Les Lusiades (Os Lusíadas en portugais) sont un poème épique de Luís de Camões, composé pour l'essentiel dans les Indes orientales portugaises, probablement achevé en 1556 mais publié en 1572, trois ans après le retour de son auteur au Portugal. À l’instar de l’Iliade et de l’Odyssée pour la Grèce Antique, ou l’Énéide pour Rome, Les Lusiades sont une œuvre destinée à raconter et à glorifier la naissance et le destin de la nation portugaise, du Portugal et de son Empire.

Ce poème est considéré comme l’œuvre la plus importante du patrimoine littéraire portugais, à la fois par ses qualités littéraires, comme référent linguistique établissant la norme du portugais de la période Moderne, mais aussi par les figures mythologiques, les systèmes symboliques et le patriotisme qu’il répand au sein de la culture portugaise. Il figure en première place sur la Liste des 50 œuvres essentielles de la littérature portugaise établie en 2016 par le prestigieux Diário de Notícias. Il est communément considéré comme un chef-d'œuvre de la littérature européenne et mondiale, comme une œuvre fondatrice pour l'ensemble des pays lusophones, et a influencé des générations de poètes au fil des siècles.

Le poème est dédié au roi Sébastien I, qui disparaît mystérieusement par la suite lors de la bataille des Trois Rois (1578) et devient l'objet du mythe du Roi caché (o Encoberto) du Portugal. La disparition du dédicataire des Lusiades, qui permet l'accession au trône de Portugal de Philippe de Habsbourg, et entraîne l'Union ibérique, donne un relief particulier à l'épopée de Camões, qui est placée au cœur d'une littérature d'affirmation et de subversion nationaliste. Elle fait également naître le sébastianisme, source d'inspiration d'innombrables œuvres littéraires, qui puise abondamment dans la mystique nationaliste établie par les Lusiades.

L’action centrale des Lusiades est l'ouverture de la Route maritime vers les Indes par Vasco de Gama. Par l'entremise de ce dernier, s'adressant au roi de Calicut, le poème dresse un vaste tableau de l'histoire portugaise, en remontant jusqu'aux origines de la nation dans l'Antiquité, qui met en exergue ses grandes figures héroïques, dont il narre les faits d'armes, entremêlés de légendes, avec une part importante pour la Reconquista, dans la période précédant la reprise de Valence en 1102 par les Almoravides, ainsi que celle des Almohades, dont la capitale est Marrakech. La narration débouche sur l'arrivée au pouvoir de la « Sublime Génération » des rois de la Maison d'Aviz, qui lance et dirige le mouvement des Découvertes, la naissance de l'Empire au Maroc, le passage du cap de Bonne Espérance et la conquête de l'Orient, jusqu'à l'époque de Camões.

Tout au long du poème, Camões glorifie le peuple portugais, et son esprit pionnier et de conquête, faisant de fréquentes références à la mythologie et aux périodes classiques. Le poème développe également sa propre mythologie, avec la création de lieux ou figures légendaires ou mythiques telles que le Vieux du Restelo (Velho do Restelo), figure prophétique incarnant la vieille noblesse militaire mettant en garde les nouvelles générations prétendant conquérir le monde ; l'Adamastor, divinité océanique mystérieuse, géant soulevant les tempêtes du Cap des Tourmentes, et gardien de l'accès à l'Orient ; ou l'Ile des Amours (Ilha dos Amores), lieu de délassement pour les soldats et les marins des armadas portugaises, auprès des nymphes.

Tout au long de l'action, les Portugais font l'objet de disputes entre les dieux, figurant les forces contradictoires du destin. Ces disputes sont le prétexte à une réflexion allégorique sur l'opposition entre les hommes et les dieux, et la part divine des hommes héroïques. Tout est pris dans les engrenages de la Machine du Monde (Máquina do Mundo). Il s’agit pour Camões de démontrer que l’Empire portugais, alors à son apogée, s'inscrit dans la continuité des grands Empires de l'Antiquité, dont il serait l'aboutissement. Cette idée nourrira au XVIIe siècle le thème du Quint Empire chez le père António Vieira, qui sous-tend le recueil Message de Fernando Pessoa au . Considérée comme une épopée collective et nationale, le terme Lusiades est utilisé pour désigner les portugais eux-mêmes, descendants de Lusus et des Lusitaniens.

Structure Par leur structureLa structure renvoie à l'analyse formelle du poème, nombre de strophes, nombre de vers par strophes, nombre de syllabes, type de rimes, rythme, figures de style, etc. , leur architectureL'architecture de l'œuvre renvoie à la façon dont sa trame est construite, à sa cohérence narrative, et à la façon dont sont agencées ses différentes parties et thématiques. et leur souffle épique, les Lusiades s'inscrivent dans la tradition des grandes épopées classiques en vers, aux côtés de la Jérusalem délivrée de Toraquato Tasse, ou de la Divine Comédie de Dante. Les Lusiades se composent de dix parties, désignées sous le terme de « chants » (cantos). Chaque chant possède un nombre variable de strophes, tournant autour de cent strophes, cent dix en moyenne, pour un total de strophes. Chaque strophe, en ottava rima, est composée de huit vers, pour un total vers sur l'ensemble de l'œuvre.

Chaque vers est composé en décasyllabes, métrique caractéristique de la poésie épique, accentuées sur la sixième et la dixième syllabe, dit décasyllabe héroïque. Ces vers suivent un schéma rythmique AB AB AB CC, six rimes croisées et deux rimes plates, très caractéristiques du style de Camões. L'usage du décasyllabe héroïque, selon le schéma rythmique camonien en dizain, imprime un rythme très particulier au poème, immédiatement reconnaissable, qui favorise sa mémorisation, sa récitation et sa reprise en chansons.

