Ponce Pilate (en latin , en grec ancien Πόντιος Πιλᾶτος, Póntios Pilátos), né à un endroit inconnu, vraisemblablement vers la fin du , est un citoyen romain membre de la classe équestre qui, à partir de 26, sous le règne de l'empereur Tibère, et durant dix à onze ans, a occupé la charge de préfet de Judée.
Il est essentiellement connu pour avoir, selon les Évangiles, ordonné la Crucifixion à l'issue du procès de Jésus, ce qui a conféré une notoriété exceptionnelle à ce simple gouverneur de province. L’historien juif Flavius Josèphe et le philosophe Philon d’Alexandrie mentionnent des tensions et des actes de violence entre la population juive et l’administration de Pilate. Ces textes attestent qu'il aurait offensé la sensibilité religieuse des Juifs de JudéeGers-Uphaus, C. (2020). The figure of Pontius Pilate in Josephus compared with Philo and the Gospel of John. Religions, 11(2), 65..
Il est rappelé à Rome à la fin de 36 ou au début de 37, par le proconsul de Syrie Lucius Vitellius, afin de s'expliquer devant l'empereur Tibère, qui meurt entre-temps. Après son retour à Rome, l'histoire perd sa trace.
La pauvreté des sources historiques a permis le développement de légendes et d'hypothèses non attestées historiquement à son sujet, comme celles qui veulent qu'il ait été exilé, qu'il ait fini martyr à Rome ou encore qu'il se soit suicidé en Gaule, à Lyon ou à Vienne.
L'Église éthiopienne orthodoxe le vénère comme saint et martyr avec sa femme, tandis que les Églises grecques orthodoxes honorent seulement celle qui, selon la tradition chrétienne, aurait été son épouse sous le nom de Claudia Procula.
Identité Nom de Pilate Les textes qui permettent de savoir que le surnommé « Pilate » s'appelait « Pontius » se trouvent dans l'Évangile selon Luc (3:1), les Actes des Apôtres (4:27) et la Première épître à Timothée (6:13), œuvre due à des disciples de l'apôtre Paul, p. 415..
En dehors du Nouveau Testament la même mention figure dans les Antiquités judaïques de Flavius JosèpheFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , 64. et dans les Annales de Tacite. L'inscription retrouvée à Césarée en 1961 ne comporte quant à elle que les dernières lettres du nom, extrait en ligne., mais n'introduit aucun doute sur le nom de ce préfetJean-Pierre Lémonon, L'inscription de Pilate, in Pierre Geoltrain (Dir.), Aux origines du christianisme, Paris, 2000, Gallimard et Le Monde de la Bible, ..
L'usage était les tria nomina, les trois noms du citoyen romain. Les deux premiers étaient le praenomen et le nomenPierre Vidal-Naquet, Du bon usage de la trahison, préface de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, traduit par Pierre Savinel, éd. de Minuit, Paris, 1977, 24-25., le troisième était le cognomen qui à l'origine était un surnom. Ce cognomen, « », a fait imaginer de manière fantaisiste qu'il avait eu un affranchi parmi ses ancêtres, le mot , « coiffé du bonnet rouge », s'appliquant en effet aux esclaves romains affranchis.. Il fait référence avec plus de vraisemblanceUne autre interprétation veut que fasse référence au fait d'être le fils d'un officier décoré du javelot d'honneur, d'où l'hypothèse gratuite que Pilate serait le fils de Marcus Pontius, qui avait commandé en Espagne pendant les guerres cantabres, et qu'il aurait hérité du prénom de son père. à une charge honorifique (« l'homme au javelot » ou « titulaire d'un javelot d'honneur », d'un , arme emblématique du légionnaire romain) et suggère que ce titre mais cela reste hypothétique.
Son prénom (praenomen) est inconnuEn se basant sur l'interprétation épigraphique de l'inscription de Pilate, plusieurs prénoms ont été proposés, Lucius ou Marcus : . Toutefois, selon Jean-Pierre Lémonon, les : Jean-Pierre Lémonon, L'inscription de Pilate, in Pierre Geoltrain (Dir.), Aux origines du christianisme, Paris, 2000, Gallimard et Le Monde de la Bible, , note ..
