Patrick Modiano est un écrivain français, né le à Boulogne-Billancourt.

Il est l'auteur d’une trentaine de romans primés par de nombreux prix prestigieux parmi lesquels le grand prix du roman de l'Académie française et le prix Goncourt. Axée sur l'intériorité, la répétition et la nuance, son œuvre romanesque se rapproche d'une forme d'autofiction par sa quête de la jeunesse perdue. Elle se centre essentiellement sur le Paris de l'Occupation et s'attache à dépeindre la vie d'individus ordinaires confrontés au tragique de l'histoire et agissant de manière aléatoire ou opaque.

En 2014, son œuvre est couronnée par le prix Nobel de littérature pour , comme l'expliquent l'Académie suédoise et son secrétaire perpétuel Peter Englund, qualifiant l'auteur de . Son œuvre est traduite en trente-six langues.

Biographie

Une courte jeunesse (1945-1956) Jean Patrick ModianoL'essentiel de la jeunesse de Patrick Modiano est surtout connu par ce qu'il en livre dans son « roman familial » Un pedigree, Paris, éditions Gallimard, 2005 . naît dans une villa-maternité du Parc des Princes à Boulogne-Billancourt« Les premières pages de Dans la peau de Patrick Modiano, de Denis Cosnard », lexpress.fr., 11, allée MargueriteUn pedigree. ; il est le fils d'Albert Rodolphe Modiano (1912-1977)Voir sur lereseaumodiano.blogspot.se, novembre 2011., administrateur de sociétés.., et de Louisa Colpijn (1918-2015), comédienne flamande arrivée à Paris en Voir sur lereseaumodiano.blogspot.se, novembre 2011., connue ultérieurement sous son nom d'actrice de Louisa Colpeyn.

Son père, orphelin à quatre ans, n'a pas connu son propre père, un aventurier toscan, Juif d'Alexandrie, né à Salonique, d'une grande famille italo-juive de cette ville grecque, qui s'établit en 1903 avec la nationalité espagnole, comme antiquaire à Paris au 5, rue de Châteaudun, après une première vie à Caracas. Élevé avec son frère, square Pétrelle puis square de la rue d'Hauteville, par une mère anglo-picarde, dans un certain abandon, c'est à l'âge de trente ans qu'Albert Modiano rencontre dans le Paris occupé, en , Louisa Colpijn, alors traductrice à la Continental.

Trafiquant de marché noir dans sa jeunesse, vivant dans le milieu des producteurs de cinéma originaires d'Europe centraleEncyclopædia Universalis (lire en ligne)., Albert Modiano a été, juste avant la guerre et après quelques échecs dans la finance et le pétrole, gérant d'une boutique de bas et de parfums, sise 71, boulevard Malesherbes. Après sa démobilisation, il se trouve sous le coup de la loi du 3 octobre 1940 contre les juifs, mais ne se déclare pas au commissariat comme il en a l'obligation. En , soit six mois avant le décret du portant application de cette loi et organisant les déportations, il entre dans la clandestinité à la suite d'une rafle et après s'être évadé. Introduit dans ces circonstances par un ami banquier italien, ou par la maîtresse d'un de ses dirigeants, au bureau d'achat du Sicherheitsdienst (le service de renseignements de la SS) qu'il fournira par le marché noir, « Aldo Modiano » a, au moment de sa rencontre avec Louisa Colpijn, commencé d'accumuler une fortune qui durera jusqu'en 1947. Désormais protégé des arrestations, mais pas des poursuites, il s'installe début 1943 15, quai de Conti avec sa nouvelle compagne, là où vécut l'écrivain Maurice Sachs, qui y laissa sa bibliothèque« Les huit secrets de Patrick Modiano », L'Express. Le couple y mène la vie de château et fréquente la pègre, et cela jusqu'à la Libération, qui coïncide avec la naissance de leur fils aîné, Patrick.