Comme tout texte de la Renaissance, Les Lusiades n’échappent pas à l’esthétique grecque qui accorde une importance particulière au nombre d’or. Ainsi, le récit atteint son climax avec l’arrivée aux Indes, épisode placé au point qui divise l’œuvre suivant les proportions définies par ce nombre (début du Chant VII).

Les Lusiades sont construits selon une architecture complexe, déployée sur plusieurs niveaux. La structure interne des Lusiades, qui se rapporte au contenu du texte, permet de diviser l’œuvre en cinq parties caractéristiques de l’épopée classique : La proposition : introduction, présentation du thème et des héros (strophes 1 à 3 du Chant I) L'Invocation - le poète invoque les nymphes du Tage pour inspirer son écriture (strophe 4 et 5 du Chant I) La dédicace - le poète dédie son œuvre au roi Sébastien I (strophes 6 à 18 du Chant I) La narration - le récit débute en plein milieu du voyage de Vasco de Gama, puis revient sur tout ce qui a précédé, depuis les origines de l’histoire du Portugal jusqu’au moment présent, avant de poursuivre chronologiquement (récit in medias res). L'épilogue vient conclure l’œuvre, dans les strophes 145 à 156 du Chant X. Mais en travers des cinq parties caractéristiques des épopées classiques, l’œuvre se déploie également sur plusieurs plans, avec leur espace et leur chronologie propre : Le plan du voyage - qui décrit la découverte de la route maritime vers les Indes par Vasco de Gama et ses compagnons. Le plan de l’Histoire du Portugal - qui cite différents épisodes de l’histoire du pays. Le plan du poète - Camões évoque sa propre admiration du peuple et des héros portugais. Le plan de la mythologie - qui décrit les influences et les interventions des dieux de la mythologie gréco-romaine sur l’action des héros portugais.

Au cours du récit, les épisodes alternent, belliqueux, mythologiques, historiques, symboliques lyriques et naturalistes.

Avis du Saint-Office Le poème épique traditionnel chante la fondation d’une nation avec l’aide des dieux. Les Lusiades, comme l’Énéide, n’échappe pas à cette règle. Toutefois, l’intervention des dieux de la mythologie grecque dans le récit n’est qu’un artifice purement littéraire, permettant à la fois à l'auteur de mettre en scène des forces et éléments incarnés par les dieux, et de rattacher l'épopée portugaise à une tradition ancienne, qui servait de référent dans l'Europe de la Renaissance. Elle ne renvoie pas à un système de croyances ou à une foi. C’est bien la foi en un dieu chrétien unique qui transparaît dans toute l’œuvre. On ne peut donc parler d’hérésie de la part de Camões, surtout en pleine Contre-Réforme. Cette usage littéraire et esthétique patent de la mythologie gréco-romaine explique que l'œuvre n'a pas été interdite par l’Inquisition.

Même si certains passages ont été censurés lors des premières éditions, le Saint-Office a eu soin de déclarer, dans son avis favorable donné à l’édition de 1572, qu’il avait compris que ce recours n’avait d’autre but que stylistique et esthétique, en rappelant toutefois que les dieux païens sont tous des démons. Incarnant les forces de la Providence, les gardiens de l'ordre du monde, et le principe de changement, ces dieux occupent une place de choix dans le poème. Ce sont leurs intrigues qui permettent de lier les différents épisodes de l’épopée, ce sont leurs interventions deus ex machina qui permettent d’expliquer les événements inespérés du voyage relatés ici.

Thème Le héros Comme le titre l’indique, le héros de cette épopée est un héros collectif, les Lusiades, descendants du dieu Lusus, c’est-à-dire les Portugais. Dès les premières strophes de l’intervention de Jupiter, lors du concile des dieux de l’Olympe qui ouvre le récit, apparaît le caractère laudatif de l’auteur.

Le roi des dieux affirme que, depuis Viriatus et Sertorius, le destin, fatum, conceptualisé par Camões dans le fado, des vaillants Portugais est d’accomplir de hauts faits qui feront oublier ceux des quatre grands empires antérieurs : assyrien, perse, grec et romain.

Leur histoire l’atteste, outre les victoires successives contre les Empires maures almoravides, puis almohades, et contre les Castillans, elle révèle comment un pays aussi petit découvre de nouveaux mondes et impose sa loi dans le concert des nations.

Au terme du poème survient l’épisode de l’île des Amours, récompense fictive pour le glorieux parcours des Portugais à travers le temps. La crainte de Bacchus de voir ses exploits de conquêtes en Orient dépassés par ceux des Portugais est confirmée.

Camões dédie son chef-d’œuvre au roi Sébastien Ier. Les récentes découvertes portugaises et l’arrivée aux Indes motivèrent sans aucun doute l’écriture de l’épopée portugaise qu’il ambitionnait depuis longtemps de narrer.

Un sentiment de fierté et d’audace existait chez les Portugais à cette époque. Les marins et les capitaines étaient les nouveaux héros de ce petit pays, des hommes capables d’exploits extraordinaires, tel le capitaine João de Castro, vice-roi des Indes, mort peu de temps avant que le poète n’arrive aux Indes. Sans oublier Vasco de Gama, à qui l’on doit la découverte de la route vers les Indes lors d’un voyage difficile, dont les chances de succès étaient faibles, et qui remporta de nombreuses batailles contre des royaumes musulmans sur des terres hostiles aux chrétiens. Ce voyage épique fut donc utilisé comme histoire centrale de l’œuvre, à partir de laquelle des épisodes de l’histoire du pays nous sont racontés.

La croisade