L’affaire Robert Boulin est une affaire judiciaire française liée à la mort brutale de Robert Boulin, ministre du Travail en exercice, dont le corps est retrouvé au matin du dans l'étang Rompu de la forêt de Rambouillet. L'enquête menée par le SRPJ de Versailles conclut à un suicide. Cependant, cette thèse est de plus en plus contestée, au profit de celle d'un assassinat.

En 1983, la famille Boulin, conseillée par l'avocat Jacques Vergès, dépose plainte contre X. L'information judiciaire menée pendant neuf ans aboutit à un non-lieu en 1992. Le non-lieu est confirmé en appel.

De nouveaux témoignages conduisent à l'ouverture d'une information judiciaire en 2015 pour . La fille de Robert Boulin, Fabienne Boulin, assigne l'État français pour « faute lourde » en 2021.

En avril 2026, le dossier est transféré au pôle des crimes sériels ou non élucidés.

Contexte Spéculation sur le destin de Robert Boulin Jacques Chaban-Delmas est le candidat de l’UDR, parti gaulliste, à la présidentielle de 1974, mais Jacques Chirac préfère soutenir Valéry Giscard d'Estaing, qui le nomme ensuite premier ministre. Démissionnant à l'été 1976, il transforme l’UDR en un nouveau parti, le Rassemblement pour la République, qui à l'Assemblée nationale bloque certains textes gouvernementaux de Raymond Barre, nouveau premier ministre, impopulaire du fait de sa politique de rigueur, qui provoque un ralentissement économique. Pour contrer la candidature de Chirac à la présidentielle 1981, Giscard d'Estaing pense nommer à l'hôtel de Matignon un RPR : ou bien Robert Boulin, connu pour sa fibre sociale, ou bien Alain Peyrefitte. Cependant dans ses mémoires, Valéry Giscard d'Estaing n'évoque à aucun moment cette éventualité.

Le , Alain Duhamel commence une interview avec Boulin sur la station de radio Europe 1 en disant : . En août, Boulin est questionné sur la rumeur de sa nomination à Matignon au journal de de France Inter. Le , en tant que député-maire de Libourne, il accueille Giscard d'Estaing qui lui rend un hommage appuyé.vignette|redresse|Le président Valéry Giscard d'Estaing (cliché du ), qui envisageait alors la possibilité de faire de Robert Boulin son Premier ministre.