L'enfant est confié à ses grands-parents maternels venus à Paris pour cela, renforçant chez lui le flamand comme langue maternelle. En , sa mère rentre de vacances à Biarritz sans lui, l'y laissant pour deux ans à la nourrice de son frère Rudy, né le . C'est là qu'à cinq ans, il est baptisé, en l'absence de ses parents, et inscrit dans une école catholique. Début 1952, sa mère, rejetant ses enfants, qui souhaite assurer ses tournées en province, installe les deux frères à Jouy-en-Josas, où ils deviennent enfants de chœur, chez une amie dont la maison sert à des rendez-vous interlopes.. L'arrestation en de cette amie pour cambriolage le ramène pour trois ans dans un foyer désuni. Les seuls signes d'attention lui viennent des prêtres et des dames qui assurent le catéchisme.

L'atmosphère particulière de cette enfance, entre l'absence de son père — au sujet duquel il entend des récits troubles — et les tournées de sa mère, le rend très proche de son frère Rudy. La mort de celui-ci à la suite d'une leucémie à l'âge de dix ans, en , sonne la fin de l'enfance. L'écrivain gardera une nostalgie marquée de cette période et dédiera ses premiers ouvrages, publiés entre 1967 et 1982, à ce frère disparu en une semaine.

L'adolescence (1957-1962) D' à , il est placé en pensionnat, avec d'autres adolescents de parents fortunés, à l'école du Montcel à Jouy-en-Josas, où la discipline et le fonctionnement militaires font de lui un fugueur récidiviste. De à , on l'éloigne un peu plus en le confiant aux pères du collège-lycée Saint-Joseph de Thônes, en Haute-Savoie, véritable prison où il attrape la gale dans un linge rarement changé et éprouve avec ses camarades paysans la solidarité de la faim.

De retour en d'une tournée ruineuse de vingt-deux mois à travers l'Espagne, sa mère trouve son père en ménage avec une blonde italienne en instance de divorce de vingt ans plus jeune que lui qu'il épouse un an plus tard. Ses parents vivent désormais chacun à un étage de leur duplex commun.

Soutenu depuis l'âge de quinze ans par Raymond Queneau, ami de sa mère rencontré en 1960, qui lui donne des leçons particulières de géométrie, il décroche son baccalauréat à Annecy en , avec un an d'avance. Comme son père, il a l'ambition balzacienne de faire fortune mais en devenant écrivain. Toutefois, éthéromane, il abandonne définitivement les études à la rentrée suivante, en , en désertant l'internat du lycée Henri-IV à Paris où il a été inscrit en terminale « philosophie ». Sa belle-mère refuse de l'héberger chez elle, quai Conti, à moins de deux kilomètres de là.

Il vient habiter, à la place de son père, chez sa mère. Là, neuf mois plus tôt, en , il connaît ses premières expériences amoureuses avec une amie de sa mère, de plus de dix ans son aînée. Pour subvenir aux besoins de cette mère qui n'a pas de contrat, il mendie auprès de son père, qui organise leurs rencontres à l'insu de sa nouvelle épouse.

Vers l'âge adulte (1963-1966) Ce n'est que dans le foyer d'une ancienne relation, baby sitter, et de son mari vétérinaire aux haras de Saint-Lô, qu'il peut goûter, le temps renouvelé de quelques vacances, un semblant de vie familiale. À partir de l'été 1963, toujours pour pallier l'impécuniosité de sa mère, il revend à des libraires des éditions remarquables volées chez des particuliers ou dans des bibliothèques. Trois ou quatre fois, la dédicace d'un grand auteur ajoutée de sa main augmente fortement la plus-value, falsification qui deviendra un jeuM. Payot & D. Peras, « Patrick Modiano : "Je suis devenu comme un bruit de fond" », L'Express, Paris, 4 mars 2010..

En , une inscription contre son gré en hypokhâgne au lycée Michel-Montaigne à Bordeaux, en forme de bannissement ourdi par sa belle-mère, se solde par une nouvelle fugue et une rupture avec son père qui durera près de deux ans. Le soir du , envoyé par sa mère chercher auprès de celui-ci un secours financier, il est emmené par la maréchaussée abusivement alertée par cette belle-mère. Son père, sans un mot pour lui, le dénonce au commissaire comme un « voyou ».

À la rentrée 1965, il s'inscrit à la Sorbonne en faculté de lettres pour prolonger son sursis militaire. Il n'assiste à aucun cours mais fréquente, à Saint-Germain des Prés, des adeptes du psychédélisme et du tourisme hippy à Ibiza. Il retrouve au Café de Flore les précurseurs du mouvement Panique auxquels il soumet son premier manuscrit. C'est donc à un connaisseur qu'en 1966 Le Crapouillot commande pour son « spécial LSD » un article évoquant la génération Michel Polnareff, premier texte publié de Patrick ModianoJ. Dupuis, « Les huit secrets de Patrick Modiano », in L'Express, Paris, 5 janvier 2011..

