigmore, et de son épouse Marguerite de Fiennes. Selon son biographe Ian Mortimer, il est probablement envoyé, encore enfant, pour servir dans la domesticité de son puissant oncle, le baron Roger Mortimer de Chirk, qui s'est illustré lors de la conquête anglaise du pays de Galles en 1282. Comme nombre de jeunes nobles de son époque, Roger est fiancé tôt à Jeanne de Geneville, fille du seigneur décédé Piers de Geneville, et l'épouse le . Jeanne est désignée par son grand-père paternel Geoffroy de Geneville, baron de Trim et de Ludlow, comme sa seule héritière et envoie ses deux sœurs cadettes au prieuré d'Aconbury, situé dans le Herefordshire. À la mort de son père en , Roger est âgé de 17 ans et encore mineur. Son héritage comprend notamment le bastion ancestral de Wigmore, ainsi que d'autres propriétés dans le Herefordshire, le Shropshire, le Gloucestershire, le Worcestershire et le sud de l'Angleterre. Étant également descendant des familles le Maréchal et de Briouze, Mortimer devient un des barons de la pairie d'Irlande en acquérant Dunamase dans le comté de Laois. Mais avant toute chose, Roger détient sept seigneuries importantes dans les Marches galloises : il s'agit de Maelienydd, de Gwerthrynion, de Radnor, de Ceri, de Cedewain, de Narberth et d'un tiers de celle de St Clears Castle. Cependant, sa mère Marguerite a le contrôle d'au moins la moitié de son patrimoine paternel à titre de douaire, et comme elle lui survivra, Roger n'aura jamais la complète jouissance des possessions de son père.
Mortimer vit probablement déjà à la cour du roi et y reçoit une éducation chevaleresque lorsque son père Edmond meurt à l'été 1304. La tutelle de ses biens jusqu'à ce qu'il atteigne sa majorité de 21 ans est confiée à Pierre Gaveston, le favori gascon du prince de Galles et héritier du trône Édouard de Carnarvon, le futur . Mortimer entretient sans doute de bonnes relations avec son tuteur, qui n'a que quatre ans de plus que lui. En , Roger reçoit la pleine jouissance de ses terres paternelles, alors qu'il n'est âgé que de 19 ans, mais paie toutefois en compensation à Gaveston la somme de 2 500 marcs. Le , il est adoubé par le roi Édouard aux côtés du prince de Galles, de son cousin Edmond FitzAlan et de nombreux autres jeunes nobles du royaume. Au mois de juin et juillet suivant, Roger participe à l'expédition d' en Écosse à la suite de l'insurrection de Robert Bruce. Pourtant, à la fin de la campagne, Mortimer, Gaveston et d'autres jeunes chevaliers désertent l'armée anglaise pour se rendre à un tournoi organisé en France. Furieux, le roi confisque les biens des déserteurs et émet des ordres afin de faire procéder à leur arrestation. Gaveston supplie le prince de Galles d'intervenir auprès du roi son père en leur faveur. Secondé par la reine Marguerite, le prince plaide la cause des jeunes chevaliers, qui sont pardonnés et recouvrent leurs possessions en . En février suivant, Mortimer est convié pour la première fois au Parlement sous le titre de baron Mortimer de Wigmore. En , le grand-père de Jeanne, Geoffroy de Geneville, lui transfère le contrôle de ses possessions irlandaises, puis se retire dans un monastère. À sa mort en , Jeanne lui succède suo jure en tant que baronne Geneville, tandis que Roger entre en Irlande en possession du château de Trim et de l'importante seigneurie de Meath. Il devient ainsi l'un des principaux barons d'Irlande. Le patrimoine des Geneville lui permet aussi de renforcer sa puissance territoriale dans les Marches galloises, grâce à l'acquisition des seigneuries d'Ewyas Lacy, de Ludlow et d'autres dans le Shropshire. Mortimer parvient de ce fait à compenser l'absence d'une grande partie de son propre héritage.
