thumb|Cavalier sur la Pierre de Tjängvide, interprété comme étant Odin sur Sleipnir.

Le cheval dans la mythologie nordique est le plus important des animaux par son rôle, aussi bien dans les textes, Eddas et sagas, que dans les représentations et les cultes. Presque toujours nommé, le cheval est associé aux dieux Ases et Vanes, aux héros ou à leurs ennemis dans la mythologie nordique. Il dépasse le simple rôle de moyen de transport, puisqu'il est au centre de nombreux rituels de fécondité et de fertilité en relation avec le dieu Freyr. Étroitement associé à la cosmogonie des anciens germano-scandinaves et à une profonde symbolique d'inspiration chamanique, ce psychopompe se voit confier la charge d'emporter les morts au Walhalla. Le cheval tire le char du soleil et de la lune et éclaire le monde avec sa crinière. Il est lié à de nombreux éléments vitaux, tels que la lumière, l'air, l'eau et le feu. Le cheval mâle est par ailleurs nettement valorisé par comparaison à la jument.

Cette importance dans les textes fondateurs et les sagas reflète la grande valeur du cheval chez les peuples nordiques, comme l'attestent également les rituels liés à son sacrifice, à la consommation de sa viande ou à l'utilisation de parties de son corps, réputés apporter protection et fertilité. Ses ossements sont des instruments de magie noire dans les sagas. La diabolisation et la lutte contre les traditions et les rituels équestres, tels que l'hippophagie, est un élément capital dans la christianisation des régions de religion nordique, Germanie, Scandinavie et Islande.

Généralités En archéologie comme dans l'Edda de Snorri, le cheval est le premier animal par l'importance dans la mythologie nordique. Des chevaux sacrifiés et associés aux divinités font partie des plus anciennes découvertes archéologiques de ces régions. Les textes reflètent la société et les coutumes de l’époque, montrant clairement, selon Marc-André Wagner, que le cheval est considéré comme un et une , tant dans les textes fondateurs, les rites que la mentalité des germains.

Cette place est due à une conception du monde basée sur la perception de la nature à l'origine des mythes. Le cheval (comme les dieux, les plantes et les hommes) y incarne des forces du cosmos et de la nature. En 1930, W. Steller postule l'existence d'un dieu-cheval germanique originel W. Steller, Phol ende Wotan, zfvk 40, 1930, p. 61-71. La première étude véritablement consacrée au sujet est celle du norvégien Gutorm Gjessing, Hesten i forhistorisk kunst og kultus, en 1943 : il y développe l'idée que le cheval soit, dans la mythologie nordique, un symbole de fécondité très ancien en relation avec le dieu Freyr. Secondairement, il y voit un rapport avec le culte odinique de la mort guerrière.

Le cheval dans les textes Les sources écrites proviennent principalement de l’Edda en prose et de l’Edda poétique, mais aussi des sagas. Si elles ne contiennent pas toujours beaucoup d'éléments mythologiques, elles permettent d'avoir une idée précise des cultes rendus à cet animal et de son importance pour les anciens Germano-scandinaves, et par là même des raisons de sa place dans les textes fondateurs. Les , qui sont une forme d'énumération mnémotechnique dans l'Edda en prose de Snorri Sturluson, livrent un très grand nombre de noms de chevaux : Hrafn, Sleipnir, Valr, Lettfeti, Tjaldari, Gulltoppr, Goti, Soti, Mor, Lungr, Marr, Vigg, Stuffr, Skaevadr, Blakkr, Thegn, Silfrtoppr, Fakr, Gullfaxi, Jor, et Blóðughófi..

Chevaux des dieux Ases

thumb|right|Première page du manuscrit ÍB 299 4to de l'Edda en prose, montrant entre autres Odin, Heimdall et Sleipnir. Les chevaux appartenant aux dieux Ases sont cités dans le (30) et dans la (15). Gulltopp est attribué au dieu Heimdall dans Baldrs draumar, où le dieu monte cet animal à l'occasion du cortège funèbre pour célébrer l'incinération de Baldr.

