Chavouot (en hébreu : , Shavouot « semaines » ; en grec : , « cinquantième jour »), appelée parfois en français « Pentecôte », est l’une des trois fêtes de pèlerinage du judaïsme, prescrites par la Bible, au cours de laquelle on célèbre le début de la saison de la moisson du blé et, dans la tradition rabbinique, le don de la Torah sur le mont Sinaï.

Elle a lieu au terme du décompte de l’omer, le du mois juif de sivan (correspondant, selon les années, au mois de mai ou juin dans le calendrier grégorien). Elle dure deux jours en diaspora mais un seul en terre d’Israël (et dans le judaïsme réformé).

Chavouot dans les sources juives

Dans les livres de la période biblique

Chavouot est mentionnée pour la première fois comme la « fête de la moisson » faisant suite à la fête des azymes et précédant la fête de la récolte dans le cycle agricole annuel Exode 23:16-17.. Il est prescrit aux hommes de présenter en ce jour les prémices de la terre devant la maison de DieuExode 23:17 & 34:26.. Elle est, pour cette raison, également connue comme « jour des prémices » Nombres 28:26. vignette|Découpage de papier coloré dans une technique mixte représentant des symboles liés au judaïsme et à la nature. L'inscription se lit: "Jom Chag Ha Schawuot ha se". Dans la collection du Musée juif de Suisse. De ces trois fêtes, la « fête des semainesExode 34:22 ; Deutéronome 16:10. » est la seule à ne pas être définie par une date précise du calendrier. mais par sa relation à la fête des azymes : au « lendemain du chabbat », un omer doit être prélevé sur les prémices de la nouvelle récolte d’orge et être offerte au prêtre ; à dater du jour de cette offrande, sept semaines entières doivent être comptées, au terme desquelles une « oblation nouvelle », consistant en deux miches provenant de la nouvelle récolte de blé et cuites à pâte levée, est offerte sur l’autel pour y être balancée. Cette offrande nouvelle s’accompagne d’offrandes animales, oblations et libations supplémentaires, et le jour où elle est effectuée est saint ; les « œuvres serviles » y sont proscritesLévitique 23:9-22 ; Nombres 28:26-31..

Le jour doit en outre donner lieu, après que les enfants d’Israël ont pris possession du pays, à une réjouissance collective, au cours de laquelle les « prémices de ton labeur que tu as cultivé dans ton champ » sont remis au prêtre. Cette offrande n’incombe pas à la communauté, c’est « un tribut d’une offrande de ta main en toute liberté » grâce à laquelle « tu te réjouiras devant H' ton Dieu, toi, ton fils, ta fille, … le Lévite qui réside dans tes portes, l’étranger, l’orphelin et la veuve »Deutéronome 16:1-12 ; cf. & ..

La fête est assez peu évoquée dans la littérature prophétique2 Rois 4:42, Isaïe 9:2 & Jérémie 5:24 .. Le chroniqueur assure cependant que Salomon réalisait des offrandes « en se conformant au rite de chaque jour, il les offrait, selon les prescriptions de Moïse, les jours du chabbat et des néoménies et aux fêtes qui se suivent trois fois par an, à la fête des Azymes, à la fête des Semaines et à la fête des Tabernacles » 2 Chroniques 8:12-13..

Elle apparaît également dans la littérature deutérocanonique, comme un jour de joie devenu jour de peine pour TobieTobie 2:1-6, . et les Maccabées interrompent provisoirement leur lutte pour l’observer2 Macchabées 12:29-32, ..

Dans la littérature rabbinique Le rituel de Chavouot à l’ère du Second Temple

Bien que tombant pendant la saison de labour (et ne durant pour cette raison qu’un jour, contrairement à Pessa'h ou Souccotcf. Sifrei Devarim, Rèè, piska 140, cité in .), la célébration de Chavouot était fidèlement observée à l’époque du Second Temple. Outre le pèlerinage, commun aux trois fêtes et décrit dans le traité Haguiga, elle donnait lieu à la cérémonie des bikkourim, dont les rites font l’objet du traité Bikkourim, onzième et dernier traité de l’ordre Zeraïm. L’un des articles de ce traité rapporte le faste de cette cérémonie :

Le jour suivant Chavouot, appelé yom tavoua'h (hébreu : « jour de l’abattage »), a également un caractère quelque peu festif au cours duquel le deuil est interdit car c’est en ce jour que les offrandes de pèlerinage sont réalisées lorsque la fête a lieu à chabbat (les offrandes collectives ont priorité sur le chabbat mais non les offrandes des particuliers)T.B. Haguiga 18a ; voir aussi Michna Beroura 494:6. ; par ailleurs, Chavouot ne durant qu’un jour, les pèlerins disposent d’un délai d’une semaine pour s’acquitter de ces offrandes T.B. Haguiga 9a..