Affaire de Ramatuelle

Quelques jours après le déclenchement de l'affaire des diamants de Bokassa, le journal d'extrême droite Minute se fait l'écho le d'une affaire d'escroquerie immobilière. Robert Boulin semble impliqué dans l'affaire : en vue d'y faire construire sa maison de campagne, il avait acheté en 1974 deux hectares à Ramatuelle à Henri Tournet, qui avait déjà vendu ces terres à des Normands en 1973 pour y construire des maisons. Tournet affirme avoir remboursé Boulin, en échange d'interventions auprès du préfet pour obtenir l'autorisation de construire supplémentaires. Décidé à combattre, il déclare sur Europe 1 qu'il dispose d'informations dont il ne peut pour le moment parler. Le quotidien Le Monde consacre un article à l'affaire le puis le Canard enchaîné le surlendemain. Selon Valéry Giscard d'Estaing, « les premières insinuations contre Robert Boulin avaient filtré dans la presse au mois de juillet ». Cinq derniers jours avant la mort La police judiciaire de Versailles a reconstitué l'emploi du temps du ministre, par le témoignage de ses proches et collaborateurs ministériels, jusqu'au lundi à .. Il reçoit au ministère deux journalistes du Monde enquêtant sur l'affaire de Ramatuelle le mercredi , jour de publication de celle du Canard Enchaîné, dont deux journalistes avaient été reçu l'avant-veille par Boulin, chez son conseiller en communication Patrice Blank. Une troisième enquête, celle de Minute, publiée le sans avoir parlé au ministre, a entraîné les deux autres. Les questions du Monde portent sur les informations recueillies auprès de plusieurs protagonistes dans le Var et dans le Calvados. L'article paraît le vendredi et donne la version de Boulin, qui a parlé à déjeuner, une heure avant la publication, de cette affaire de Ramatuelle avec Jean de Lipkowski, d'Henri Tournet, et le bruit court que l'épouse de Boulin pourrait être convoquée par le juge. Le ministre conclut sa lecture de l'article du Monde d'un bref "Ouais. Bon.", face à son fils Bertrand Boulin avec qui il a déjeuné au ministère, et qui montre à son père un autre article paru le même jour, dans le magazine Le Meilleur, parlant d'un juge "qui se bat pour la vérité" après avoir entendu le "fils d'une haute personnalité promise à un destin national", qui a rencontré un adulte ayant eu une liaison avec un "garçon de presque ". Selon Bertrand Boulin, ce "journal à scandales" lui reproche surtout d'avoir signé des pétitions concernant la sexualité des mineurs. En , il avait été cosignataire d'une tribune dans Libération prenant la défense du suspect incarcéré dans l'Affaire des films de la FNAC., quelques semaines après le suicide de son ami Jean-Michel Desjeunes, avec qui il avait animé en 1976 une émission sur Europe 1 puis publié en la , livre préconisant l’abaissement de la majorité sexuelle de 15 à "De la libération des enfants à la violence des pédophiles. La sexualité des mineurs dans les discours politiques des années 1970" par Jean Bérard, en 2014 dans la revue Genre sexualité et société . Selon Luc Lafay, chargé de la communication du ministre depuis 1972, qui a lu cet article, il s'agissait d'une "double page" dans un journal du samedi, mais disponible en kiosque à Paris dès le vendredi après-midiPropos de Luc Lafay dans un entretien du 14 février 2013 accordé à Jean-Marie Pontaut, cités dans le livre de Gilles Leclair en 2022 et disposant d'une affichette de promotion, selon le livre de Bertrand Boulin, qui précise lui que son père lui a alors rappelé que l'arrêt de son émission SOS Enfants depuis un an est une bonne chose, puis lui a demandé le nom de ce juge, et conseillé d'intenter une action en justice pour viol du secret de l'instruction s'il le convoque à nouveau. Puis Boulin discute de l'article du Monde avec ses collaborateurs. Ils prennent la décision de rédiger un droit de réponse durant le week-end. Le soir du vendredi , le ministre se rend à Libourne, où comme à son habitude, il visite sa mère, âgée de , puis rentre à Paris le samedi soir. Le lendemain matin, informé que le juge d'instruction a obtenu communication de ses comptes bancaires, il tape chez lui, sur sa machine à écrire personnelle, une longue lettre dans laquelle il donne sa version de l’affaire de Ramatuelle, afin de "rectifier certains points de fait". Il va effectuer des photocopies au ministère, à , puis revient à son domicile regarder la télévision en famille. Par téléphone, il informe à Patrice Blank qu'il lui fera parvenir en mains propres dès le lendemain matin une photocopie de cette lettre, ainsi qu'à son avocat Alain Maillot. Le lendemain, lundi matin, cette réponse au Monde est comme prévu présentée par le ministre à ses plus proches collaborateurs lors d'une réunionArticle 2 novembre 1979 dans Le Monde le . Peu après cette réunion du matin, Boulin demande à une secrétaire de reporter un rendez-vous prévu à avec des syndicalistes, car il vient d'être convié à un rendez-vous extérieur urgent, puis il déjeune avec son gendre, Éric Burgeat, conseiller au ministère"L'affaire Boulin", par Albert du Roy le dans L'Express , et son fils. Selon L'Express du , ce dernier remarque plusieurs enveloppes qui dépassent de sa poche, et le père répond qu’il s’agit du courrier de Libourne. Le fils évoquera plus tard dans son livre une pile d’une douzaine de lettres timbrées sur son bureau, adressées notamment à Achille Peretti, Jacques Chaban-Delmas, Pierre Simon, Gérard César, Aristide-Patrice Blank, Jean Mauriac. Dans ce livre, il affirmera que l'affaire de Ramatuelle a été évoquée lors de ce déjeuner, Robert Boulin déclarant : , et après lui avoir dit le matin, "Ma vérité sur mon père" par Bertrand Boulin, aux Editions Stock en janvier 1980 , sans que son épouse ne comprenne. Après le déjeuner Boulin lit devant son fils l'article dans Le Monde, reçu au ministère en début d'après-midi, qui le cite dès la première phrase, en rappellant qu'il vient "de mettre en avant les données corrigées des variations saisonnières, en commentant les statistiques de septembre" du chômage, alors que dès sa première conférence de presse il avait souhaité ne plus tenir compte que des données brutesArticle dans Le Monde du 30 octobre 1979 . Vers 30, l'avocat de Boulin lui propose au téléphone de le retravailler ce droit de réponse vers avec Patrice Blank, ce que Boulin accepte"Histoire d'un " brouillon" le 17 novembre 1979, dans Le Monde le . Le Monde ne recevra jamais ce droit de réponse, la famille Boulin s'opposant à ce qu'une ou l'autre version soit envoyée après sa mort. Sans citer de source, le journal informera ses lecteurs, dans deux articles, publiés quatre jours puis trois semaines après le décès, que Boulin aurait renoncé à son projet de réponse et pas eu le temps de prendre connaissance de la nouvelle version proposée par ses conseils. Le second article précise que l'heure de la réunion au ministère le matin de sa mort n'était pas à mais 45 et que le projet de lettre a fait l'objet d'un second examen, par Patrice Blank et l'avocat Alain Maillot, et que ce sont eux qui téléphonent à Boulin pour l'inviter à en reparler à . Le second article précise aussi c'est lors de ce second examen du projet de lettre qu'il a été jugé inadapté et que les collaborateurs du ministre avaient juste proposé à une lettre un peu plus brève, car ne se sentant "pas vraiment en état de conseiller utilement" Boulin, faute d'assez informations en leur possession. Avant , le ministre accepte de recevoir quelques minutes, Gaston Flosse, député de Polynésie"Témoins capitaux" par Benoît Collombat sur France Inter le puis prend dans le coffre du ministère quatre dossiers et une mallette, et regagne son domicile peu avant 30, avec son chauffeur et son garde du corps, où il leur mentionne qu'il a un rendez-vous extérieur. Le second témoignera sur procès-verbal l'avoir aidé à monter ces dossiers chez lui. Parmi les quatre dossiers, se trouvent celui des avions renifleurs de la compagnie pétrolière Elf. Un huissier déclare dans France-Soir du , de manière anonyme, l'avoir entendu dire : « adieu mon bureau » avant d'en partirCité par Jean Mauriac dans France-Soir du ..