Dans le Grímnismál

Le poème eddique cite les noms suivants :

Glad et Gyllir, Gler et Skeidbrimir, Sillfrintopp et Sinir, Gisl et Falhofnir, Gulltopp et Lettfeti ; Sur ces montures les Ases Chevauchent chaque jour Quand ils se rendent au conseil, À la racine d'Yggdrasill. — (30)

Dans le Gylfaginning

La Gylfaginning, dans lEdda en prose de Snorri Sturluson, reprend cette liste en y ajoutant Sleipnir « Celui qui glisse », le cheval à huit jambes d'Odin ; et Glen ou GlenrGlen est mentionné à la place de dans le Codex Wormianus et le Codex Trajectinus. Le Codex Upsaliensis ne cite en revanche ni l'un ni l'autre..

Sleipnir thumb|Odin et son cheval Sleipnir, d'après un dessin d'Arthur Rackham.

Sleipnir tient une place toute particulière dans les textes mythologiques puisqu'il est à la fois le cheval le mieux décrit et le plus souvent mentionné parmi ceux des Ases. signifie « planeur ». Il apparaît dans le , , , , ou encore . Cet animal à huit jambes est capable de se déplacer au-dessus de la mer aussi bien que dans les airs, il est le fils du dieu Loki et du puissant étalon . et plus rapide d'entre eux selon Snorri Sturluson, il devient la monture d'Odin qui le chevauche jusque dans la région de Hel et le prête à son messager pour accomplir le même voyage ; toutefois, le dieu s'en sert surtout pour traverser le pont Bifröst afin de se rendre à la troisième racine d'Yggdrasil, là où se tient le conseil des dieux. L’Edda en prose donne de nombreux détails sur les circonstances de la naissance de Sleipnir et précise, par exemple, qu'il est de couleur grise. C'est aussi l'ancêtre du cheval Grani.

Autres chevaux divins et cosmogoniques thumb|left|Les loups poursuivent le char de la lune, , et celui du soleil, , tiré par Árvakr et Alsviðr. thumb| et son cheval Hófvarpnir, à côté du trône de Frigg. Illustration de 1882 par Carl Emil Doepler. thumb|left|Nótt chevauchant Hrímfaxi, d'après une peinture de Peter Nicolai Arbo au . thumb|right|Le géant maître-bâtisseur et son cheval Svadilfari.

D'autres chevaux liés aux divinités ou jouant un rôle dans la cosmogonie sont mentionnés dans la mythologie nordique. Le Gylfaginning (35) dévoile l'origine de Sleipnir et mentionne longuement le cheval Svadilfari. Le cheval est aussi fréquemment l'objet d'admiration dans l’Edda poétique, sur sa forme et sa rapidité. On trouve ainsi des kennings comparant navires et chevaux, notamment dans l’Edda poétique, section du Chant de Sigurd, tueur de dragon (16). Árvakr et Alsviðr (« Tôt levé » et « Très rapide ») sont les deux chevaux qui tirent le char de la déesse à travers le ciel chaque jour, leur crinière émet la lumière du jour. Hrímfaxi et Skínfaxi (« Crinière de givre » et « Crinière brillante ») sont, selon Snorri Sturluson, deux autres chevaux cosmogoniques. L'un appartenant à la personnification de la nuit, Nótt, qui le monte durant la nuit, l'autre à celle du jour, Dag, qui chevauche donc durant le jour. Le premier bave de l'écume qui devient la rosée du matin, le second éclaire le monde avec sa crinière.

Dans les de l’Edda en prose, , parfois anglicisé en Blodughofi « sabot sanglant», est un cheval capable de traverser le feu et les ténèbres, et appartenant à Freyr. Dans le de l’Edda poétique, Freyr donne à un cheval capable de courir à travers le feu jusqu'à Jötunheimr pour y rencontrer la géante Gerðr, l'animal n'est pas nommé mais il est très probable que ce soit Blóðughófi. Gullfaxi (« Crinière d'or ») est, dans le Skáldskaparmál (17), un cheval appartenant originellement au géant Hrungnir. Après avoir terrassé le géant, Thor l'offre à son fils Magni en récompense pour son aide.Hófvarpnir « Celui qui lance ses sabotsCette traduction littérale peut signifier que le cheval donne des coups de sabot (selon Simek) ou bien qu'il se déplace rapidement (selon Dillmann). » ou « Celui qui donne des coups de sabot » est le cheval de la déesse Gná, capable de se déplacer dans l'air comme sur la mer. Mentionné dans l'''Edda en prose, il est le fils de HamskerpirSelon John Lindow, le nom Hamskerpir n'a pas de signification précise. et de Garðrofa « Briseur de clôtures ».

