La Horde d'orEn mongol : , mongol cyrillique : , translittération latine : , littéralement : pays de la Horde d'or, également appelé en mongol, , en mongol cyrillique : , Horde d'or, en turc : . (ou ulus de Jochi, Grande Horde, khanat des Qipchak ou Kipchak, Tartarie d’Europe) est un empire mongol gouverné par la dynastie issue de Djötchi, le fils aîné de Gengis Khan. Aux , il s’étendait sur une grande partie de l’actuelle Russie, de l’Ukraine, de la Bulgarie danubienne (jusqu'aux Portes du Danube), du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan, du Turkménistan, voire du Caucase.

Nom La dénomination Horde d'Or est celle que l'historiographie traditionnelle retient du territoire mongol le plus occidental de l'Empire mongol. Dans l'historiographie, plusieurs noms lui sont donnés : Horde d'Or, Grande Horde, khanat de Qipchak, ulus de Djötchi, Tartarie ou Mongolie d'Europe.

Les Djötchides eux-mêmes s'appellent Horde ou Grande Horde. La Horde désignant ici la structure du pouvoir politique nomade. Horde d'or est une expression utilisée par les Russes depuis le , après que le mot horde leur a été apporté par les invasions mongoles. Les Arabes et les Persans parlent du royaume des Tatars ou du khanat de Kiptchak. En France et en Italie, on les désignait sous le nom de Tatars de l'OuestNotamment Marco Polo : « Tatars du ponent », Tatars signifiant alors Mongols ; « Tarteri di Ponente » en italien..

Histoire thumb|left|La dévastation de Souzdal par les troupes mongoles (illustration des annales médiévales russes). Contexte Les Mongols avaient pour but de conquérir l'ensemble des peuples nomades de la steppe, et certains de leurs grands opposants étaient les Coumans (aussi appelés Kipchaks). Ceux-ci, refusant la soumission, demandent l'aide de leurs alliés les princes russes, avant de se réfugier chez eux quand leur territoire est conquis. C'est ainsi que les Russes se retrouvent dans le collimateur des Mongols.

Après un raid de reconnaissance en 1221 par Djebé et Subötaï, la soumission des principautés de la Rus' a lieu sous le règne du Grand Khan Ögedeï entre 1237 et 1242, par une armée mongole dirigée par Batu, fils de Djötchi. Les Mongols poussent leurs incursions jusqu'en Pologne et en Hongrie. Toutes les villes de la Rus', sauf Novgorod, sont ruinées par cette invasion (Kiev, Vladimir, Souzdal, Riazan, Kolomna) et la moitié de la population péritMichel Heller : Histoire de la Russie et de son Empire, 2015, Éd. Tempus Perrin, . Les survivants fuient vers le nord-est, dans les régions boisées entre la Volga nordique et l'Oka.

La construction de bâtiments en pierre cesse dans la région pendant deux cents ans. Les princes de la Rus' restent tributaires de leurs khans jusqu'à la fin du .

Du Ulu de Djochi à la Horde d'Or

Ulu de Djotchi

En 1225, à la suite de l'invasion mongole de l'Empire khwarezmien, les territoires sont divisés en ulus (territoire administratif mongol), qui supplantent les Coumans de Coumanie. Les bords de la mer Caspienne sont donnés à Djötchi, devenant dès lors le Ulu de Jochi. Il étend rapidement les limites de ce territoire en chassant les Coumans jusqu'à la Volga. Djôtchi déplace sa cour et sa famille au sein du campement principal et fait déplacer plusieurs tribus mongoles afin qu'elles s'y installent pour renforcer ses capacités militaires.

Cependant, les documents ne permettent pas de confirmer la structuration administrative qui permettrait de dater la formation de la Horde d'Or durant la gouvernance de Djötchi. La tradition et l'historiographie retiennent principalement le rôle de Batu, son fils, en tant que fondateur de la Horde d'Or.

