vignette|Diffuseur utilisé en aromathérapie.
L'aromathérapie consiste en l'utilisation de composés aromatiques extraits de plantes, les huiles essentielles, à des fins médicales.
L'aromathérapie est tantôt utilisée comme pseudo-médecine, tantôt comme l'une des médecines complémentaires préconisées, en France, par différents plans nationaux de santé thématiquesPar exemple : plans Douleur 2002-2005, 2006-2010 et 2013-2017, plan Cancer 2014-2019, plan Maladies neuro-dégénératives dont plan Alzheimer rebaptisé « Plan Maladies neurodégénératives » pour la période 2014-2019. ( contre la nosocomialité à l'hôpital, ou contre les effets indésirables de la chimiothérapie anticancéreuse), ou comme médecine alternative.
Originellement pratiquée selon une approche traditionnelle, cette branche de la phytothérapie s'apparentait à la naturopathie, classée parmi les médecines non conventionnelles. Dans certains domaines ( hypertension, dépression, anxiété, soulagement de la douleur, démence), elle reste considérée comme une pseudoscience, faute de preuve d'efficacité. ; la Cochrane décrit des résultats contradictoires ou équivoques dans la démence., similaires au placebo en traitement post-opératoire., et pas de preuve dans le traitement du cancer. ou dans le cadre des douleurs de l'accouchement..
L'aromathérapie est néanmoins efficace contre certaines infections, les effets antibactériens et anti-infectieux des huiles essentielles étant aujourd'hui scientifiquement démontrés, ainsi que contre les maux de tête et certaines arthralgies, mais elle ne semble pas soulager les douleurs menstruelles ou liées au travail lors de l'accouchement. Il reste cependant difficile d'étudier ses effets car une même plante ou variété, cultivée dans des contextes différents (sol, saison, variété, nutriments, altitude…), présente des teneurs et types d'huile différents et les fréquences, dosages et périodes d'utilisation peuvent varier pour traiter un même symptôme.. Les huiles peuvent en outre interagir entre elles et/ou avec d'autres produits ou médicaments. Dans le cadre de la pharmacognosie, les recherches sur les huiles essentielles se poursuivent donc.
Étymologie Le terme a été utilisé pour la première fois par le chimiste René-Maurice Gattefossé en 1935. Il vient du latin « aroma », grec « ἄρωμα - arôma » pour « arôme » et du grec « θεραπεία - therapeia » pour « soin, cure ».
Histoire Origines de l'aromathérapie Dans l'histoire de la médecine, au moins jusqu'au , l'histoire de l'aromathérapie se confond en grande partie avec celle de la phytothérapie. Les plantes, dans leur ensemble, constituaient la base de la pharmacopée des civilisations antiques.
Si l'on retrouve les traces de méthodes de distillation ou d'extraction, en Chine ou en Inde, datant de plusieurs millénaires, c'est en Égypte que leur utilisation a été avérée. En Grèce, les écrits de Dioscoride () font référence à l'utilisation d'extraits aromatiques. Les Romains les utilisèrent aussi sous forme d'onguents gras. Dioscoride décrit aussi les croyances de l'époque concernant leurs propriétés curatives, dans son De Materia MedicaDioscorides, Pedanius ; Goodyer, John (trad.) (1959). Gunther, R.T. (ed.). The Greek Herbal of Dioscorides. New York: Hafner Publishing. OCLC 3570794.
Les huiles essentielles distillées ont été employées comme médicaments au moins depuis le , après qu'Avicenne ait isolé certaines huiles essentielles grâce à la distillation à la vapeur.
On attribue au médecin alchimiste persan Jabir ibn Hayyan l'invention, au , de l'alambic. Les procédés d'extractions s'améliorèrent par la suite, les pharmacopées les utilisant surtout après le .
À partir du , on commença à isoler et classifier les principes actifs des molécules odoriférantes, ce qui permit leur utilisation spécifique.