Je ne vole pas Bien que je pense Traverser les cieux Sur Hofvarpnir Celui que Hamskerpir eut Avec Garðrofa — Gylfaginning (35)

Jacob Grimm note que n'est pas considérée comme une déesse ailée mais que sa monture pourrait avoir été un cheval ailé, à l'instar de Pégase dans la mythologie grecque. John Lindow ajoute que Hamskerpir et sont totalement inconnus des autres sources de la mythologie nordique, et que s'ils avaient un mythe associé, celui-ci a pu ne pas survivre.

Svadilfari ou SvaðilfariLa graphie varie selon les manuscrits : Svaðilfari, Svaðilferi, Svaðilfori ou Svaðilfǫri. « Celui qui fait de pénibles voyages » ou « Celui qui fait de malheureux voyages » est l'étalon qui engendre Sleipnir avec Loki transformé en jument selon le Hyndluljód (40). Selon Snorri dans le Gylfaginning (42), il appartient au géant maître-bâtisseur et contribue à la construction d'Asgard.

Les chevaux des Valkyries sont décrits dans le Helgakvida Hjörvardssonar :

Quand les chevaux dressaient la tête, la rosée, de leurs crinières tombait dans les vallées profondes — Helgakvida Hjörvardssonar (28)

Cette description rappelle Hrimfaxi.

Chevaux des héros et des sagas thumb|Grani d'après une illustration de Fredrik Sander dans une édition suédoise de l'Edda poétique en 1893.

On retrouve le cheval au premier plan dans les sagas et les récits héroïques de l’Edda poétique. Dans la saga suédoise des Ynglingar, le roi peut donner trois choses très précieuses qui sont, dans l'ordre : un bon cheval, une selle en or et un beau navire. Freyfaxi , est le cheval dédié au dieu Freyr, appartenant au protagoniste de la saga de Hrafnkell. Il avait fait serment que lui seul le monterait, et qu'il tuerait chaque personne qui essayerait de se hisser sur ce cheval. La rupture de ce serment est un élément majeur de l'intrigue de la saga. Quand le fils de son voisin monte Freyfaxi afin de récupérer ses moutons qui se sont enfuis, Hrafnkell reste fidèle à son serment et le tue.

Grani est un cheval gris descendant de la monture d'Odin, Sleipnir. Il est capturé puis chevauché par le héros Sigurd (ou Siegfried) dans la Völsunga saga (13) grâce aux conseils d'un vieil homme qui est en fait le dieu Odin déguisé. Ce cheval accompagne ensuite Sigurd dans toutes ses aventures. Grani possède des pouvoirs merveilleux, une grande force ainsi qu'une remarquable intelligence et le prouve notamment en franchissant le cercle de flammes qui entoure la valkyrie Brunehilde (27), puis en pleurant la mort de son maître auprès de Gudrun, la femme de celui-ci. Dans l'opéra de Richard Wagner, Der Ring des Nibelungen, Grane est le nom du cheval de Brunehilde. Goti, un autre cheval mentionné dans la légende de Sigurd, est la monture du frère de sang de ce dernier, Gunther. Goti se dérobe face au brasier qui entoure la valkyrie Brunehilde, obligeant Sigurd à prêter sa propre monture, Grani, à Gunther.

Autres chevaux Snorri Sturluson mentionne plusieurs chevaux appartenant à des rois et met en avant leur passion pour ces animaux de nombreuses fois. Selon Heimskringla, le roi norvégien Adils aime les coursiers généreux et nourrit les deux meilleurs de son temps. L'un est nommé Slöngvir, l'autre Hrafn. La jument qu'il a enlevée après la mort du roi Ala donne le jour à un autre destrier du même nom qu'elle. Adils fait présent de Hrafn à Godgest, roi de Heligoland, mais ce chef l'ayant montée un jour et ne pouvant l'arrêter, est désarçonné et tué en tombant.