Boulin repart immédiatement de chez lui vers , seul au volant de sa Peugeot 305 bleu métallisé. Montfort-l'Amaury est à une cinquantaine de kilomètres de son domicile de Neuilly-sur-Seine, dont une dizaine par l'autoroute de l'ouest. La corbeille à papier sous son bureau est vide après son départ car la femme de ménage a fait son travail, selon l'épouse du ministre, puis le témoignage de cette dernièreMagazine Interception sur France inter : « Robert Boulin, un homme à abattre », 26 octobre 2003 . Les quatre témoins du soir du décès Les versions des quatre témoins du soir du décès divergent. Les deux premiers, anonymes, apparaissent dans la presse, de source policière, les jours qui suivent le décès. Les deux autres sont apparus plus d'un quart de siècle plus tard, retrouvés par des journalistes, et ont déposé devant le juge. Les deux témoins évoqués par la police après le décès Une demi-douzaine de plis à en-tête du ministère du travail sont postés à Montfort-l'Amaury entre 30 et 40, selon un préposé aux PTT évoqué dans la presse, dont le nom n'est cependant pas cité, ni aucun détailArticle le 14 novembre 1979 dans Le Monde le .

Pour sa part, Pierre G., directeur de société à Versailles, a selon la police déclaré que le lundi entre et 30, circulant en voiture à Montfort-l’Amaury, il a croisé Boulin qui "seul et paraissant pressé", remontait la courte portion de la rue de Paris montant "en direction de la place de l'Église", après le croisement avec la rue venant de la poste. Les deux témoignages apparus en 2009 et 2013