La controverse des dates

Chavouot tombait, selon les pharisiens, entre le 5 et le 7 sivan, en fonction de la conjonction lunaire des mois d’iyar et sivan. Cependant, si le judaïsme actuel (qui célèbre Chavouot le 6 sivan depuis la fixation du calendrier par ) se fonde sur cette tradition., elle était loin d’être universellement acceptée pendant la période du Second Temple.

Le Livre des Jubilés prescrivait par exemple de l’observer le 15 sivanJubilés 16:1 & 46:4, cités in mais selon 1:1, Moïse est monté sur la montagne le 16.. Les boéthusiens arguaient quant à eux que Chavouot devait toujours avoir lieu un dimanche, cinquante jours après le premier chabbat qui suivait la Pâque car « Moïse, aimant les enfants d’Israël, a[vait] voulu leur donner un jour saint étendu en annexant la fête de Chavouot (qui a lieu sept semaines après le jour de l’offrande) au chabbat »T.B. Menahot 65a-b..

La Septante, Flavius Josèphe et Philon d’Alexandrie partageaient l’interprétation pharisienne. Cependant, certains pensent que c’est en raison de cette controverse que la Mishna et les Talmuds ne se réfèrent à Chavouot que par le terme d’AtzeretCf. Mishna Shevi'it 1:1, Roch Hachana 1:2, T.B. Haguiga 9a, 18a . ou son équivalent araméen Atzarta (hébreu : « assemblée solennelle », « fête de clôture » ou « cessation »)T.B. Pessahim 42b & 68b ; voir aussi Flavius Josèphe, Antiquités judaïques . , ., en précisant qu’il s’agit de l’Atzeret shel Pessa'h afin de la différencier de Chemini Atzeret et du septième jour de la fête des azymes (Atzeret shevi'i)..

Chavouot et le don de la Torah thumb|La lecture du Livre de Ruth à Chavouot a été instituée dans le haut Moyen Âge parce qu’elle correspondait aux deux thèmes de la fête, la moisson et le don de la Torah. thumb|Il est de coutume, dans l’ensemble des communautés juives (à l’exception des yéménites .), de consommer à Chavouot laitages et fromages. Parmi les raisons avancées : la Torah est comparée au lait ; l’appellation du mont Sinaï dans le (Gavnounim) évoque le fromage (gvina) ; les enfants d’Israël, après avoir reçu les lois de la cacherout sur le Sinaï, ne consommèrent plus que des plats lactés jusqu’à ce qu’ils aient fini de cachériser leurs ustensiles par ébouillantage, & .. Alors que Chavouot ne possède pas, contrairement à Pessa'h et Souccot, de dimension historique dans la Bible hébraïque, les rabbins assurent que c’est en ce jour qu’eut lieu le don de la Torah, cinquante jours après l’Exode hors d’ÉgypteT.B. Chabbat 86a-88a ; T.B. Pessa'him 68b, Exode Rabba 31, Guide des Égarés III:41, Arbaa Tourim Orah Hayim 494, Choulhan Aroukh Orah Hayim 494:1, Maguen Avraham, introduction au siman 494 & ..

Cette tradition apparaît déjà en filigrane dans le Livre des Jubilés (c’est en ce jour que l’alliance sur le sang aurait été contractée avec Noé, renouvelée avec Abraham et renouvelée derechef avec Moïse), bien qu’à une date différenteJubilés 6:15-21 & 22:1, & .. Les rabbins pensent qu’elle a été donnée le 6 tandis que Rabbi Yosse penche pour le 7. La controverse a été tranchée en sa faveur et la Torah aurait été donnée le 7 sivan de cette année. Toutefois, tous s’accordent sur le fait que la Torah a été donnée à Chavouot et comme la date de cette fête a été fixée dans le calendrier de au 6 sivan, c’est en ce jour que le don de la Torah est commémoré.