En , la mort de Djötchi scinde ses possessions selon le principe de l'apanage entre ses fils majeurs qui représentent leur ulus respectifs lors des qurultay de 1229 et 1235. Orda dirige un ulu (aussi nommé Horde bleue) situé le long de la rivière Irtych et auquel ses quatre frères cadets se soumettent. Il participe activement aux conquêtes des premières principautés russes en 1228 et 1229. Batu dirige quant à lui un ulu dans la partie occidentale de celui de son père (Horde blanche) et joue un rôle majeur dans l'invasion générale coordonnée avec Subötaï de 1237 à 1242. De nombreux territoires conquis rejoignent les deux ulus dirigés par ses fils.

Cette disposition permet à Batu de gagner en indépendance vis à vis de l'Empire mongol tandis qu'Orda joue un rôle d'intermédiaire diplomatique et commercial. Cette disposition est particulièrement bénéfique à l'émergence d'un nouveau pouvoir centré depuis la Horde blanche de Batu. Il dispose également de l'opportunité de pouvoir s'étendre à l'ouest. Afin de préserver l'unité au sein des descendants de Djotchi, le principe du qurultay est maintenu afin de désigner celui qui dirige la Horde Blanche, et plus tard la Horde d'or.

La Horde d'Or sous Batu (1243-1255) vignette|Expansion de l'Empire mongol de 1206 à 1294 et rétrécissement de la Horde d'or entre 1279 et 1294.Au retour de sa campagne militaire, en 1243, Batu déplace son camp principal et l'établit à Saraï, érigée en capitale de son territoire. Il s'établit également sur le territoire central, dans la région du confluent de la Volga et de la Kama, près de l’ancienne Bolgar. Ce repli militaire, en 1243, est communément interprété comme celui de la fondation de la Horde d'Or. Cependant, cela repose sur une mauvaise interprétation des relations entre les ulus des descendants de Djötchi.

Vers 1245-1246, les populations qipchaq reviennent dans leur terre natale et intègrent les effectifs militaires, avec un statut inférieur, tandis que d'autres se retrouvent sur les marchés aux esclaves. Le nouvel ordre mongol et leurs lois ne permettaient pas aux qipchaq de reprendre un quelconque droit à gouverner et ils se soumettent au nouveau régime. Les territoires slaves et les principautés se soumettent également au tribut de la Horde d'Or afin de ne pas devenir l'objet de raids.

Vadim Tepavlov suggère notamment que la date de 1225 est un meilleur repère dans la formation de la Horde d'Or en tant que ulu de Djötchi. De plus, l'administration de l'empire mongol s'effectue par le fractionnement en deux ailes, occidentale et orientale, par tradition culturelle, l'aile occidentale étant soumise à l'aile orientale. Les ulus de Jochi se retrouvent à la tête de l'aile occidentale et ont, en réalité, un pouvoir et un statut officieux semblables au Khagan placé à Karakorum. Dans le cas de la Horde d'Or, le principe des deux ailes s'applique entre Orda et Batu qui co-dirigent la Horde d'Or au sein de leurs hordes respectives. Enfin, leur soumission envers Ögedei est liée à une promesse tenue par leur père. La mort d'Ogedei en 1241 représente un premier facteur de réunification des horde blanche et bleue.

L'expansion de l'influence de la Horde d'Or vers l'ouest s'accompagne de plusieurs mesures. Tout d'abord, la mise en place d'un recensement (le premier en 1245) régulier afin de pouvoir, dans un second temps, déployer des darugachi pour collecter l'impôt. La dîme mongole exige 10% sur tout : personnes, biens et animaux. Le système militaire des tümen (unités de 10, 100, 1000 et 10.000) est également adapté aux principautés russes. Progressivement, avec le développement du commerce, les réformes visent davantage la circulation des marchandises et la perception en monnaie plutôt que la précédente dîme. La production monétaire au sein de la Horde d'Or vise également à infiltrer les rouages commerciaux du monde musulman.

