vignette|Méduse Rondanini, ornant l'égide de la statue d'Athéna du Parthénon. Copie d'un original de Phidias.|alt=Tête de femme en marbre blanc ceinturée de serpents vignette|upright=1|Détail d'une statue d'Athéna vêtue de l'égide ornée du « gorgonéion » (). Copie archaïsante d'une statue du Musée Sainte-Croix (Poitiers).|alt=Statue représentant une femme aux boucles ondulantes, elle porte un casque attique et une cuirasse ornée d'une tête de Gorgone.

Méduse (en , Médousa), parfois Médusa, appelée aussi la Gorgone (, Gorgô), est dans la mythologie grecque l'une des trois Gorgones (avec ses sœurs Euryale et Sthéno). Elle est la seule à être mortelle. Fille de Phorcys et Céto, et donc petite-fille de l'union de la Terre (Gaïa) avec l'Océan (Pontos), elle appartient au groupe des divinités primordiales, tout comme ses cousines la Chimère et l'Hydre de Lerne qui, elles aussi, avaient des traits associés à l'image du serpent et ont été détruites par des héros. Même si elle figure au fronton de plusieurs temples, elle ne faisait l'objet d'aucun culte.

Ses yeux ont le pouvoir de pétrifier tout mortel qui croise son regard. Après avoir été décapitée par Persée, son masque est remis à Athéna qui le fixe sur son égide. La représentation du gorgonéion sera longtemps utilisée comme une protection contre le mauvais œil.

Généralement représentée de face, elle avait à l'époque archaïque un visage de sanglier, des yeux exorbités, des crocs, la langue pendante et des serpents dans la chevelure ou à la taille. Ses traits s'humanisent et se féminisent à l'âge classique et, placées dans des contextes similaires, les représentations figurées resteront remarquablement stables durant plus d'un millénaire avant d'être réinventées successivement à la Renaissance et par les peintres de la fin du . De monstre qu'elle était, Méduse deviendra l'archétype de la femme fatale.

Le mythe, qui peut être lu comme un conte d'initiation, a alimenté des recherches sur la puissance du féminin, le pouvoir du regard, l'importance des talismans, l'angoisse de castration et le rapport intime au monstrueux. Il semble aussi témoigner de l'existence de sociétés matriarcales préhistoriques et présente d'intrigantes correspondances avec la constellation de Persée. La figure de Méduse est toujours présente dans la culture contemporaine et a été revendiquée comme un puissant symbole de colère et de pouvoir par le courant féministe.

Le mythe dans l'Antiquité

Étymologie Le nom de Méduse (en grec : ) est le participe présent du verbe : régler, protéger, régner sur.. Il peut donc se traduire par « la protectrice ».

Dans les premiers états du mythe, Méduse est souvent désignée comme la Gorgone, du mot qui signifie « effrayant ».. Selon Thalia Phillies Howes, le mot Gorgone dérive de la racine indo-européenne garj qui désigne un cri terrifiant. Le bruit terrifiant qu'émet la Gorgone est un de ses attributs essentiels selon Vernant, qui s'appuie sur Pindare :

Sources anciennes

Les premières mentions du mythe apparaissent chez Homère, qui ne cite jamais Méduse ni Persée, mais seulement la Gorgone, et celle-ci est simplement une tête monstrueuse placée sur l’Égide. Ainsi, quand Athéna est prête à se lancer dans la bataille, elle . Le bouclier d'Agamemnon est muni d'une tête de Gorgone sculptée sur un fond d'émail noir, « à l’aspect effrayant et aux regards horribles » (, v. 32 à 40, traduction d’Eugène Bareste).. Dans l’Odyssée, alors qu'il est descendu aux Enfers, Ulysse craint que Perséphone ne lui exhibe et fait immédiatement demi-tour. Selon Vernant, cela laisse entendre que Gorgone

Hésiode nomme trois Gorgones : Euryalè, Stheinô et Méduse, cette dernière étant proprement la Gorgone, et il donne les premiers éléments du mythe (voir ci-contre). Au , le Pseudo-Hésiode mentionne l'exploit de Persée dans Le Bouclier d'HéraclèsLe Bouclier d'Hercule, v. 220-237.. Le poète tragique Eschyle a consacré une tétralogie à ce mythe dont on ne connait que des fragments (Danaé, Les Phorkides, Polydecte et Les Tireurs de filet)..

Au , Pindare évoque . Dans le même poème, il décrit Méduse comme ayant de « belles joues » et attribue l'invention de la flûte au désir d'Athéna d'imiter avec cet instrument « les cris lugubres que de sa bouche effroyable poussait la féroce Euryale », sœur de Méduse. Cette mention établit un lien entre Méduse et l'art de la musique.

Vers la fin du , Euripide livre d'autres éléments du mythe dans Ion. Il rappelle que dont le , que et . La mère d'Ion possède deux gouttes du sang de la Gorgone : , tandis que l'autre . En outre, le lange dont elle avait emmailloté son bébé portait en son centre la figure de la GorgoneEuripide, Ion, et suiv...