L’association de Chavouot à la théophanie du Sinaï prend toute son importance après la destruction du second Temple et continue à lui assurer un caractère distinctif, alors que les pèlerinages et la cérémonie des prémices ne peuvent plus avoir lieu ; ..Le Midrash enseigne qu’il ne faut pas lire Hag hashavouot (« la fête des semaines ») mais Hag hashevouot (« la fête des serments ») car en ce jour, Israël a fait le serment irrévocable d’être fidèle à Dieu et Dieu a fait le serment irrévocable d’être fidèle à IsraëlTour Bareket, cité in ; .. En ce jour, la délivrance matérielle, célébrée à Pessa'h, s’est achevée sur le plan spirituel.. En ce jour, selon le Zohar (œuvre majeure de la Kabbale) la parade nuptiale du fiancé Israël envers sa fiancée la Torah a pris fin et « au mois des jumeaux (des Gémeaux), la Loi jumelle (écrite et orale) fut donnée aux enfants du jumeau Israël (Jacob qui était le jumeau d’Esaü) » ou, selon un autre enseignement, où « au troisième mois (sivan), la triple Loi (Torah, Neviim, Ketouvim) fut donné au troisième peuple »Zohar, parashat Yitro, 78b, cité in .. Les sept semaines qui séparent Pessa'h de Chavouot auraient dû être une période mi-fériée, à l’image de celle qui sépare le premier jour de Souccot de Chemini AtzeretRabbenou Behaye s.v. Lévitique 23:16., si des événements tragiques ne les avaient pas ultérieurement assombriesAroukh Hashoulhan Orah Hayim 493:1 ; ..

La prépondérance du don de la Torah s’est également marquée dans les coutumes de la fête : aux ablutions vespérales habituellement réalisées avant les fêtes, d’aucuns ajoutent une purification matinale, en souvenir de celle que les enfants d’Israël avaient effectuée lors des trois jours de restriction afin de recevoir la Torah en état de pureté & ..Les plats lactés qui trônent sur la table de fête – keeskikhn, blintzes, kreplach au fromage pour les ashkénazes, riz au lait, sieta cielos (pâte feuilletée à sept étages fourrée au fromage), borekas, samoussas pour les séfarades et les orientaux – y trouvent également leur origine, ainsi que les pâtisseries au miel (en particulier celles que l’on confectionnait autrefois en forme de lettres pour les enfants commençant leur apprentissage de la Torah) car, d’après l’exégèse rabbinique du Cantique des cantiques, la Torah a été comparée « au lait et au miel sous ta langue » & .. D’aucuns font cuire des pains spéciaux, rappelant l’offrande des deux miches mais dont la forme évoque symboliquement la TorahKol bo, ; Hid"a, Lev David, . et certains, prenant les enseignements du Midrash et de la Kabbale à la lettre, mangent des pains azymes afin de souligner la continuité entre Pessa'h et ChavouotCf. Eliezer Waldenberg, Tzitz Eliezer, , ..La Torah ayant aussi été comparée à l’eau, les Juifs d’Afrique du Nord (de Libye en particulier) avaient coutume de se jeter de l’eau et les enfants éclaboussaient les passants dans la rue (cette coutume a été fortement déconseillée depuis en raison des désagréments qu’elle entraîneNitei Gavriel, Shavouot, , cité in .) .. Une coutume voisine voulait que l’on asperge les orants d’eau de rose car nombre d’Israélites devant le Sinaï auraient manqué de s’évanouir lors de la révélation..Beaucoup passent la nuit à étudier selon le rite du tikkoun leil Shavouot, institué par les kabbalistes de Safed et au cours de laquelle les textes fondamentaux du judaïsme rabbinique (Bible hébraïque, Mishna, Zohar) sont lus dans une version condenséecf. & .. Pendant la journée, la pièce liturgique intitulée Akdamout (« Préface ») a pour sujet la grandeur infinie de la Torah tandis que les azharot énumèrent poétiquement les et que la Ketouba d’Israël Najjara rappelle les termes du contrat nuptial entre Dieu et Israël..