Ruvo di Puglia (IPA : , Rìuve en dialecte localDizionario di toponomastica - I nomi geografici italiani, Torino, UTET, 1997., IPA : ) est une ville italienne de la ville métropolitaine de Bari, dans la région des Pouilles. Elle fait partie du parc national des Hautes MurgesSite officiel du Parco nazionale dell'Alta Murgia, parcoaltamurgia.gov.it, 2012.. On y trouve notamment une cocathédrale et le musée archéologique national Jatta.

Géographie Ruvo di Puglia comprend un territoire de avec comme ville voisine au nord Bisceglie, au nord-est Terlizzi, à l'est Bitonto, au sud-est Altamura, au sud Gravina in Puglia, au sud-ouest Spinazzola, Andria et à l'ouest Corato. C'est une des plus vastes communes de la région de Bari.

Le nom de la ville est souvent raccourci à Ruvo mais il ne faut pas confondre la ville de Ruvo di Puglia avec la commune de Ruvo del Monte en Basilicate.

La lecture du paysage de Ruvo di Puglia peut être répartie en deux entitésPiano urbanistico generale di Ruvo di Puglia - 3.1 Ruvo nella Puglia Centrale :

1) La plaine côtière située dans la dénomination géographique « Terre di Bari ». Des Murge à l'Adriatique s’ouvre un territoire en pente lente qui descend doucement par un effet de « marches » parallèles à la côte. Les plateaux et les faibles pentes sont plantés principalement d’oliviers. Dans cette plaine, il faut distinguer plusieurs déclinaisons. En partant de la mer, la première zone est la plus fertile et est utilisée pour la culture maraîchère avec irrigation. Aujourd’hui, ce paysage tend à disparaître sous la pression urbaine. En remontant vers le sud, la seconde zone est constituée principalement d’oliviers mais aussi de cerisiers, d’amandiers et de vignes sur les premières marches karstiques. C’est ici que depuis quelques années se développent une agriculture intensive sous serres et toiles tendues (protection de la grêle et du froid).

C'est dans cette zone que se situe le centre ancien de Ruvo di Puglia. Situé au dos d'une colline (250/260 mètres d'altitude), dernier relief aux confins des Murge. En descendant la colline versant sud, le centre urbain actuel s'ouvre dans un angle sud/ouest, rejoignant une zone fertile en contrebas, anciennement humide et dénommée « Pantano » (cultures maraîchères, fruitières et viticole). Au nord de la ville, les larges terrasses continuent de descendre graduellement vers la mer Adriatique distante de environ du centre.

2) Le haut plateau des Murge comprend le sud du territoire communal, en direction de Gravina in Puglia et de Matera dans le Basilicate. Ruvo tourne le dos au massif des Murge (comme ses voisines Andria, Corato, Terlizzi, Bitonto). À Ruvo, le massif des Murge comprend des reliefs moyens qui se situent entre d'altitude. À partir de d'altitude démarre au sud de la commune, le territoire du parc national dell'Alta Murgia. Ces terres anciennement boisées sont aujourd’hui de grandes prairies qui sont soit des friches arides ouvertes, des pâturages ou des terres arables parsemées de quelques rares massifs forestiers. Quand on quitte les dernières marches de la plaine agricole côtière, la transition se fait à travers la zone ancienne des bois de Selva Reale. Il s'y trouve encore d'antiques chêneraies (Bosco di Scoparella ou Bosco Fenicia) constituées de chênes verts et pubescents. Lors du passage entre ces deux paysages, on observe aussi des « lame » et des « doline » typiques de la géologie de la Murgia. Les « lame » (lama au singulier) définissent des sillons de terres remplis de sédiments fertiles car lors des pluies torrentielles, l'eau y transite, venant des hauts plateaux et cherchant un chemin vers la mer (lama Reale ou lama Ferrata)Piano urbanistico generale di Ruvo di Puglia - 3.1 Ruvo nella Puglia Centrale . Au-delà des bois de Selva Reale s’arrêtent les plantations d'oliviers et démarre l’Alta Murgia, une zone de pseudo steppe méditerranéenne.