Le statut de la Horde d'Or se renforce durant le règne de Güyük envers qui Batu est ouvertement hostile. Lors de la succession menant à désigner Möngke, l'indépendance de la Horde d'Or vis-à-vis de l'empire mongol se renforce également. Batu refuse de diriger l'empire mongol en faveur de Mongke, cependant le titre de Khagan n'inclut plus les titres relatifs aux territoires administrés par la Horde d'Or. Si la souveraineté est renforcée, elle reste encore dépendante de l'empire mongol. Les réformes et édits du Khagan doivent cependant être désormais approuvés par Batu avant d'être appliqués au sein de la Horde d'Or.

Au moment de la mort de Batu à Saraï en 1255, Sartaq, son fils et successeur désigné, séjourne chez le grand khan Möngke à Karakorum en qualité d'ambassadeur. Möngke le nomme à la tête de la Horde, lui octroyant les mêmes prérogatives que son père sur les forces armées, les territoires et les sujets de la Horde d'Or. Les textes contemporains confirment que le territoire possède une grande autonomie en matière de loi. Sataq meurt brusquement et c’est son fils Ulaqtchi qui est désigné comme khan sous la régence de Boraktchik, veuve de BatuBoyle, sans indication de page..

La Horde d'Or sous Berké (1257-1267) À la mort d'Ulaqtchi en 1257, Berké, frère de Batu, devient khan de la Horde blanche (jusqu'en 1267). Il doit lutter contre plusieurs révoltes contre l’occupation mongole, visant en particulier les fonctionnaires percevant les tributs (basmaks). Sa conversion à l'islam marque la première étape de la conversion des souverains de la Horde d'orDictionnaire de l'Islam, religion et civilisation, Encyclopedia Universalis, p. 360. En effet, à l'arrivée sur le trône il ordonne une nouvelle levée des impôts et se confronte à l'opposition des princes slaves. Alexandre Nevski devient un intermédiaire principal pour la diplomatie et la perception d'impôt, parvenant à pacifier les territoires. Les principautés russes bénéficient d'un statut spécial dans le système mongol qui prend fin en 1263, à la mort d'Alexandre Nevski. Une nouvelle forme de relation s'établit ensuite et permet aux principautés russes de jouir d'une importante capacité de développement.

Les relations entre la Horde d'Or et l'empire mongol se dégradent progressivement à cause des changements culturels et religieux qui s'opèrent au sein des deux cours. Déjà, en 1259, le khan de la Horde d'Or est exempté de l'obligation d'assister au qurultay (assemblée des khans) à Karakorum. De plus, les différents sujets et tributaires des principautés russes ne font allégeance qu'au khan et non au khagan. Cependant, la séparation ne semble réellement effective qu'à partir du règne de Mengü Temür.

En 1259, à la mort de Möngke, s'ouvre d'importants conflits de succession au sein de l'empire mongol. Berké prend des positions favorisant l'indépendance de la Horde d'or. Il se range du côté d'Ariq Boqa durant la guerre civile toluid. Il fait battre monnaie et envoie des émissaires aux ennemis de Kubilai Khan comme le Sultanat de Delhi ou encore le Sultanat mamelouk d'Égypte. Cela attise la colère d'Houlagou Khan qui accuse les djotchides de trahison et procède à une purge au sein de ses officiers. En conséquence, durant l'hiver 1261-1262, il entre également en guerre contre Houlagou.

En 1261, Saraï devient le siège d'un diocèse orthodoxe. La ville est aussi (jusqu’à sa destruction en 1395) un important pôle commercial reliant les routes entre l’Orient et l’Occident. Des commerçants vénitiens et génois viennent y acheter des fourrures du Nord ainsi que des esclaves coumans (kiptchak) qu’ils revendent aux mamelouks d'Égypte.