Le samedi, Raymond Queneau le reçoit chez lui à Neuilly pour un déjeuner hilare que prolonge durant l'après-midi une promenade dans Paris évocatrice de Boris Vian. En , son père reprend contact avec lui mais c'est pour le persuader de devancer l'appel, ce qui se termine par un échange épistolaire acerbe. Libéré par sa majorité, Patrick Modiano ne reverra jamais son père qui meurt en 1977.

L'écriture et la reconnaissance (1967–1978) Dans une interview de Jacques Chancel, il se présente comme un admirateur des styles de Paul Morand et de Louis-Ferdinand Céline« Jacques Chancel et les politiques », France 2..

Sa rencontre avec Raymond Queneau est cruciale. Introduit par celui-ci dans le monde littéraire, Patrick Modiano a l'occasion de participer à des cocktails donnés par les éditions Gallimard. Il y publie son premier roman en 1967, La Place de l'Étoile, après en avoir fait relire le manuscrit à Queneau. Jean Cau, compagnon de sa mère depuis le début des années 1960, en signe la préface. L'écrivain aura été une grande source d’encouragement aux débuts du jeune Modiano. À partir de cette année, il se consacre exclusivement à l'écriture.

Avec Hughes de Courson, camarade d'Henri-IV, il compose un album de chansons, Fonds de tiroirs, pour lesquelles ils espèrent trouver un interprète. Ιntroduit dans le show bizz, de Courson propose l'année suivante, en 1968, la chanson Étonnez-moi, Benoît…! à Françoise Hardy. Deux ans plus tard, ce sera L'Aspire-à-cœurs chantée par Régine. En mai 68, Modiano est sur les barricades mais en tant que journaliste pour Vogue.

Le , il épouse Dominique Zehrfuss, fille de l'architecte du CNIT, Bernard ZehrfussDans une interview à Elle du 6 octobre 2003, elle raconte une anecdote symptomatique de la querelle esthétique entre héros et subversifs :. De cette union naissent deux filles, Zina Modiano (1974), future réalisatrice, et Marie Modiano (1978), chanteuse et écrivain.

Dès son troisième roman, Les Boulevards de ceinture, le grand prix du roman de l'Académie française de l'année 1972 l'inscrit définitivement comme une figure de la littérature française contemporaine.

En 1973, il écrit, avec le réalisateur Louis Malle, le scénario du film Lacombe Lucien, dont le sujet est un jeune homme, désireux de rejoindre le maquis pendant l'Occupation, que le hasard fait basculer dans le camp de la Milice et de ceux qui ont emprisonné son père. Le scénario, publié chez Gallimard, est présenté par Modiano à l'émission ItaliquesItaliques, deuxième chaîne de l'ORTF, 8 février 1973.. La sortie du film en déclenche une polémique au sujet de l'absence de justification du parcours du personnage, ressentie comme un déni de l'engagement, voire une remise en cause de l'héroïsme, et provoque l'exil de Malle.

En 1975, il écrit le scénario et les dialogues du téléfilm Un innocent réalisé par Nadine Trintignant dans la série Madame le juge, où un rôle est donné à sa mère..

Le journaliste et historien Emmanuel Berl quelques mois avant sa disparition en , répond aux questions de l'écrivain ModianoEmmanuel Berl avait loué le second roman du jeune Modiano, La Ronde de nuit, par un long article intitulé "Patrick Modiano et la ronde des elfes" de la revue Contrepoint , Paris, octobre 1970.. Un livre récapitulant ce long entretien intitulé crûment Interrogatoire est publié chez Gallimard la même annéeEmmanuel Berl et Modiano par le blog Le Réseau Modiano de Denis Cosnard en date du 12 novembre 2011..

En 1977, Gérard Lebovici lui propose à nouveau d'écrire pour le cinéma un scénario sur Jacques Mesrine, avec Michel Audiard. Le film ne se fera pas mais il en restera une amitié durable pour ce dernier.