Versions du mythe Dans les premiers états du mythe, « la Gorgone est un monstre, l'une des divinités primordiales, appartenant à la génération pré-olympienne. Puis on en vint à la considérer comme une victime d'une métamorphose. » Ce monstre hybride avait des ailes d'or, des mains de bronze et des défenses de sanglier. Elle est parfois représentée sous la forme d'un centaure femelle (voir ci-dessous). Sa demeure varie selon les auteurs : elle est située à l'extrême ouest du monde, du côté des Hespérides selon Hésiode, chez les Hyperboréens au nord selon Pindare ou, le plus souvent, à l'ouest de la Libye, , 200..

Le mythe a longtemps été connu par le récit qu'en fait Ovide au des Métamorphoses., mais cette version présente quelques détails qui ne correspondent pas aux autres sources. En revanche, la version qu'en donne Apollodore (, 4, 2). au est considérée comme plus fiable car elle est corroborée par le récit que donnait déjà Phérécyde au , récit qui nous est connu par des scholies apposées en marge d'un ouvrage d'Apollonios de RhodesPhérécyde, , 26 ().. Les spécialistes en concluent que la version d'Apollodore était en vigueur depuis au moins le et qu'elle avait même probablement acquis sa forme définitive dès le compte tenu des éléments convergents avec les sources anciennes, depuis la Théogonie d'Hésiode jusqu'à EuripideSelon une hypothèse de , la version d'Apollodore pourrait bien être « trop complète » en raison d'une volonté d'intégrer des éléments disparates provenant de divers mythes. Ainsi, Hésiode mentionne la naissance de Chrysaor et de Pégase, mais ne dit rien du reste du récit ; quant à Phérécyde, il omet cette naissance monstrueuse et ne mentionne pas non plus Andromède..

Arbre généalogique de MéduseBasé sur .

Le récit vignette|Persée rendant leur œil aux Grées, par Johann Heinrich Füssli.|alt=Dessin au charbon représentant trois personnages en pied vus de dos.

Fille de Phorcys et de Céto, et donc sœur des Grées, mais mortelleLe fait que Méduse est mortelle, alors que ses sœurs ne le sont pas, est nécessaire au récit mythique vu qu'elle doit être tuée par Persée. Cela montre qu'elle est en fait Le récit mythique contient nombre de références à des objets rituels : la coiffe spéciale, le bouclier miroir, la faucille adamantine, les sandales ailées, etc. ()., Méduse est une belle jeune fille dont Poséidon s'éprendThéogonie, 278-279.. Violée par ce dieu dans un temple dédié à Athéna, elle est punie par cette même déesse qui la transforme en Gorgone (, v. 793 et suiv.).. Ses cheveux deviennent des serpents, ses yeux se dilatent et désormais son regard pétrifie tous ceux qui le croisentC'est l'origine du terme « médusé », synonyme de « stupéfait ».. Selon une autre version, que cite Apollodore, Méduse était une jeune fille tellement fière de sa beauté et de sa chevelure qu'elle avait osé rivaliser avec Athéna. Pour la punir, la déesse changea ses cheveux en serpents et modifia son regard (, 4, 3).. De même, selon Ovide Les Métamorphoses, , .. Elle vivait sur l'île de Sériphos.

Or, Danaé, chassée d'Argos avec son fils Persée, est recueillie par Dictys, un pêcheur de cette île. Celui-ci la prend dans sa maison et élève son enfant. Comme Polydecte, frère jumeau de Dictys et roi de l'île, s'était épris de Danaé et cherchait un moyen d'écarter le jeune Persée, il l'invite avec d'autres à lui faire cadeau d'un cheval pour la dot d'Hippodamie. Persée ayant répondu par bravade , le roi le prend au mot et déclare que s'il ne la lui apporte pas, il épousera Danaé. Se lamentant sur son triste sort, Persée se rend à l'autre bout de l'île. Il rencontre le dieu Hermès, qui lui dit de ne pas se décourager. Avec son aide et celle d'Athéna, Persée se rend chez les sœurs des Gorgones, les Grées (les « Vieilles »), qui sont nées avec des cheveux blancs et vivent dans une grotte où ne pénètre jamais la lumière du Soleil ni la clarté de la Lune ; elles n'ont ensemble qu'un seul œil et une seule dent, qu'elles se passent à tour de rôle. Comme elles refusent de coopérer, il leur subtilise leur œil et leur dent au moment où elles se les passent de l'une à l'autre, pour les forcer à lui répondre. Il apprend ainsi le chemin qui mène chez les nymphes, après quoi il leur rend l'œil et la dent, ou, selon une autre source, il jette ceux-ci dans le lac Triton, en Libye, afin de les neutraliser définitivementCe détail pourrait provenir des Phorkides d'Eschyle. Voir .. Arrivé chez les nymphes, celles-ci lui indiquent la grotte où se trouvent les Gorgones et lui remettent trois objets magiques : des sandales ailées qui permettent de voler, le casque d'Hadès (la kunée) qui rend invisible parce qu'il est, selon Vernant, le , ainsi qu'une besace (la kibisis) pour y placer la tête de Méduse. alt=Persée au centre tient Méduse, à droite, dans les mains. Persée n'a pas de bouclier et utilise une épée. Athéna est à gauche.|vignette|Métope du temple C de Sélinonte montrant Athéna à côté de Persée décapitant Méduse.