Dans ces différentes déclinaisons du paysage agricole correspondent des éléments distinctifs du paysage rural. On peut citer la « masseria » (modèle de ferme agricole importée par les Espagnols, dominant de grandes étendues de type latifundiaire), le « jazzo » (abri pour les troupeaux), les abris en pierre sèche « pagliai » ou les « neviere » (construction gardant la glace durant les périodes estivales). On observe également les murs en pierre sèche qui quadrillent le paysage agricole pour protéger les cultures des dégâts occasionnés par les animaux sauvages et les « traturri », anciens chemins de la transhumanceDomenico Andrea Lojodice - Paysan Cultivateur de Ruvo Di Puglia (Province de Bari, Italie) 1903.

Ces éléments étaient les supports essentiels de l’usage agropastoral des campagnes.

Climat

Le climat est méditerranéen, caractérisé par des été sec et chaud et des hivers doux et pluvieux. Les neiges sont peu fréquentes mais peuvent survenir quelquefois dans l'année sans parvenir toutefois à rester au sol. L'air d'Europe du Nord et d'Europe centrale (Balkans et Russie) peut parfois faire descendre la température autour de l'hiver. En revanche, l'été, les vents d'Afrique du Nord (vent nommé le sirocco) apportent des longues périodes de chaleur étouffante. Les températures les plus hautes furent relevées en juin 1982 et en juillet 2007 avec plus de 43 degrés. Les températures les plus basses furent relevées en février 1940 (-7 degrés) et en janvier 1963 lors de l'hiver le plus froid du avec -6.6 degrés..

Histoire

La Préhistoire et la période faste de Ruvo : de Rhyps à Rubi

La Préhistoire Les premières attestations de présence humaine à Ruvo remontent au Paléolithique moyen, il s'agit de pierres travaillées. Les premières traces d'installation sont identifiables à partir du millénaire avant J.-C.Cenni storici su Ruvo di Puglia, prolocoruvodipuglia.it, 2012.. Au , les populations se regroupent sur les plateaux des actuelles Pouilles centrale et font partie des peuples italiques nommés les « Ausones » et plus précisément ici, les morgètes (d'où dérivent le nom des Murge)Réseau des musées de Ruvo di Puglia - Chapitre "Territoire - L'archéologie" http://www.ruvosistemamuseale.it/servizi/Menu/dinamica.aspx?idArea=17095&idCat=17120&ID=17129&TipoElemento=categoria. Il a été identifié dans le Parc National dell'Alta Murgia sur le territoire de Ruvo di Puglia, des témoignages de l'âge de fer et de l'âge de bronze dans des grottes telles que celles situées localité « U vagne » près du parc naturel Selva Reale..

Rhyps, la Ruvo de l'époque peucète sous influence grecque

À la fin de l'âge du Bronze (/), la région passe sous influence des Illyriens qui fondent la civilisation des Iapyges, qui est divisée entre les peuples dauniens (Tavoliere, Gargano), peucètes (région de Bari) et messapiens (région du Salento). Ruvo profite alors de cette situation frontalière, située en territoire peucète mais à la limite avec le territoire des dauniensAda Riccardi - Brochure du Musée Jatta - (Il museo nazionale Jatta) -Chapitre L'antica Ruvo .

Les Illyriens sont partis des Balkans (actuelle Albanie, Croatie, Monténégro) et sont arrivés dans les Pouilles, probablement, par la bande étroite de mer qui sépare l'Albanie et l'Italie. Ils firent fuir les populations autochtones de la région (les MorgètesSelon les informations indiquées par le site internet Sistema Museale Ruvo di Puglia qui vivaient sur les reliefs de la Murgia) vers la Calabre. Les Iapyges s'installèrent sur le territoire de Bari, donnant naissance aux Peucètes.

À partir du , différents peuplements dispersés sont répertoriés au sud de la ville selon les témoignages des fouilles Vie Le Croci, estramurale Scarlatti et autour de la zone Madonna delle GrazieMarin MM, 1981: Problemi topografici dell’antica città di Ruvo, in Atti del VI Convegno dei Comuni Messapi, Peuceti e Dauni, Ruvo di Puglia, 15-16 giugno 1974: 121-267. Grafica Bigiemme, Bari. où les sols sont plus fertiles et où il y a de l'eau (contrade Colaianni, Arena et Pantano). Il s'agit encore de cabanes d'argiles et de pailles, peuplées d'une population destinée à la production d'une céramique très caractéristique à décoration géométrique. Le peuplement se situe sur la voie de communication qui relie la mer à l'intérieur du territoire murgiano (entre le Pulo di Molfetta et l'actuelle Gravina in Puglia). Par la suite, vraisemblablement afin de mieux défendre leur position, les peuplements se sont réunis et postés sur la colline Sant'Angelo au nord de la villeGiovina Caldarola - Contributo alla carta archeologica di Ruvo di Puglia e del suo territorio - Laboratorio di Topografia Antica e Fotogrammetria (LabTAF), Università del Salento, Lecce, Italy - document en ligne (LAC 2014 - 3rd International Landscape Archaeology Conference). Cette colline est actuellement située entre la pinède et l'église de San Michele Arcangelo.