En 1910, René-Maurice Gattefossé découvre certaines propriétés de l'huile essentielle de lavande vraie ; en 1928 il crée le mot « aromathérapie » (antérieurement incluse dans la phytothérapie), et en 1931 il publie un livre décrivant ce sujetMarlène Carol, Prise en charge des effets indésirables de la chimiothérapie anticancéreuse à l'officine par homéopathie, aromathérapie et phythothérapie, thèse de doctorat en pharmacie, université de Toulouse III, 30 juin 2017, p. 112-122.. Entre-temps, de 1929 à 1931, le pharmacien Sevelinge étudie également les rapports entre structure chimique et l'activité thérapeutique des huiles essentielles.
Dans certains pays (Royaume-Uni par exemple), l'aromathérapie s'inscrit dans l'aromachologie (science des phénomènes liés aux odeurs, plus particulièrement l’influence des odeurs sur le comportement). L’École anglaise, initiée par Marguerite Maury (1960), procède de l’Aromachologie.
École française du En 1910, le pharmacien lyonnais, chimiste et parfumeur René-Maurice Gattefossé (1881-1950) en faisant des recherches en parfumerie, se brûla accidentellement grièvement les mains. Une version de l'histoire dit que, très gravement brûlé et soigné selon les moyens de la médecine contemporaine, il fut rapidement atteint de gangrène gazeuse. En dernier recours, retirant ses bandages, il appliqua sur ses plaies infectées de l'huile essentielle de lavande. Une autre version dit que lors de l'accident, par réflexe, il plongea sa main dans un contenant rempli d'huile essentielle de lavande vraie, découvrant ainsi ses propriétés calmantes, antiseptiques et cicatrisantes. Selon lui, les résultats furent stupéfiants : l'essence de lavande possédait de réelles propriétés antiseptiques et cicatrisantesCette anecdote ( version) est relatée, entre autres, dans . À l'époque, la notion de « chémotype » (voir plus loin) d'une huile essentielle n'était pas encore connue. En conséquence de quoi, même si les méthodes et l'exactitude des recherches de Jean Valnet et de René Maurice Gattefossé étaient hors de tout soupçon et ont permis l'avènement de l'aromathérapie, aujourd'hui, leurs découvertes réclament d'être plus détaillées. Ainsi, il est possible de distinguer plusieurs sortes de plantes du même type donnant plusieurs sortes d'huiles essentielles. Dans cet exemple, lorsque l'on parle « d'huile essentielle de lavande » il est, de nos jours, possible et utile de préciser qu'il s'agit d'« huile essentielle de lavande vraie » (Lavanda augustfolia aussi appelée « officinale », « anglaise » ou « commune ») ou d'« huile essentielle de lavandin » dit « super » ceci afin de les différencier de l'« huile essentielle de lavande aspic » ou encore de l'« huile essentielle de lavande stœchade » qui sont nettement moins ou guère appropriées aux soins des brûlures — voir ).. Dès lors, il consacra une partie de ses recherches aux propriétés des huiles essentielles.
Gattefossé est à l'origine du néologisme « aromathérapie », devenu peu après un mot courantOn date généralement la création de ce néologisme à la parution de l'ouvrage Aromathérapie - Les Huiles essentielles - hormones végétales, en 1937. En réalité, la trouvaille est légèrement antérieure. Une étude dans le fonds d'archives Gattefossé a permis de préciser cette question. En effet, dans le premier manuscrit préparatoire, daté février 1935, le terme n'apparaissait pas encore. Sa première occurrence « publique » date du numéro de décembre 1935 de la « Parfumerie Moderne ». « Aromathérapie » nomma alors une rubrique dans laquelle R.-M. G. publia, tout au long de l'année 1936, des extraits remaniés de ce manuscrit encore inédit. « Aromathérapie » donna ensuite logiquement son nom à l'ouvrage de synthèse paru l'année suivante..
En 1964, le Jean Valnet publia Aromathérapie : traitement des maladies par les essences de plantes. Ses nombreux ouvrages traitant des vertus de certaines huiles essentielles popularisent l'aromathérapie auprès du grand public.