Préfet de Judée vignette|redresse|L'inscription de Césarée maritime sur laquelle figure partiellement le nom : [Po]ntius Pilatus ().|alt=Pierre portant une inscription latine avec le nom partiel de Ponce Pilate Depuis la fin du , l'historiographie s'accorde à dire que le titre officiel de Ponce Pilate, comme pour les autres titulaires de la charge jusqu'au règne de l'empereur Claude (41 - 54), était praefectus, un grade militaire. Or, pendant des siècles, le titre attribué à Ponce Pilate a été celui de procurateur qui a pu sembler « inséparable de son nom » : en effet, tant les textes de Philon que les Antiquités judaïques de Josèphe qualifient Ponce Pilate d’épitropos (en grec, ἐπίτροπος), ce qui correspond au titre latin de procurator que l'on trouve dans les Annales de TaciteTacite, Annales, XV, 44.. On trouvait aussi ce même titre (ἐπιτροπεύοντος, procurateur) dans certaines versions du texte occidental du Nouveau Testament, comme le Codex BezaeÉvangile selon Luc, Codex Bezae, 3, 1.., considéré comme une version antérieure de celle que nous connaissonsMarie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre , Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et éditeurs.. Ce titre se trouvait dans le second prologue de l'Évangile selon Luc. Dans les autres passages, les rédacteurs des évangiles utilisent quelquefois le terme grec d’hègémôn. Pour Jean-Pierre Lémonon, ce terme désigne « celui qui dirige », sans connotation officielle, et correspond au latin praeses.
La découverte en 1961 à Césarée d'une inscription attestant de la construction d'un sanctuaire dédié à l'empereur Tibère (le Tiberieum), à l'initiative d'un [Pon]tius Pilatus dont la titulature apparaît partiellement comme [præ]fectus Iudææ, a confirmé que Pilate ne portait pas le titre de « procurateur », qui ne s'impose que plus tardivement. Ainsi, le præfectus qui gouverne la Judée a non seulement la charge des fonctions administratives, militaires et juridiques, tant sur le plan civil que criminel, mais il s'occupe également de la levée des impôts, ce qui fait aussi de lui un « procurateur » – en latin, procurator – chargé des intérêts de l'empereur, et il semble que ce soit la dénomination qui soit restée à partir de l'époque de Claude « correspond[ant] à une évolution historique des gouverneurs de rang équestre »..
Origines de Ponce Pilate Ponce Pilate apparaît dans l'histoire envoyé par Tibère pour succéder à Valerius Gratus comme gouverneur de Judée.. Aucun texte ne nous donne de renseignement sur ses activités antérieuresDans son Histoire d'Arménie, Moïse de Khorène indique toutefois que le père de Ponce Pilate aurait été l'officier qui aide Mithridate le Grand à se suicider, ce qui suggère une origine gauloise ou galate si on rapproche cette indication des renseignements fournis par Appien..
Si le prænomen de Pilate est inconnu, ses nomen et cognomen offrent la possibilité d'émettre des hypothèses sur ses originesL'usage était les tria nomina, les trois noms du citoyen romain. Les deux premiers étaient le prænomen et le nomen ; cf. Pierre Vidal-Naquet, « Du bon usage de la trahison », préface de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, traduit par Pierre Savinel, Paris, Éditions de Minuit, 1977, 24-25.. Son nomen renvoie à la gens à laquelle il appartient : peut-être. le clan samnite assez connu des Pontii.. Ponce Pilate est peut-être le descendant de Caius Pontius, un aristocrate sabellien qui s'est illustré lors des guerres samnites..