Rôle en Angleterre au début du règne d' vignette|Représentation de la bataille de Bannockburn, à laquelle est fait prisonnier Roger Mortimer, dans la Bible d'Holkham. Illustration datant d'environ 1327-1335. Du fait de son statut de grand baron du royaume, Roger Mortimer participe activement le au couronnement d', monté sur le trône après la mort de son père le . Peu après la cérémonie, alors que de nombreux magnats outrés par l'arrogance de Pierre Gaveston exigent son bannissement, le baron de Wigmore affiche son soutien au roi et à son favori. Le , il avoue et défend son amitié avec Gaveston devant le reste des barons, qui obtiennent finalement le suivant l'exil du favori royal. À la fin du mois de mars ou au début du mois d', Mortimer participe à un tournoi tenu à Dunstable, au cours duquel de nombreux magnats et chevaliers sont rassemblés, vraisemblablement pour y coordonner l'opposition baronniale face au roi Édouard. Cependant, Mortimer ne s'implique pas à cette époque dans le conflit entre et son cousin Thomas de Lancastre, leader officiel des barons mécontents et adversaire acharné de Pierre Gaveston. Il est globalement favorable à la politique entreprise par le roi et s'abstient de prendre parti pour les Ordonnateurs menés par Lancastre lorsqu'ils font sommairement exécuter Gaveston pour haute trahison en 1312, à la fureur d'Édouard. Ainsi, on sait qu'il soutient son souverain lors de ses campagnes infructueuses en Écosse en lui envoyant notamment des troupes galloises issues de ses baronnies des Marches lors de l'expédition du roi contre Robert Bruce pendant l'essentiel de l'année 1311. Au cours de l'année 1313, Roger Mortimer voyage au nom du roi en Gascogne pour y régler les contentieux au sein de l'administration anglaise locale. De retour en Angleterre, il prend part en à l'offensive menée par en Écosse qui vise à déloger Bruce et qui s'achève par la catastrophique défaite de Bannockburn. Le baron de Wigmore est capturé par les Écossais alors qu'il couvre avec le comte de Pembroke la fuite du roi. Le roi d'Écosse le libère cependant sans rançon et le charge de ramener en Angleterre le sceau royal et les cadavres du comte de Gloucester et du baron de Clifford, abandonnés par les Anglais sur le champ de bataille.
Le roi d'Angleterre se montre généreux envers le baron de Wigmore en récompense des nombreux services que celui-ci rend à la couronne. Dès , Mortimer reçoit la charge de défendre Cwmwd Deuddwr au pays de Galles et, en , le commandement du château de Builth, situé à un lieu stratégique au centre du Galles. Édouard s'inquiète en effet de la sécurité de cette région, qui a souvent été en rébellion contre la domination anglaise lors des dernières décennies. En conséquence, en , Roger participe à la répression anglaise à la suite du soulèvement du Gallois Llywelyn Bren dans le Glamorgan. Toutefois, tandis que Llywelyn Bren est exécuté deux ans plus tard, en 1318, par Hugues le Despenser le Jeune et ce en dépit d'une promesse de la part de Mortimer qu'il serait gracié par le roi, le baron de Wigmore dispense le pardon royal à plusieurs insurgés, dont Llywelyn ap Madog ap Hywel. En raison des succès militaires de Roger Mortimer en Irlande, le roi lui accorde la tutelle du jeune James Audley et, en , le baron fiance son pupille à sa fille Jeanne. Parallèlement, Roger commence à négocier des alliances avantageuses pour ses nombreux enfants. En , il parvient à marier son fils aîné et héritier Edmond à Élisabeth, une des filles du baron Bartholomew de Badlesmere, qu'il part secourir dès le mois suivant lorsque Badlesmere, qui est connétable de Bristol, est attaqué par les citoyens mécontents de cette même ville. Badlesmere paie la somme de 2 000 marcs à Mortimer pour le mariage de leurs enfants, tandis que Roger accorde en retour aux jeunes mariés plusieurs possessions dans le Somerset, le Buckinghamshire et les Marches galloises. En , il fait épouser sa fille Maud au fils de John Charleton, en échange de quoi il reconnaît la souveraineté de Charleton sur le Powys. Le mois suivant, une autre de ses filles, Marguerite, se marie avec Thomas, héritier du puissant baron des Marches Maurice de Berkeley, qui est un solide allié local du baron de Wigmore. Grâce à ces nombreux mariages, Roger Mortimer élargit son influence et son autorité en Galles et dans l'ouest de l'Angleterre.