Pierre Franchomme et le Daniel Pénoël introduisirent les notions d'aromathérapie scientifique et de chémotype qui éclairèrent les effets thérapeutiques des huiles essentiellesDominique Baudoux in L'aromathérapie scientifique, disponible sur : https://www.college-aromatherapie.com/aromatherapie-et- publications/aromatherapie-scientifique-preserver-la-sante, cité par Marlène CAROL (2017) dans sa thèse, note 69..
À la fin du , l'aromathérapie bénéficia de l'avancée des méthodes d'analyses, en particulier de la chromatographie. La distinction précise des composés aromatiques permit à la médecine de mieux appréhender leurs mécanismes d'action et d'affiner leur prescription.
Généralités L'aromathérapie est pratiquement toujours associée à la phytothérapie, dans l'arsenal thérapeutique, le terme « phyto-aromathérapie » est d'ailleurs employé par les spécialistesJean Valnet, Aromathérapie, Maloine éditeur, 1964..
Le terme aromathérapie recouvre des pratiques médicales très variées utilisant les huiles essentielles par exemple sous forme d'onction (dissolution dans une huile), de crème ou de lotion (émulsion huile dans l'eau) pour l'usage externe. La dispersion dans du miel ou dans de l'huile alimentaire ou simplement sur un sucre est habituelle pour l'administration par la voie orale. La mise en gélules se pratique aussi. Les aérosols obtenus par nébulisation des huiles essentielles sont plus rarement utilisés, mais la dispersion dans l'atmosphère d'une pièce obtenue grâce à l'utilisation de diffuseurs spéciaux est très répandue. L'emploi en suppositoires est utile pour certaines applications thérapeutiques, mais est généralement réservée au corps médical.
Usages Les huiles essentielles servent surtout à l'automédication, parfois dite « de confort », usage qui a toujours existé et qui persiste en France (selon une enquête menée en 2015 par 60 millions de consommateurs, 80 % des Français ont recours à l'automédication, généralement pour les petites pathologies courantesAFEDI, Aromathérapie scientifique : préconisations pour la pratique clinique, l'enseignement et la recherche Consensus d'experts, destiné aux professionnels de santé et aux décideurs exerçant en milieux de soins (hospitalier ou médico-social), version longue, avril 2018, Annexe .).
Indications thérapeutiques Les propriétés prêtées aux huiles essentielles sont multiples Voir Belaiche, Lis-Balchin, Jollois : anti-infectieuses : antibactériennes (dues au carvacrol, au thymol, à l'eugénol, à l'aldéhyde cinnamique, aux monoterpénols), antimycotiques (dues aux alcools et aux lactones sesquiterpéniques), antivirales (dues aux monoterpénols, monoterpénals), antiparasitaires (dues aux phénols, à l'ascaridole), insectifuges et insecticides (citronnelle de Ceylan, camphre du camphrier du Japon) anti-inflammatoires (dues aux aldéhydes, au chamazulène, au bisabolol) anticatarrhales : expectorantes (dues à l'eucalyptol ou 1,8-cinéol), mucolytiques (dues aux molécules cétoniques et aux lactones) anti-histaminiques antispasmodiques (dues aux éthers et aux esters) antalgiques, analgésiques et anesthésiques calmantes, hypnotiques et anxiolytiques propriétés endocrinorégulatrices : comme les œstrogènes, comme la cortisone propriétés vasculotropes et hémotropes : hyperémiantes, phlébotoniques, lymphotoniques, anticoagulantes (dues aux coumarines) et fibrinolytiques, antihématomes (HE d'hélichryse italienne), hémostatiques, hypotensives propriétés digestives : eupeptiques, carminatives, cholagogues et cholérétiques (dues à la menthone, la carvone et la verbénone) antitoxiques antivenimeuses antirhumatismales stimulantes ou apaisantes aphrodisiaques
Efficacité Il n’existe aucune preuve clinique que l’aromathérapie puisse prévenir ou guérir une quelconque maladie.