Des auteurs comme Pierre Comestor ou Pineda ont recueilli des traditions incertaines pour faire naître Pilate à Lugdunum (aujourd'hui LyonDans son ouvrage Lyon secret, Félix Benoit se fait l'écho d'auteurs comme Pierre Comestor et autres érudits lyonnais du pour évoquer le lieu de naissance de Ponce Pilate. Il serait né en -19 dans le quartier de Fourvière à Lugdunum, aujourd'hui Lyon, où son père aurait occupé un poste de haut fonctionnaire romain. Toutefois, aucun historien ne reprend cette information.) ou à Séville. (où une tradition populaire fait de la Casa de Pilatos une copie de son prétoire romain). Selon l'Évangile apocryphe de Nicodème, il aurait épousé avec l'assentiment de Tibère une noble romaine connue sous le nom de Claudia Procula et identifiée, sans beaucoup de vraisemblance, à la petite-fille de l'empereur Auguste.. Les spéculations fantaisistes sur l'origine de cette femme, que l'on suppose avoir appartenu à cette grande famille aristocratique, ont permis d'expliquer l'ascension sociale de son époux probablement issu de la bourgeoisie, puisque la comparaison avec les carrières d'autres chevaliers – notables bourgeois faisant partie des – permet de penser qu'il a exercé une activité d'ordre militaire avant d'être nommé préfet de Judée..
Nomination vignette|La province de Judée au |alt=Carte de la province de Judée au premier siècle Ponce Pilate est nommé préfet en 26 cf. . Dans les Antiquités judaïques (, , 2), Flavius Josèphe donne plusieurs indications relatives à plusieurs personnages qui conduisent les historiens à retenir la date de 26., peut-être par Séjan, confident de l'empereur vieillissant Tibère (14-37) et puissant préfet du prétoire, sans qu'on en connaisse les motivationsÀ partir de la relation de l'expulsion des Juifs de Rome qui est située dans les Antiquités judaïques (, , 4) au cours du gouvernorat de Ponce Pilate, D.R. Schwartz a proposé de placer la date d'arrivée de Pilate en Judée en 19, année de cette expulsion de Rome. Les arguments de D.R. Schwartz n'ont pas emporté la conviction des autres historiens. D.R. Schwartz, Pontius Pilate's Appointement to Office and The Chronology of Josephus' Antiquities, in Studies in the Jewish Background of Christianity, Tübingen, 1992, et et note .. Il prend la tête d'une province impériale d'un type particulier, généralement confiée à des membres de l'ordre équestre dont les gouverneurs ne reçoivent pas de l’empereur l’imperium proconsulaire, comme cela se fait pour des provinces impériales plus importantes ou pour les provinces sénatoriales.. Certains chercheurscf. Maurice Sartre, Le Haut-empire romain, éd. Seuil, 1997, ; Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie, éd. Fayard, 2001, , 552-554 ; cités par . estiment que la Judée n'avait peut-être pas d'autonomie propre, constituant plutôt un district de la province de Syrie sous l'autorité d'un légat chargé du commandement des troupes, de la justice et des impôts.
Succédant à Valerius Gratus Ponce Pilate est le cinquième des gouvernants romains qui se succèdent en Judée entre 6 et 36, tous issus de l'ordre équestre. Il est néanmoins le seul parmi eux dont la notoriété a traversé les siècles, notamment à travers les attestations de son contemporain Philon d'AlexandrieFerdinand Delaunay Écrits historiques de Philon d'Alexandrie (1867). mais surtout des évangiles et des écrits de l'historien judéo-romain Flavius JosèpheFlavius Josèphe, Guerre des Juifs, livre , , 2-4 et Antiquités Judaïques, livre , , 2.. Tous ces auteurs sont liés au judaïsme, car les auteurs des évangiles sont des judéo-chrétiens. Il existe également une attestation archéologique découverte en 1961 à CésaréeGuy Couturier (professeur émérite de la faculté de théologie de l'université de Montréal), « L'inscription de Ponce Pilate », interbible.org, ., la ville dont ces dirigeants romains avaient fait le siège de leur administration au détriment de Jérusalem, probablement pour le luxe des palais hérodiens et les divertissements offerts par cette cité.. En qualité de préfet, Ponce Pilate gouvernait donc une province où étaient stationnées des forces militairesMichel Dubuisson, Le « Procurateur » de Judée, 133..
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