Les vastes terres fertiles de Ruvo et ses producteurs de céramiques sont rattachées commercialement à un port, Respa, près de MolfettaFrancesco Di Palo, Museo Archeologico Jatta, Ruvo di Puglia, Azienda Grafica Fiorino, 1993, .thumb|center|400px| Fresque de la Tombe des danseuses (410 - 350 av. J.-C.), découverte en 1833 dans la tombe , via dei Cappuccini, à Ruvo. Les peuples Iapyges résistèrent longtemps aux colonisateurs grecs venus de Mycènes, Sparte ou Laconie.

Entre le et le Giovanni Jatta, Cenno storico sull'antichissima città di Ruvo nella Peucezia del giureconsulto napolitano Giovanni Jatta, colla giunta della breve istoria del famoso combattimento de' tredici Cavalieri Italiani con altrettanti Francesi seguito nelle vicinanze della detta città nel dì 13 Febbrajo 1503, Napoli, Porcelli, 1844. des peuples venus du Péloponnèse central (situé en Grèce, cette région s'appelle administrativement l'Arcadie) colonisent pacifiquement la ville, intégrant petit à petit la population et créant une cité grecque autonome répondant au nom de « Rhyps » ou « Ρυψ ». À cette époque, les Iapyges passent sous influence économique et culturelle des colonies grecques de Tarente et Métaponte. Grâce à l'arrivée de cette population, Ruvo vit une période de splendeur.

thumb|left|Monnaie de Ruvo di Puglia. Côté face, on retrouve l'inscription ΡΥΨ, le nom de la ville.

La ville commerce avec l'actuelle Gravina in Puglia et également avec les populations locales qui ont fui vers le sud à l'arrivée des Iapyges. Elle profite d'échanges commerciaux nombreux avec les populations italiques telles que les Étrusques et avec les premières colonies de la Magna Grecia installées autour de Tarente. Son dynamisme est entretenu grâce à Respa, son débouché maritimeFrancesco Di Palo, Museo Archeologico Jatta, Ruvo di Puglia, Azienda Grafica Fiorino, 1993.

Ruvo vit son apogée entre le et le , la ville frappe monnaie et son périmètre géographique connait son extension maximale (le territoire de Ruvo englobe alors des territoires sur lesquels prendront essor bien plus tard : Molfetta, Terlizzi, Corato, Trani et Bisceglie)Filippo Jatta, Sintesi storica della città di Ruvo, Ruvo di Puglia, Speranza & de Rosellis, 1930, .Marina Silvestrini, Le città della Puglia romana - un profilo sociale, Bari, Edipuglia, 2005, ..

La monnaie frappée à Ruvo di Puglia est en argent et en bronze. Les monnaies portent des figures telles que Jupiter ou Athéna, mais aussi des dessins tels qu'un aigle posé sur un fleuve avec la mention en grec de la ville « ΡΥΨ » ou Héraclès qui étrangle un lion.

Ruvo noue des liens forts avec Athènes et Tarente, comme le montrent les monnaiesFilippo Jatta, Sintesi storica della città di Ruvo, Ruvo di Puglia, Speranza & de Rosellis, 1930, .. Ruvo est une des cités les plus florissantes de Grande Grèce, sa richesse repose sur le commerce de l'huile d'olive et du vin, ainsi que de ses productions céramiquesFrancesco Di Palo, Museo Archeologico Jatta, Ruvo di Puglia, Azienda Grafica Fiorino, 1993, ..

thumb|Cratère de Talos, exposé au Musée national Jatta à Ruvo di Puglia, peinture 430-420 avant J.-C..